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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 15:42

   Le "chemin de fer" s'inscrit, en France comme dans les autres pays "occidentaux", dans l'histoire longue et complexe des transports ...De l'Antiquité au 19ème siècle, les déplacements des hommes et de leurs marchandises s'étaient faits exclusivement par voie "terrestre" (pistes ou routes) ou par voie "d'eau" (rivières et mers), dont l'importance avait alterné en fonction de la sécurité donc du contexte politique ...Les Romains, plus "terriens" que "marins", à la différence des Grecs, avaient privilégié les routes, avec leurs célèbres "viae" empierrées sillonnant leur Empire ...Mais les troubles du Moyen-Age avaient réduit ce trafic routier, menacé par les "bandits de grand chemin", de sorte que le transport fluvial ou côtier prit alors un essor considérable, le trafic par bateau, péniche, gabarre ou coche d'eau l'emportant sur les calèches ou diligences...

   Survient le chemin de fer, à partir des années 1820 et des progrès de la machine à vapeur ...Malgré les critiques initiales, le public apprécie rapidement
  ce moyen de transport plus rapide (50 kms/heure !) que les voitures à chevaux, et la France se couvre au 19ème et au début du 20ème siècle d'un réseau de plus en plus serré de "voies ferroviaires" desservant même des petites localités dans un pays encore très rural (les "omnibus"), tandis que les villes moyennes ou grandes se dotent en complément de tramways ou de "petits trains" et même, à Paris, d'un "Métropolitain", c'est-à-dire d'un réseau souterrain ...Equipement qui ruine d'ailleurs le trafic fluvial, en l'absence d'une modernisation parallèle des voies navigables, dont la France est pourtant bien dotée... A la veille de la 2ème Guerre mondiale, le chemin de fer connaît ainsi son apogée, et, dans le contexte du Front Populaire et de la "collectivisation" d'inspiration socialiste, les 5 compagnies privées existantes sont nationalisées le 1er janvier 1938 pour former la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) ...Cette Société regroupe actuellement environ 200.000 "cheminots" - le 2ème groupe professionnel après l'Education Nationale - dont l'importance dans la vie publique est telle qu'elle représente une sorte de ..."vache sacrée", à laquelle les responsables politiques se gardent bien jusqu'à présent de toucher, quand ils ne la flattent pas...

   Et c'est ainsi que, faute d'une volonté politique, la SNCF a raté ...l'aiguillage, en ne sachant pas conserver sa clientèle populaire quand l'économie s'est transformée (cf. les "Trente Glorieuses")...En effet, le trafic routier qui n'avait d'abord conservé qu'une importance secondaire (environ 1.000.000 d'automobiles en 1939) connait un expansion considérable (35.000.000 d'mmatriculations - automobiles et camions - en 1997) en liaison avec l'amélioration des voies (routes et autoroutes) ...La SNCF aurait pu alors faire le choix d'un trafic populaire, avec le maintien de dessertes locales et des prix compétitifs ...Ce ne fut pas le cas : les gouvernements - de droite comme de gauche - non sans certaines palinodies
- firent le choix contraire du "tout-TGV", privilégiant la "vitesse" pour faire concurrence au ...trafic aérien, dernier venu dans les transports, mais n'ayant pas la vocation des voyages de masse ...Certes les TGV, sur le plan technique comme sur le plan financier, sont une réussite (180 millions de passagers par an actuellement), mais il n'était pas vraiment nécessaire de leur sacrifier parallèlement deux secteurs importants de l'activité du "rail" :
   - Le trafic des voyageurs "ordinaires" (hors TGV) - qui représente pourtant encore 1 milliard de passagers par an - a été négligé , notamment dans la région parisienne (2/3 du trafic) où il n'y a plus qu'un équipement vieilli, avec des pannes fréquentes, et des retards devenus presque "institutionnels" (enquête 2001 : 44% des trains), entraînant parfois des manifestations d'usagers..."Ras le bol de la SNCF" ..."Les salariés de banlieue ont été sacrifiés au profit des bobos chouchoutés dans les TGV"...
   - Le trafic des marchandises ou "fret" est dans une situation plus grave encore, puisque la chute de l'activité met en cause son existence même : Déficit de 85.000.000 euros en 1998, 138.000.000 en 1999, ...389.000.000 en 2002 (légrère diminution ultérieure avec les conteneurs) ...Cette insuffisance s'explique en comparant les investissements opérés entre 1990 et 1998 : 2,6 milliards de francs (400 millions d'euros) pour le fret, contre 77 milliards de francs (11 milliards d'euros) pour les TGV ...et elle ne suscite pas d'inquiétude puisque l'ancien Président Gallois a déclaré "qu'après tout, le fret n'est qu'un service commercial", autrement dit que la SNCF pourrait l'abandonner...

