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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 16:14
   Qu'il s'agisse d'une nécessité naturelle de "communication" ...ou de la malédiction "divine" de la Tour de Babel ...les hommes ont multiplié leurs "langues" à la surface de la Terre, quitte à en perdre au cours de l'Histoire, ce qui entraîne pour celle-ci la distinction entre des langues dites "mortes" - comme le latin - et les langues "vivantes", comme les ...6703 langues officiellement recensées lors d'un Symposium réuni à Québec en l'an 2000...

   Ce nombre - étonnamment précis - comparé au nombre actuel de 194 Etats officiellement reconnus - montre déjà qu'il y a dans de nombreux Etats - sinon dans tous - ...beaucoup de langues ...Encore faut-il "s'entendre" sur les termes, car ces moyens, oraux ou écrits, de communication portent des noms divers : surtout "langues", mais aussi "dialectes, "parlers", "idiomes", patois", sans oublier l'expression "langages vernaculaires", terme ésotérique ...lui-même ésotérique signifiant simplement "propres au pays", ce qui reste fort ...imprécis !

   En fait, la plupart des Etats, tout en maintenant le plus souvent des langues de "pays", ont institué une ou plusieurs langue(s) "officielle(s)" ou "nationale(s)", afin de faciliter leur communication interne ...C'est le cas de la République Indienne qui comporte plus de 500 langues mais a décrété ...22 langues "institutionnelles", dont "l'hindi" est la plus importante (30 %), ce qui n'empêche pas l'anglais, langue de l'ancien pays colonisateur, de rester une langue "courante", au moins dans les classes (ou castes?) dirigeantes... En France, une enquête a dénombré en 2004 ...75 langues dites "régionales", mais, jusqu'à présent le français reste la seule langue "officielle", conformément à l'article 2 de la Constitution du 3 juin 1958 repris par la loi du 25 juin 1992 précisant que "la langue de la République est le français" ...En fait, il n'en a pas été toujours ainsi : au Moyen-Age, au cours de sa formation progressive autour du domaine capétien, la "France" comportait de nombreux "dialectes" regroupés plus tard en deux branches, les langues d'oïl (façon de dire "oui") à dominante franque, donc ...germanique au nord, et les langues d'oc à dominante latine, au sud... Et quand le Roi François 1er promulgue l'Edit de Villers-Cotterets en 1539, il ne cherche pas à faire du français ou "francien" une langue "nationale", il se soucie seulement d'avoir une langue "véhiculaire", c'est-à-dire "des affaires" ...Et, jusqu'au 19ème siècle - en dépit de la "défense et illustration de la langue française" assurées grâce à une brillante pléiade d'écrivains et à son renom à l'étranger comme langue diplomatique - le français n'est encore parlé que par une minorité de français ...Car la France est encore très rurale, et, dans "le fin fond des campagnes", les habitants continuent à parler couramment la langue locale, notamment les femmes ayant peu l'occasion de "sortir de leur trou", à la différence des hommes (règlement des affaires, service militaire)...

   C'est "l'école" - au sens générique du terme - qui va contribuer le plus au progrès du français : d'abord, avec l'action de l'Eglise (cours des jésuites pour les classes aisées, et des Petits Frères des pauvres)... puis avec l'action de l'Etat (écoles centrales de la Révolution et Lycées napoléoniens intégrant le primaire et le secondaire) ...Mais le progrès décisif est dû aux réformes de Jules-Ferry en 1881-1882 qui non seulement rendent l'école primaire obligatoire, mais interdisent l'emploi des langues "régionales" sous peine de sanctions ...Depuis lors, les langues régionales ont fortement reculé : d'abord à cause de l'urbanisation croissante où le mélange des gens venant issus de régions diverses a renforcé l'usage du français ...mais aussi à cause du manque de "structuration" des langues régionales le plus souvent privées de "grammaire" et n'ayant pas toujours des contours précis ...Ainsi, à l'ouest, le breton est en fait divisé en 5 dialectes au moins, sans compter le gallo du Pays de Redon, ...et la création d'un breton unifié dans des conditions douteuses sous l'Occupation n'a pas eu grand effet ...Au sud, l'occitan continue à séduire, grâce au souvenir de Frédéric Mistral, mais  il n'a pas fait ...école...

   Dans ces conditions, il apparaît que le souci actuel de certains responsables politiques attachés au prestige de leur Région de "reconnaître" les langues régionales n'est pas une manifestation "offensive" pour accroître leur audience, ...mais au contraire une préoccupation "défensive" pour enrayer leur disparition ... C'est ainsi qu'il faut comprendre - semble-t-il - l'amendement proposé le 22 mai 2008 dans le Projet de révision constitutionnelle : "Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France" ... Cet amendement affirme en fait une évidence, mais il ne constitue pas une "reconnaissance" qui pourrait créer des "droits nouveaux", comme celui de rédiger les documents administratifs ou de faire l'école seulement dans la langue régionale, ce que le Conseil Constitutionnel ne pourrait de toutes façons pas accepter, ayant déjà refusé en 1999 la Charte Européenne des langues régionales et en 2002 la mise en place d'un enseignement par "immersion" dans la langue régionale, même s'il admet son enseignement en option complémentaire ...Il est certain qu'une "reconnaissance" ne serait pas sans risque, puisqu'elle pourrait encourager le "communautarisme", dont on sait ce qu'il a pu engendrer dans certains Etats (ex : Ex-Yougoslavie, Liban), car tous les Etats n'ont pas la sagesse séculaire de la Suisse dont quelques soubresauts n'ont pas remis en cause la Confédération depuis le ...13ème siècle...

