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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 15:16
   De temps à autre, la  France s'offre le luxe ...ou la futilité d'un débat "franco-français" et il n'y a pas de débat plus franco-français que celui de savoir s'il faut supprimer ou non les départements, conformément à une proposition d'une "commission d'experts"... Comme si, en ce début d'année 2008, il n'y avait pas de problèmes plus importants à résoudre en France...

   Il y a plus de 2 siècles que les départements y ont été créés, puisqu'ils résultent d'un Décret du 4 mars 1790 faisant suite à une Loi du 22 décembre 1789 de l'Assemblée Constituante sous la Révolution... Cette nouvelle division territoriale, élaborée alors par le député Cassini, se substituait aux anciennes provinces, dont la superficie et l'administration étaient très variées, avec des coutumes et des privilèges jugés évidemment caducs, mais elle reprenait souvent les limites des anciens comtés ou évêchés auxquelles la population était habituée... Pour cette raison, elle avait été préférée à une division géométrique "en carrés de 18 lieues de côté" proposée par le député Sieyès... à l'image des "Etats-Unis", toutes proportions gardées...

   En effet, cette division n'avait pas été réalisée sans de longues discussions et même - comme souvent en France - de véritables "chamailleries" relevant - c'est le cas de le dire - de "querelles de clocher"... C'est ainsi que la ville de Redon - qui aurait mérité d'être un chef-lieu de département en raison de sa situation géographique au confluent de la Vilaine et de l'Oust ainsi que du passé glorieux de son Abbaye Saint-Sauveur, ...et qui avait d'abord été placée dans le département du Morbihundefinedan - fut rattachée à celui d'Ille-et-Vilaine : "L'Assemblée... attendu que la ville de Rennes tire sa subsistance par ce port et par la rivière qui conduit à Rennes, dont elle entretient à grands frais les écluses ... a arrêté à la pluralité des voix que le département de Vannes cédait à celui de Rennes la ville et port de Redon"... Telle était la "démocratie locale" en 1789... Dans un autre cas, celui de la Vendée, le débat fut plus "croquignolesque", puisqu'à l'origine ce département ne devait pas porter le nom de cette petite rivière à son extrêmité sud ...mais celui des "Deux-Lays" - autres petites rivières jumelles - à l'instar du département voisin des Deux-Sèvres... Mais ce nom ne parut pas alors très ...esthétique et même suscita - paraît-il - une franche rigolade, car les deux députés du coin n'étaient pas des émules d'Adonis ...Et l'histoire en aurait peut-être été changée, car parlerait-on encore de l'insurrection "vendéenne" en 1793 si elle avait été quelque peu ..."délayée" ?...

   En l'occurrence, il ne faut pas se moquer des "pères fondateurs", car les députés contemporains n'ont pas fait mieux en s'avisant que certains départements avaient - soi-disant - une dénomination "péjorative" : ainsi, la Charente-Inférieure devint "Maritime" (1941), imitée par la Seine-Inférieure (1955) ...puis la Loire-Inférieure devint "Atlantique" (1957), imitée à son tour par les Basses-Pyrénées (1969)... Quant aux Basses-Alpes, elles devinrent Alpes de "Haute"-Provence (1970)... L'Ille-et-Vilaine se distingua à nouveau en voulant vainement en 1989 abandonner son nom d'origine romaine, qui n'avait rien à voir avec la ...laideur, pour celui de "Marches-de-Bretagne" - qui était d'ailleurs une erreur historique (la zone des Marches étant plus à l'est, avec la Sarthe et la Mayenne) ... et en échouant encore en 2005 dans son projet d'appellation "Haute-Bretagne" qui était cette fois un paradoxe géographique (zone de bassin)... Les Côtes-du-Nord eurent plus de "chance" en devenant "Côtes-d'Armor" (1990), bien que l'Armor soit un nom désignant l'ensemble des côtes bretonnes par opposition à l'intérieur appelé Arcoat... et ceci pour la seule raison que le "Nord" avait mauvaise réputation... Heureusement que le département du Nord - et fier de l'être - n'a pas protesté, alors qu'il aurait pu s'appeler "Hautes (bien sûr)-Flandres"... et que, de même, le département du Bas-Rhin s'en est tenu sagement à son nom dans la mesure où il est de toutes façons géographiquement ...en-haut !...

