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                                     Blog de Jean Daumont                              

                                                       undefined                                                                                           Le site s'intitule "Convergences" parce que son but est de rapprocher les points de vue sur des sujets difficiles de l'actualité ou plus généralement des activités humaines... Chaque article - rédigé en fonction des circonstances - ne traduit que l'opinion de son auteur et peut appeler des commentaires...et il ne faut pas rêver : les avis seront parfois inconciliables... Mais au moins la discussion permettra de réfléchir et donc d'approfondir la connaissance des sujets.

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Mercredi 14 mai 2008
   Une analyse politique, comme toute étude "historique", doit être faite avec objectivité, c'est-à-dire sans "parti-pris" ...En l'occurrence, les Français auraient tort de juger des élections américaines à l'aune de leur propre expérience politique, qu'il s'agisse du gouvernement, des partis ou des candidats éventuels...
   - le gouvernement des Etats-Unis est considéré comme un "régime présidentiel", en ce sens qu'il y a une séparation entre le pouvoir exécutif assuré par le Président et le pouvoir législatif détenu par le Congrès... En France, malgré l'importance du pouvoir exécutif exercé par le Président, le régime n'est que "semi-présidentiel", c'est-à-dire que le gouvernement est partagé de fait entre le Président et le Parlement, ...et l'évolution actuelle ne conduit pas à une "présidentialisation" puisque le Président actuel, alors qu'il est parfois qualifié "d'hyperprésident", propose d'accroître le pouvoir ...du Parlement.
   - Les partis politiques se limitent au niveau fédéral des Etats-Unis à 2 organismes nés au 19ème siècle : le Parti Républicain (1830) et le Parti Démocrate à l'occasion de la Guerre de Sécession (1860)... Mais il n'est pas possible de comparer ce "Bi-Party-system" né de circonstances pratiques au "bi-partisme" mis en place en France à l'occasion de la Constitution de 1958 et surtout de l'élection du Président au suffrage universel depuis 1965, aboutissant à une division entre la "gauche" et la "droite"... En effet, il n'y a pas aux Etats-Unis l'équivalent à "gauche" du Parti Communiste (interdit de toutes façons...) et du Parti Socialiste (même sous une forme moderne de Social-Démocratie...), ni l'équivalent à "droite" d'un Front National ...et il est même difficile d'y parler de "gauche" et de "droite", notions géométriques  étrangères à ce pays, où il convient plutôt de retenir les notions de "conservateurs" et de "progressistes" qui sont propres d'ailleurs à chacun des deux partis, à l'image de leur évolution historique... Car le Parti Républicain actuellement classé par les Français à "droite" est tout de même celui qui a décidé de l'abolition de l'esclavage contre les Démocrates qui sont maintenant considérés comme le Parti le plus "social"...
   - Les candidats eux-mêmes ne correspondent pas à cette opposition "à la française" entre la "gauche" et la "droite" :
     * Du côté démocrate, on peut logiquement penser que Barack Obama, étant un métis - assimilé à un "noir" - est le représentant le plus qualifié pour les "opprimés" de tous genres, et notamment pour les "noirs"... Mais c'est oublier qu'Obama n'est pas du tout issu des descendants des anciens esclaves noirs : en fait, sous son nom précis de Barack Hussein Obama Jr, il est le fils d'un Kényan n'ayant jamais connu l'esclavage et ayant même été membre du gouvernement de Jomo Kenyatta  ...et il a d'abord été élevé dans la religion musulmane, avant de militer dans des réseaux de "chrétiens progressistes"... Il n'a donc rien d'un "révolté" issu des couches populaires les plus "basses", et il est d'ailleurs diplômé de l'Université d'Harvard ... Par contre Hillary Diane Rodham, présentée comme un pur produit de "l'intelligentsia" du nord-est des Etats-Unis, a certes été diplômée de l'Université de Yale, mais après s'être mariée avec Bill Clinton , elle a donné comme "1ère Dame des Etats-Unis" des preuves de son intérêt pour les problèmes sociaux, notamment pour la mise en place d'un régime de couverture contre les risques de santé...
     * Du côté républicain, le problème semble plus simple, puisque John Mac Cain est resté rapidement seul en lice... Et son appui à la Guerre en Irak lui vaut assurément - du moins en France - la réputation d'un "réactionnaire", mais cette attitude est surtout due à son passé militaire, où il a été incontestablement un "héros" ayant connu les géôles du Vietnam, ce qui ne déplaît pas - au contraire - aux Américains ...En fait il est surtout un "nationaliste" sincèrement attaché à la sauvegarde du bien-être de ses concitoyens - la fameuse "American way of life" - ce que les Français qualifient volontiers de "populisme"... et ce qui lui vaut d'ailleurs l'hostilité des "conservateurs" de son parti plus ou moins liés aux "Evangélistes" à l'instar d'un certain George "W" Bush, actuel Président des Etats-Unis... mais aussi l'amitié d'un certain John Kerry, ancien candidat démocrate malheureux en 2004...

   Alors ?... Il est finalement difficile de s'y reconnaître, pour les Français, dans les élections américaines... Si l'on s'en tient aux dernières prévisions, les deux concurrents seraient au bout du compte Mac Cain et Obama, c'est-à-dire d'une part un Républicain à tendance "gauche" et un Démocrate à tendance "droite"... Le résultat ne peut être qu'incertain...
par Jean Daumont publié dans : Polit. internationale
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Mercredi 7 mai 2008
   La "journée des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions" sera célébrée au Sénat le samedi 10 mai 2008, et plusieurs associations organiseront en cette occasion une marche de la République à la Bastille.

   Sur le plan historique, il ne peut pas être question de contester l'intérêt de cette commémoration, si du moins elle donne un compte-rendu objectif de cette pratique ancienne ...Car l'esclavage, et notamment la traite négrière, n'a pas été pratiqué seulement par les Européens - dont les Français - à partir du 16ème siècle (estimation à 10 millions de personnes), mais aussi par les Arabes à un degré encore plus important (estimation à 15 millions de personnes), ...et le plus souvent il résultait d'achats ou d'échanges auprès de roitelets ou de marchands africains qui se procuraient le "bois d'ébène" lors de razzias ou de luttes tribales... C'est la 1ère raison pour laquelle il est injuste de "culpabiliser" les seuls Européens dans ce problème de l'esclavage, et à fortiori de leur demander à eux seuls de procéder à une "repentance" dont le principe même est contestable, puisqu'ils ne sont évidemment pas responsables du comportement de leurs ancêtres, ne faisant en l'occurrence que perpétuer un usage remontant à l'Antiquité et n'ayant alors été condamné ni par les Grecs et les Romains, ni par les Juifs et les Chrétiens... Les Européens ont même eu le mérite d'être les premiers à procéder à l'abolition de l'esclavage à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle, et les Français auraient même pu être cités en exemple si, après avoir décrété l'abolition en 1794 au nom des Droits de l'Homme sur proposition de l'Abbé Grégoire, ils ne l'avaient rétabli avec Napoléon 1er en 1802, avant de décider son abolition définitive en 1848 à l'initiative de Victor Schoelcher...

   Mais il y a une seconde raison, plus importante encore que la 1ère, à ne pas "faire la morale" aux Européens et en particulier aux Français : c'est tout simplement qu'en dépit de l'abolition officielle de l'esclavage, et notamment de sa condamnation solennelle par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme sous l'égide de l'ONU le 10 décembre 1948, l'esclavage persiste encore dans de nombreux pays du monde... Le Bureau International du Travail (BIT) estimait en 2005 que 12.300.000 de personnes travaillaient encore "sous la contrainte", cette situation prenant diverses formes :

   - L'esclavage dit "domestique" - consistant pour des individus à être la "propriété d'un maître" et à ce titre ne pas avoir de liberté, ni de rémunération - est de loin encore le plus répandu : il est encore une pratique courante dans certains pays d'Afrique et d'Asie, mais il est présent aussi sous une forme toujours dissimulée dans les pays dits "occidentaux" où certains "maîtres" enferment littéralement des "esclaves ménagers" - le plus souvent immigrés, à fortiori s'il s'agit de personnes en situation irrégulière - pour des travaux non rémunérés...Le Comité Contre l'Esclavage Moderne (CCEM) créé en France en 1994 a déjà porté secours à 500 victimes de cette pratique, dont 88 % de femmes et 30% de mineures...

