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                                                                                                                                                                                                                                                Le bien ne fait pas de bruit, mais le bruit ne fait pas de bien (anonyme)

On ne doit parler qu'à celui qui est prêt à entendre (anonyme)

Le croyant sait qu'il croit ...Le savant croit qu'il sait ...

Les gens n'aiment pas que ...on prenne une autre route qu'eux... (Brassens)

Nous n'héritons pas de la Terre, nous l'empruntons à nos enfants (Saint-Exupéry)

Le passé n'est jamais simple, le présent est indicatif, et le futur est toujours conditionnel (Cocteau)

Des chercheurs, on en trouve ...des trouveurs, on en cherche... (De Gaulle)

Il y a toujours quelque chose qui naït quand quelque chose meurt (anonyme)

Quand mon verre est plein, je le vide ...Quand mon verre est vide, je le plains...(anonyme)

Humaine mais bête...(l'erreur)

Le sérail est un home à femme (sans commentaire)

VU - LU - ENTENDU

John Paul MEIER  Un certain Juif - Jésus - Les données de l'Histoire  Ed. Cerf

Catherine NAY  Un pouvoir nommé désir - Ed. Grasset

Alain DUHAMEL  La Marche Consulaire - Ed. Plon

Christine CLERC  De Gaulle - Malraux , une histoire d'amour  - Ed. Nil

Alain SOUCHON  Ecoutez d'où ma peine vient - Parachute doré - Texte Laurent Voulzy - Coll. Opendis

Jacques TENIER  Faire la paix dans les régions du monde - Ed. L'Harmattan
 
Olivier AMEISEN  Le dernier verre - Ed.Denoël

 

Frédéric LENOIR  Le Christ philosophe - Ed. Plon



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Introduction

Le site s'intitule "Convergences" parce que son but est de rapprocher les points de vue sur des sujets difficiles de l'actualité ou plus généralement des activités humaines... Chaque article - rédigé en fonction des circonstances - ne traduit que l'opinion de son auteur et peut appeler des commentaires...et il ne faut pas rêver : les avis seront parfois inconciliables... Mais au moins la discussion permettra de réfléchir et donc d'approfondir la connaissance des sujets.


Mercredi 27 août 2008

   A l'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, les sportifs ont défilé dans le "Nid d'oiseaux" en délégations nationales, conformément à une tradition mettant en valeur la participation de tous les pays ayant accepté d'y participer... Et à ce titre, les Jeux ont déjà été un succès, puisque - malgré diverses menaces de "boycottage" contre la Chine - 204 pays étaient présents sur les 224 Etats du monde ... 

   Très naturellement aussi, un "Palmarès"  international a été établi, où figurent 86 pays, soit moins de la moitié des pays participants ... Même s'il est légitime de mettre en valeur les "médailles" - or, argent  et bronze, c'est-à-dire les 3 ou 4 premières places dans chaque discipline - il est néanmoins regrettable de ne pas l'avoir élargi le tableau aux places suivantes, pour souligner les efforts des pays et de leurs athlètes qui ont respecté la devise de Pierre de Coubertin "L'essentiel est de participer" mais n'ont pas atteint l'excellence... D'autre part, tel qu'il est présenté, le tableau des médailles n'est pas équitable, parce qu'il ne tient pas compte de l'importance démographique de chaque pays ...En fait, s'il est vraiment besoin de faire un "palmarès", celui-ci devrait comporter 3 classements :

   1. Un classement limité aux médailles d'or, qui reste légitime puisque le but des Jeux, à l'image de ceux de l'Antiquité, est de désigner des "champions olympiques", c'est-à-dire les "premiers" dans chaque discipline ...Ce classement est pratiquement celui qui est présenté dans le "tableau des médailles", puisqu'il est basé sur les médailles d'or, celles d'argent et de bronze ne servant qu'à départager les ex-aequos : 1.Chine(51) 2.Etats-Unis (36) 3.Russie (23) 4.Grande-Bretagne (19) 5.Allemagne (16) 6.Australie (14) 7.Corée Sud (13) 8.Japon (9) Italie (8) 10.France (7)...

   2. Un classement intégrant le total des médailles (or, argent et bronze) et donnant donc déjà un tableau plus complet des mérites de chaque pays...Il suffit, pour l'établir, de remettre dans le bon ordre le total des médailles figurant pour chaque pays dans le palmarès : 1.Etats-Unis (110) 2.Chine (100) 3.Russie (72) 4.Grande Bretagne (47) 5.Australie (46) 6.Allemagne (41) 7.France (40) 8.Corée Sud (31) 9.Italie (28) 10.Ukraine (27) 11.Japon (25)...

   3. Un classement faisant par pays le quotient entre le nombre de médailles et le nombre d'habitants (seulement en millions d'habitants, pour simplifier le calcul) et traduisant ainsi clairement l'effort collectif de chaque pays : 1.Australie (2,3) 2.Grande-Bretagne (0,78) 3.France (0,67) 4.Corée Sud (0,65) 5.Ukraine (0,55) 6.Allemagne (0,50) et Russie (0,50) 8.Italie (0,48) 9.Etats-Unis (0,30) 10.Japon (0,19) ....80.Chine (0,07...avec 1280 millions d'habitants) ex-aequo avec Taï-Wan (tout un programme !)

                                                                                                                              Ainsi donc la Chine, qui a fait beaucoup de bruit (même mérité...)
est remise à sa juste place ...et il faut reconnaître ...sportivement ... que la France - soi-disant devenue une "petite nation" au déclin inévitable, et toujours prête elle-même à douter, à se lamenter, à battre sa coulpe, à se dresser sur ses ergots - est 3ème !...Médaille internationale de bronze !... Cocorico !...


Statistiques :

- Tableau des médailles : http://www.lequipe.fr/Jo/TAB_MEDAILLES.html

- Population des pays : http://www.studentsoftheworld.info/infopays/rankfr/population2_2002.html

Par Jean Daumont - Publié dans : Sport - Communauté : Le champ du monde
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Vendredi 22 août 2008

   Le Président de la République, en rendant un hommage légitime aux dix soldats français tués dans une embuscade en Afghanistan, y a jusfifié la guerre en affirmant : "Ici se joue la liberté du monde" ...

   La guerre a toujours été un fléau, comme toutes les catastrophes naturelles provoquant la mort des hommes, mais avec cette différence majeure que les hommes en ont la responsabilité... Et, à travers l'histoire, cette responsabilité n'a que rarement trouvé une justification ...Car la liste est longue, et même interminable, des guerres ayant résulté de l'ambition de souverains, de querelles dynastiques, ou de conflits économiques ...

  Néanmoins, certaines guerres ont pu trouver une justification dans les institutions créées par les hommes eux-mêmes
 pour leur "salut", en particulier les religions attribuées le plus souvent à une puissance "divine" : ainsi, dans la Bible, les Hébreux - en dépit du 7ème verset du Décalogue : "Tu ne tueras point" (Exode 20/13) - ont le devoir de tuer au nom de Yaveh pour la conquête de la Terre Promise, à l'exemple de la prise de Jéricho : "Ils vouèrent à l'anathème (herem) tout ce qui se trouvait dans la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux" (Josué 6/21) ... De même, les chrétiens sont invités au Concile de Clermont par le Pape Urbain II à la "croisade" et détruisent Jérusalem (1099) au nom de Jésus-Christ qui avait pourtant prêché "l'amour du prochain" ...Et, à leur suite, les musulmans auront l'obligation de massacrer les Infidèles au nom de la "Guerre sainte" (Djihad) ...

   Mais la justification de la guerre n'a pas toujours été une affaire de religion ...Car la guerre peut apparaître nécessaire quand il s'agit de résister à l'injustice ou l'asservissement et qu'il n'y a pas d'autre solution... Ainsi, la lutte contre le nazisme - à fortiori quand a été connue l'infâmie de la Shoah - justifie la 2ème Guerre mondiale malgré le grand nombre de victimes militaires et civiles ... Mais peut-on en dire autant des guerres menées actuellement en Irak et en Afghanistan ?...Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont voulu entreprendre une ...croisade contre le terrorisme international, mais en Irak, la guerre s'enlise et engendre même une guerre civile... Et en Afghanistan, où il s'agissait de "frapper au coeur" pour atteindre le chef présumé des terroristes, Ben Laden, les Talibans d'abord isolés parviennent maintenant à rallier d'autres factions dans une guerre de "libération", où les troupes de l'OTAN - dont les Français - apparaissent comme des forces d'occupation défendant un régime fantoche et corrompu ...Alors, c'est certainement beaucoup dire que la liberté du monde y est en cause...

   Finalement, il n'apparaît pas possible de répondre à la question : "La guerre peut-elle être juste ?"... Une guerre injuste peut devenir juste, et inversement une guerre juste peut devenir injuste... Mais la "négociation", en cas de conflit, n'est pas pour autant une panacée et elle peut engendrer, elle aussi, l'injustice... Alors, que faire, "les hommes étant ce qu'ils sont, et l'humanité étant ce qu'elle est", s'il est permis d'étendre ainsi au monde l'aphorisme appliqué à la France par le Général De Gaulle, qui fut lui-même un homme de guerre avant d'être un homme de paix ?...

Par Jean Daumont - Publié dans : Polit. internationale - Communauté : Pour un monde meilleur
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Mardi 19 août 2008

   A  la faveur de son voyage en "Occident", un homme domine en ce moment une actualité pourtant encombrée d'événements divers comme le conflit israëlo-palestinien, la guerre en Irak, les troubles du Caucase  ...ou les Jeux Olympiques : le DalaÏ-Lama ...

   Cet homme, dénommé Tensin-Gyatso, est considéré par l'opinion courante, notamment en France, comme le chef de la religion bouddhiste, à l'image du Pape pour le catholicisme...En fait, il est seulement le représentant d'une communauté d'environ 7 millions de Tibétains qui l'ont reconnu depuis 1935 comme la dernière "ré-incarnation" du "Bodhisattva", devenant ainsi leur chef à la fois spirituel et temporel, installé dans le "Potala" dominant leur capitale, Lhassa ...Mais, depuis 1959, ayant refusé la "libération" du Tibet par la Chine, il a dû s'exiler à Dharamsala, au nord-ouest de l'Inde, où sa lutte "non-violente" pour l'indépendance du Tibet lui a valu une reconnaissance internationale symbolisée par le Prix Nobel de la Paix en 1989 ... Il n'en reste pas moins un moine, issu d'une des quatre "écoles" tibétaines - celle des Gelugpas - et il n'a jamais prétendu à la direction du bouddhisme dans le monde, en raison même de la nature de cette religion - qui est essentiellement une "morale sans Dieu" et sans structure hiérarchique -, mais aussi en considération de la situation très minoritaire des tibétains parmi les 350 millions de bouddhistes installés dans le Sud-Est de l'Asie, notamment en Chine ...

   Et pourtant cet homme, qui ne possède plus rien de ce qui constitue la base de tout "pouvoir" - un territoire, une administration, une représentation à l'étranger - bénéficie d'une autorité unanimement reconnue dans le monde, sans considération de religion puisque des "agnostiques" n'hésitent pas à accepter son "étole blanche" quand ils le rencontrent... Même la Chine, qui l'a contraint à l'exil, reconnaît "a contrario" son importance, en faisant de lui un enjeu dans sa politique mondiale... D'où vient donc la "pré-éminence" de cet homme capable à lui-seul de déplacer les foules et d'infléchir le comportement des Chefs d'Etat ?...

   - Cette pré-éminence vient certainement de l'homme lui-même, qui exerce un charisme naturel ...alors même que ses proches disent de lui qu'il est un homme simple, spontané, souvent drôle...Il ne se "pose" pas en savant "érudit" - malgré l'ampleur de son "savoir" - ni en "prophète" distribuant des "maximes" ...Au contraire, il n'hésite pas à reconnaître, dans certains cas, "qu'il ne sait pas"...Et il n'est ni aigre, ni amer pour le sort réservé à son peuple, insistant même pour qu'on ne dise pas de mal de la Chine ...Incontestablement, par sa modestie et sa modération, il emporte l'adhésion...