   Evidemment ce "sacrifice" du réseau traditionnel et du fret est lié à l'essor considérable du trafic routier, qu'il s'agisse des automobiles ou des camions...Mais, même si on peut comprendre que des lignes d'intérêt local ou des petites gares aient pu être abandonnées faute de clientèle, il n'est en contrepartie inacceptable que la SNCF n'ait pas favorisé l'accueil de passagers en plus grand nombre, ni cherché à augmenter le fret, évitant ainsi de surcroît les encombrements et embouteillages sur les routes ...Il est vrai qu'elle n'est pas seule responsable, dans la mesure où elle est sous la tutelle de l'Etat et que celui-ci, malgré ses "énarques", n'a pas su mettre en place un Plan prospectif des transports, dont l'évolution a donc été incohérente, qu'il s'agisse d'ailleurs
du chemin de fer, de la route, des voies navigables ou des avions...

   Le résultat est pour le chemin de fer une dette "abyssale" d'environ 40 milliards d'euros en 2007 ...Et cette dette ne risque pas d'être comblée rapidement, puisque les recettes annuelles de la SNCF couvrent à peine les dépenses salariales des 200.000 cheminots comprenant 60.000 cadres, 90.000 sédentaires, 5000 délégués syndicaux détachés, ...et seulement 45.000 personnels "roulants" ayant en moyenne ...11 heures de conduite par semaine ...Situation ubuesque, que le recrutement d'environ 40.000 agents par le Ministre-ex-cheminot Jean-Claude Gayssot entre 1997 et 2002, n'a certes pas améliorée, même si la CGT dirigée par un autre ex-cheminot Bernard Thibault en a été fort satisfaite ...Sans oublier les "facilités de circulation" accordées aux familles des cheminots - soit 450.000 personnes - et le problème des 350.000 retraités dont les cotisations des "actifs" ne suffisent pas à payer les pensions... Il est vrai que, devant ce gouffre, il y a des écrans ou des subterfuges, comme celui de la création en 1997 d'une Société jumelle, le Réseau Ferré de France (RFF), chargé des infrastructures, mais grevé dès l'origine par le transfert des 2/3 de la dette ...ou encore la mise en place des Trains Express Régionaux (TER) qui sont largement financés par les Régions ...Et comme l'Etat verse pour sa part environ 10 milliards d'euros de subvention par an, on peut en conclure que les contribuables payent de plus en plus pour le train qu'ils prennent de moins en moins...

   Un train qui ne mène pas ...grand train, en dehors des TGV, bien sûr !...Car la SNCF multiplie les "ralentissements préventifs" (1300 kms) et éprouve néanmoins de multiples déraillements (20 de 2002 à 2005), comme le montre la carte ci-contre (ralentissements en surlignage et déraillements en noir) ... Certes, la SNCF peut affirmer à juste titre qu'elle reste "le transport le plus sûr de France" avec un taux presque nul d'accidents mortels pour les trains eux-mêmes ...Mais il y a les accidents induits par les 19.133 passages à niveau (1% sur routes nationales, 36 % sur routes départementales et 63 % sur voies communales), en raison de l'erreur initiale de leur installation et de la lenteur de leur suppression ...et ceci alors que la SNCF n'a pas hésité à construire des gares somptueuses pour les TGV - encore eux ! - comme la Gare d'Avignon..., appliquant la formule de son Architecte en Chef Duthilleul : " Les gares sont les cathédrales des temps modernes", en s'attirant d'ailleurs la réponse de l'ancien Président Bergougnoux : " Dans les gares, il ne souffle pas que l'esprit, mais aussi les courants d'air"...