   - L'esclavage dit "sexuel" est encore pratiqué dans la plupart des pays du monde , parfois sous une forme quasi-"industrielle" (ex :Thaïlande), surtout - mais pas seulement - pour les femmes ... En 2006, l'Office Central pour la répression de la Traite des êtres humains a fait tomber en France 31 réseaux à des fins de prostitution impliquant 1200 victimes... Et les statistiques ne peuvent pas rendre compte des cas trop nombreux et difficilement décelables de femmes ou d'enfants maltraités,  au sein des familles, à des fins sexuelles, comme le révèlent des affaires défrayant l'actualité...

   - L'esclavage dit "sectaire" est certainement moins important et plus méconnu, mais il est peut-être le plus odieux - s'il est possible de trouver des hiérarchies dans l'horreur - car il s'en prend aux personnes sur le plan "moral", en les assujettissant par des procédés "psychologiques" à des "lavages de cerveaux" et à un "conditionnement"  qui poussent ces personnes toujours naîves et influençables à obéir à des "gourous", ceux-ci d'ailleurs cumulant parfois les divers types d'asservissement sous un couvert prétendument "religieux"...

   On peut assurément s'interroger sur la persistance de cet "esclavage"... L'exploitation économique, dans ce domaine comme dans d'autres, paraît être un ressort essentiel ...Mais il n'est pas interdit de faire un rapprochement entre le comportement des hommes et celui des animaux, auxquels, après tout, les hommes se rattachent... Or il est bien connu que, par exemple dans des meutes de loups ou des familles de lions en ...liberté, il y a des "dominants" et des "dominés", ...et que le "mâle dominant" ...domine non seulement les femelles mais aussi les autre mâles, qui ne peuvent pas ...prétendre aux femelles... L'esclavage n'est-il donc pas alors une forme "évoluée" de ce comportement, où les hommes conserveraient un instinct de "bête" ?... Un dicton bienveillant affirme certes que "l'homme n'est ni ange, ni bête" ...mais peut-être conviendrait-il mieux de dire que, s'il y a des hommes qui "font l'ange" au plus haut niveau de la spiritualité, il y en a d'autres qui "font la bête", au plus bas niveau de la bestialité... 


Références :                                                                                                                 - Article du Journal La Croix du 6 mai 2008
- Georgina Vaz Cabral : La traite des êtres humains  Ed.La Découverte 2006

                                                                       

par Jean DAUMONT publié dans : L'Histoire
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Vendredi 2 mai 2008

   Il fut un temps où les Français avaient seulement des numéros matricules pour le service militaire, et par conséquent cette marque distinctive ne concernait que les hommes, puisque les femmes n'ont  été reconnues comme "citoyennes" qu'en 1944... Une telle marque n'était certes pas un "avantage", car elle fut souvent au cours de deux guerres mondiales  tout ce qui restait de ceux dont on disait à juste titre qu'ils étaient morts au champ d'honneur...

   Depuis lors, l'identification des Français a fait des progrès, à tel point qu'on peut désormais se demander s'il s'agit vraiment d'un progrès... C'en est un ...assurément ...avec l'immatriculation depuis 1946 à la Sécurité Sociale, où le numéro ne fait que juxtaposer des caractéristiques extérieures par une série de 6 nombres : sexe 1 (homme) ou 2 (femme), puis année, mois, numéro département, numéro de commune, le dernier nombre seul étant "personnel" puisqu'il donne le numéro d'ordre sur le registre d'état-civil (seul moyen de distinguer des jumeaux) ...De même, il est utile d'avoir un numéro pour un compte postal ou bancaire, une association, un accès à Internet, etc..., du moins si ces diverses identifications sont comptabilisées séparément ...Mais avec le développement de l'informatique, est apparu rapidement le danger d'un croisement des données, et pour cette raison la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) a été créée en 1974 et a procédé depuis dette date à de nombreux contrôles et observations...

   Il n'en est pas moins vrai que le problème rebondit en ce début du 21ème siècle, car les identifications ne se limitent plus désormais à des caractéristiques "extérieures" de nature "sociale", mais portent ou peuvent porter sur des caractéristiques "intimes" de nature "personnelle", notamment en ce qui concerne le "comportement" des individus et leur "identité biométrique"... Car il y a maintenant un Fichier National des Empreintes Génétiques (autrement dit des ADN...) dont l'importance ne cesse de s'accroître (actuellement 600.000 signalements...) avec des objectifs de moins en moins "utiles", puisqu'on passe des crimes pouvant incontestablement les justifier à des délits mineurs (par exemple tags ou fauchage d'OGM)... Certes les promoteurs de ce fichier peuvent avoir bonne conscience en faisant valoir l'argument de la "sécurité", ...à l'instar des parents qui naguère faisaient boire de l'huile de foie de morue à leurs enfants en leur disant : "C'est pour ton bien !..."

   Malheureusement, ce souci du "bien" peut donner lieu à des dérives d'autant plus inquiétantes que le public s'en accommode : ainsi, il est bon que des radars soient installés sur les autoroutes, afin d'inciter les automobilistes à la prudence et au "respect du code" par une démarche volontaire, mais il sera mauvais de les pièger en utilisant des "puces" installées obligatoirement sur les véhicules pour infliger automatiquement un PV pour excès de vitesse même réduit à la sortie sur la base du temps mis à parcourir la distance... De même on peut s'interroger sur les cartes de "fidèlité" de la Grande Distribution, si celles-ci permettent de situer l'adresse  et les goûts des clients en vue de cibler la publicité et les prix... Et ce ne sera pas nécessairement un bien de porter sur la carte "Vitale" de la Sécurité Sociale des informations sur le dossier médical, ce qui peut attirer la convoitise des compagnies d'assurances et des employeurs peu scrupuleux, si des précautions (lesquelles?) ne sont pas prises...

   Dans ces conditions, on comprend que que le Comité National d'Ethique ait pu lancer un cri d'alarme dans un Rapport du 26 avril 2007, où il souligne le danger d'une "société (qui), au nom d'impératifs sécuritaires, s'habituerait à l'usage des marqueurs biométriques", et où "chacun accepterait finalement d'être fiché, observé, repéré, tracé"... Et on peut légitimement s'inquiéter de ce qu'il adviendrait si, par malheur, des troubles sociaux - suscités, par exemple par la "pauvreté" - engendraient un régime "autoritaire" où les Français ne seraient plus que ...des "numéros matricules"...

publié dans : Morale
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Dimanche 27 avril 2008

   Il fut une époque 'immémoriale" où la durée du temps de travail ne faisait l'objet d'aucune limitation autre que celle des nécessités matérielles ou des prescriptions d'origine religieuse comme le "sabbat" des Juifs (samedi) ou le "jour du Seigneur" des chrétiens (dimanche) ainsi que les jours de "fête"...Contrairement à un préjugé courant, cela ne signifiait pas que les hommes (et les femmes...) étaient écrasés de travail, parce que les jours de fête étaient beaucoup plus nombreux que maintenant ...et que les gens "libres" avaient une part importante de leurs tâches allégée par l'utilisation d'esclaves ...Seul le sort des esclaves était souvent peu enviable ...comme le fut celui des "serfs" du Moyen-Age qui étaient "taillables et corvéables à merci" ...De toutes façons, l'économie esssentiellement agricole ne se prêtait pas à une délimitation stricte de la durée du travail...