   - Mais l'adhésion vient aussi du public lui-même ...Car beaucoup de personnes qui l'écoutent et parfois le suivent sont dans une  situation morale incertaine, en raison du déclin des "certitudes" au cours du 20ème siècle résultant à la fois des Guerres mondiales ayant détruit l'ancien équilibre mondial ...et de l'ébranlement des doctrines, en particulier des religions monothéistes, qui défendaient des valeurs séculaires ...Pourtant, il ne pratique aucun prosélytisme, ironisant même sur "ceux qui changent d'habits et de meubles" ...et "revêtent les attributs culturels du bouddhisme tibétain", et affirmant qu "l'Europe est de tradition judéo-chrétienne et qu'il est plus sage qu'elle le demeure "...Car, pour lui, "les idées visant au progrès de la collectivité sont vaines, si elles ne reposent pas sur une réflexion intérieure" ...

   Et c'est effectivement dans cette "réflexion intérieure" qu'il faut trouver la source du prestige du Dalaï-Lama ...Ses proches rapportent qu'il commence toutes ses journées par quatre heures de méditation...On peut évoquer à ce propos Jésus-Christ qui se retirait au désert avant d'évangéliser, ou encore Gandhi qui jeûnait avant de se faire lui aussi l'apôtre de la "non-violence"... Mais assurément cette pratique n'est pas à la portée de tous les individus ...Elle n'en a pas moins une valeur d'exemple pour tous ceux - politiciens, journalistes, écrivains, philosophes et adeptes d'autre religions - contribuant à l'élaboration de l'opinion, en leur montrant qu'il convient de dépasser "l'enfermement" dans des doctrines, des structures, des dogmes ...et de "s'ouvrir aux autres" par une "maîtrise de soi" permettant de mieux appréhender les besoins sans cesse renouvelés des sociétés humaines ...Il est d'ailleurs intéressant de noter que le Dalaï-Lama - dont la religion comporte les notions de "re-naissance" et de "ré-incarnation" - s'inscrit, en deça de deux millénaires de "foi imposée" (conquêtes au nom de Dieu, Inquisition, guerres de religion, intégrismes divers...),  dans la ligne des "Penseurs de l'Antiquité" qui, déjà, s'interrogeaient sur les questions de l'existence des hommes et les moyens de parvenir à la "Sagesse" :
   * Epictète (50-125) : "Ne cherche pas à ce que ce qui arrive ...arrive comme tu veux...et le cours de ta vie sera heureux" (Manuel - Chapitre 13)
    * Sénèque (4-65) : "Ne vois dans ce qui t'entoure qu'un mobilier d'auberge ...Tu n'es là que de passage" (Lettre à Lucilius 120-18) 
    * Marc-Aurèle , l'Empereur romain (121-180) : "Un rameau ne peut être coupé d'un rameau contigu sans être aussi coupé de l'arbre tout entier. De même l'homme séparé d'un seul homme est aussi détaché de la communauté tout entière" (Pensées XI-8)

   Alors, pour le Dalaï-Lama, Sagesse héritée du passé ou Utopie tournée vers l'avenir ?... En tout état de cause, supériorité de l'Esprit sur le matérialisme ambiant ...


 

Par Jean Daumont - Publié dans : Personnalités - Communauté : Pour un monde meilleur
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Jeudi 14 août 2008

   Qui ne connaît pas la Tour Eiffel, en France d'abord, mais aussi dans le reste du monde ?...Il s'agit du monument le plus fréquenté de la planète, avec environ 236.000.000 de visiteurs depuis son inauguration en 1889 ...et encore 6.959.186 en 2007 ...Et elle est devenue à la fois le symbole de la France, au même titre que la Marseillaise, ...et l'emblème de Paris , à l'instar de la chanson de Michel Emer en 1946 : "Paris, mais c'est la Tour Eiffel, avec sa pointe qui monte au ciel !" (*)...

   Pourtant l'histoire de la Tour n'est pas celle d'un long fleuve tranquille comme la Seine coulant à ses pieds ...Elle a même été l'objet de diverses ...histoires :

   - D'abord le nom de la Tour a été quelque peu usurpé, car Gustave Eiffel n'en est pas le véritable auteur ...Avant sa construction, cet ingénieur avait certes déjà acquis une grande notoriété avec la Gare de Budapest (1875), le Viaduc de Garabit 1880), et l'ossature de la Statue de la Liberté à New-York (1882) ...Mais la conception même de la Tour avait été imaginée par des collaborateurs de son agence Maurive Koechlin, Emile Nouguier et Stephen Sauvestre, et le rôle - il est vrai, décisif - de Gustave Eiffel avait été seulement de la faire accepter pour l'Exposition Universelle devant célébrer à Paris le Centenaire de la Révolution de 1789 ...Dénommée à l'origine bizarrement la "Tour des mille pieds" (environ 300 mètres...), la Tour d'Eiffel ne devint qu'à l'usage la Tour Eiffel ...et à postériori, il est possible de faire de l'humour à propos de cette illustration du "génie français", car les aïeux de l'ingénieur avaient été des Allemands installés en France au 18ème siècle et ayant alors troqué leur nom originel de Boenickhausen contre celui d'Eiffel (en souvenir des monts près de Cologne), nom encore allemand mais "sonnant" mieux ...Assurément, l'usage n'aurait pas donné à la Tour le qualificatif de "Boenic...quelquechose" , mais quel nom alors aurait-elle pris ?...En tous cas, pas celui d'une Tour "infernale", avec sa pointe qui monte "au ciel" !...

   - Ensuite la Tour a été fortement contestée lors de sa construction, notamment de la part des "milieux éclairés", à en juger par la "Pétition des Artistes" (1887), signée par ...Maupassant, Gounod, Dumas fils, Verlaine, Sully-Prudhomme, Leconte de Lisle ...vilipendant "ce lampadaire tragique", "ce mât de fer aux lourds agrès", "ce tuyau d'usine", ..."cette Tour vertigineusement ridicule" (sic) ...Elle eut néanmoins des défenseurs, notamment de la part de savants alors convaincus de "l'Avenir de la Science" et déclarant avec emphase : "Quelle oeuvre plus artistique que que la Tour, dont les lignes ont été arrêtées par le calcul ?...Qui peut nier qu'une révolution s'opère dans les procédés de bâtir ?...Le fer se substituant aux anciens matériaux, est-il étonnant que les ingénieurs éprouvent le besoin d'élever un monument attestant cette transformation ...obéissant ainsi au sentiment de l'art qui a donné naissance aux Pyramides, au Parthénon, à Notre-Dame de Paris, à Saint-Pierre de Rome et ...à la Colonnade du Louvre ?" (re-sic)... Et il faut reconnaître objectivement que la Tour s'inscrit dans la grande époque de l'architecture métallique, dont les Halles Centrales construites par Victor Baltard entre 1854 et 1870, et maintenant démolies, avaient été un autre exemple (**)...

   - De toutes façons, la "pérennité" de la Tour n'avait pas été décidée lors de sa construction, ...et elle aurait pu connaître le sort de nombreuses constructions élaborées puis démolies dans les nombreuses Expositions mondiales du 19ème siècle ou du début du 20ème siècle ...Construite en 2 ans, 2 mois et 5 jours (!) de 1887 à 1889, par 250 ouvriers (pas un seul mort malgré les risques encourus...), elle aurait pu être démontée sans difficulté majeure, notamment en raison de son coût d'exploitation : en effet, après un succès initial de curiosité (environ 1.000.000 de visiteurs en 1889), la fréquentation s'effondra (150.000 seulement en 1894) ...et, au terme de la 1ère concession (1909), sa disparition fut envisagée ...La Tour tombait de haut !... Elle fut sauvée par ses promoteurs, et notamment par Gustave Eiffel lui-même, qui eut la bonne idée prémonitoire d'accepter son utilisation pour le télégraphe, puis la "TSF", ainsi que pour diverses expériences scientifiques ...Vocation inattendue, mais salvatrice ...qui faillit néanmoins lui valoir les ...foudres des Nazis qui, après l'avoir réquisitionnée en 1940, envisagèrent de l'incendier en 1944 en raison de son importance pour les télécommunications (cf. Paris brûle-t-il ? ...Von Choltitz) ...


   Mais l'histoire de la Tour Eiffel finit bien, du moins jusqu'à présent ...Car, après la 2ème Guerre mondiale, avec les progrès des transports et de l'information, le "tourisme de masse" s'est développé, notamment en France qui est devenu le pays d'accueil le plus important de la planète... Et la Tour Eiffel en a largement profité : environ 1.000.000 de visiteurs en 1945 ...4.500.000 en 1990 ...et donc 6.959.186 en 2007 ...Et, même si elle a perdu depuis longtemps son record du monde de hauteur malgré un rehaussement à 325 mètres avec ses antennes, elle est donc assurée de sa pérennité !...Cocorico !...


(*) http://www.paroles.net/chanson/19693.1

(**) Un des Pavillons démolis en 1973 a été reconstruit en 1976 à Nogent-sur-Marne, sur un côteau dominant la Marne, et il sert à des manifestations diverses , notamment culturelles...
http://www.pavillon-baltard.fr/
  

Par Jean Daumont - Publié dans : L'Histoire - Communauté : Le champ du monde
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Samedi 9 août 2008

   Les Jeux Olympiques modernes ont été créés en 1896 à Athènes à l'initiative du Français Pierre de Coubertin , sur le modèle des Jeux d'Olympie dans la Grèce antique, qui avaient duré de 776 av.JC à 393 après JC, date de leur suppression par l'Empereur chrétien Théodose hostile à cette manifestation "païenne"... Ils avaient pour but de rassembler les hommes en dépassant leurs querelles politiques - on parlait de "trêve olympique" - mais aussi de permettre une compétition loyale quelle que soit l'origine des concurrents - au nom de "l'esprit sportif", suivant la formule : "l'essentiel est de participer" ...

   Malheureusement, depuis longtemps, on n'en est plus au respect de ces idéaux, et les Jeux Olympiques de Pékin en 2008 sont à nouveau l'occasion de dérives regrettables :

   - Il y a d'abord cette mauvaise querelle faite à la Chine en dénonçant l'organisation des Jeux par un pays ayant procédé à une répression au Tibet... Il n'est certes pas question de justifier une telle action, mais en l'occurrence on est dans le domaine sportif qui doit rester en dehors des problèmes politiques ...et la Chine n'a nullement imposé sa candidature  aux Jeux Olympiques de 2008, puisqu'elle a été choisie par le Comité International Olympique en 2001 parmi 5 villes candidates, les autres étant Toronto, Istanbul, Osaka et ...Paris ! Il s'agissait pour le Comité de tenir compte de l'importance d'un pays regroupant à lui-seul le 1/4 de l'humanité ...sans considération du régime politique même si celui-ci avait alors déjà donné des signes de libéralisation... S'il en avait été ainsi, pourquoi Paris, capitale du "pays des droits de l'homme" n'aurait pas été préférée à Pékin ?...

   - Il y a d'autre part cette course aux médailles qui, avant même l'ouverture des Jeux, a envahi l'espace médiatique, notamment en ...France. Il n'est question que des "chances de médailles" et on répète à l'envi les classements des Jeux précédents, qu'il faut à tout prix dépasser ...Mais les efforts d'athlètes le plus souvent modestes ayant sacrifié une partie de leur vie personnelle à leur préparation sont fort peu évoqués, ...sauf pour quelques champions ...Or il se passera ce qui se passe à chaque fois : des champions vont "décevoir" ...et des inconnus vont se faire connaître et connaître une popularité soudaine... Il en a été ainsi pour la Coupe du monde de Football en 1998 : avant la compétition, le "Onze" français était critiqué et l'entraîneur Jacquet traîné dans la boue, à la suite de matches de préparation peu convaincants ...et l'ironie était encore de mise après un match difficile contre le ..Paraguay au Stade Bollaert de Lens ..Et puis la France a remporté la Coupe contre le Brésil, les "critiques" sont devenus des "thuriféraires" et les joueurs et leur entraîneur des "icônes" dont on parle encore...