   Dans ces conditions, si rien n'est entrepris de façon radicale et rapide, la situation du chemin de fer ne peut que tourner au scandale ... Car le "rail" doit désormais faire face à la conjugaison de deux échéances :
   - L'échéance prévisible de l'unification européenne ...Depuis 2003, une directive de la Commission a ouvert le trafic du fret à la concurrence dans tous les pays ...Or la France est un des rares pays à ne pas avoir "privatisé" ce service pour faire face à cette concurrence.. Et, bientôt, l'ouverture s'étendra au trafic des voyageurs...
   - L'échéance imprévue de l'augmentation des produits pétroliers qui entraînera inévitablement une réduction du trafic routier (automobiles et camions) et un retour partiel vers les autres moyens de transport, dans la mesure où les véhivules à électricité ou hydrogène ne sont pas encore au point... Or la SNCF (ou le RFF ?) n'a jusqu'à présent même pas été capable d'organiser, à l'image de la Suisse et de l'Autriche, une combinaison "Rail-Route", avec l'échec du "Modhalor"... Et déjà, il est question de recourir pour les charges les plus pondéreuses à la navigation fluviale, lente mais économique...

 Il est donc temps que le chemin de fer sorte ...en vitesse ...de son petit train-train...


Sources : - Article du Figaro du 6 juillet 2008 - Page 2 
                - SNCF Ma machine infernale - Nicolas Beau, Laurence Dequay et Marc Fressoz - Ed.Le Cherche midi 2004

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Published by Jean Daumont - dans Transport
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commentaires

Jacques 15/07/2008 18:16

Très bien.Je suis d'accord avec vous, de plus, à propos de votre réponse sur les locomotives "Fret". C'est là un gâchis incompréhensible.jf.

Daumont Jean 15/07/2008 13:59

   Sur le plan formel, je précise que mon information ne vient jamais d'une seule source, ou alors je la précise : "D'après"... En fait je consulte plusieurs journaux ou leur site Web, surtout Le Figaro, La Croix et Libération, plus rarement les autres ...et, bien entendu j'utilse les livres ou études en ma possession, toujours en les citant en fin d'article...   Sur le fond, je vous concède volontiers que ma citation de l'effectif de la SNCF sous le Ministre Gayssot était incomplète, et qu'il aurait convenu de citer les recrutements effectués dans le cadre du mouvement global "actifs-pensionnés", d'ailleurs très révélateur:Année ..........Actifs ....................Pensionnés1938 .........456.760...................243.3691944 .........389.614...................274.3691949 .........440.750...................330.4051954 .........370.633...................383.247...1970 .........295.203...................431.286...1980 .........274.398...................418.2601985 .........242.591...................391.2521990 .........204.503 ..................370.5671995 .........179.341 ..................348.849...2001 .........178.248...................320.1462002 .........174.774...................309.1202004 .........166.951...................305.660Comme il faut se livrer à un calcul subtil entre l'évolution du nombre des actifs et celui des retraités chaque année pour comptabiliser les recrutements, je recinnais donc volontiers que les 40.000 recrutements de M. Gayssot ne doivent pas être "stigmatisés" particulièrement...Par contre, j'avais noté le renouvellement de l'équipement en locomotives; mais je l'avais pas évoqué, car il n'a apparemment pas été d'un grand effet sur l'évolution du fret, et a été contradictoire avec le relâchement de l'entretien...

Jacques 14/07/2008 18:14

Cher Jean Daumont, vous devriez vous méfir de vous sources et peut-être même les diversifier !Vous vilipendez, grâce au....Figaro les recrutements effectués par le sieur Gayssot lorsqu'il était Ministre des Transports.Mais si vous aviez poussé votre enquête, vous auriez du aussi souligner que les effectifs de la Sncf étaient de deux cent mille cheminots en 1991 et n'étaient plus que cent quatre vingt mille en 2002 au départ de M. Gayssot.....Source "Les danseuses de la République" Edition de l'Harmattan.Quant au fret, vous passez aussi sous silence que M. Gayssot avait passé commande de 607 locomotives spécialisées pour les trains de marchandises. Elles existent bel et bien, elles sont vertes et blanches et portent, en gros, la mention Fret.A bientôt,jf.

Daumont Jean 11/07/2008 16:40

   Bah... Au train où vont les choses, je cherche toujours le meilleur chemin de faire des articles sans dérailler...

Jacques Heurtault 10/07/2008 23:21

Eh, bien! Il est gratiné, celui-là! Vous vous êtes lâché ... ca fait du bien de temps en temps!