Suivant l'actualité - et donc suivant "l'humeur" du moment - les "pauvres" ou les "riches", et parfois les deux
catégories à la fois, font l'objet de ...spéculations ...intellectuelles de la part des spécialistes de l'économie...
- Il y a quelques semaines, à l'occasion d'émeutes de la faim ayant éclaté simultanément dans divers pays du "Tiers-Monde" (1), le problème de la Pauvreté a été posé pour l'ensemble
de l'humanité, dans la mesure où un nombre croissant de personnes y sont dans l'impossibilité de se procurer en quantité suffisante les denrées de base ...Et il est apparu que le problème ne se
limite pas à un déséquilibre entre le volume des ressources et la croissance démographique dans ces pays, mais correspond à une spéculation sur les prix de la part des "riches", - qui affecte le
pouvoir d'achat des "pauvres" dans tous les pays...
- Ces jours-ci, à propos d'indemnités de départ accordées à des "PDG", ce sont à leur tour les "riches" qui ont fait l'objet de l'attention des médias ...Il faut dire que cette
attention n'est pas ...gratuite, car les "patrons" ou du moins certains d'entre eux en ...rajoutent et même abusent totalement en matière de rémunération ...En février 2005, le PDG de
Carrefour Daniel Bernard a été "remercié" pour insuffisance de bénéfices de l'entreprise : un vrai ...remerciement, en effet, car il est parti avec une indemnité de 9.800.000 euros et une
"retraite-chapeau" équivalent à 40 % de son dernier salaire, soit 29.000.000 euros ...En juin 2006, le PDG de Vinci Zacharias est parti avec une indemnité de 13.000.000 euros et une rente à vie
de 2.500.000 euros par an, en disposant de surcroît de 173.000.000 euros de "stock-options", et cela ne l'a pas empêché d'assigner son ancien groupe devant le tribunal pour le préjudice
subi (!) ...Et on pourrait multiplier les exemples en France et dans le monde, en citant par exemple Stanley O'Neal, patron de la Banque américaine Lynch, parti avec 100.000.000 euros
d'indemnités, alors que son entreprise avait enregistré 5 milliards d'euros de perte en 2007 (crise des "subprimes")...
Evidemment, l'opinion "populaire" ne peut pas admettre une telle opposition entre les revenus des "riches" et ceux des "pauvres"... Le syndicat CFTC vient de publier une étude où il
estime qu'un couple avec 2 enfants a besoin de 3400 euros par an pour asuurer ses "besoins essentiels", c'est-à-dire 2000 fois moins que la rémunération "moyenne" (!) d'un PDG du CAC 40 ...Ce
n'est plus un écart - qui, à la rigueur (?), pourrait se justifier s'il était par exemple de 1 à 1O - ...c'est un fossé, justifiant qu'on puisse parler d'un retour à une caste de "privilégiés"
dans un pays qui reste - du moins en principe - une démocratie !...
Les "patrons" en cause se défendent en faisant "valoir" qu'ils ont le mérite de développer leur entreprise et de donner ainsi du travail à la
population... Certes, mais d'abord, beaucoup d'entre eux ne sont pas les "créateurs" mais les "héritiers" de leur entreprise ...et leur altruisme a ses limites quand ils licencient du personnel
ou - pire encore - quand ils délocalisent leur entreprise ...D'autre part, à en croire Charles Beigbeder, PDG de Powéo-Electricité et membre du Conseil exécutif du MEDEF, "il n'est pas
indispensable de sur-payer les patrons pour les attirer" ...on peut se tourner vers des "candidats moins chers et pas nécessairement moins talentueux" ... qui ne demanderont pas ...mieux
!... Enfin, même s'ils ne sont qu'une "goutte d'eau" dans le budget des grandes entreprises, les salaires mirobolants de certains patrons ne peuvent que nuire à l'activité de celles-ci, en
démotivant les collaborateurs...