   Alors, dans le domaine des langues, il vaut mieux transiger sans se raidir dans des positions extrêmes : les langues régionales existent, et elles contribuent à la richesse du patrimoine, au même titre que les autres manifestations "folkloriques" au sens étymologique et non ironique (costumes, danses, cuisines, littératures, etc) ...Pourquoi les rejeter ?... Il suffit de préciser dans la Constitution que leur contribution au patrimoine de la France ne doit en aucun cas être un usage exclusif et discriminatoire ...Car le français est une langue vivante, qui ne peut que s'enrichir à cohabiter avec des langues régionales, comme le français de la francophonie (110.000.000 de "locuteurs") s'enrichit sans cesse de mots d'origine africaine, asiatique, ou créole...

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Published by Jean Daumont - dans L'Histoire
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commentaires

Daumont Jean 02/07/2008 09:14

Je vous remercie pour les précisions que vous apportez avec la compétence qui est la vôtre, évidemment supérieure à celle du "horsain" que je reste, malgré l'intérêt que j'ai toujours porté à l'histoire de la Bretagne et aux associations défendant la culture bretonne... Il va de soi que je n'identifie pas le "mouvement breton" à la "collaboration"... Je n'ignore pas la Résistance bretonne, dont notamment le Musée de Saint-Marcel commémore le douloureux souvenir ...Je fais seulement allusion au ralliement de "brebis" ou plutôt de "chacals" égarés pendant la 2ème guerre mondiale, ayant écouté les sirènes 'un nazisme intéressé en Bretagne comme dans d'autres régions de France ou d'Europe par le profit qu'il pouvait en tirer (cf le livre de Georges Cadiou "L'Hermine et la Croix gammée"). Cordialement.

Lugué 02/07/2008 00:11

Cher Jean,C'est très récemment que j'ai pris connaissance de l'existence de votre blog. L'article sur les langues régionales m'intéresse tout particulièrement, vous vous en doutez ...Si je partage évidemment votre conclusion, je voudrais vous indiquer qu'il y a un certain nombre d'erreurs et d'imprécisions concernant la langue bretonne.La langue bretonne est divisée grossièrement en 4 dialectes (et non 5). Il y a le KLT (Cornouaillais, le trégorois et le léonard) et aussi le vannetais (moins évolué que les 3 autres).La langue bretonne possède une grammaire très précise et possède des contours aussi précis que ... la langue française.Je ne comprend pas non plus très bien votre allusion au breton unifié pendant l'occupation (qui a été l'oeuvre de Roparz Hémon et bien d'autres )... Qu'est ce donc à dire? Que la langue bretonne serait d'essence "collaborationniste"? je n'ose croire que vous repreniez à votre compte les propos du triste sénateur Mélanchon (malheureusement cité par l'un de vos lecteurs précédent). Etes vous sûrs que les auteurs franco-parisiens (acteurs notamment) ayant oeuvré pendant la guerre, n'étaient que des résistants (Cocteau, Colette, etc ....)?J'aurais bien d'autres arguments à vous donner, mais ce sera pour une prochaine fois.Kalon vat teoc'h / bon courage à vous

Jacques Heurtault 21/06/2008 11:28

Le plus simple, c'est de ne pas mettre ce "truc" dans la Constitution. Ca n'y a pas sa place. Une fois n'est pas coutume : je suis d'accord avec Mélenchon ...

Daumont Jean 16/06/2008 10:15

Les palinodies concernant les langues régionales ne relèvent pas seulement d'une discussion "juridique", mais d'une confrontation "politique"... L'attitude de Jacques Chirac en 1999 est certainement inspirée par une tradition d'unité nationale dite "jacobine" dont le Général De Gaulle a été le dernier symbole, mais elle se comprend aussi dans le contexte de la "cohabitation" avec Jospin comme 1er Ministre ... Et, actuellement, en raison des progrès du "régionalisme" dans le cadre de la décentralisation, l'UMP et le pari socialiste sont tous deux partagés pour des raisons électorales (Cf article du Figaro-Magazine du 14 juin, page 44, où Mélenchon part en guerre contre l'amendement : "c'est contraitre à notre Constitution, absurde et dangereux") ... Quant au Conseil Constitionnel, son rôle n'est pas de faire ou défaire les lois, mais de juger de leur conformité à la Constitution, d'où son opposition à la "reconnaissance" des langues régionales qui est contraire à l'article 2 de la Constitution affirmant que "la langue de la République est le français" ...Mais il est évident qu'il n'aura pas le pouvoir de s'opposer à une révision de la Constitution, si - et seulement si - elle est votée par le Congrès... Il faut donc que la raison l'emporte, et que l'affirmation de "l'appartenance des langues régionales au patrimoine de la France" qui est "légitime" soit assortie "légalement"  d'une réserve concernant leur utilisation...

Jacques Heurtault 15/06/2008 23:04

Vous êtes la sagesse même ...Juste une remarque, cependant, très théorique : si la Constitution était modidiée, par la force des choses, le Conseil Constitutionnel serait bien obligé de prendre la nouvelle Constitution, quelque soit son contenu, y compris un texte disant que les langues régionales peuvent être utilisées dans les documents officiels.