   Ce n'est qu'avec la Révolution Industrielle, d'abord en Angleterre (fin 18ème siècle), puis en France (début 19ème siècle), que le regroupement de la main d'oeuvre dans des espaces spécifiques entraîne le développement d'un "prolétariat" et une longue lutte pour l'amélioration des conditions matérielles et notamment la réduction de la durée hebdomadaire du travail... Les premières mesures, inspirées par des considérations religieuses et des associations charitables, concernent les enfants, dont une loi de 1841 limite la durée journalière de travail à ...8 heures pendant une semaine de ...6 jours. Pour les adultes, la durée hebdomadaire était alors de ...70 heures (le double de 35 heures !) ...et ce n'est que progressivement que la durée est diminuée à 60 heures (10 heures par jour) en 1900, ...48 heures (8 heures par jour) en 1919, ...et 40 heures (5 journées de 8 heures) en 1936, avec les congés payés (d'abord 2 semaines), dans le cadre du gouvernement de Front Populaire de Léon Blum... En fait, "la semaine de 40 heures" est longue à se mettre en place, en raison de la spécificité de certains métiers ne se prêtant pas à une structure rigide (ex: la restauration), des difficultés subsistant encore à la fin du 20ème siècle ...C'est d'alleurs la raison pour laquelle le Président François Mitterrand, qui avait inscrit les "35 heures" dans le Programme Commun de 1981 se contente d'instituer les ...39 heures par son Ordonnance de 1982...

   C'est alors qu'au terme de diverses alternances politiques, arrive sous la présidence de Jacques Chirac le gouvernement de Lionel Jospin qui, à l'initiative de Martine Aubry, Ministre responsable, décrète "d'autorité" et sans véritable concertation - malgré un Rapport accablant d'une Commission sénatoriale (*) - la limitation de la durée hebdomadaire de travail à 35 heures par deux Lois successives (13 juin 1998 et 19 janvier 2000) ...Les entreprises sont mises en demeure de réduire les horaires de 39 à 35 heures dans un délai dépendant de leur importance, ...la différence de 4 heures pouvant être transformée en demi-journées ou journées de "Repos Compensatoires"  (RC devenues RTT) en plus des congés payés, ...l'Etat, pour sa part, versant des subventions pour que les salariés conservent leur salaire initial (les "35 heures payées 39") . Evidemment, ces dispositions ont l'approbation de la "Gauche", et notamment du Parti Socialiste - dont elles sont la "mesure-phare" - et Martine Aubry devient la "Dame des 35 heures" (certains diront "Notre-Dame"...), comme naguère Léon Blum avait été "l'Homme des 40 heures"...

   L'intention est certainement généreuse, mais malheureusement elle est fondée sur une idée fausse de "partage du travail" suivant laquelle,  la "masse de travail" étant le produit de la durée hebdomadaire par le nombre des emplois, il suffit donc de réduire la durée hebdomadaire pour accroître le nombre des emplois... En vertu de ce sophisme, certains "techniciens" envisagent même alors de passer à la "semaine de 4 jours" pour "32 heures" !...Or la "masse de travail" n'est pas fixe, et elle ne peut pas l'être, à fortiori avec une mesure rompant les équilibres... En alourdissant leurs charges, l'instauration des "35 heures" ne peut en effet que réduire le budget des entreprises et leur compétitivité sur les marchés extérieurs : elles ne peuvent alors que maintenir leur équilibre soit par un renforcement technologique, soit par des compressions de personnel, soit par des "délocalisations" vers des pays "moins chers" ...quand elles ne ferment pas purement et simplement...

   Le bilan est sans appel ...Alors que l'ambition d'origine était de créer 700.000 emplois, Martine Aubry elle-même n'avance plus en Février 2004 que 400.000 emplois ...et l'économiste socialiste Dominique Strauss-Kahn ..., comme le MEDEF ... s'en tient à 200.000. Et l'IFRAP (Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques) ne comptabilise que ...50.000 emplois "nets", car il faut tenir compte des suppressions parallèles d'emplois en partie générées ...par les 35 heures ... Et chacun sait que le chômage n'a pas baissé de façon significative depuis 2000, le nombre "officiel" de 2.200.000 chômeurs en 2007 dissimulant au mois autant de chômeurs "oubliés"  à divers titres (non-inscrits, radiés, stagiaires, employés précaires,etc...). Et comme dans le même temps les subventions payées au titre des "35 heures payées 39" par les Collectivités publiques - donc par tous les contribuables - s'élèvent à environ 16 milliards d'euros par an, ...on peut parler d'un véritable scandale des 35 heures, d'autant plus choquant qu'il y a parfois des réductions d'ouverture des services au public par les entreprises concernées, la réduction de 39 à 35 heures faisant perdre l'équivalent d'une demi-journée...

   Evidemment, à la faveur de la dernière alternance politique en 2002, la majorité modérée a cherché à réduire la portée des "35 heures" en assouplissant son application, notamment pour les heures supplémentaires... Mais elle a échoué avec Dominique de Villepin dans une tentative de création d'emplois dits de "Contrats de Première Embauche" (CPE) pour les jeunes en raison d'une précipitation excessive et d'un manque de concertation ...Et surtout elle n'a pas touché au principe devenu presque un "mythe" des "35 heures", incontestablement populaire auprès de ceux qui en ont bénéficié et qui ont ainsi plus de "loisirs" ...ou de possibilités d'emplois complémentaires... Même le Président Sarkozy, qui a promis dans son programme en 2007 de "remettre la France au travail" n'a encore pris dans ce domaine que des mesures "palliatives" comme la "défiscalisation des heures supplémentaires" ou "l'allègement des charges pour les entreprises pratiquant l'intéressement des travailleurs"... Mais il n'a pas à ce jour touché à la "patate chaude" des 35 heures et n'évoque même pas l'hypothèse d'un retour à ...40 heures, voire plus ..., à l'instar des ...40 ans, voire plus, que son Premier Ministre François Fillon a eu le courage de mettre en place par étapes pour le départ à la retraite à taux plein...


(*) Rapport du Sénat - http://www.senat.fr/rap/l97-279/l97-279.html

publié dans : Economie et Société
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Jeudi 24 avril 2008
   La religion chrétienne est fondée sur deux réalités historiques inséparables : le christianisme en tant que doctrine et l'Eglise en tant qu'organisation. Même s'il en est l'inspirateur, cette fondation ne peut pas être attribuée à Jésus-Christ qui, certes, a effectué une prédication "orale" en Palestine, mais n'a créé lui-même ni une "religion", ni un "Royaume de Dieu" que pourrait être l'Eglise, celui-ci, selon ses propres dires, "n'étant pas de ce monde"... L'Eglise chrétienne n'est donc que l'oeuvre de ses disciples, et encore faut-il en préciser l'attribution ... Et de même que le rôle de Paul n'est pas exclusif dans la définition du christianisme, de même il apparaît impossible de s'en tenir à la tradition attribuant la fondation de l'Eglise au seul apôtre Pierre...

