Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Convergences
  • : Réflexions sur l'actualité en tous genres.
  • Contact

Recherche

Archives

2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 14:26

   La France a une réputation d'équilibre qui lui vaut l'intérêt du reste du monde, qu' il s'agisse de son relief, de son climat ou de sa population ...Pour la population, elle a même la chance d'avoir une "pyramide des âges" équitablement répartie, puisqu'à la différence de la plupart des autres pays dits "occidentaux" elle compense un accroissement du nombre des "vieux" par le maintien d'un taux de natalité relativement important ...On pourrait donc en déduire que les divers âges y trouvent leur juste place, en particulier les 3 catégories traditionnellement distinguées : les "jeunes" (de 0 à 25 ans), les "adultes" (de 26 à 60 ans) et les "vieux" (au delà de 60 ans )...Et pourtant tel n'est pas le cas...

   En effet, non seulement il est de bon ton dans l'opinion courante de critiquer la "jeunesse" en ne retenant que les excès commis dans des banlieues difficiles, mais il est désormais banal d'être hostile à la "vieillesse"; à un point qui confine parfois à une véritable "phobie"... Le "florilège" - qui tourne au "sacrilège" - des déclarations de soi-disant "experts" dans ce domaine est impressionnant : le Rapport de l'IFRI (club de réflexion de responsables politiques de droite comme de gauche) signale dès 1987-1988 "qu'il existe un excédent prévisible de personnes âgées par rapport aux capacités de financement des systèmes de protection sociale" ... Bernard Spitz, dans un article du Figaro du 22 septembre 2006 (Du Baby-boom au Papy-krach), déclare "qu'il faut cesser de donner aux retraités", au mépris du système de répartition où ils ont cotisé durant leur vie "active"...Et Richard Liscia, dans le Quotidien du Médecin, surenchérit en stigmatisant "ces poids qui font souhaiter que, du point de vue de la dépense publique
, il vaudrait mieux que meurent les gens qui veulent rester oisifs" (sic)... Ce que confirme l'économiste Alain Cotta, déplorant que la France dépense trop "pour entretenir ses vieillards impotents" ...et "pour le mantien en vie de cette population du 4ème âge" (démultiplication indulgente du 3ème...). Le Professeur d'économie Jean de Kervadsdoué va plus loin en dépeignant la France "comme une "nation d'hypocondriaques vieillissants"... Il est vrai qu'en contrepartie on est plein de sollicitude envers les retraités : avant même qu'ils ne reçoivent leur 1ère pension, les compagnies d'assurances leur proposent à un taux "avantageux" ...des "conventions d'obsèques" ...Et le philosophe Yves Michaud , certainement pour leur éviter toute fatigue inutile, va jusqu'à proposer, dans l'émission de France-Culture du 4 juin 2006, "d'établir une fin de vie citoyenne" en supprimant le droit de vote aux personnes de plus de 80 ans...

   Le comble est même en train de se produire, puisque maintenant la "détestation de la vieillesse" gagne aussi les personnes âgées ...S'il ne s'agissait que de "vieux" pratiquant le "jeunisme", il suffirait d'en rire ...Mais voilà que des vieux prennent aussi des dispositions contre les ...vieux... Comportement de quelques "illuminés"...âgés ? Pas du tout ...Ce sont seulement des personnalités ..."éclairées" - du moins on peut le penser - puisqu'ils'agit des membres de ...l'Académie Goncourt, qui viennent de décider que la "limite d'âge" pour être "juré" serait fixée à 80 ans (décidément une vraie obsession que cet âge !)... Cela signifie clairement qu'au delà de cet âge, le "jugement" des membres de cette Académie n'est plus valable...Néanmoins, cette docte assemblée a pris soin de préciser que les membres ainsi "frappés" pourraient continuer à déjeûner au Restaurant Drouant...Un reste de culture, certainement, car elle a dû se souvenir de Victor Hugo : "Donne-lui tout de même à boire..."

   Evidemment, cette dernière "anecdote" pose le problème de la "limite d'âge" ...Il ne peut assurément être question de nier les "effets de l'âge", qui sont dans la nature de tout être vivant... Mais l'âge reste néanmoins "relatif"... L'espérance de vie est passée en moins de 2 siècles de 40 à près de 80 ans, du fait des progrès de la médecine et de l'hygiène... Et la notion même de "l'âge" a évolué : autrefois "la Femme de 30 ans" d'Honoré de Balzac était déjà une vieille femme...Maintenant, elle est plutôt un "modèle" ...Si l'on s'en tient à la limite d'âge professionnelle, celle-ci est très variable suivant la nature des activités : 40 ans environ pour les sportifs, ...50 ans au maximum pour les métiers pénibles;   ...et 60 à 65 ans pour la majorité de la population active ...et, en l'occurrence, la France est avec l'Italie le dernier pays pour l'emploi des "55-65 ans" avec 37,9 % seulement , alors que ce taux atteint 69,5 %en Suède, 63 % au Japon, 59,9 % aux Etats-Unis, 56,9 % au Royaume-Uni, 45,4 % en Allemagne... On n'est pas pour autant "vieux" plus tôt en France, ...simplement, en dehors d'une proportion minoritaire de "retraités volontaires", on se débarrasse des "vieux" plus tôt  ...La "pré-retraite" est même un leitmotiv classique dans les licenciements et les compressions de personnels, au mépris des services que les travailleurs concernés pourraient encore rendre en raison de leur expérience, ne serait-ce que pour la formation ou le "tutorat" des "jeunes"... C'est si vrai que souvent les "retraités" continuent à s'investir dans des activités diverses, notamment associatives, et même parfois reprennent un "nouveau métier", quand ils ne sont pas sollicités par des entreprises "en mal de recrutement"... En fait, la limite d'âge professionnelle est de plus en plus une affaire "personnelle"...Il y a d'ailleurs des activités où cette limite n'existe pas, se confondant avec la limite même de la vie : les artistes et parfois les artisans, les écrivains, les prêtres... et les hommes politiques !...

   Dans ces conditions, c'est la notion même de "limite d'âge" qui est en question ... Est-il vraiment nécessaire de fixer dans ce domaine des règles "collectives" ? Pourquoi établir une préemption où un individu est censé "n'être plus bon à rien", même s'il souhaite continuer à "travailler" et si rien ne s'y oppose sur le plan économique, social ou médical ?... Il s'agit ni plus ni moins d'une "discrimination", d'une sorte "d'exclusion" ...et une telle attitude est indigne d'un pays qui se veut aussi "équilibré" que la France...



Référence : Article de Jérôme Pellissier "Seniors et personnes âgées, de parfaits boucs émissaires"
                      dans le Journal La Croix du 1er avril 2008
                      www.agisme.fr

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Daumont Jean 02/04/2008 23:35

D'accord avec votre analyse qui préserve la liberté de chacun en fonction de son cas...

Jacques Heurtault 02/04/2008 19:18

Si on en revenait aux fondamentaux, à savoir que, avec l'age, la force physique (c'est certain) et la force intellectuelle (ça arrive aussi mais beaucoup plus tard) diminuent, qu'il s'en suit donc que la rémunération du travail doit donc allez decrescendo avec l'age selon les capacités physiques et intellectuelles de chacun sans que cela fasse un drame, qu'il s'en suit donc qu'il faut mettre en place un système de retraite "progressive" afin que la pension prenne progessivement le relais du salaire perdu, on aurait moins de mal avec tout ça ... Pour ce qui me concerne, j'ai fait le choix de travailler à temps partiel (90% sur quatre jours) avec un salaire partiel. Quand le moment sera venu, je réduirais ma charge de travail à 80% ...