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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 15:44
   Tel est le titre du livre de Michel Tauriac (*) consacré aux témoignages laissés par les "proches" du Général De Gaulle du 18 juin 1940, date de son célèbre "Appel", au 9 novembre 1970, date de sa mort à près de 90 ans ...

   Un livre de plus ...et certainement pas le dernier, car il y a déjà plus de 100 ouvrages, de valeur inégale, sur le Général
De Gaulle, qu'il s'agisse de biographies ou de réflexions sur son rôle historique ...Certains tournent à l'hagiographie, en faisant de lui "le plus grand homme d'Etat que la France ait connu" ...et d'autres sont plus critiques, voire franchement hostiles ...Mais manifestement le Général De Gaulle ne laisse personne indifférent en France ...comme dans le reste du monde, où il reste la personnalité "française" la plus connue ...

   Michel Tauriac ignore délibérément toute progression "chronologique", car il bâtit son livre sur des "thèmes" - il y en a 33 ! -dont les titres sont toujours suivis d'une citation d'un texte du Général ...Entre
autres : ...Surprenant ...Séducteur ...Impassible ...Pessimiste ...Secret ...Démocrate , adjectifs déjà révélateurs du personnage...Néanmoins deux titres ne sont pas des adjectifs, et c'est déjà tout un programme : Malraux et ...Yvonne !

   Madame De Gaulle a en effet une place particulière dans les témoignages, y compris celui de son mari  : "Ma femme chérie, mais aussi mon amie, ma compagne si brave et bonne, à travers une vie qui est une tourmente" (Lettre 1941) ... Toujours discrète, elle ne cesse pourtant de veiller sur son "grand homme" (aux deux sens des termes), le conseillant utilement, veillant scrupuleusement sur sa santé malgré ses grognements, et le suivant partout où elle le peut, même si, avec ses grandes jambes, il marche trop vite pour elle ...Alors elle trotte, elle trotte ...Le livre est émaillé d'anecdotes drôles comme celle-ci, relative à "l'impassibilité" du Général : en débarquant à Valparaiso en 1964, le Général franchit sans problème une frêle passerelle ...Mais son épouse suit, accompagné de l'aide de camp Georges Galichon, portant la serviette des discours prévus du Général ...Et elle perd l'équilibre ...Galichon se précipite, et ...plouf ...la ...serviette tombe à l'eau ...Horrible ! La serviette est repêchée, ...mais le Général interroge Galichon après le dîner officiel : "Je ne vous ai pas vu avec mes discours"...Et Galichon de raconter l'incident : c'était Madame De Gaulle ou la serviette ...J'ai choisi la serviette ...Et De Gaulle de répondre : "Vous avez bien fait, mon ami !"... Mais on a l'étrange impression qu'il aurait dit la même chose dans le cas contraire, ...le comble étant qu'il apprenait par coeur et ne lisait jamais ses discours...

   Une autre anecdote concerne le Colonel de Bonneval, fidèle garde du corps ...Le 1er juillet 1962, à l'Elysée, De Gaulle doit recevoir Adenauer ...L'épouse du Colonel a besoin de ...vin pour un dîner...Il se procure, vu l'urgence, des bouteilles sur la réserve de l'Elysée, mais l'arrivée d'Adenauer étant brusquement annoncée, il dévale l'escalier ...et se prend les pieds dans le tapis ...Il ne se fait aucun mal ...Mais ce n'est pas le cas des bouteilles ..De Gaulle survient et tonne : "ça sent la vinasse" ...Et Bonneval s'attend au pire : non seulement il a "emprunté" mais il a gâché le vin de la République !...

   Evidemment, le livre comporte beaucoup plus de témoignages sérieux ...Par exemple sur le "réalisme" du Général ..."Les choses étant ce qu'elles sont" (aphorisme typique de l'homme...), De Gaulle a toujours rejeté toute "doctrine" : "Il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités" ...et c'est ainsi qu'il fait de la réconciliation franco-allemande un thème majeur de sa diplomatie ...Ce réalisme le pousse même à un certain cynisme : le 24 août 1958, à Brazzaville, le jour où il crée la Communauté Française, il avoue à Jean Mauriac, le journaliste du Figaro - fils de François - "La Communauté, c'est de la foutaise...Ces gens-là, à peine entrés, n'auront qu'une pensée : en sortir..." Et chacun s'interroge encore sur le sens de son exorde, quelques mois plus tôt, sur le balcon du Gouvernement Général de l'Algérie :"Je vous ai compris !" ..Accord pour l'Algérie Française ? ou préfiguration du Plan de Constantine et de l'auto-détermination ?... A noter qu'il y a tout un chapitre sur "le Silence, splendeur des forts"...

   "Et la France étant ce qu'elle est" (suite de l'aphorisme) ...Le Général De Gaulle a le culte de ce qu'il appelle "Notre-Dame la France", et il s'identifie à elle ...Non sans raison, il rappelle qu'en juin 1940, il était bien le seul ...ou presque ...à la représenter "dans l'honneur" malgré l'hostilité de Vichy (qui le dégrade et le condamne à mort...), et les sarcasmes de Churchill et surtout de Roosevelt qui ironise sur "Jeanne d'Arc" ..."Vous ne pouvez pas savoir combien cet homme était méchant et hypocrite", dira De Gaulle, qui ne rendra pas à ses funérailles, ce qu'il fera plus tard pour Kennedy où ...placé au 8ème rang des délégations, il se glissera d'ailleurs habilement au 1er !... Toutefois, s'il a le culte de la France, la Général est beaucoup plus sceptique sur les Français ...En 1946, après son départ du gouvernement provisoire, il s'exclame :"Je ne serai plus désormais que le témoin de la décadence"...Et en 1968, il est écoeuré par la "chienlit" ..."Tout est foutu", dit-il à Massu à Baden-Baden ...Il est vraisemblable d'ailleurs qu'il n'en croit pas un mot, et son pessimisme apparent n'est peut-être qu'une provocation, pour susciter des réactions positives ...Car De Gaulle est un "cyclothymique" ...

   C'est aussi un homme doué d'une mémoire prodigieuse ...Il apprend par coeur ses discours ...Et il est capable de se souvenir d'une rencontre - même fortuite et privée - dix ans après ...Et sa "culture des textes" est intarissable : en juin 1968, lors d'un repas, il participe à une discussion de "haut niveau" avec des écrivains sur  ...Pierre Corneille, où il est question d'une tragédie oubliée - "Othon" - et De Gaulle enchaîne en citant de mémoire les derniers vers, il est vrai proches de ses idées : "Afin qu'à mon retour, l'âme un peu plus tranquille"...

   On n'en finit pas de découvrir dans ce livre - ici ou là - une personnalité finalement encore mal connue ...La révélation la plus surprenante est qu'il a toujours eu envie d'être un "écrivain" ...Il avoue lui-même que c'était sa vocation première, même si les circonstances l'ont poussé à faire une carrière militaire ...puis politique... Il s'est d'ailleurs toujours entouré d'écrivains : Malraux, Druon, Dutourd... Et il laisse lui-même une oeuvre considérable et remarquable par son inspiration et son style, même s'il s'est toujours plaint de "sa difficulté à écrire" ...Son seul souci est d'ailleurs en 1970, après son départ définitif, de finir ses "Mémoires d'Espoir", au titre vraiment symbolique...


(*) Michel Tauriac "Vivre avec De Gaulle" - Editions Plon- Avril 2008

 

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commentaires

Jacques Heurtault 29/06/2008 18:18

J'en étais déjà convaincu : ce n'est pas demain que j'arriverai à la hauteur de sa cheville!