   Pierre était un juif, né à Bethsaïde en Galilée, sous le nom de Simon ou Siméon, fils de Jonas, vers 3 ou 4 après Jésus-Christ, dont il a donc été à la fois le "contemporain" et le "concitoyen"... Il était devenu pêcheur, comme son frère André, et habitait à Capharnaüm, près du lac de Genésareth,  quand il fut le premier à répondre à l'appel de Jésus et à le suivre en abandonnant son métier... Cette "primauté" est, suivant l'Evangile de Matthieu, confirmée par Jésus lorsque, à Césarée de Philippe, lui donne (suivant une coutume fréquente à l'époque) un nouveau nom ,"Pierre", en affirmant : "Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise" ...Le problème est que Matthieu est le seul à rapporter cette affirmation et celle-ci fait partie des paroles prêtées à Jésus plus de 40 ans après sa mort, et dont les exégètes ne garantissent pas l'authenticité...D'ailleurs, dans un autre texte intitulé l'Evangile de Thomas, il est écrit : "les disciples dirent à Jésus : nous savons que tu nous quitteras. Qui deviendra le plus grand parmi nous ?... Jésus leur dit : où que vous soyez allés, vous irez vers Jacques le Juste (c'est-à-dire le Mineur ou Frère du Seigneur)" ...On peut objecter que cet Evangile est apocryphe, c'est-à-dire non reconnu ...par l'Eglise vers le 3ème siècle, et on peut alors se demander s'il n'a pas été ...justement ...écarté parce qu'il affirmait la primauté de Jacques et non celle de Pierre... Il se trouve aussi que Luc, auteur du 3ème Evangile, affirme au début de son autre texte intitulé les "Actes des Apôtres", que Pierre adressa aux "Onze" (les 12 Apôtres ...moins Juda) un discours préliminaire sur la vie en "communauté" des "Nazaréens" (1ère appellation des chrétiens), mais Luc est manifestement l'auteur de ce texte qu'il a "re-composé" et prêté à Pierre, et il ne suffit pas à faire de Pierre un "fondateur" de la "nouvelle Eglise", même s'il y joue un rôle important...

   De toutes façons, au 1er siècle, il n'y a pas encore "d'Eglise", au sens d'une organisation structurée, dans le monde "romain" où vivent les chrétiens... Il y a seulement des "communautés" ou "églises" (sans "majuscules"), c'est-à-dire des "rassemblements" de fidèles ou adeptes partageant une foi commune et souvent aussi leurs biens, et ceci essentiellement dans les villes les plus importantes : Jérusalem, Antioche, Alexandrie, Ephèse, Corinthe, ...et Rome, le plus souvent à l'initiative de Paul ou de ses compagnons ou disciples, et non pas de Pierre qui limite son activité à la Palestine ou aux contrées voisines... Il y a même une période de "conflit" entre Pierre et Paul, réglé "justement" par Jacques lors d'une réunion appelée pompeusement le Concile de Jérusalem (vers 48-50) où il est finalement convenu que Pierre s'occupera avec Jacques de la conversion des juifs (judéo-chrétiens) tandis que Paul sera "l'Apôtre des Gentils "(pagano-chrétiens) .... Et c'est ainsi que le christianisme se développera surtout auprès des païens...

   Cette extension obligera  les "chrétiens" à se "structurer"... Ils ne peuvent plus vivre séparément, avec des pratiques souvent diverses suivant les villes d'accueil, ... Ils désignent donc des représentants ou "épiscopes" (évêques) qui se rencontrent alors dans un esprit "d'égalité" et sans la moindre "hiérarchie"... C'est ainsi que Pierre sera l'évêque d'Antioche ...puis de Rome... Et comme évêque de Rome, il bénéficie d'une "primauté d'honneur" dans les célébrations, due certainement autant au fait que Rome est la capitale de l'Empire qu'à sa réputation d'avoir été le 1er disciple de Jésus ...Primauté toute relative, car l'écrivain latin Eusèbe rapporte que son exécution vers 65 , avec celle de Paul (persécution de Néron) , aurait été le résultat de jalousies et de dénonciations parmi les chrétiens, qui n'étaient pas tous ...des "anges"... Par ailleurs, à la différence de Paul qui était un "intellectuel" (au sens moderne), il ne semble pas que Pierre, ancien pêcheur, homme sympathique et passionné, mais souvent présomptueux, parfois lâche ( référence : son reniement de Jésus...), ait eu vraiment les qualités d'un "chef"...

   Néanmoins, bien après sa mort, "l'Eglise" finalement constituée en organisation structurée par divers conciles du 2ème eu 4ème siècles (Chalcédoine, Nicée, Constantinople...) mais aussi avec l'intervention des Empereurs à partir de Constantin
  (christianisme devenu religion d'Etat), va emprunter à l'Empire sa centralisation autour de Rome et donner progressivement à "l'évêque de Rome" une prédominance comme "Pape" (terme de "Pontifex maximus" désignant autrefois le chef religieux à Rome) ...Mais cette prédominance ne sera pas acceptée par l'ensemble de l'Eglise quand les Papes prétendront en devenir les maîtres (le "césaropapisme"), notamment pour la définition de la "Foi"... Et c'est ainsi que "l'Eglise Orthodoxe" se séparera de "l'Eglise catholique, apostolique et ...Romaine" en 1054, en voulant conserver une structure "communautariste"..., et il en sera de même au 16ème siècle pour les Eglises Protestantes...

   Finalement, il n'est réellement pas possible de faire de Pierre le "fondateur de l'Eglise" : d'abord, celle-ci n'existait pas comme telle de son temps, même si elle était une "entité mystique"... Et d'autre part, Pierre n'a manifestement pas joué un rôle essentiel, même si celui-ci lui a été attribué tardivement...
publié dans : Religion
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Dimanche 20 avril 2008

   Il y a quelque provocation à imaginer que Paul ait pu être le véritable fondateur du christianisme, alors que le mot lui-même comporte le nom grec de "Christ" - soit en araméen "Messie", c'est-à-dire l'envoyé divin ou "oint de Dieu"... Et d'ailleurs, depuis deux millénaires, les "chrétiens" comme la plupart des païens et les adeptes d'autres religions n'ont jamais douté que le "christianisme" soit la "religion de Jésus-Christ". Et pourtant ...

 

   Pourtant, depuis un demi-siècle, et plus précisément depuis le Concile Vatican II (1962-1965) qui a ouvert les Eglises chrétiennes et en particulier le catholicisme à l'analyse historique, les exégètes du Nouveau Testament ont relativisé les rôles respectifs de Jésus-Christ, des Apôtres et de tous les disciples ayant marqué les débuts du christianisme. Et cette analyse a notamment mis en valeur le rôle considérable de Paul ...

   Pour comprendre ce rôle, il faut d'abord le situer dans son contexte. Paul a laissé 14 épîtres , dont une moitié écrite par lui-même et l'autre moitié écrite par des disciples inspirés par son enseignement (pratique courante dansl'Antiquité de mettre des textes sous l'égide d'un "maître" reconnu) ...Bien qu'elles soient placées dans le Nouveau Testament après les Evangiles, ces Epîtres ont été écrites auparavant et elles sont même chronologiquement les premiers textes "chrétiens", puisque Paul a été exécuté à Rome avec Pierre vers 65 (persécution de Néron) et que les Evangiles n'ont été écrits qu'entre 70 et 110... Cette précision explique le fait que Paul parle fort peu de la "vie" et de la "prédication" de Jésus - surtout connues par les Evangiles, alors que les Actes des Apôtres, attribués à Luc, l'un des Evangélistes, parle abondamment des voyages et de la prédication des Apôtres, surtout de Paul et de Pierre...