   Ce rappel narquois, sinon sardonique, permet de dire que la suppression éventuelle des départements relève du même état d'esprit, où le ridicule le dispute à l'inanité... Il semble que le prétexte principal en soit que les départements ne correspondent plus aux besoins actuels des collectivités... Certes, à l'origine, les départements - avec leur chef-lieu à peu près au centre - avaient été "taillés" pour permettre d'y faire à cheval (cavalier, calèche, diligence...) un aller-retour dans la journée... Mais depuis lors, c'est-à-dire depuis plus de 2 siècles, les habitants ont pris l'habitude de "leurs" départements, et le progrès des transports, "loin" de les rendre caducs, a même accentué un sentiment de "proximité" de l'administration... Et ceci d'autant plus que la "décentralisation" à partir de 1981 en a donné un caractère plus "démocratique" avec un transfert du pouvoir de décision au Conseil Général de chaque département, devenu ainsi plus "populaire" que le Conseil Régional jugé souvent trop lointain... Ce n'est pas par hasard que les 1ers sondages donnent déjà une majorité écrasante au maintien des départements, à commencer par celui - un peu connexe, mais intéressant - qui traduit une opposition aux plaques minéralogiques nationales des véhicules en raison ...de l'attachement aux numéros départementaux... Quant à l'argument des économies à réaliser en supprimant les départements, il y a de quoi sourire en pensant au développement des administrations territoriales, qu'il s'agisse du nombre des fonctionnaires ou de la construction d'hôtels ou services divers, parfois somptuaires, depuis 20 ans...

   Finalement, dans cette histoire de suppression des départements, il faut surtout retenir qu'elle n'est apparemment qu'une idée de "technocrates"... c'est-à-dire de "responsables" (ou ..."irresponsables") qui veulent le bien des gens sans leur demander leur avis ...Or, non seulement cet avis paraît déjà nettement contraire, mais "les gens" montrent qu'ils veulent encore plus de "démocratie locale", c'est-à-dire une démocratie réellement plus proche d'eux, à en juger par le succès que remporte actuellement la multiplication des "pays"- plus petits que les départements et transgressant parfois leurs frontières - dans la mesure où ils sont des "unités de vie collective" plus concrètes que les cantons souvent ignorés... Et comme ces "pays"...locaux sont reconnus par l'Union européenne dans le cadre des subventions dites  "Leader +" et donnent même lieu à des échanges ...internationaux,  l'avenir leur appartient ...comme aux départements appelés non à disparaître, mais à rajeunir...

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commentaires

jasmin 25/01/2008 13:36

Ce n'est pas à la "lubie" qu'il faut tordre le cou, mais aux faiseurs de lubies. Tous ces technocrates qui nous coûtent une fortune et qui ne servent à rien, mais vraiment à rien du tout. Ils ne produisent rien. Bref, une minorité qui emmerde une majorité.Toutefois, n'allez pas les prendre pour des imbéciles. Non, non. Ils savent si bien qu'ils ne servent à rien qu'ils produisent de temps en temps,  des "lubies" pour justifier de leurs salaires mirobolants.

Daumont Jean 24/01/2008 16:12

   J'ai toujours eu un manque d'intérêt et de confiance pour les "Régions" qui ont ressuscité inutilement les anciennes "Provinces", avec les mêmes défauts : manque de cohérence (nombre de départements internes allant de 2 - ex: Haute-Normandie- à 6 -PACA ) et représentation peu démocratique (élections au scrutin de liste, dont les têtes de liste sont pratiquement élues d'avance et se comportent parfois comme de "de grands feudataires" inaccessibles et pleins de jactance) ...   Je suis de votre avis pour une fusion des élections départementales et régionales... Mais votre suggestion des 1ers et suivants de liste n'est pas "tenable" parce que les élections départementales (=cantonales) ont lieu au scrutin uninominal (niveau démocratique où on connaît bien les candidats "locaux") , - et qu'il serait regrettable de lui substituer un scrutin de liste où le choix des 1ers et des suivants poserait des problèmes en cas de démission, décès, etc... Je proposerais plutôt des élections de "conseillers territoriaux", élus au scrutin uninominal, et siègeant à la fois au Conseil Général de leur département et au Conseil Régional, suivant un planning concerté : économie de moyens, pas de rivalité de compétences, : par exemple, en matière d'éducation, un même conseiller serait compétent pour discuter à la fois des Collèges (département) et des Lycées (Région).

Jacques Heurtault 22/01/2008 23:02

Je suis à 100% d'accord avec vous! Il faut tordre le cou à cette espèce de lubie qui consiste à vouloir liquider nos départements ...J'ai juste une suggestion : il faut élire les conseillers régionaux et départementaux comme on élit les conseillers de Paris et les conseillers d'arrondissement. Une seule élection pour l'ensemble! Les premiers élus de chaque liste deviennent conseillers régionaux, les suivants conseillers départementaux ... C'est très simple à mettre en place!