   Alors, de grâce, faisons taire ces commentaires sur le Pays organisateur et sur les rivalités des Pays participants... Et laissons les sportifs débattre entre eux de leurs capacités... Et communions sans réserve à la joie sincère des Chinois pour une manifestation faisant honneur à l'humanité ...Pour une fois...

Par Jean Daumont - Publié dans : Sport - Communauté : Le champ du monde
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Jeudi 7 août 2008
    Tout au long de leur histoire, les hommes naturellement amenés à vivre en "société" ont été soumis à une alternative entre "l'unité" et la "communauté" :

   - A l'origine, ils étaient regroupés en clans ou tribus, le plus souvent nomades, regroupant des familles au sens large (descendants d'un ancêtre plus ou moins mythique) pour des raisons économiques ( surtout élevage)... Il était donc "naturel" qu'en se sédentarisant, ces groupements cherchent à maintenir leur unité : l'histoire des Hébreux devenus les Juifs en est l'exemple le plus célèbre, en raison du récit - même idéalisé - de leur Bible...

   - Mais l'histoire de la Bible montre aussi qu'un peuple ayant cherché à sauvegarder son unité n'a pas pour autant conservé son indépendance ...au contraire, puisque, pendant 3 millénaires, les Juifs n'ont formé un "Etat" que pendant ...300 ans environ (Royaume de David et Salomon, Royaume des Hasmonéens)... Car, comme beaucoup d'autres peuples, ils ont été soumis à des Empires...

   - Les Empires ont été le plus souvent constitués par la volonté d'un peuple - généralement dirigé par un chef dominateur - à former un Etat, c'est-à-dire une organisation politique à but économique (recherche de ressources et commerce) ...Et cette organisation a pris des formes diverses : tantôt une forme autoritaire - à l'exemple de l'Egypte antique autour d'un pharaon - ou ...au 20ème siècle, l'empire nazi (Ein Volk, ein Reich, ein Fuhrer...) heureusement de courte durée ...mais tantôt,  aussi, une forme libérale  à l'exemple de l'Empire perse de Cyrus (5ème Siècle av.JC) qui respectait et même encourageait les coutumes locales (Retour d'exil des Juifs) ...et au 19ème siècle l'Empire austro-hongrois qui préfigurait une politique de pluralisme, c'est-à-dire d'unité dans la communauté...

   - Mais cette volonté de pluralisme se heurtait alors en Europe, comme dans le reste du monde, à l'éveil des nationalités ...Qu'il s'agisse des peuples d'abord rassemblés au 19ème siècle dans l'éphémère Empire napoléonien ou plus tard au 20ème siècle des peuples  soumis aux Empires coloniaux, on en vint rapidement à une recherche d'homogénéité entre le "groupe" constitué pour des raisons diverses (langue, religion, économie...) et "l'Etat", ...avec le risque inhérent de ce qui a été appelé abusivement la "purification ethnique" ...d'où des massacres et des déplacements de population (Pologne en 1939-45, Bosnie en 2005)...

   - Pourtant des efforts avaient été tentés, notamment en Europe, pour préserver un certain pluralisme : cela avait été le cas de l'Empire austro-hongrois, et auparavant, de la Suisse (française, romande et alémanique), du "Royaume Uni" (Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Irlande du Nord), de l'Espagne (Castille, Aragon, Catalogne, Pays Basque) ... et, après 1918, de la formation de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie ...Mais les événements récents de la fin du 20ème siècle et du début du 21ème siècle ont montré la fragilité de ces "constructions" devant la remontée des nationalismes...

   - Cette remontée des nationalismes est d'autant plus aberrante qu'elle va à l'encontre de la politique entreprise, notamment à l'initiative des anciens ennemis qu'étaient la France et l'Allemagne, pour instituer une Union européenne ...Celle-ci, d'abord limitée à 6 pays (France, RFA, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg et Italie), pour des motifs économiques (CECA, Euratom, Marché Commun) s'est élargie à 9, puis 12, et maintenant ...27 Etats, et elle cherche à se donner des institutions politiques cohérentes et efficaces ...Mais elle trouve actuellement ses limites : après le succès de l'Euro, monnaie unique, l'échec au moins provisoire d'une "Confédération"...sur la base d'un Pacte unique européen ... Et la raison en paraît évidente, en raison du nombre des Etats et de leur souci de préserver leurs avantages propres, qui rend l'Union ...ingouvernable ... à fortiori si elle doit accepter l'intégration des 7 Etats issus de l'éclatement de la Yougoslavie (plus que ..."l'Europe initiale" de 1951) et éventuellement de la Flandre et de la Wallonnie résultant de la scission de la Belgique ...et ensuite, du Pays Basque, etc ...



    Peut-être la France fait-elle exception, parce qu'elle a su jusqu'à présent préserver un équilibre entre tous ses éléments pourtant d'origine variée ...Certes, elle y a été poussée par les épreuves - notamment les guerres 1870-71, 1914-18 et 1939-45 - qui ont contribué à "souder" des groupes divers, mais elle a bénéficié aussi d'un incontestable "esprit de tolérance", malgré les insuffisances de ses régimes politiques, de sorte que "la volonté de vivre ensemble" dans la "nation" l'a emporté sur des tendances séparatistes de "vivre entre soi" ...C'est ce qu'on doit attendre maintenant de l'Europe, en ...attendant de ...l'attendre du reste du Monde dans une Communauté relevant encore de ...l'Utopie !

 

Par Jean Daumont - Publié dans : Polit. internationale - Communauté : Pour un monde meilleur
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Mardi 5 août 2008
   A force de dénoncer les "scandales" dans l'activité de la France, je me suis demandé s'il n'y avait pas de ma part un "complexe de la persécution", même si je m'efforce en chaque occasion de vérifier mes informations...

   Cette vérification n'est pas toujours facile, et j'ai bien failli me livrer récemment à une critique erronée à propos ...des médicaments. En effet, en achetant des médicaments dans une pharmacie - ce qui est banal - je me suis aussitôt "courroucé" de trouver sur le comptoir un prospectus ainsi titré : "En cas de refus du générique, vous réglez vos médicaments" ...Qu'est-ce que çà veut dire ?... De quel droit sanctionner ainsi ceux qui n'acceptent pas des médicaments génériques ?...Et la liberté, alors !...Scro-gneu-gneu !

   Heureusement, je me suis fait expliquer le problème : en fait les médicaments dits "génériques" sont moins chers parce qu'ils prennent seulement en compte les coûts de fabrication ...alors que les médicaments "normaux", à composition semblable, sont plus chers parce qu'ils intègrent les coûts de commercialisation ...Il en résulte que la Sécurité Sociale fait évidemment des économies en prenant en charge (complètement ou partiellement) les médicaments génériques de préférence aux médicaments généraux, n'ayant pas ainsi à intégrer des frais commerciaux ...CQFD... Il faut donc convenir que "l'atteinte à la liberté d'achat" est alors de peu de poids devant un allègement des charges de la Sécurité Sociale, dont la résorption du déficit - le fameux "trou" - doit rester l'affaire de tous ...Mais il faut dire toute la vérité, car celle-ci comporte  le fait que les laboratoires et les pharmaciens, en l'absence de frais de commercialisation (notamment de publicité), vendent certes les médicaments moins cher, mais en tirent aussi un plus grand bénéfice...

   On peut évidemment s'interroger de la même façon sur la pratique de la liberté dans d'autres domaines : ainsi la liberté de l'enseignement est un principe fondamental, ...mais elle trouve sa limite dans l'intérêt collectif ...De même, la liberté de la justice est sacrée au nom de la séparation des pouvoirs, ...mais son exercice doit rester équitable, et il n'est pas "juste" que, par exemple un "petit voleur" soit lourdement sanctionné sans la moindre échappatoire possible, alors qu'un responsable "important" d'entreprise ayant commis des malversations aura les moyens d'être libéré "sous caution" ...Comme disait le bon Jean de la Fontaine :"Suivant que vous serez puissant ou misérable..."

   Bref la liberté est un bien précieux, mais il faut en faire un bon usage ...Dans l'immédiat, il y en a une qui ne se discute pas: : c'est celle des vacances ... Alors, vive la liberté !... Et vivent les vacances !...
Par Jean Daumont - Publié dans : Médecine - Communauté : Réformer la France
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Samedi 2 août 2008

   "Autrefois, notre pays s'appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois" ...Ainsi commençait en 1942 le manuel d'histoire de France du cours moyen ...C'était simple, et il n'y avait pas à discuter ...D'ailleurs, encore maintenant, les Français sont presque tous encore convaincus de cette vérité élémentaire ...Et le Général De Gaulle lui-même - à en croire ses proches - était assez fier de son nom qui, à une lettre près, rappelait les origines de son "cher et vieux pays"...

   Eh! bien ...tout cela est faux, à en croire "les recherches les plus récentes"!... D'abord, le terme même de "Gaule" prête à discussion, car il n'était pas, à l'origine, utilisé par les habitants du pays et a seulement été emprunté par le Romain Jules César aux Grecs qui désignait ainsi le pays des Celtes "en-deça du Rhin", ceux "d'au-delà du Rhin" étant appelés "Germains"... et ces "Gaulois" ne s'étaient pas installés seulement dans cette "Gaule occidentale" dite "chevelue", ...car leurs tribus remuantes et belliqueuses avaient pénétré  naguère en Italie dans la plaine du Pô (Gaule Cisalpine), allant même jusqu'à Rome (Brennus "Vae victis" 390 av.JC), ...et s'étaient répandues aussi en Espagne (Galice), dans les îles britanniques (Pays de Galles) et en Orient (Galatie) ...Et leur civilisation n'avait rien de "primitif", contrairement au dessin du manuel de Lavisse représentant une hutte au toit de chaume dont sortait la fumée ...car le pays était riche, avec des fermes nombreuses pratiquant la culture et l'élevage, une industrie réputée (armes, instruments aratoires...) et des villes déjà importantes (Avaricum=Bourges, Lutèce=Paris, Lugdunum= Lyon, Bibracte, etc...), avec des maisons en dur, parfois à étages... Bref, la "Gaule" - qui n'était pas encore la France (il faudra attendre le Traité de Verdun 843, avec la "Francie Occidentale) - n'était pas vraiment la Gaule, ou du moins elle n'en était qu'une partie... Alors pourquoi cette "erreur historique" ?...

   Pour le comprendre, il suffit de remonter au ...19ème siècle. Alors, en France comme dans les autres pays de l'Europe, se développait la notion de ..."nation". On a parlé de "l'éveil des nationalités" ...Et, par définition, le regroupement en "nations" - pour des raisons d'ailleurs diverses - a entraîné des oppositions allant jusqu'à des guerres et des conquêtes (de "l'Empire napoléonien" au "pangermanisme") ...Et c'est ainsi qu'en France les historiens, derrière Michelet, ont exalté le sentiment national, surtout contre les Anglais et les Allemands ...Et, par transposition, ils ont fait de Vercingétorix - jusque là quelque peu oublié - un "héros national" (ce n'est pas par hasard que ...Napoléon III lui a fait ériger une statue en haut du plateau de Gergovie) ...de même qu'ils ont fait de Jeanne d'Arc une "héroïne nationale" qui "avait bouté les Anglais hors de France" (ce qui était d'ailleurs beaucoup dire !)...

   Ainsi donc, il faut se méfier des idées simples... Que la Gaule ne soit plus en Gaule, de même que, suivant Gabriel Marcel, Rome ne soit plus dans Rome, cela n'est finalement pas grave, puisqu'il ne s'agit que d'affaires humaines, pour ne pas dire de ..."gauloiseries"... Mais l'affaire devient plus importante quand il s'agit d'un problème comme celui de ...Dieu, ...tout ...simplement. En effet, la plupart des élèves qui, en 1942, utilisaient le manuel de Lavisse, allaient aussi au "catéchisme", et on leur apprenait (5ème leçon) de répondre à la question "Qu'est-ce que Dieu ?" de la façon suivante : "Dieu est un pur esprit, infiniment parfait, éternel, créateur et souverain maître en toutes choses" ...C'était net et clair ...Il n'y avait pas à y revenir...Maintenant c'est autre chose : qui oserait définir Dieu, à supposer qu'il existe ? Car il faut d'abord supposer qu'il existe, et sur ce point "fondamental", les hommes ne sont pas d'accord... Certains croient savoir, mais en fait ils croient mais ne savent pas...