   Il faut également parler des personnalités respectives de Jésus et de Paul. Si l'on s'en tient à une présentation historique sans aborder l'aspect "mystique" difficile à définir, les deux personnalités apparaissent très différentes, en dehors de leur appartenance commune au peuple juif :
   - Jésus était issu de la "campagne" de Galilée, province cosmopolite du nord de la Palestine, où son "père" (officiel) Joseph était charpentier à Nazareth, alors petite commune rurale, et il avait donc connu beaucoup plus le "petit peuple" juif des paysans et des pêcheurs du lac voisin de Gethsémani que celui de la nouvelle ville "judéo-romaine" de Tibériade ...Comme tout juif pratiquant, il avait certainement fait plusieurs fois - à pied - avec ses "parents" le pélerinage rituel au Temple de Jérusalem, et il avait appris à "lire" dans la Bible hébraïque, puisque les Evangiles racontent qu'il avait eu l'occasion d'étonner les "Docteurs de la Loi" par la pertinence de ses commentaires... Mais, vraisemblablement, il n'a jamais su "écrire", puisque les Evangiles n'en font pas mention et que, d'ailleurs, il n'a laissé aucun texte "personnel" : cette "lacune" n'avait alors rien d'étonnant, car "l'écriture" était à l'époque, sutout l'affaire des "scribes", et les Prophètes eux-mêmes, avant Jésus, n'avaient pas "écrit" leurs textes... L'enseignement  prêché par Jésus avait dû alors être soit transmis "oralement" (également pratique courante sous l'Antiquité), soit transcrit par des scribes, alimentant ainsi ce fonds littéraire mal connu appelé par les exégètes la source "Q" ("Quelle" en allemand), à l'origine des Evangiles...
   - Paul était issu de la "diaspora", c'est-à-dire d'une communauté juive extérieure à la Palestine. Né vers 10 après Jésus-Christ à Tarse en Cilicie (Asie Mineure) dans une famille aisée de "fabricants de tentes" (métier important et lucratif à une époque où on se déplaçait beaucoup à pied), il s'appelait alors en hébreu Saül, mais comme son père était citoyen romain; il portait aussi le nom latin de Cnaïus Pompeius Paullus, dont la tradition a fait la dénomination de "Paul"... C'était un "citadin", et il reçut une éducation soignée et "mixte" : comme "juif", il fut formé à l'analyse syncrétique des textes bibliques (il fut peut-être l'élève du Grand Rabbin Gamaliel), et comme "romain" il apprit aussi la rhétorique gréco-romaine (connaissance des textes de Platon, Quintilien, etc)... Bref, c'était un "intellectuel" (au sens moderne), et il semble qu'il ait été un "brillant élève"...

   Enfin, il faut préciser que les deux personnalités ne se sont jamais rencontrées, même si elles ont vécu partiellement en même temps (entre et 10 et 30), Paul étant de toutes façons un peu jeune et ne pouvant pas connaître un prédicateur inconnu de la Palestine où il ne vivait pas... Par contre, devenu adulte, il se révèle comme un "judaïste" très actif ...et même un "zélateur" qui n'a manifestement pas été attiré par un "hérétique" à la Loi juive comme était considéré Jésus, puisqu'il va même rejoindre les persécuteurs de ses premiers disciples et participer à la lapidation du "premier martyr", Etienne... C'est alors que, selon son propre témoignage, sur le "chemin de Damas" où il avait été appelé en raison de son zèle pour y rechercher et persécuter les "chrétiens", il tombe (de cheval, a-t-on dit...) et a une "vision de Jésus ressuscité" qui lui dit "Pourquoi me persécutes-tu ?" ...Il se fait alors "baptiser" - rite d'initiation créé par les chrétiens avec immersion complète, par différenciation avec la circoncision des juifs - et, ...toujours zèlé, il se présente même comme le "dernier Apôtre", ayant été le dernier "bénéficiaire" d'une apparition de Jésus-Christ ressuscité, même s'il n'est, suivant ses dires, qu'un "avorton"...

   Et il va alors, effectivement, se livrer à un véritable "apostolat", au sens de la "mission"... Les "nazaréens" (première dénomination des chrétiens) ne sont alors qu'un petit "courant" de juifs encore attachés à la Loi juive, même s'ils ont reconnu Jésus comme "celui" qui l'accomplit (d'où leur nom postérieur de "judéo-chrétiens") : ils sont regroupés autour de l'Apôtre Jacques dit le "Mineur" ou le "Juste" ou encore le "Frère du Seigneur" ... Et Paul comprend que ce courant, évidemment combattu par les juifs "orthodoxes", peut devenir une impasse sans grand avenir, et, sans en avoir eu l'initiative, il se joint volontiers - en raison de son expérience du "monde païen" - à ceux qui veulent le convertir, ce qui était alors une initiative audacieuse dans le cadre d'un judaïsme déjà peu porté - comme encore maintenant - au "prosélytisme"...D'abord opposé à Pierre, initialement fidèle aux judéo-chrétiens, il obtient vers l'an 50 de Jacques le Mineur, "patriarche" de Jéusalem, le droit de convertir les païens sans l'obligation du rite de la circoncision...Et il contribue alors fortement au développement du courant des "chrétiens incirconcis" (ou "pagano-chrétiens"), ce qui lui vaut le surnom "d'Apôtre des Gentils" ... Il va alors multiplier les voyages - à pied ou par mer - autour de la Méditerranée (Syrie, Arabie, Asie Mineure, Grèce, ...et finalement Rome), créant - et souvent revisitant - de multiples communautés créées dans des villes, ou leur écivant - d'où ses nombreuses épîtres (*)...Avec les disciples qu'il a formés et qui le relaient dans les Epîtres (*), il est donc l'incontestable "propagateur" de la nouvelle religion "chrétienne", et comme le courant "judéo-chrétien" , pris entre les juifs orthodoxes et les pagano-chrétiens", décline et disparaît dès le 2ème siècle, on peut s'interroger sur l'avenir qu'aurait eu le christianisme sans l'action décisive de Paul...

   Mais on peut également s'interroger sur ce qu'est devenu le "christianisme" avec Paul ...Car Paul, tout en multipliant les marques de respect envers Jésus et en contribuant à la "divinisation" de celui qu'il appelle toujours le Seigneur - en souvenir des paroles que le "Ressuscité" lui avait adressées - ne s'intéresse pas à la "vie terrestre" de Jésus et s'attarde seulement sur sa "Passion", sa Mort sur la "Croix" et sa "Résurrection" dont il fait la base de la nouvelle religion... "L'intellectuel" qu'est resté Paul idéalise son modèle, dont il fait le "Fils de Dieu" , quelque peu éloigné de "l'être de chair et de sang" qui ne voulait même pas de son vivant être désigné comme le "Messie"... En ce sens, on peut donc dire que, sans être le "fondateur du christianisme", Paul a largement contribué à la fondation d'une religion dont Jésus-Christ reste évidemment l'origine...  

(*) Epîtres de Paul : Thessaloniciens (1), Philippiens, Corinthiens (1 et 2), Philémon, Galates, Romains.
     Epîtres des disciples de Paul : Colossiens, Hébreux, Thessaloniciens (2), Ephésiens, Timothée (1 et 2), Tite.                  

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Jeudi 17 avril 2008

   Les Français ont la manie de donner des leçons au monde, et il faut reconnaître que le monde les y encourage en considérant que la France est "la patrie des Droits de l'Homme"...

   Il n'y a donc rien de surprenant à ce qu'en France des "voix" - plus ou moins autorisées - s'élèvent actuellement pour donner des leçons à la Chine en raison de son action au Tibet et recommandent de la sanctionner en mettant en cause les Jeux Olympiques de Pékin...

   Ces "voix" n'oublient qu'une vérité toute simple, à savoir que, pour donner des leçons, il faut être soi-même irréprochable...Or il fut un temps, pas si lointain, où la France était critiquée pour sa politique "coloniale", notamment quand un certain François Mitterrand, Ministre de l'Intérieur du Cabinet Mendès-France, s'écriait le 12 novembre 1954 à la tribune de l'Assemblée Nationale :"L'Algérie, c'est la France", et ajoutait même :"Je n'admets pas de négociations avec les ennemis de la Patrie ...La seule négociation, c'est la guerre !"... Et les Français ne supportaient pas alors les critiques, venant - il est vrai - de pays comme l'URSS ou les Etats-Unis, dont la pôlitique "impérialiste" était loin d'être au dessus de tout reproche...

