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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 12:07
   La "journée des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions" sera célébrée au Sénat le samedi 10 mai 2008, et plusieurs associations organiseront en cette occasion une marche de la République à la Bastille.

   Sur le plan historique, il ne peut pas être question de contester l'intérêt de cette commémoration, si du moins elle donne un compte-rendu objectif de cette pratique ancienne ...Car l'esclavage, et notamment la traite négrière, n'a pas été pratiqué seulement par les Européens - dont les Français - à partir du 16ème siècle (estimation à 10 millions de personnes), mais aussi par les Arabes à un degré encore plus important (estimation à 15 millions de personnes), ...et le plus souvent il résultait d'achats ou d'échanges auprès de roitelets ou de marchands africains qui se procuraient le "bois d'ébène" lors de razzias ou de luttes tribales... C'est la 1ère raison pour laquelle il est injuste de "culpabiliser" les seuls Européens dans ce problème de l'esclavage, et à fortiori de leur demander à eux seuls de procéder à une "repentance" dont le principe même est contestable, puisqu'ils ne sont évidemment pas responsables du comportement de leurs ancêtres, ne faisant en l'occurrence que perpétuer un usage remontant à l'Antiquité et n'ayant alors été condamné ni par les Grecs et les Romains, ni par les Juifs et les Chrétiens... Les Européens ont même eu le mérite d'être les premiers à procéder à l'abolition de l'esclavage à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle, et les Français auraient même pu être cités en exemple si, après avoir décrété l'abolition en 1794 au nom des Droits de l'Homme sur proposition de l'Abbé Grégoire, ils ne l'avaient rétabli avec Napoléon 1er en 1802, avant de décider son abolition définitive en 1848 à l'initiative de Victor Schoelcher...

   Mais il y a une seconde raison, plus importante encore que la 1ère, à ne pas "faire la morale" aux Européens et en particulier aux Français : c'est tout simplement qu'en dépit de l'abolition officielle de l'esclavage, et notamment de sa condamnation solennelle par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme sous l'égide de l'ONU le 10 décembre 1948, l'esclavage persiste encore dans de nombreux pays du monde... Le Bureau International du Travail (BIT) estimait en 2005 que 12.300.000 de personnes travaillaient encore "sous la contrainte", cette situation prenant diverses formes :

   - L'esclavage dit "domestique" - consistant pour des individus à être la "propriété d'un maître" et à ce titre ne pas avoir de liberté, ni de rémunération - est de loin encore le plus répandu : il est encore une pratique courante dans certains pays d'Afrique et d'Asie, mais il est présent aussi sous une forme toujours dissimulée dans les pays dits "occidentaux" où certains "maîtres" enferment littéralement des "esclaves ménagers" - le plus souvent immigrés, à fortiori s'il s'agit de personnes en situation irrégulière - pour des travaux non rémunérés...Le Comité Contre l'Esclavage Moderne (CCEM) créé en France en 1994 a déjà porté secours à 500 victimes de cette pratique, dont 88 % de femmes et 30% de mineures...

   - L'esclavage dit "sexuel" est encore pratiqué dans la plupart des pays du monde , parfois sous une forme quasi-"industrielle" (ex :Thaïlande), surtout - mais pas seulement - pour les femmes ... En 2006, l'Office Central pour la répression de la Traite des êtres humains a fait tomber en France 31 réseaux à des fins de prostitution impliquant 1200 victimes... Et les statistiques ne peuvent pas rendre compte des cas trop nombreux et difficilement décelables de femmes ou d'enfants maltraités,  au sein des familles, à des fins sexuelles, comme le révèlent des affaires défrayant l'actualité...

   - L'esclavage dit "sectaire" est certainement moins important et plus méconnu, mais il est peut-être le plus odieux - s'il est possible de trouver des hiérarchies dans l'horreur - car il s'en prend aux personnes sur le plan "moral", en les assujettissant par des procédés "psychologiques" à des "lavages de cerveaux" et à un "conditionnement"  qui poussent ces personnes toujours naîves et influençables à obéir à des "gourous", ceux-ci d'ailleurs cumulant parfois les divers types d'asservissement sous un couvert prétendument "religieux"...

   On peut assurément s'interroger sur la persistance de cet "esclavage"... L'exploitation économique, dans ce domaine comme dans d'autres, paraît être un ressort essentiel ...Mais il n'est pas interdit de faire un rapprochement entre le comportement des hommes et celui des animaux, auxquels, après tout, les hommes se rattachent... Or il est bien connu que, par exemple dans des meutes de loups ou des familles de lions en ...liberté, il y a des "dominants" et des "dominés", ...et que le "mâle dominant" ...domine non seulement les femelles mais aussi les autre mâles, qui ne peuvent pas ...prétendre aux femelles... L'esclavage n'est-il donc pas alors une forme "évoluée" de ce comportement, où les hommes conserveraient un instinct de "bête" ?... Un dicton bienveillant affirme certes que "l'homme n'est ni ange, ni bête" ...mais peut-être conviendrait-il mieux de dire que, s'il y a des hommes qui "font l'ange" au plus haut niveau de la spiritualité, il y en a d'autres qui "font la bête", au plus bas niveau de la bestialité... 


Références :                                                                                                                 - Article du Journal La Croix du 6 mai 2008
- Georgina Vaz Cabral : La traite des êtres humains  Ed.La Découverte 2006

                                                                       

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Published by Jean DAUMONT - dans L'Histoire
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