   Tout bien réfléchi, il est peut-être plus simple d'avoir des idées simples...      
 

Par Jean Daumont - Publié dans : Humour - Communauté : Le champ du monde
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Mercredi 30 juillet 2008

   Les entreprises - et notamment les "grandes entreprises" - forment un "monde à part", peu ouvert à la majorité de la population qui en entend parler  seulement lorsque l'Etat - c'est-à-dire les contribuables - leur apporte des aides et des subventions ...Leurs dirigeants constituent d'ailleurs une sorte "d'aristocratie", où se mêlent les héritiers des "grandes familles", les transfuges de la "haute administration", et plus rarement des "diplômés" d'Ecoles célèbres, comme Polytehnique, Centrale ou HEC ..., personnages importants qui touchent souvent des salaires mirifiques, sont décorés de la Légion d'honneur, et plastronnent dans les manifestations importantes ...

   La Présidente du MEDEF a déclaré naguère que les avantages accordés à ces chefs d'entreprise étaient justifiés par leur contribution majeure à l'économie du pays, et par conséquent au marché de l'emploi ...et qu'il convenait tout au "plus" (?) de les appeler à une certaine modération de leurs revenus ...Mais elle n'a pas ajouté que, conformément à l'adage "Qui aime bien, châtie bien", il serait souhaitable qu'en cas d'échec ou d'insuffisance, ces dirigeants soient licenciés sans indemnités, voire même invités à reverser sur leurs revenus considérables (salaires, stock-options ...) une contribution compensant en partie le déficit de leur gestion ...Et pour cause, puisque - n'est-ce-pas - cela est contraire à la législation du travail ...
 

   La Société Alcatel-Lucent - qui est en train de défrayer l'actualité - est un cas exemplaire d'une telle situation, relevant pratiquement du scandale ... En effet, à l'origine, sous le nom de CGE-Alcatel, cette Société était un "fleuron" de l'économie française ...Vers 1990, en plus de son activité initiale "d'équipementier des télécommunications", elle fabriquait des ...paquebots (Saint-Nazaire), des trains (Alstom), du nucléaire (Framatome), et finançait même des revues (L'Express, Le Point) ...Vers 1995, est arrivé un nouveau Président, Serge Tchuruk, une "sommité" à l'époque, puisque son prédécesseur l'avait présenté comme "le meilleur manager du pays à la tête de la plus belle boîte (sic) de France, c'est la success-story garantie" ...Il était auparavant passé par Mobil, Rhône-Poulenc et Total, où il était considéré comme un dirigeant "visionnaire" ayant (pour la petite histoire) des colères légendaires (l'étage de son bureau était -paraît-il - surnommé "les quarantièmes rugissants") ...Dès 1998, ayant pris la mesure du groupe, il décide de le "rationaliser" en le re-centrant sur les télécommunications, et il vend la plupart des filiales ou des participations (Alstom, Nexans, Cegelec...) qui, depuis lors, se portent d'ailleurs bien ...Car il rêve d'une "entreprise sans usine" ...et comme, dans les usines, il y a du personnel - qui coûte cher - il procède à des suppessions massives d'emplois (12.000 en 1999, soit 10 % de l'effectif) ...Et ainsi l'action atteint en septembre 2000 son plus haut niveau (près de 100 euros) avec le "boom internet"...Pas pour longtemps, car la "bulle" éclate, et l'action aussi (moins de 10 euros depuis 2002, ...3,91 le 30 juillet 2008) ...Estimant qu'un regroupement est nécessaire au niveau international pour conjurer la crise, "Alcatel-(Tchuruk)" décide en 2006 de se "marier" avec le consortium américain Lucent, dirigé par une certaine Patricia Russo, réputée "l'une des femmes d'affaires les plus puissantes du monde" ...et également surnommée "Kamikaze Pat" en raison de sa facilité à "tailler dans les effectifs" ...Le groupe rassemble alors 88.000 personnes dans le monde et réalise 19 milliards d'euros de chiffre d'affaires... On pouvait s'attendre à une expansion importante, génératrice - pourquoi pas ? - de services et d'emplois ...

   Mais les "deux chefs" ne s'entendent pas, l'un - Président - ne sachant pas vraiment déléguer à l'autre, Directrice Générale ...Et les deux équipes - l'une française, l'autre américaine - n'ont pas la même stratégie en raison de leurs pratiques différentes  ...Résultat : 16.500 suppressions d'emplois dans le monde en 2007, et chiffre d'affaires n'étant plus valorisé qu'à 9 milliards d'euros en 2008 ...C'est plus que le Conseil d'Administration du groupe ne peut supporter, et il vote le 30 mai 2008 une résolution favorisant la révocation des dirigeants à la majorité simple et non plus aux 2/3 ...Les "deux chefs" comprennent l'avertissement et n'attendent pas : ils préfèrent annoncer leur démission ...Mais, là encore, surprise !... quand on démissionne, on prend personnellement ses responsabilités, et on n'attend pas de "remerciements" (aux 2 sens du terme) ...Or, ce n'est pas le cas ...car ces démissions ont été manifestement prévues et négociées : 5.700.000 d'euros déjà perçues de  façon anticipée par Tchuruk lors de la fusion (!) ...et 6.000.000 d'euros pour Basso ...Comme le dit le représentant du syndicat des personnels : "C'est révoltant de donner un parachute doré à une Directrice Générale qui n'a pas cessé de pomper l'argent d'Alcatel pour rendre Lucent moins moribond"...

   Ce représentant a certainement raison, mais il n'a peut-être pas encore tout vu ...Car le moyen classique de "redresser la barre" dans une entreprise est de licencier du personnel ...Et comme on parle (peut-être sans fondement...) de Thierry Breton, l'ancien Ministre des Finances, pour prendre la direction du groupe, les contribuables français peuvent "se tenir à carreau" : l'Etat ne laissera pas tomber ce "fleuron de l'économie française", surtout s'il reste associé aux américains ... Il en va de "l'honneur de la France" !...
 


   Sources :
     - Pages économiques de la Croix; du Figaro et de Ouest-France
     - Site Internet : http://www.alcatel-lucent.com/wps/portal/!ut/p/kcxml/04_Sj9SPykssy0xPLMnMz0vM0Y_QjzKLd4x3tXDUL8h2VAQAURh_Yw!!?LMSG_CABINET=Docs_and_Resource_Ctr&LMSG_CONTENT_FILE=News_Releases_2008/News_Article_001161.xml

Par Jean Daumont - Publié dans : Economie et Société - Communauté : Réformer la France
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Vendredi 25 juillet 2008

    L'enseignement est certainement l'un des plus beaux métiers du monde ...Car l'instruction a toujours été le facteur le plus déterminant du développement des sociétés humaines, rien ne pouvant surpasser la responsabilité de dégager et d'épanouir à tous âges les aptitudes de chaque individu dans le respect de valeurs communes.

   Et pourtant l'enseignement est actuellement en France l'une des activités collectives les plus critiquées en raison de l'aggravation de l'échec scolaire (taux de difficulté de lecture à 15 ans passé de 15,2 % en 2000 à 24,1 % en 2007), et de l'incapacité du système scolaire à répondre valablement aux besoins de la société, qu'il s'agisse des emplois (persistance d'un chômage au delà de 2 millions de personnes) ou des relations sociales (relâchement des moeurs et augmentation de la criminalité) ...Une telle situation apparaît même comme un scandale dans un pays comme la France longtemps exemplaire dans le monde par son rayonnement intellectuel
...

   La tentation est grande pour l'opinion courante de s'en prendre aux enseignants, en dénonçant leur manque d'autorité et d'efficacité, alors que leur temps de travail hebdomadaire ne dépasse pas une vingtaine d'heures et qu'ils bénéficient de vacances longues et répétées (165 jours, soit 45 % de l'année)...Et même si les enseignants se défendent à juste titre en soulignant que leur temps de travail ne se limite pas à la présence en classe (travaux à domicile et nombreuses réunions dans l'établissement) ...et que les vacances répondent d'abord au besoin de repos des élèves (certains parents n'hésitant pas à les anticiper ou les prolonger...), ils n'en sont pas moins traités en "boucs émissaires"...

   Ce procès est franchement injuste, car  - en dehors de quelques problèmes trop facilement mis en exergue - la majorité des enseignants effectue sa tâche avec honneur et mérite, et même parfois avec une abnégation admirable, quand ils sont confrontés à des contextes difficiles dont ils ne sont pas responsables dans des quartiers ou banlieues de certaines villes ...En fait, s'il y a un procès à intenter à l'enseignement en France, ce n'est pas aux enseignants, mais à l'insuffisance du système éducatif dont ils dépendent...

   Cette insuffisance est le résultat d'une longue évolution historique marquée par un manque de volonté et de continuité "politique" ...En effet, l'enseignement français n'a pas résulté d'un "acte fondateur", mais d'un aménagement progressif au cours des âges ...A l'origine - du temps de la Gaule aux temps modernes - il y avait des "précepteurs" dans les familles riches, surtout "bourgeoises" car les "nobles" apprenaient essentiellement le métier des armes et négligeaient l'instruction - même élémentaire - qui était l'affaire des "clercs" ...L'Eglise avait en effet besoin de gens "instruits" sachant lire et écrire le latin, qui resta ainsi longtemps la langue "culturelle" ...Mais la masse du peuple restait "inculte", ne pratiquant que des "dialectes locaux", dont le ...français qui ne devint la langue officielle - c'est-à-dire d'abord "administrative" - qu'avec l'Edit de Villers-Cotterets de François 1er (5 août 1539) ...Et c'est seulement à partir du 17ème et du 18ème siècles que l'enseignement s'élargit, surtout avec l'action des Jésuites, dont le établissements préfigurent le système actuel, avec la répartition en "classes" et la distinction des "disciplines"...Mais ils n'instruisent en fait qu'une "élite", car les "gens du peuple" ne reçoivent que des "rudiments" - en particulier et ...déjà "lire, écrire et compter" ...sans oublier l'instruction religieuse - grâce à des associations philanthropiques ou au "bas-clergé", par exemple celui des "Petits Frères des pauvres"...

   Survient la Révolution qui proclame "l'égalité" ...Mais cela donne seulement sous le Directoire les "Ecoles Centrales" - à l'organisation quelque peu anarchique - bientôt remplacées par les "Lycées" de Napoléon Bonaparte - à l'organisation toute militaire (uniforme pour les élèves et les maîtres ...et exercice des armes) ...Et il ne s'agit toujours que de l'enseignement des "humanités" qui deviendra plus tard l'enseignement "secondaire" ...L'Eglise garde finalement son emprise sur l'instruction élémentaire ou "primaire", et les filles sont encore le plus souvent écartées de l'enseignement, car il paraît alors suffisant - même dans les familles aisées - qu'elles connaissent seulement ce qui convient pour être une "bonne épouse" et une "bonne mère" (couture, cuisine, maintien, soins aux enfants...)

   Il faut attendre les Lois de Jules Ferry (1881-1882) rendant l'école "gratuite, obligatoire et laïque" pour avoir un enseignement réellement "populaire" ...Néanmoins, cette école ne concerne que le niveau de base - dit "primaire" - qui conduit au Certificat d'Etudes (13 puis 14 ans), au delà duquel les enfants du peuple entrent en "apprentissage"  ...Rares sont les élèves les plus méritants - retenus après le concours des "bourses" - qui poursuivent un enseignement dit "général" dans les lycées, car ils vont le plus souvent dans des "Cours complémentaires" (futurs CEG) qui sont en quelque sorte un "primaire prolonngé" menant jusqu'au Brevet, ne se confondant pas avec les lycées alors "de plein exercice" (6ème à Terminale) conduisant au Baccalauréat, examen de portée d'abord limitée (31 reçus en 1809, 583 en 1893, 2155 en 1904...). Il y a donc encore un enseignement "à 2 vitesses", celui de la "bourgeoisie" et celui du "peuple", celui des "blouses blanches" et celui des "blouses noires", celui valorisant l'instruction "intellectuelle" et celui péjoratif du "travail manuel"...