   Alors on peut comprendre que la Chine n'accepte pas de leçons, en particulier de la France : d'abord, elle a une "fierté nationale", à l'instar du "coq gaulois"...Et puis elle a actuellement beau jeu de critiquer ses détracteurs "occidentaux" en raison de la responsabilité de ceux-ci dans les problèmes de ressouces alimentaires ...Enfin, il est incontestable que la Chine a fait des progrès énormes depuis la 2ème Guerre Mondiale : elle n'a plus rien à voir avec le pays grouillant de misère décrit par Lucien Bodard dans son livre "Monsieur le Consul" ..., ni même avec celui de Mao-Tsé-Toung et sa Révolution Culturelle qui n'avait rien d'exemplaire... "Quand le Chine s'éveillera ...le monde tremblera" écrivait Alain Peyrefitte en 1973 ...La Chine s'est "éveillée" avec Deng-Tsiao-Ping et ses successeurs, et elle s'est même largement ouverte au "libéralisme économique" , au point de devenir l'une des grandes puissances mondiales, si ce n'est la première, avec plus de 1 milliard d'habitants...

   Certes, il reste à la Chine "du chemin à faire"... et, en l'occurrence, son action au Tibet est un sujet d'inquiétude et justifie une discussion dans le cadre des relations internationales ...mais dans ce cadre-là seulement, c'est-à-dire au niveau des gouvernements... Les Jeux Olympiques, qui sont une "Fête du Sport" ...en dehors de la ...mêlée politique, n'ont rien à y voir, ...et il est même scandaleux et dommageable -surtout pour les sportifs qui s'y sont préparés - de les "instrumentaliser", comme l'a proclamé le Français Jean-Claude Killy qui, à juste titre, fait autorité... Au contraire, les Jeux Olympiques peuvent avoir sur la Chine un effet bénéfique, comme l'avaient eu  les Jeux de Moscou en 1980 sur l'URSS, qui s'ouvrait peu après avec la "pérestroïka", permettant à certains peuples, comme celui de l'Ukraine, de retrouver leur autonomie... Peut-être la Chine comprendra-t-elle la nécessité de rendre à des régions comme le Tibet une réelle autonomie, après avoir connu une telle manifestation de solidarité internationale ?... Mais, pour cela, "il faut laisser du temps ...au temps", peut-être pas pour ...long temps !...

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Mardi 15 avril 2008
   Ainsi donc l'opinion des Français - comme celle des autres pays dits occidentaux - "re-découvre" le problème de la faim dans le monde, à "l'occasion" d'émeutes ayant éclaté simultanément dans une trentaine de pays dits en voie de développement comme l'Indonésie, les Philippines, Madagascar, le Congo, Haïti, etc... c'est-à-dire "aux quatre coins de la planète"... Quelle inconséquence de la part des "terriens", ...et en particulier de ceux qui ont mission de les informer et de prendre, en temps utile, les mesures nécessaires !...

   Car le problème n'est pas nouveau. Il est même aussi vieux que ...le monde !...Dès l'Antiquité, l'insuffisance des ressources alimentaires et même parfois la faim dans toute son horreur ont suscité des conflits et des mouvements de population : les nomades du Moyen-Orient - dont les Hébreux - vont au 7ème millénaire avant JC vers l'Egypte, "Eldorado" de l'époque ...les "Barbares" au 5ème siècle après JC s'installent dans les riches contrées de la Gaule et de l'Italie ...un "trop-plein" d'hommes du Nord (Normands) cherche fortune ...et subsistance par mer vers les estuaires de l'Europe occidentale au 10ème siècle... Puis, avec les troubles et les destructions de la Guerre de Cent ans au 14ème siècle et des Guerres de Religion au 16ème siècle, des disettes successives apparaissent en Europe... Toujours à cause des guerres, elles se répètent à la fin du règne de Louis XIV; ,puis de celui de Louis XV, et c'est encore un manque de subsistances qui prépare le terrain de la Révolution de 1789 sous Louis XVI...Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour que le spectre de la disette soit diisipé en France, même si l'équilibre y reste fragile, à en juger par les rationnements dûs à la Guerre 1939-1945...

   Il est vrai que des dispositions ont été prises après cette Guerre, non seulement pour la France dans le cadre du Plan Marshall avec les Etats-Unis, mais pour l'ensemble du monde sous l'égide de L'ONU avec la création d'agences internationales comme la FAO (chargée de l'agriculture), la PAM (chargée de l'alimentation) et la FIDA (Fonds International du Développement Agricole chargé de la lutte contre la pauvreté) ...Et pendant une trentaine d'années, de nombreuses études ont été faites sur le problème de la "faim", traduisant l'intérêt international pour ce fléau : réédition du livre du Danois Knut Hamsun sur "La Faim",... texte de "L'Empire de la honte" du Français Jean Ziegler sur le droit à l'alimentation ...Rapport à l'ONU du Brésilien Soarès de Freitas sur l'Etat  du Salvador ...Optimiste, l'américain Bellmann se dit persuadé en 1970 "qu'il est d'ores et déjà possible de nourrir toute la planète avec une organisation adéquate" ...Et de fait, les pays en voie de développement connaissent alors un essor incontestable, même s'il n'a pas l'ampleur de l'enrichissement des pays occidentaux ...C'est l'époque des "Trente Glorieuses", notamment en France, où, après 1968, le développement de la consommation fait croireque "tout est possible"... L'imagination est au pouvoir, n'est-ce pas ?...

   Le réveil est brutal ...L'économie mondiale, minée à partir de 1974 par une 1ère crise pétrolière, puis par l'augmentation inexorable du prix de l'énergie, connaît des difficultés croissantes...Les pays occidentaux s'en tirent, plus ou moins bien, souvent au prix de l'accroissement de la dette extérieure et du chômage intérieur, comme en France ...Tel n'est pas le cas de la plupart des pays en voie de développement, incapables de suivre l'augmentation des prix d'importation des produits alimentaires (blé, riz, maïs, soja, sucre, etc...) alors qu'ils ne peuvent pas se satisfaire de leurs propres produits, dont l'importance stagne et même parfois recule paradoxalement en raison même de leur développement économique : augmentation de la population entraînant un accroissement de leur consommation intérieure, d'autant plus grande que celle-ci se diversifie (davantage de viande, donc d'élevage, alors qu'il faut entre 3 et 10 kilos de céréales pour produire 1 kilo de viande...) - diminution de leurs surfaces cultivées en raison de l'extension des villes et des progrès de la désertification ...Or l'aide des pays occidentaux stagne et parfois se réduit, - soit en raison d'une pratique (aberrante) de jachère pour maintenir les cours, - soit en raison du développement des "bio-carburants" pour réduire la facture pétrolière. Le résultat est actuellement que 800 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique, notamment en Afrique et Asie, où la FAO estime que "25.000 personnes meurent chaque jour de sous-nutrition"... Le problème est d'autant plus affreux que cette sous-nutrition a des effets définitifs sur le développement physique et cérébral si elle se produit de façon continue au stade de l'enfance...

   Le pire est que les pays occidentaux eux-mêmes ne sont pas à l'abri du problème, même s'il y est moins grave, à l'image de la France qui connaît depuis une vingtaine d'années des "poches de pauvreté" de plus en plus grandes expliquant la multiplication des organismes de solidarité : Secours Populaire, Secours Catholique, Fondation Abbé Pierre, Restaurants du Coeur, etc...Et ces organismes se désolent de la chute catastrophique des dons, en raison de la perte du pouvoir d'achat des couches populaires, liée à l'accroissement du coût des produits alimentaires ...  Il est désormais fréquent de voir des personnes âgées fouiller dans les containers à la sortie des supermarchés ...Il est vrai que, dans le même temps, dans les les diverses Bourses, à Chicago comme à Paris, les spéculateurs se détournent des produits industriels en crise pour s'enrichir avec la hausse largement artificielle de 20 à 60 % des produits agricoles...