Est-ce à dire pour "autant" que les "petits", les "sans-grade", bref les "pauvres" ...risquent de se révolter, et que les "opulents", les "privilégiés", bref les "riches" ... doivent
prendre garde ?... Certains le pensent, en affirmant que dans le contexte actuel du chômage et de la baisse du pouvoir d'achat , "cela va mal finir"...Mais le problème n'est pas si simple, et le
comportement du "peuple" n'est pas nécessairement ce que l'on croit, à en juger par les leçons du passé :
- les "révoltes populaires", au sens d'un "soulèvement des pauvres", ont le plus souvent échoué en raison de leur caractère spontané et anarchique, qu'il s'agisse de la révolte de
Spartacus contre Rome en Italie en ...71 av.JC, ou des "jacqueries" en France ou en Allemagne au Moyen-Age ...Les pouvoirs en place ont d'ailleurs généralement évité de tels troubles en
veillant, à l'image des anciens patriciens romains vis-à-vis de la "plèbe", à assurer "le pain et les jeux" (panem et circences)... Hitler n'a pas fait autrement en conjurant une inflation
galopante en 1933 et en réussissant à organiser les ...Jeux Olympiques de Berlin en 1936... ce qui fait, bien sûr, penser aux ...Jeux Olympiques de Pékin en 2008, même s'il faut relativiser la
comparaison...
- Pae contre, les "révolutions" ont réussi, quand elles n'ont pas été menées seulement par les "pauvres" : en France, la Révolution de 1789 est d'abord une "révolution bourgeoise",
où la classe moyenne naissante et de plus en plus "éclairée" (cf la Philosophie des Lumières) s'est dressée contre les "Privilégiés" de l'Ancien Régime, avant d'être dépassée par les exçès des
artisans et boutiquiers du quartier Saint-Antoine à l'origine de la "Terreur"... Et il en est de même pour la Révolution Russe de Février 1917 avec Kerenski dépassée par celle de Novembre 1917
où, là encore, les extrêmistes "bolcheviks" comme Lénine, Trotsky et Staline - qui n'étaient pas des ..."prolétaires" - ont profité de l'anarchie née de la défaite militaire pour installer un
régime soi-disant "communiste", où le "peuple" n'avait en fait rien à dire...
Finalement, une conclusion s'impose : l'opposition entre les "pauvres" et les "riches" ne conduit pas nécessairement à une révolte des "pauvres" contre les "riches"...C'est le cas
actuellement en France, où l'Observatoire National de la Pauvreté et de l'Exclusion Sociale (ONPES) fait ressortir dans son Rapport du 29 avril 2008 que le "fossé" s'élargit en intensité, les
"riches" devenant de plus en plus riches, et les "pauvres" de plus en plus pauvres, avec un glissement dans le contenu démographique (moins de "vieux et plus de "jeunes")... Mais les "masses
populaires" ne donnent aucun signe d'un prochain soulèvement, et se contentent, comme actuellement, de manifestations ..."classiques". En fait, à en croire l'INSEE, le "pouvoir d'achat" global
des Français - à l'exception justement (ou plutôt ...injustement) des plus pauvres - ne baisse pas... C'est seulement le rythme de la hausse qui se ralentit !... Cela signifie que,
dans l'immédiat, les "classes moyennes" ne sont pas encore menacées de pauvreté, même si elles doivent surveiller davantage leurs achats (hausse des produits alimentaires, baisse des
équipements et des loisirs) ...Mais le danger est qu'une évolution vers la pauvreté se produise à cause du renchérissement injustifié et scandaleux des produits pétroliers, entraînant celui des
matières premières et des denrées alimentaires, ce que le Président du Sénégal Abdoulaye Wade dénonce dans le Nouvel Observateur du 22 Mai 2008 en parlant d'un "oligopole du pétrole" qui ne
s'occupe que de ses propres intérêts, alors quil faudrait créer un fonds "pétrole-pauvreté"... Car, si les "classes moyennes" bougent - en France et ailleurs - tout deviendra possible, notamment
à l'égard des "riches"... Autant dire que les gouvernements, à l'instar des instructions données par l'Union Européenne, seraient bien avisés de prendre des mesures sauvegardant le pouvoir
d'achat, en particulier pour les plus pauvres, ...et en limitant les abus insensés de rémunération des certains patrons d'entreprise, conformément aux conseils de modération données par ...la
Présidente du MEDEF...
(1) Voir mon article sur "La Faim dans le Monde"
(2) Voir mon article sur 'Les Revenus mirobolants"
Référence : Journal La Croix du 19 mai 2008 - Pages 2 et 3
Commentaires