   Arive le "baby-boom" de 1945-1950 ...Il faut assurer l'accueil d'une masse importante d'élèves ...L'occasion était belle de créer des structures adaptées, à fortiori dans un contexte de "reconstruction" et de "progrès économique" ...On prolonge certes la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans (1963) afin d'accroître les connaissances d'un plus grand nombre d'élèves, et on multiplie les "Collèges d'Enseignement Secondaire" (CES) soit par détachement du 1er cycle des Lycées, soit par transformation des CEG (ex-CC), soit "ex-nihilo"... Mais on ne fait que juxtaposer les élèves et les maîtres dans 3 "voies" (1=ex-lycée, 2=ex-CEG, 3=ex-fin d'études primaires) ...Et "l'amalgame" traînant à se faire, on crée ensuite le "Collège Unique" (Réforme Haby 1975), et -comme les élèves s'obstinent à être différents - on institue le "passage automatique en cours de cycle", ainsi que l'accord nécessaire des parents (et des élèves !) pour un redoublement en fin de cycle... Bref, ce n'est plus le "savoir" mais "l'enfant-roi" qui est au centre de la pédagogie, conformément aux instructions données dans les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM)...

   Le résultat est que l'autorité des maîtres est ébranlée, tandis que l'échec scolaire s'accroît rapidement ...Les responsables des établissements en sont conscients et, avec l'accord des maîtres, contournent souvent cet "égalitarisme" par le jeu des "options" ou de la "carte scolaire" : on crée des sections "rares" (latin, grec, 2ème langue ...comme le chinois) pour regrouper les meilleurs élèves ...et les établissements "bien situés" ou "réputés" pratiquent une "sélection de fait" devant l'afflux des demandes de dérogation... Quand ces "manoeuvres" ne suffisent pas, les parents "aisés" n'hésitent pas à diriger leurs enfants vers l'enseignement privé, d'autant moins que celui-ci, au nom de sa ..."liberté", a généralemnt préservé le respect de valeurs fondamentales comme l'autorité, la responsabilité, l'effort et la solidarité...

   Car c'est bien le respect des valeurs qu'il faut rétablir à tous les niveaux de l'enseignement, qu'il s'agisse des écoles, des collèges, des lycées et même des universités ...Et ce rétablissement ne doit pas consister à revenir au système "ancien", ni à en créer un "nouveau"...Car les structures du "mammouth" sont bien trop lourdes pour être démolies et "re-bâties"... Ce n'est pas de l'extérieur et d'en-haut qu'il faut agir, mais c'est à l'intérieur et à partir de la base qu'il faut créer un "nouvel esprit" reposant sur des principes simples :

   -
Reconnaître les différences des élèves et les aider en conséquence par des méthodes individualisées permettant de dégager leurs qualités personnelles et de leur donner à la fois confiance et estime d'eux-mêmes.

   - Alléger les horaires et programmes, dont l'accumulation ne peut que submerger les élèves par des connaissances tellement nombreuses qu'ils finissent par n'en maîtriser aucune.

   - Ré-apprendre les règles nécessaires, sans lesquelles la "liberté" n'est qu'une illusion, car les élèves naturellement poussés à "s'opposer" doivent comprendre l'importance des "devoirs" en regard des "droits".

   - Pratiquer la tolérance et la solidarité tout au long de la scolarité, afin que les élèves comprennent la nécessité de "respecter les autres" et de les aider, si besoin est, dsans leurs activités.

   - Ouvrir les élèves au monde, d'abord par une meilleure collaboration entre les "disciplines", ainsi que par une multiplication des visites et stages "sur le terrain", facilitant ainsi leur orientation.

   - Donner aux enseignants les moyens indispensables - non pas par un accroissement sans fin des crédits cet des postes - mais par une meilleure gestion encourageant l'esprit d'initiative et le sens des responsabilités dans une réelle autonomie des établissements.

   Mais les principes, comme les institutions, ne seront finalement que ce qu'en feront les hommes ...et les femmes !

  

NB: Clémenceau a dit que "les guerres sont des affaires trop sérieuses pour être confiées aux militaires" ...Cette affirmation peut être transposée dans le domaine de l'enseignement, où l'auteur de l'article, qui est un ancien "responsable" - même critique - du système éducatif, ne prononce certainement pas des "paroles d'évangile"...



 

 

Par Jean Daumont - Publié dans : Education - Communauté : Réformer la France
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Jeudi 17 juillet 2008
   "Egon Zoon Politikon" ... "L'homme est un animal politique", disait déjà le philosophe grec Aristote au 4ème siècle avant JC pour signifier que l'homme étant  par nature un "être sociable" a toujours éprouvé le besoin d'organiser ses relations mutuelles ...

   Cette organisation a d'abord consisté pour les "premières" sociétés humaines à vivre en "clans", c'est-à-dire dans des familles le plus souvent nomades, associées pour des motifs économiques, notamment l'élevage ...Ensuite seulement, avec la sédentarisation et l'agriculture, les hommes construisent des huttes puis des maisons regroupées à proximité, donnant ainsi naissance à des "cités" ...en grec "polis", dont la gestion en commun a donné l'adjectif "politikos", dont vient le mot français "politique" ...Les cités les plus importantes se sont souvent élargies en "cités-états", comme celles des Cananéens en Palestine avant l'arrivée des Hébreux, ou celles  des ports de Phénicie - Sidon et Tyr - dans le Liban actuel, ou encore les métropoles - Athènes et Corinthe  en Grèce - et  bien entendu Rome en Italie, donnant elles-mêmes naissance à des "colonies" ou des "empires" sur tout le pourtour de la Méditerranée ...C'est ainsi que le mot "politique" s'étend progressivement à l'organisation des Etats, avant de s'étendre à l'époque moderne aux relations internationales...

   Cette organisation "politique" n'a cependant pas été homogène dans l'espace et dans le temps, car elle a donné lieu à des "régimes" variés : la forme la plus répandue a longtemps été la "monarchie" accordant la direction des affaires à un seul homme (rarement une femme...), à l'origine de façon élective, mais le plus souvent ensuite de manière héréditaire... Mais, à partir de la Révolution Française de 1789 et au cours des 19ème et 20ème siècles, malgré de nombreuses vicissitudes, la "démocratie", c'est-à-dire étymologiquement "le gouvernement par le peuple" (démos en grec) s'est progressivement installée - du moins en principe - dans une majorité de pays en Europe et dans le monde ...Toutefois, cette démocratie a pris des formes variées : un pays comme l'Angleterre, qui a eu un Parlement dès le 13ème siècle (Grande Charte 1215), a toujours eu une ...monarchie, même si le roi (ou la reine ...) n'a plus maintenant de pouvoir réel ...Inversement, d'autres pays ont été officiellement des "républiques" (latin républica: affaires du peuple) comme l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) , alors que le pouvoir appartenait en fait à un seul homme ...et il en est encore de même dans de nombreuses "républiques" d'Afrique, d'Asie et d'Amérique ...

   Dans ce contexte politique, le cas de la France est original, car elle a connu pratiquement tous les régimes, avec leurs nuances internes : d'abord la monarchie, successivement élective (Clovis sur le pavois), féodale (les Rois fainéants), absolue (de François 1er à Louis XVI), constitutionnelle (Louis XVI de 1789 à 1792, Le Consulat et le 1er Empire de 1799 à 1815, puis la Restauration et la Monarchie de Juillet de 1830 à 1848,  le 2nd Empire de 1852 à 1870, et ..L'Etat de Vichy de 1940 à 1944) ...mais aussi la démocratie dans ...5 républiques (1ère de 1792 à 1799, 2ème de 1848 à 1851, 3ème de 1870 à ...1940, 4ème de 1944 à 1958, 5ème depuis lors), soit ...12 régimes différents, dont 11 depuis seulement 2 siècles, et ceci bien entendu sans énumérer les gouvernements et les remaniements ministériels pratiquement incalculables...

   On peut évidemment s'interroger sur cette originalité politique de la France ...Certains historiens invoquent un "tempérament" remontant aux origines mêmes du pays ..."Peuple instable et querelleur", disait déjà Jules César à propos des Gaulois, et l'histoire montre que les Francs ont peut-être imposé un "ordre" inspiré de leur origine germanique et donné leur nom au pays, mais ne sont manifestement pas parvenus à y vaincre un goût immodéré de la "dispute" (Guerre de Cent Ans, Guerres de Religion, Fronde, Révolutions de 1789, 1830 et 1848, Commune  ...et Mai 1968) ... Néanmoins,  il faut aussi considérer les conditions économiques et sociales qui, par une opposition entre une minorité de "riches" (des privilégiés de l'Ancien Régime aux "200 familles" du 19ème siècle...) et une majorité de "pauvres", ont contribué largement à son instabilité politique...

   La France aurait pu, certes, faire le choix, après la chute du 2nd Empire en 1870, d'une démocratie à "l'anglaise " ou à "l'américaine", avec un exécutif assez fort pour assurer la stabilité politique ...mais les "républicains" ont alors préféré, avec la Constitution de 1875, un régime "parlementaire" à un régime "présidentiel", non sans raison puisque les deux premières républiques avaient débouché sur des dictatures ...L'ennui fut que, faute d'un système électoral "majoritaire", l'Assemblée et le Sénat s'émiettèrent en de nombreux "partis" correspondant grosso modo aux intérêts particuliers des divers groupes sociaux : grands propriétaires, paysans, commerçants, ouvriers, employés... Et, même si les responsables politiques ne manquèrent pas de qualités et contribuèrent fortement au développement du pays ainsi qu'à sa défense lors de 3 grandes guerres (Thiers, Gambetta, Caillaux, Poincaré, Clémenceau, Blum...), ce régime montra ses limites après 1945 face à des crises graves (guerre d'Indochine, affaire de Suez, Guerre d'Algérie), ce qui conduisit à l'instauration d'un exécutif fort par le Général De Gaulle en 1958, encore accentué en 1962 par l'élection du Président de la République au suffrage universel ...Exécutif assurément fort, sans être cependant un régime présidentiel en raison des pouvoirs importants laissés à l'Assemblée devant laquelle le gouvernement nommé par le Président restait responsable : on a pu parler de régime "semi-présidentiel", comme on aurait pu parler de régime semi-parlementaire, puisqu'en pratique il y a un équilibre ...équilibre à "géométie variable" assurant une relative stabilité puisque, à la faveur des "cohabitations" (majorité parlementaire différente de la majorité présidentielle) la réalité du pouvoir a pu passer du Président à l'Assemblée, et inversement...

   C'est pourquoi le projet de révision constitutionnelle déposé par le gouvernement et actuellement en discussion au Parlement a un intérêt d'autant plus grand qu'il se présente de façon étonnante "à fronts inversés" ...En effet, on aurait pu penser qu'en raison de "l'activité", voire "l'activisme", du Président Sarkozy, présenté volontiers comme un "hyper-Président", cette révision aurait conduit à un renforcement de ses prérogatives déjà étendues ...Or ce n'est pas le cas, puisque le Projet prévoit une limitation des pouvoirs ...présidentiels (limitation à 2 mandats et encadrement des nominations aux hautes fonctions) ...et un accroissement des pouvoirs du Parlement (ordre du jour partagé, restriction du 49/3, réforme du Collège électoral du Sénat, et autorisation nécessaire pour prolonger une intervention à l'étranger) ...Certes, ce n'est pas énorme, ...mais ce n'est pas rien non plus ...Et on peut même s'interroger sur les motivations du Président Sarkozy dont le "prestige" n'a pas grand chose à gagner en cas de vote du Congrès, mais peut au contraire subir une perte sensible en cas d'échec ...Il est vrai que l'affaire devient cocasse dans la mesure où l'opposition socialiste - décidément "impayable" - a décidé de voter contre ce projet empruntant une partie de ses propositions, sous le prétexte factice que les autres ne sont pas satisfaites... Belle (?) illustration de la "politique politicienne", dérive fâcheuse de la politique, que le Général De Gaulle avait naguère dénoncée comme celle des ..."Politi...chiens"...