   Alors ?... Alors, il est urgent de réagir... Le "libéralisme économique" indispensable à la bonne marche de l'économie a ses limites quand il met gravement en jeu les vies humaines... Et les gouvernements, au niveau des Etats comme des Unions (zone dollar-zone européenne) doivent s'entendre, comme ils avaient promis de le faire à la Conférence d'Oslo en 1994 sur le "développement durable" qui consiste à promouvoir la solidarité inter-générations... C'est pourquoi  l'objectif principal de la nouvelle Conférence des Chefs d'Etat prévue à Rome du 2 au 5 juin 2008 devra être d'élaborer un "Plan d'aide aux Pays pauvres", et ce Plan devra comporter non seulement des secours conjoncturels, mais des mesures à long terme devant conduire ces pays à "se suffire" le plus vite possible : augmentation des surfaces cultivées avec lutte contre la désertification, développement des O.G.M. pour assurer rapidement l'augmentation des rendements, ré-orientation des cultures assurant la priorité des produits de consommation intérieure sur les produits d'exportation ...Et, dans le même temps, faire payer cette aide par une taxation sur les super-bénéfices des personnes et des entreprises qui profitent scandaleusement de la faim des autres... En fait, il n'y a pas le choix ...Sinon, on peut s'attendre à des excès de plus en plus incontrôlés, qu'il s'agisse d'immigration sauvage ou de terrorisme, dont les émeutes actuelles ne sont qu'une préfiguration... "Si les prix de l'alimentation continuent comme ils le font maintenant, les conséquences seront terribles"; prévient le socialiste français Dominique Strauss-Kahn, devenu Président du Fonds Monétaire International...
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Vendredi 11 avril 2008

   Les  O.G.M. (Orgnismes Génétiquement Modifiés... ) peuvent actuellement faire l'objet d'une application  "à rebours" de la sentence de Boileau dans son Art Poétique :

                 "Ce qui se conçoit  ...mal s'énonce ...confusément,
                  Et les mots pour le dire arrivent ...malaisément" ...

   Les mots, ...mais aussi les votes, quand les "pouvoirs" d'un pays comme la France - qu'il s'agisse du Gouvernement ou de l'Assemblée Nationale - se mêlent de "légiférer" dans un domaine que manifestement ils connaissent mal et où ils devraient laisser une large place à la concertation...

   Et pour cause ... puisque le problème  des O.G.M. est encore mal connu, y compris dans le domaine scientifique, où les 1ères manipulations de laboratoire remontent seulement à 1970 et où, encore maintenant, "la frontière technologique est sans cesse repoussée". Il est donc ...naturel que la question des O.G.M. soit encore controversée, et que ces O.G.M. trouvent à la fois des partisans enthousiastes et des adversaires acharnés...

   Il faut d'abord savoir de quoi on parle : suivant les directives de l'Union Européenne, "un O.G.M. est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par génie génétique, soit pour accentuer certaines de ses caractéristiques, ou lui en donner de nouvelles considérées comme désirables, - soit, au contraire, pour atténuer, voire éliminer certaines caractéristiques considérées comme indésirables"... Cette modification génétique se fait par "transgénèse", c'est-à-dire par "insertion dans le génome d'un ou de plusieurs nouveaux gènes, sous forme de portions d'ADN issues d'un autre organisme, les gènes insérés pouvant dans certains cas remplacer des gènes originels" ..., "Un O.G.M. est donc un organisme transgénique, c'est-à-dire un organisme contenant dans son génome des gènes étrangers" .C.Q.F.D.

   Il faut également préciser le cadre des "modifications génétiques" : En théorie, elles peuvent s"appliquer  "sur tous les êtres disposant de matériel génétique", donc sur tous les êtres vivants, ce qui peut évidemment être un 1er sujet d'inquiétude... Mais, en fait, elles ne s'appliquent jusqu'à présent qu'aux bactéries - les êtres les plus faciles à modifier - et aux plantes, en particulier les plantes cultivées à grande échelle (soja, maïs, coton, tabac...). Les animaux "transgéniques" sont beaucoup plus difficiles à obtenir, et en dehors du cas spectaculaire de la brebis "Dolly" (en fait, un "clone"), les modifications génétiques se limitent aux souris des laboratoires... Quant aux hommes, il n'en est pas question pour des raisons ..."éthiques", et aucune expérience ne les concerne à ce jour... Mais - et c'est là que "le bât blesse" - les hommes qui, jusqu'alors, ont utilisé la plupart de leurs inventions au moins en partie "pour faire le mal", seront-ils capables, à propos d'eux-mêmes, de rester "dans le chemin du bien", ...et n'y aura-t-il pas des "savants de malheur" - poussés par des régimes indignes, à l'image des "expériences" des Nazis, pour faire de "l'eugénisme" et vouloir créer des "surhommes" ?...

   Dans l'immédiat, il faut reconnaître objectivement que la génétique a apporté beaucoup plus de bien que de mal ...et ceci depuis longtemps  ...Car on oublie qu'avant le développement de la "science génétique", les hommes avaient procédé - empiriquement - à des "échanges de gènes" dans l'agriculture comme dans l'élevage : les plantes et les animaux actuellement utilisés n'existaient pas il y a 10.000 ans, et soint issus "d'ancêtres sauvages" qui ont été améliorés à travers les siècles par sélection et hybridation... En fait, la science génétique n'a fait que "systématiser" et "accélérer" le processus en fonction du progrès des connaissances... Ainsi, on a introduit ou enlever des gènes avec des objectifs variés : résistance aux insectes ou aux herbicides, réduction de la durée de développement, ou inversement ralentissement du mûrissement, etc... Et ces interventions ont déjà permis des progrès agricoles importants, notamment dans les "pays en voie de développement" où des famines soint maintenant évitées et où les petits agriculteurs connaissent une augmentation non négligeable de leurs ressources... Par ailleurs, les les organismes internationaux relatifs à la santé n'ont pas, à ce jour, enregistré de réaction négative à la consommation d'O.G.M., ce qui n'est pas toujours le cas des produits ...traditionnels. Enfin la production de substances médicales comme l'insuline profite à toute l'humanité...

   Néanmoins, il y a des résistances persistantes aux O.G.M.... Pour mémoire, on peut citer celle des "créationnistes" considérant qu'il y a un "sacrilège" à modifier un génome, puisque Dieu a tout créé de façon parfaite... Plus sérieuse est l'objection concernant la "dissémination du pollen" difficile à éviter entre des champs de culture traditionnelle et des champs d'O.G.M., ...car des espèces "conquérantes" d'OG.M. pourraient ainsi éliminer des espèces naturelles, et rompre un certain équilibre écologique... De même, les O.G.M. étant protégés par des "Brevets" de propriété intellectuelle, il y a un risque de monopole par des "multinationales", permettant ainsi de procéder à des "embargos" en cas de conflit économique ou politique... Et donc le débat reste ouvert ...

   Dans ces conditions, on peut comprendre que le "Projet de Loi sur les O.G.M." fasse actuellement des "vagues" en France... Car la "poire" - transgénique ou pas - "n'est pas mûre" ...Et l'enthousiasme de la jeune Secrétaire d'Etat Nathalie Kosciusko-Morizet - "N.K.M.", à ne pas confondre avec  ..."O.G.M". ! - qui a déjà participé à diverses rencontres sur l'environnement  ...et s'est aventurée ...un peu trop loin - s'est heurtée au scepticisme de la majorité politique actuelle, qui n'est pas  ..."naturellement" portée sur l'écologie, ...et ne souhaite pas aller au delà d'un Projet seulement fondé "sur la liberté de de cultiver avec ou sans O.G.M.", avec des variantes suivant les filières, ...autrement dit sur une relative neutralité ne gênant personne, en dehors des "faucheurs" menacés de poursuites ...

   Ainsi va la France !...