   ...Le Général De Gaulle, qui est justement le dernier exemple du dernier "vecteur" de la politique, à savoir  le rôle des personnalités "charismatiques" capables de transcender les "institutions", quelles qu'elles soient, à l'instar d'un Louis XIV, d'un Napoléon, ou d'un Clémenceau, quitte à encourir l'ingratitude de leur pays...

Par Jean Daumont - Publié dans : Politique Intérieure
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Dimanche 13 juillet 2008

   Le théologien Henry Babel - au nom peut- être prédestiné - a fait paraître un livre intitulé "Dieu dans l'univers d'Einstein - L'autre manière de croire" ...Vaste programme, dont la présentation est donc une vraie gageure !

   Le "problème" se résume (?) dans la formule d'Einstein E=mc2, qui est connue par presque tout le monde, mais n'est comprise pratiquement par personne ...Et pourtant l'explication paraît simple, puisqu'elle signifie que tout est énergie, de la matière à la lumière ...L'ennui est que, pour l'opinion courante, cela n'est pas vraiment lumineux, et qu'il y a ample ...matière à réflexion ...Vous êtes donc invité à suivre la démonstration, à vos risques et périls ...

  
Cette démonstration commence par une affirmation : le "matérialisme scientifique" ayant fait depuis le 19ème siécle de l'Univers une "machine achevée" a été volatilisé par la "dématérialisation de la matière" résultant des progrès de la science , qu'il s'agisse des travaux de Maxwell sur l'atome - où il apparaît que la matière est faite de vide où des électrons tournent autour de noyaux chargés d'une énergie démesurée -...ou des travaux de Planck sur les quantas révélant que matière et rayonnement sont en fait les deux formes d'une énergie éparse ...Et ceci en ayant "conscience" qu'avec la relativité d'Einstein l'espace et le temps sont inséparables, puisque "ici" est déjà un "ailleurs" et "maintenant" un "tout-à-l'heure", qui varient en fonction de la position de la Terre lancée à 30 kms/seconde sans jamais repasser par le même point ...Vous suivez, bien sûr !

   La matière (ou ce qu'il en reste) serait apparue il y a 15 milliards d'années (ne demandez pas ce qu'il y avait avant!) et elle aurait engendré la vie il y a seulement (!) 4 milliards d'années par ...un "hasard de rayonnement"  - donc rien de "rationnel" - ayant abouti à une "bio-diversité" où la lutte pour avoir l'énergie nécessaire a donné l'évolution des espèces ... Et c'est ainsi que les hommes ou du moins les "primates" dans un premier temps seraient apparus il y a quelque 3 millions d'années...

   Et avec les hommes, la matière devenue vie est alors devenue "pensante" parce que, suivant Yves Coppens, les hommes, à la suite d'un réchauffement climatique (déjà...) durent sortir de de leur site initial de l'Afrique orientale et prendre progressivement une station bipède, devenant ainsi capables avec leurs membres antérieurs de fabriquer des outils et des armes, et donc de se montrer capables de réflexion et de créativité ...Comme l'a écrit Piaget, les hommes doivent une bonne partie de leur intelligence à leurs mains ...Le résultat est que "par un phénomène d'inter-réaction vibratoire" leur système nerveux et notamment leur cerveau se sont développés... Ainsi est venue la "conscience", comme une "résonance énergétique" ..., car "le cerveau a pu penser le cosmos, parce qu'il est lui-même un cosmos à modèle réduit avec ses 10 milliards de cellules gravitant autour de centres décisionnels" ...Vous suivez toujours ?... Il le faut, parce que cela se complique encore ...

   En effet, par leur conscience même, les hommes ne peuvent subsister sans être raccordés au réseau de transmission d'énergie qui se déploie autour d'eux ...Cette insertion est dès l'origine liée au phénomène "religieux" (latin religio=lien), qui est le "sentiment de dépendance absolue par rapport à l'univers et à l'infini" ...Et cette dépendance s'est traduite par la pensée d'une "puissance universelle" qui s'est cristallisée autour de la notion de "Dieu", terme issu du sanscrit "Div" évoquant "la brillance resplendissante de la Lumière" ...On revient ainsi à l'énergie lumineuse, qui est d'ailleurs à la base du "culte solaire" apparu - séparément - dans la plupart des civilisations anciennes...Comme dit l'auteur, "le rayonnement de la lumière sensorielle apparaît comme la manifestation visible d'un rayonnement supra-sensoriel et invisible" ...Certes, il y a souvent d'autres dieux que la "Lumière", en raison de la pluralité des formes d'énergie, ce qui a pu donner le polythéisme, mais on revient toujours à un "Dieu" fondamental (comme "Ra" dans l'Egypte ancienne), qui devient exclusif dans les grandes religions monothéistes...

  Pour autant, ce Dieu ne peut pas être perçu comme une "personne", car en fait il est partout sans être nulle part... C'est pourquoi les juifs ne "représentent" pas Yaveh, ni les musulmans Allah ...Seuls les chrétiens donnent une "image" de Dieu - le plus souvent sous l'apparence d'un vieillard barbu - du moins les catholiques, car les orthodoxes se contentent d'un "triangle" ou d'un "doigt" ... Et pour les hommes avides de comprendre le monde, ce Dieu s'est vu attribuer la responsabilité de l'origine du monde ...Car "tout" n'a pas pu partir de "rien", et il est "évidemment" symptômatique que, suivant la Genèse, Dieu ait d'abord dit : "Que la Lumière soit !" ...comme il est intéressant de noter que cette explication ancienne de la Création trouve son écho dans la théorie moderne du "Big-Bang" auquel fera écho le "Big-Crush" de la fin du monde...Néanmoins, pour l'histoire de l'Univers qui a suivi, il a bien fallu, devant les progrès de la connaissance scientifique, faire évoluer cette notion de "Dieu créateur", ...d'où la thèse de la "Création permanente" pour expliquer l'évolution ...Vous suivez encore ?...Cela risque de ne pas durer...

  
Car l'auteur, ayant ainsi justifié l'existence de Dieu, continue son analyse théologique en la faisant déboucher sur l'histoire judéo-chrétienne ...Il évoque le Patriarche "Henoch" et le Prophète "Elie" qui ont eu le privilège de contempler le monde supra-sensible décrit comme "une forme de ...lumière"... Et il rappelle l'Epître aux Romains de Paul , suivant laquelle Jésus a été déclaré Fils de Dieu "avec Puissance selon l'Esprit", c'est-à-dire avec "une énergie qui lui a permis de vaincre la mort" ...réalisant ainsi le voeu de "résurrection" qui hante l'esprit des hommes depuis la plus haute antiquité (ex. en Egypte avec Osiris et les Pyramides) ...et démontrant l'existence d'un monde invisible et transcendant qui, dans le langage de l'époque est "le Royaume des Cieux" ... Mais vous ne suivez certainement plus, surtout si vous n'êtes pas un "croyant"...

   En effet l'auteur, en bon théologien, a manifestement dérivé sur une explication seulement "religieuse", en oubliant que, depuis leur origine, les hommes ont  eu, et ont toujours plus ou moins conservé, une vision "magique" de l'Univers, qui leur est inspirée par des phénomènes dits "paranormaux", ...et qu'il y a effectivement des pratiques inexplicables, comme celles des "guérisseurs", des "voyants", des "exorcistes", des "chamanes"  ...et de tous ceux qu'on appelle des "sorciers"... Pratiques où il est question de "fluide", de rayonnement", de "chaleur" ...supposant, là encore, une certaine énergie ...Pratiques successivement condamnées comme inacceptables par les religions dominantes ...et la philosophie rationaliste ...mais pratiques encore courantes ...et ayant d'ailleurs été utilisées par Jésus lui-même, personnalité certainement charismatique ayant eu des dons de "voyant" et de "guérisseur" (ex: l'imposition des mains), comme par les Saints de l'Eglise, reconnus comme tels dans la mesure où ils ont fait des "miracles"...Mais vous n'êtes peut-être pas convaincu ?...

   Comment alors ne pas évoquer les expériences étranges "vécues" par de nombreuses personnes à travers le monde, dans ce qu'on a appelé la "mort approchée" ...Expériences où ces personnes, suite à des circonstances exceptionnelles (ex:accidents), racontent des histoires similaires : avoir eu le sentiment d'une séparation du corps, de l'entrée dans un tunnel ...et d'un vol vers une "lumière de plénitude" qui était "énergie pure, puissance, conscience, amour"... avant de revenir ...avec regret ...sur terre !... Rêves, balivernes, diront certains, en objectant que "l'approche de la mort" n'est pas "la mort" et que la Lumière aperçue n'a pas été atteinte ...Mais qui sait, et qui peut savoir, puisque, pour savoir, il ne faut plus vivre ...


 Sources :

 - Henry Babel - Dieu dans l'univers d'Einstein - L'autre manière de croire
      Ed. Ramsay Paris et Ed.Naef Genève 2006
 - Pierre Riffard - L'ésotérisme (2 volumes) Ed. Robert Laffont 1990
 - Aurélien Le Blé - De la vie à l'après-vie  Ed. Michel Lafon 2001



  


    

 

Par Jean Daumont - Publié dans : Esotérisme - Communauté : Le champ du monde
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Mercredi 9 juillet 2008

   Le "chemin de fer" s'inscrit, en France comme dans les autres pays "occidentaux", dans l'histoire longue et complexe des transports ...De l'Antiquité au 19ème siècle, les déplacements des hommes et de leurs marchandises s'étaient faits exclusivement par voie "terrestre" (pistes ou routes) ou par voie "d'eau" (rivières et mers), dont l'importance avait alterné en fonction de la sécurité donc du contexte politique ...Les Romains, plus "terriens" que "marins", à la différence des Grecs, avaient privilégié les routes, avec leurs célèbres "viae" empierrées sillonnant leur Empire ...Mais les troubles du Moyen-Age avaient réduit ce trafic routier, menacé par les "bandits de grand chemin", de sorte que le transport fluvial ou côtier prit alors un essor considérable, le trafic par bateau, péniche, gabarre ou coche d'eau l'emportant sur les calèches ou diligences...

   Survient le chemin de fer, à partir des années 1820 et des progrès de la machine à vapeur ...Malgré les critiques initiales, le public apprécie rapidement
  ce moyen de transport plus rapide (50 kms/heure !) que les voitures à chevaux, et la France se couvre au 19ème et au début du 20ème siècle d'un réseau de plus en plus serré de "voies ferroviaires" desservant même des petites localités dans un pays encore très rural (les "omnibus"), tandis que les villes moyennes ou grandes se dotent en complément de tramways ou de "petits trains" et même, à Paris, d'un "Métropolitain", c'est-à-dire d'un réseau souterrain ...Equipement qui ruine d'ailleurs le trafic fluvial, en l'absence d'une modernisation parallèle des voies navigables, dont la France est pourtant bien dotée... A la veille de la 2ème Guerre mondiale, le chemin de fer connaît ainsi son apogée, et, dans le contexte du Front Populaire et de la "collectivisation" d'inspiration socialiste, les 5 compagnies privées existantes sont nationalisées le 1er janvier 1938 pour former la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) ...Cette Société regroupe actuellement environ 200.000 "cheminots" - le 2ème groupe professionnel après l'Education Nationale - dont l'importance dans la vie publique est telle qu'elle représente une sorte de ..."vache sacrée", à laquelle les responsables politiques se gardent bien jusqu'à présent de toucher, quand ils ne la flattent pas...

   Et c'est ainsi que, faute d'une volonté politique, la SNCF a raté ...l'aiguillage, en ne sachant pas conserver sa clientèle populaire quand l'économie s'est transformée (cf. les "Trente Glorieuses")...En effet, le trafic routier qui n'avait d'abord conservé qu'une importance secondaire (environ 1.000.000 d'automobiles en 1939) connait un expansion considérable (35.000.000 d'mmatriculations - automobiles et camions - en 1997) en liaison avec l'amélioration des voies (routes et autoroutes) ...La SNCF aurait pu alors faire le choix d'un trafic populaire, avec le maintien de dessertes locales et des prix compétitifs ...Ce ne fut pas le cas : les gouvernements - de droite comme de gauche - non sans certaines palinodies
- firent le choix contraire du "tout-TGV", privilégiant la "vitesse" pour faire concurrence au ...trafic aérien, dernier venu dans les transports, mais n'ayant pas la vocation des voyages de masse ...Certes les TGV, sur le plan technique comme sur le plan financier, sont une réussite (180 millions de passagers par an actuellement), mais il n'était pas vraiment nécessaire de leur sacrifier parallèlement deux secteurs importants de l'activité du "rail" :
   - Le trafic des voyageurs "ordinaires" (hors TGV) - qui représente pourtant encore 1 milliard de passagers par an - a été négligé , notamment dans la région parisienne (2/3 du trafic) où il n'y a plus qu'un équipement vieilli, avec des pannes fréquentes, et des retards devenus presque "institutionnels" (enquête 2001 : 44% des trains), entraînant parfois des manifestations d'usagers..."Ras le bol de la SNCF" ..."Les salariés de banlieue ont été sacrifiés au profit des bobos chouchoutés dans les TGV"...
   - Le trafic des marchandises ou "fret" est dans une situation plus grave encore, puisque la chute de l'activité met en cause son existence même : Déficit de 85.000.000 euros en 1998, 138.000.000 en 1999, ...389.000.000 en 2002 (légrère diminution ultérieure avec les conteneurs) ...Cette insuffisance s'explique en comparant les investissements opérés entre 1990 et 1998 : 2,6 milliards de francs (400 millions d'euros) pour le fret, contre 77 milliards de francs (11 milliards d'euros) pour les TGV ...et elle ne suscite pas d'inquiétude puisque l'ancien Président Gallois a déclaré "qu'après tout, le fret n'est qu'un service commercial", autrement dit que la SNCF pourrait l'abandonner...

   Evidemment ce "sacrifice" du réseau traditionnel et du fret est lié à l'essor considérable du trafic routier, qu'il s'agisse des automobiles ou des camions...Mais, même si on peut comprendre que des lignes d'intérêt local ou des petites gares aient pu être abandonnées faute de clientèle, il n'est en contrepartie inacceptable que la SNCF n'ait pas favorisé l'accueil de passagers en plus grand nombre, ni cherché à augmenter le fret, évitant ainsi de surcroît les encombrements et embouteillages sur les routes ...Il est vrai qu'elle n'est pas seule responsable, dans la mesure où elle est sous la tutelle de l'Etat et que celui-ci, malgré ses "énarques", n'a pas su mettre en place un Plan prospectif des transports, dont l'évolution a donc été incohérente, qu'il s'agisse d'ailleurs
du chemin de fer, de la route, des voies navigables ou des avions...

   Le résultat est pour le chemin de fer une dette "abyssale" d'environ 40 milliards d'euros en 2007 ...Et cette dette ne risque pas d'être comblée rapidement, puisque les recettes annuelles de la SNCF couvrent à peine les dépenses salariales des 200.000 cheminots comprenant 60.000 cadres, 90.000 sédentaires, 5000 délégués syndicaux détachés, ...et seulement 45.000 personnels "roulants" ayant en moyenne ...11 heures de conduite par semaine ...Situation ubuesque, que le recrutement d'environ 40.000 agents par le Ministre-ex-cheminot Jean-Claude Gayssot entre 1997 et 2002, n'a certes pas améliorée, même si la CGT dirigée par un autre ex-cheminot Bernard Thibault en a été fort satisfaite ...Sans oublier les "facilités de circulation" accordées aux familles des cheminots - soit 450.000 personnes - et le problème des 350.000 retraités dont les cotisations des "actifs" ne suffisent pas à payer les pensions... Il est vrai que, devant ce gouffre, il y a des écrans ou des subterfuges, comme celui de la création en 1997 d'une Société jumelle, le Réseau Ferré de France (RFF), chargé des infrastructures, mais grevé dès l'origine par le transfert des 2/3 de la dette ...ou encore la mise en place des Trains Express Régionaux (TER) qui sont largement financés par les Régions ...Et comme l'Etat verse pour sa part environ 10 milliards d'euros de subvention par an, on peut en conclure que les contribuables payent de plus en plus pour le train qu'ils prennent de moins en moins...

   Un train qui ne mène pas ...grand train, en dehors des TGV, bien sûr !...Car la SNCF multiplie les "ralentissements préventifs"  (1300 kms) et éprouve néanmoins de multiples déraillements (20 de 2002 à 2005), comme le montre la carte ci-contre (ralentissements en surlignage et déraillements en noir) ... Certes, la SNCF peut affirmer à juste titre qu'elle reste "le transport le plus sûr de France" avec un taux presque nul d'accidents mortels pour les trains eux-mêmes ...Mais il y a les accidents induits par les 19.133 passages à niveau (1% sur routes nationales, 36 % sur routes départementales et 63 % sur voies communales), en raison de l'erreur initiale de leur installation et de la lenteur de leur suppression ...et ceci alors que la SNCF n'a pas hésité à construire des gares somptueuses pour les TGV - encore eux ! - comme la Gare d'Avignon..., appliquant la formule de son Architecte en Chef Duthilleul : " Les gares sont les cathédrales des temps modernes", en s'attirant d'ailleurs la réponse de l'ancien Président Bergougnoux : " Dans les gares, il ne souffle pas que l'esprit, mais aussi les courants d'air"...

   Dans ces conditions, si rien n'est entrepris de façon radicale et rapide, la situation du chemin de fer ne peut que tourner au scandale ... Car le "rail" doit désormais faire face à la conjugaison de deux échéances :
   - L'échéance prévisible de l'unification européenne ...Depuis 2003, une directive de la Commission a ouvert le trafic du fret à la concurrence dans tous les pays ...Or la France est un des rares pays à ne pas avoir "privatisé" ce service pour faire face à cette concurrence.. Et, bientôt, l'ouverture s'étendra au trafic des voyageurs...
   - L'échéance imprévue de l'augmentation des produits pétroliers qui entraînera inévitablement une réduction du trafic routier (automobiles et camions) et un retour partiel vers les autres moyens de transport, dans la mesure où les véhivules à électricité ou hydrogène ne sont pas encore au point... Or la SNCF (ou le RFF ?) n'a jusqu'à présent même pas été capable d'organiser, à l'image de la Suisse et de l'Autriche, une combinaison "Rail-Route", avec l'échec du "Modhalor"... Et déjà, il est question de recourir pour les charges les plus pondéreuses à la navigation fluviale, lente mais économique...

 Il est donc temps que le chemin de fer sorte ...en vitesse ...de son petit train-train...


Sources : - Article du Figaro du 6 juillet 2008 - Page 2 
                - SNCF Ma machine infernale - Nicolas Beau, Laurence Dequay et Marc Fressoz - Ed.Le Cherche midi 2004

Par Jean Daumont - Publié dans : Transport - Communauté : Le champ du monde
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Vendredi 4 juillet 2008

   La Commission Européenne a proposé le 2 juillet 2008 une directive nouvelle autorisant les patients à se faire soigner dans un autre pays européen que le leur sans autorisation préalable ...Il ne s'agit pas d'une mesure révolutionnaire puisque, déjà, au titre de la libre circulation des personnes, le droit d'accès à des "soins transfrontaliers" était garanti depuis une dizaine d'années dans l'espace de l'Union, et que, par conséquent, il y a déjà beaucoup de "tourisme médical", en plus des soins d'urgence donnés en cas de voyage ou de séjour à l'étranger ...Le fait nouveau est que, maintenant, les patients n'ont plus à faire l'avance des frais - parfois importants - , la prise en charge étant assurée par le pays d'origine en fonction de ses tarifs en vigueur...

   Il est évident que cette "libéralisation" va mettre directement en concurrence les systèmes de santé des divers pays européens, et que les clients potentiels vont donc être tentés de faire au niveau de l'Europe le choix du "meilleur rapport qualité-prix" en matière de soins qu'ils pratiquent déjà autant que possible dans leur propre pays ...L'exemple des cliniques dentaires de la Hongrie qui offrent aux clients des "forfaits" comprenant, outre les soins à la qualité reconnue, le transport, l'hôtel et même parfois ...des visites guidées, est très significatif ...Et les les services de santé nationaux risquent alors de subir rapidement le contrecoup de leurs insuffisances éventuelles ...Car la santé est - n'est-ce-pas - le bien le plus précieux de chaque individu, qui est donc prêt à faire éventuellement des sacrifices importants pour la conserver ou la rétablir ...Et, dans ce domaine, les Français ne sont pas les derniers ...et ils sont même les premiers en Europe , avec 11 % de leur PIB consacrés aux dépenses de santé...

   Quelle importance ? ...diront certains d'entre eux, convaincus que "la France a le meilleur service de santé au monde", sa réputation étant attestée par une brillante succession de savants ou de médecins éminents : Paré, Bichat, Laënnec, Bernard, Pasteur, Roux, Calmette, Guérin, Schweitzer, Lépine, Follereau ...Malheureusement, malgré cette conviction tenace, il n'en est rien ...car le système de la Sécurité Sociale mis en place en 1945 sous l'égide du Général De Gaulle et ayant alors représenté un progrès considérable et exemplaire, en assurant notamment la gratuité des soins pour le plus grand nombre, n'a pas cessé de se dégrader, et apparaît désormais à bout de souffle...

   La 1ère constatation - continuellement répétée depuis environ 30 ans - est le déficit chronique de la Sécurité Sociale - devenu même une référence ironique sous l'appellation de "trou de la Sécu" - malgré les réformes successives - en moyenne une tous les 2 ans - n'aboutissant le plus souvent qu'à des prélévements accrus sur les revenus des citoyens ...Si encore ce déficit (2 milliards d'euros en 2002, 8 milliards en 2007) servait à moderniser le service de la santé publique et à maintenir ou créer des emplois  à tous les niveaux (des médecins aux agents), on pourrait admettre son utilité et le combler sur le budget de la nation, au nom de la solidarité ...Mais - et c'est la 2ème constatation - le système est pratiquement en faillite parce qu'il n'est même plus capable d'assurer toujours la qualité des soins et de l'encadrement, notamment au dépens des couches sociales les plus défavorisées, puisque les couches les plus aisées peuvent recourir aux cliniques privées... Ce qui permet de parler de "médecine à 2 vitesses", car ce n'est pas seulement pour cause de "pénibilité du travail" que l'espérance de vie d'un ouvrier est actuellement inférieure de 7 ans à celle d'un cadre, et qu'il y a une grande disparité des bilans de santé d'un département à un autre...