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Mardi 8 avril 2008

   Le thème de l'euthanasie revient de façon récurrente chaque fois qu'un problème grave de santé se pose, notamment quand les médias alertés font vibrer la corde émotionnelle à propos d'un cas douloureux... Il est donc utile de présenter le point de vue des médecins qui sont confrontés à ce problème, et sont donc à même de faire valoir une réflexion reposant sur l'expérience et non sur l'émotion - même respectable - qui sert de fondement à l'action d'organismes comme l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD);

   Texte extrait du Jourlal La Croix du 8 Avril 2008 :


   Ces médecins qui ne veulent pas donner la mort



Dans un texte commun, sept sociétés savantes affirment leur opposition à toute évolution de la loi vers une aide active à mourir



C’est clair, net et précis. « Nous réaffirmons avec force que, quels que soient les choix que notre société pourrait faire dans le futur, donner la mort ne relève en aucune façon de la compétence du médecin et que nous, professionnels de santé, n’assumerons pas ce rôle. Cela entrerait en conflit de valeurs avec la mission fondamentale des soignants médicaux comme non médicaux, qui est bien de toujours soigner et prendre soin de l’autre et ce jusqu’au bout de sa vie. » Voilà ce qu’affirment, dans un texte commun, des médecins de sept sociétés savantes (1).

Parmi eux, on trouve bien sûr des spécialistes des soins palliatifs ou de la douleur, habitués à monter au créneau dès que la question de l’euthanasie revient dans le débat public. Mais, cette fois, d’autres praticiens ont choisi de faire entendre leur voix : des généralistes, des gériatres ou des médecins qui soignent des cancers ou des maladies hématologiques. Tous unis dans un même élan pour affirmer que le « faire mourir » ne peut pas être une solution en soi.

« Le tragique, l’effroyable vécu par une personne ne peut pas nous faire admettre que la mort donnée, même si elle est souhaitée, soit la solution », soulignent ces sociétés savantes, en allusion bien sûr au
cas de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans retrouvée décédée à son domicile et qui demandait une assistance au suicide.

Les médecins de sept sociétés savantes souhaitent réaffirmer avec force que le rôle d’un soignant ne pourra jamais être de donner la mort (photo AFP/Bureau).

"Contre-pétition"

C’est l’année dernière, en pleine campagne présidentielle, que ces professionnels de santé ont décidé d’agir en commun, sous l’impulsion de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap). À l’époque, ils avaient voulu réagir à la publication, dans Le Nouvel Observateur, d’un texte signé par 2 000 médecins et infirmières affirmant avoir, « en conscience, aidé médicalement des patients à mourir… »

Ces opposants à l’euthanasie avaient alors lancé une « contre-pétition » sous la forme d’un plaidoyer contre la légalisation du suicide assisté, afin de montrer que cet appel à légaliser le « faire mourir » n’était pas majoritaire au sein du corps médical. Au final, le texte de protestation avait été signé par 6 700 professionnels de santé.

« Mais c’est vrai qu’il n’a pas eu le même écho médiatique que le discours des pro-euthanasie. Peut-être parce que nous avons un propos moins simpliste sur ces situations de fin de vie, qui sont souvent d’une extrême complexité », explique le docteur Godefroy Hirsch, le président de la Sfap.

"Est-ce que l’émotion permet véritablement l’analyse ?"

Conscient de l’impact de l’histoire de Chantal Sébire dans l’opinion, ces médecins repartent donc aujourd’hui à l’offensive, en regrettant que la problématique de la fin de vie ne soit abordée dans le débat public qu’à l’occasion d’affaires à forte charge émotionnelle. « Il est évident que l’histoire de cette femme a ému la France entière. Mais est-ce que l’émotion permet véritablement l’analyse ? » s’interroge le docteur Pascal Gendry, généraliste à Renazé (Mayenne) et président de l’AGHL (1).

Comme les autres signataires, il dit aussi avoir été, à l’occasion de ce débat, une nouvelle fois « effaré » de la méconnaissance de
la loi Leonetti, y compris parmi les soignants. « C’est vraiment regrettable, car ce texte a constitué un énorme progrès et permet de trouver une solution dans 99 % des cas problématiques », assure le professeur Philippe Collombat, chef du service d’hématologie adulte et du service d’oncologie pédiatrique au CHU de Tours, qui préside le Grasspho (1).

Avec leur libelle, ces médecins souhaitent donc réaffirmer avec force que le rôle d’un soignant ne pourra jamais être de donner la mort. « Cela fait près de vingt ans que je suis médecin et que je me bats pour soigner ou accompagner la vie. Qu’on ne compte pas sur moi, un jour, pour être celui qui pourra donner la mort », lance le professeur Collombat.

"Double position" intenable

Sur la même ligne, le docteur Hirsch estime qu’une évolution de la loi dans cette direction reviendrait à mettre les médecins dans une « double position » absolument intenable. « Comment, demain, pourra-t-on nouer une relation de confiance avec un patient qui se dira : ce médecin, qui aujourd’hui me soigne, sera peut-être aussi celui qui, à un moment, mettra quelque chose en œuvre pour que je ne vive plus… »

Qu’ils soient généralistes, gériatres ou cancérologues, tous affirment être parfois confrontés à des situations délicates. « Bien sûr que cela arrive d’avoir des gens qui nous disent : “Docteur, je ne peux plus, aidez-moi à mourir.” Mais cet appel ne veut pas forcément dire : “Docteur, injectez-moi quelque chose !”, souligne le docteur Gendry. Entendre cette plainte, c’est être capable d’accompagner l’autre, de soulager ses souffrances et d’être jusqu’au bout dans le “prendre soin”, qui est le fondement de notre mission de soignant. »

Une position partagée par le docteur Marie-Pierre Hervy, présidente de
la SFGG (1) et chef du service de gériatrie de l’hôpital Bicêtre, situé au Kremlin-Bicrêtre, près de Paris. « Il nous arrive souvent de gérer des situations de fin de vie de personnes âgées en perte d’autonomie qui ne peuvent plus s’exprimer et qui, si l’on peut dire, n’en finissent pas de mourir. Dans certains cas, les familles nous disent : “Mais à quoi cela sert-t-il de la laisser vivre dans cet état ? Pourquoi ne pas en finir tout de suite ? Pourquoi attendre ?” Nous leur disons d’abord que tout est fait pour que cette patiente ne souffre pas. Et que, pour le reste, elle attend la mort. Et que, même si nous ne savons pas toujours pourquoi, cette attente sert certainement à quelque chose. »

"Une prescription médicale comme une autre"

Le docteur Hervy affirme aussi que les demandes d’aide active à mourir restent, au quotidien, bien moins nombreuses que les demandes à être accompagné jusqu’au bout. « Aujourd’hui, chez les personnes âgées, je peux vous assurer que l’abandon de soins est une crainte plus forte que celle d’un acharnement thérapeutique. Beaucoup de personnes âgées qui entrent à l’hôpital ont peur d’une chose : qu’on les tue sans leur dire », explique cette gériatre qui, comme ses confrères, estime qu’une évolution de la loi serait dangereuse.

« S’il y a une loi pour une exception d’euthanasie, les rapports de pouvoir risquent de changer entre les médecins et la population, au sein des hôpitaux. On risque de voir des médecins qui diront : “Puisque la famille le souhaite, je le fais.” L’aide active à mourir deviendra une prescription médicale comme une autre, avec alors un risque majeur de déstabilisation des repères qui fondent notre société », affirme le docteur Hervy.

Avant d’ajouter que le rôle d’une loi « n’est pas de fournir un livre de recettes derrière lequel chaque professionnel pourra se cacher, mais de donner un cadre pour une réflexion qui soit la plus éthique possible ».

Pierre BIENVAULT

(1)
Société française d’étude et de traitement de la douleur (Sfetd),Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG), Société française d’anesthésie-réanimation (Sfar), Société française d’hématologie (SFH), Groupe de réflexion sur l’accompagnement et les soins de support pour les patients en hématologie et en oncologie (Grasspho) et Association nationale des médecins généralistes exerçant à l’hôpital local (AGHL).

 

publié dans : Médecine
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