   La tentation est alors forte de rendre les "professionnels de la santé" responsables des difficultés, et il y a d'ailleurs de plus en plus d'incidents entre eux et les familles des malades ...ou de recours en justice "à l'américaine" après l'échec d'opérations, ce qui entraîne une souscription coûteuse des médecins à des assurances, augmentant évidemment le prix des prestations médicales ...Mais un tel procès est injuste, même s'il y a parfois, comme dans toute profession, des incapables ou des "fumistes"...Car les professionnels de la santé sont les premiers à dénoncer la dégradation des conditions d'exercice de leur métier, notamment des professeurs aussi éminents que le Docteur Dubernard (cf : article dans le Monde du 28 septembre 2007 "Malade oublié, coûts explosés, inertie généralisée : le mal est connu" !) ...Et de fait, la situation n'est pas brillante :
   - Apparemment, l'équipement hospitalier est le plus dense du monde, avant même les Etats-Unis , avec environ 3000 hôpitaux et cliniques (soit en moyenne 30 par département), 700.000 "lits" (soit 1 pour 10 Français) ...mais c'est un faux-semblant, car 3000 postes de médecins sont vacants ou occupés (partiellement) par des médecins étrangers n'ayant pas toujours des diplômes correspondant aux normes françaises ...et, de même, le manque d'infirmières est tel qu'il faut en faire venir du reste de l'Europe ou de l'Afrique (dont viennent aussi, il est vrai, beaucoup de malades) ...Quant au personnel de service, leur nombre est notoirement insuffisant, l'application des 35 heures aidant ...Finalement la sécurité sanitaire est parfois mise en cause : les affections "nosocomiales" (infections post-opératoires) font chaque année 4000 à 5000 morts, soit plus que les accidents de la route !...
   - La Sécurité Sociale, en dépit des efforts de certains directeurs départementaux, comme en Loire-Atlantique, couvre par inertie ou négligence des abus manifestes des "administrés" : pléthore de médicaments - notamment les plus coûteux, pas toujours opportuns et et efficaces (antibiotiques) - soit en moyenne 4,5 par ordonnance, contre 0,8 dans les pays scandinaves ...Excès d'analyses de toutes sortes (examens du sang ou d'urine, radios, scanners, IRM, etc) ...Remboursements de transports (2 milliards d'euros en 2007)souvent injustifiés ...sans oublier la charge annuelle de 500.000 curistes qui bénéficient "d'insufflations de trompes", de "douches filiformes" ou autres "injections de gaz" pour le plus grand bien  ...des établissements thermaux...Et il vaut mieux ne pas évoquer les bienfaits de la CMU, notamment dans les départements d'outremer... Et que dire de la Carte "Vitale" qui, certes a simplifié les démarches des gens, mais a donné lieu à de nombreuses fraudes (60 millions d'euros par an) au point qu'elle va être remplacée par une nouvelle carte avec photo d'identité (devis : 160 millions d'euros), comme si on n'avait pas pu y penser plus tôt ...Après cela, à défaut de parvenir à réduire le remboursement des frais de maladies de longue durée (en raison d'une "levée de boucliers" justifiée !), il ne restera plus qu'à augmenter, encore et toujours, les cotisations des salariés et retraités...quitte, pour ceux-ci, à se rendre aux "urgences" pendant les week-ends, faute de trouver un médecin ou un service hospitalier disponible...

   Bien sûr, il peut paraître facile de "critiquer", et il convient donc de proposer des solutions ou du moins des "pistes de réflexion" :
   - Une solution - étroitement "financière" - consisterait à "fermer des lits" (sic), c'est-à-dire à réduire le réseau hospitalier de la France. C'est ainsi que, dans de nombreuses régions, des affaires éclatent en raison de la fermeture éventuelle d'hôpitaux locaux (ex : Carhaix en Bretagne) ou de certains services de ces établissements (ex :psychiatrie à Redon, également en Bretagne), car  le public aspire légitimement à des "soins de proximité" qui doivent primer sur une "rentabilité" peu acceptable quand il s'agit de la santé...
   - Une solution "humaine" doit donc consister à respecter ce souci de "proximité", au moins pour les services les plus simples et les plus courants (ex : les maternités, où l'urgence éventuelle n'est pas à démontrer). En contrepartie, pour les soins difficiles nécessitant des appareils coûteux et des médecns très spécialisés, il n'y aurait rien de choquant à mettre les hôpitaux en réseau en centralisant les services dans un hôpital bien situé et pouvant bénéficier de transports rapides (ambulances, hélicoptères)...
   - Mais une solution humaine restera impossible s'il n'y a pas un personnel de santé en nombre suffisant ...C'est assurément le problème le plus difficile, car il met en cause la formation scolaire et universitaire...Et comme il faut , après le Baccalauréat, au moins 7 ans pour former un médecin et 3 ans pour une infirmière, autant dire que le scandale de la santé n'est pas prés d'être résolu, d'autant moins qu'il ne faut pas seulement rattraper le retard, mais se préparer à l'afflux inévitable des personnes âgées dans les décades à venir en raison de la courbe démographique, notamment pour les soins et l'accueil des personnes dépendantes (800.000 malades d'Alzheimer en 2007)

   Tel sera l'enjeu de la Conférence européenne prévue les 13 et 14 octobre 2008 à l'Institut Pasteur de Paris...Une gageure, notamment pour la France !...

 

  

Par Jean Daumont - Publié dans : Médecine - Communauté : Le champ du monde
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Dimanche 29 juin 2008
   Tel est le titre du livre de Michel Tauriac (*) consacré aux témoignages laissés par les "proches" du Général De Gaulle du 18 juin 1940, date de son célèbre "Appel", au 9 novembre 1970, date de sa mort à près de 90 ans ...

   Un livre de plus ...et certainement pas le dernier, car il y a déjà plus de 100 ouvrages, de valeur inégale, sur le Général
De Gaulle, qu'il s'agisse de biographies ou de réflexions sur son rôle historique ...Certains tournent à l'hagiographie, en faisant de lui "le plus grand homme d'Etat que la France ait connu" ...et d'autres sont plus critiques, voire franchement hostiles ...Mais manifestement le Général De Gaulle ne laisse personne indifférent en France ...comme dans le reste du monde, où il reste la personnalité "française" la plus connue ...

   Michel Tauriac ignore délibérément toute progression "chronologique", car il bâtit son livre sur des "thèmes" - il y en a 33 ! -dont les titres sont toujours suivis d'une citation d'un texte du Général ...Entre
autres : ...Surprenant ...Séducteur ...Impassible ...Pessimiste ...Secret ...Démocrate , adjectifs déjà révélateurs du personnage...Néanmoins deux titres ne sont pas des adjectifs, et c'est déjà tout un programme : Malraux et ...Yvonne !

   Madame De Gaulle a en effet une place particulière dans les témoignages, y compris celui de son mari  : "Ma femme chérie, mais aussi mon amie, ma compagne si brave et bonne, à travers une vie qui est une tourmente" (Lettre 1941) ... Toujours discrète, elle ne cesse pourtant de veiller sur son "grand homme" (aux deux sens des termes), le conseillant utilement, veillant scrupuleusement sur sa santé malgré ses grognements, et le suivant partout où elle le peut, même si, avec ses grandes jambes, il marche trop vite pour elle ...Alors elle trotte, elle trotte ...Le livre est émaillé d'anecdotes drôles comme celle-ci, relative à "l'impassibilité" du Général : en débarquant à Valparaiso en 1964, le Général franchit sans problème une frêle passerelle ...Mais son épouse suit, accompagné de l'aide de camp Georges Galichon, portant la serviette des discours prévus du Général ...Et elle perd l'équilibre ...Galichon se précipite, et ...plouf ...la ...serviette tombe à l'eau ...Horrible ! La serviette est repêchée, ...mais le Général interroge Galichon après le dîner officiel : "Je ne vous ai pas vu avec mes discours"...Et Galichon de raconter l'incident : c'était Madame De Gaulle ou la serviette ...J'ai choisi la serviette ...Et De Gaulle de répondre : "Vous avez bien fait, mon ami !"... Mais on a l'étrange impression qu'il aurait dit la même chose dans le cas contraire, ...le comble étant qu'il apprenait par coeur et ne lisait jamais ses discours...

   Une autre anecdote concerne le Colonel de Bonneval, fidèle garde du corps ...Le 1er juillet 1962, à l'Elysée, De Gaulle doit recevoir Adenauer ...L'épouse du Colonel a besoin de ...vin pour un dîner...Il se procure, vu l'urgence, des bouteilles sur la réserve de l'Elysée, mais l'arrivée d'Adenauer étant brusquement annoncée, il dévale l'escalier ...et se prend les pieds dans le tapis ...Il ne se fait aucun mal ...Mais ce n'est pas le cas des bouteilles ..De Gaulle survient et tonne : "ça sent la vinasse" ...Et Bonneval s'attend au pire : non seulement il a "emprunté" mais il a gâché le vin de la République !...

   Evidemment, le livre comporte beaucoup plus de témoignages sérieux ...Par exemple sur le "réalisme" du Général ..."Les choses étant ce qu'elles sont" (aphorisme typique de l'homme...), De Gaulle a toujours rejeté toute "doctrine" : "Il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités" ...et c'est ainsi qu'il fait de la réconciliation franco-allemande un thème majeur de sa diplomatie ...Ce réalisme le pousse même à un certain cynisme : le 24 août 1958, à Brazzaville, le jour où il crée la Communauté Française, il avoue à Jean Mauriac, le journaliste du Figaro - fils de François - "La Communauté, c'est de la foutaise...Ces gens-là, à peine entrés, n'auront qu'une pensée : en sortir..." Et chacun s'interroge encore sur le sens de son exorde, quelques mois plus tôt, sur le balcon du Gouvernement Général de l'Algérie :"Je vous ai compris !" ..Accord pour l'Algérie Française ? ou préfiguration du Plan de Constantine et de l'auto-détermination ?... A noter qu'il y a tout un chapitre sur "le Silence, splendeur des forts"...

   "Et la France étant ce qu'elle est" (suite de l'aphorisme) ...Le Général De Gaulle a le culte de ce qu'il appelle "Notre-Dame la France", et il s'identifie à elle ...Non sans raison, il rappelle qu'en juin 1940, il était bien le seul ...ou presque ...à la représenter "dans l'honneur" malgré l'hostilité de Vichy (qui le dégrade et le condamne à mort...), et les sarcasmes de Churchill et surtout de Roosevelt qui ironise sur "Jeanne d'Arc" ..."Vous ne pouvez pas savoir combien cet homme était méchant et hypocrite", dira De Gaulle, qui ne rendra pas à ses funérailles, ce qu'il fera plus tard pour Kennedy où ...placé au 8ème rang des délégations, il se glissera d'ailleurs habilement au 1er !... Toutefois, s'il a le culte de la France, la Général est beaucoup plus sceptique sur les Français ...En 1946, après son départ du gouvernement provisoire, il s'exclame :"Je ne serai plus désormais que le témoin de la décadence"...Et en 1968, il est écoeuré par la "chienlit" ..."Tout est foutu", dit-il à Massu à Baden-Baden ...Il est vraisemblable d'ailleurs qu'il n'en croit pas un mot, et son pessimisme apparent n'est peut-être qu'une provocation, pour susciter des réactions positives ...Car De Gaulle est un "cyclothymique" ...

   C'est aussi un homme doué d'une mémoire prodigieuse ...Il apprend par coeur ses discours ...Et il est capable de se souvenir d'une rencontre - même fortuite et privée - dix ans après ...Et sa "culture des textes" est intarissable : en juin 1968, lors d'un repas, il participe à une discussion de "haut niveau" avec des écrivains sur  ...Pierre Corneille, où il est question d'une tragédie oubliée - "Othon" - et De Gaulle enchaîne en citant de mémoire les derniers vers, il est vrai proches de ses idées : "Afin qu'à mon retour, l'âme un peu plus tranquille"...

   On n'en finit pas de découvrir dans ce livre - ici ou là - une personnalité finalement encore mal connue ...La révélation la plus surprenante est qu'il a toujours eu envie d'être un "écrivain" ...Il avoue lui-même que c'était sa vocation première, même si les circonstances l'ont poussé à faire une carrière militaire ...puis politique... Il s'est d'ailleurs toujours entouré d'écrivains : Malraux, Druon, Dutourd... Et il laisse lui-même une oeuvre considérable et remarquable par son inspiration et son style, même s'il s'est toujours plaint de "sa difficulté à écrire" ...Son seul souci est d'ailleurs en 1970, après son départ définitif, de finir ses "Mémoires d'Espoir", au titre vraiment symbolique...


(*) Michel Tauriac "Vivre avec De Gaulle" - Editions Plon- Avril 2008

 
- Publié dans : Personnalités - Communauté : Le champ du monde
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