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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 09:29

    L'enseignement est certainement l'un des plus beaux métiers du monde ...Car l'instruction a toujours été le facteur le plus déterminant du développement des sociétés humaines, rien ne pouvant surpasser la responsabilité de dégager et d'épanouir à tous âges les aptitudes de chaque individu dans le respect de valeurs communes.

   Et pourtant l'enseignement est actuellement en France l'une des activités collectives les plus critiquées en raison de l'aggravation de l'échec scolaire (taux de difficulté de lecture à 15 ans passé de 15,2 % en 2000 à 24,1 % en 2007), et de l'incapacité du système scolaire à répondre valablement aux besoins de la société, qu'il s'agisse des emplois (persistance d'un chômage au delà de 2 millions de personnes) ou des relations sociales (relâchement des moeurs et augmentation de la criminalité) ...Une telle situation apparaît même comme un scandale dans un pays comme la France longtemps exemplaire dans le monde par son rayonnement intellectuel
...

   La tentation est grande pour l'opinion courante de s'en prendre aux enseignants, en dénonçant leur manque d'autorité et d'efficacité, alors que leur temps de travail hebdomadaire ne dépasse pas une vingtaine d'heures et qu'ils bénéficient de vacances longues et répétées (165 jours, soit 45 % de l'année)...Et même si les enseignants se défendent à juste titre en soulignant que leur temps de travail ne se limite pas à la présence en classe (travaux à domicile et nombreuses réunions dans l'établissement) ...et que les vacances répondent d'abord au besoin de repos des élèves (certains parents n'hésitant pas à les anticiper ou les prolonger...), ils n'en sont pas moins traités en "boucs émissaires"...

   Ce procès est franchement injuste, car  - en dehors de quelques problèmes trop facilement mis en exergue - la majorité des enseignants effectue sa tâche avec honneur et mérite, et même parfois avec une abnégation admirable, quand ils sont confrontés à des contextes difficiles dont ils ne sont pas responsables dans des quartiers ou banlieues de certaines villes ...En fait, s'il y a un procès à intenter à l'enseignement en France, ce n'est pas aux enseignants, mais à l'insuffisance du système éducatif dont ils dépendent...

   Cette insuffisance est le résultat d'une longue évolution historique marquée par un manque de volonté et de continuité "politique" ...En effet, l'enseignement français n'a pas résulté d'un "acte fondateur", mais d'un aménagement progressif au cours des âges ...A l'origine - du temps de la Gaule aux temps modernes - il y avait des "précepteurs" dans les familles riches, surtout "bourgeoises" car les "nobles" apprenaient essentiellement le métier des armes et négligeaient l'instruction - même élémentaire - qui était l'affaire des "clercs" ...L'Eglise avait en effet besoin de gens "instruits" sachant lire et écrire le latin, qui resta ainsi longtemps la langue "culturelle" ...Mais la masse du peuple restait "inculte", ne pratiquant que des "dialectes locaux", dont le ...français qui ne devint la langue officielle - c'est-à-dire d'abord "administrative" - qu'avec l'Edit de Villers-Cotterets de François 1er (5 août 1539) ...Et c'est seulement à partir du 17ème et du 18ème siècles que l'enseignement s'élargit, surtout avec l'action des Jésuites, dont le établissements préfigurent le système actuel, avec la répartition en "classes" et la distinction des "disciplines"...Mais ils n'instruisent en fait qu'une "élite", car les "gens du peuple" ne reçoivent que des "rudiments" - en particulier et ...déjà "lire, écrire et compter" ...sans oublier l'instruction religieuse - grâce à des associations philanthropiques ou au "bas-clergé", par exemple celui des "Petits Frères des pauvres"...

   Survient la Révolution qui proclame "l'égalité" ...Mais cela donne seulement sous le Directoire les "Ecoles Centrales" - à l'organisation quelque peu anarchique - bientôt remplacées par les "Lycées" de Napoléon Bonaparte - à l'organisation toute militaire (uniforme pour les élèves et les maîtres ...et exercice des armes) ...Et il ne s'agit toujours que de l'enseignement des "humanités" qui deviendra plus tard l'enseignement "secondaire" ...L'Eglise garde finalement son emprise sur l'instruction élémentaire ou "primaire", et les filles sont encore le plus souvent écartées de l'enseignement, car il paraît alors suffisant - même dans les familles aisées - qu'elles connaissent seulement ce qui convient pour être une "bonne épouse" et une "bonne mère" (couture, cuisine, maintien, soins aux enfants...)

   Il faut attendre les Lois de Jules Ferry (1881-1882) rendant l'école "gratuite, obligatoire et laïque" pour avoir un enseignement réellement "populaire" ...Néanmoins, cette école ne concerne que le niveau de base - dit "primaire" - qui conduit au Certificat d'Etudes (13 puis 14 ans), au delà duquel les enfants du peuple entrent en "apprentissage"  ...Rares sont les élèves les plus méritants - retenus après le concours des "bourses" - qui poursuivent un enseignement dit "général" dans les lycées, car ils vont le plus souvent dans des "Cours complémentaires" (futurs CEG) qui sont en quelque sorte un "primaire prolonngé" menant jusqu'au Brevet, ne se confondant pas avec les lycées alors "de plein exercice" (6ème à Terminale) conduisant au Baccalauréat, examen de portée d'abord limitée (31 reçus en 1809, 583 en 1893, 2155 en 1904...). Il y a donc encore un enseignement "à 2 vitesses", celui de la "bourgeoisie" et celui du "peuple", celui des "blouses blanches" et celui des "blouses noires", celui valorisant l'instruction "intellectuelle" et celui péjoratif du "travail manuel"...

   Arive le "baby-boom" de 1945-1950 ...Il faut assurer l'accueil d'une masse importante d'élèves ...L'occasion était belle de créer des structures adaptées, à fortiori dans un contexte de "reconstruction" et de "progrès économique" ...On prolonge certes la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans (1963) afin d'accroître les connaissances d'un plus grand nombre d'élèves, et on multiplie les "Collèges d'Enseignement Secondaire" (CES) soit par détachement du 1er cycle des Lycées, soit par transformation des CEG (ex-CC), soit "ex-nihilo"... Mais on ne fait que juxtaposer les élèves et les maîtres dans 3 "voies" (1=ex-lycée, 2=ex-CEG, 3=ex-fin d'études primaires) ...Et "l'amalgame" traînant à se faire, on crée ensuite le "Collège Unique" (Réforme Haby 1975), et -comme les élèves s'obstinent à être différents - on institue le "passage automatique en cours de cycle", ainsi que l'accord nécessaire des parents (et des élèves !) pour un redoublement en fin de cycle... Bref, ce n'est plus le "savoir" mais "l'enfant-roi" qui est au centre de la pédagogie, conformément aux instructions données dans les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM)...

   Le résultat est que l'autorité des maîtres est ébranlée, tandis que l'échec scolaire s'accroît rapidement ...Les responsables des établissements en sont conscients et, avec l'accord des maîtres, contournent souvent cet "égalitarisme" par le jeu des "options" ou de la "carte scolaire" : on crée des sections "rares" (latin, grec, 2ème langue ...comme le chinois) pour regrouper les meilleurs élèves ...et les établissements "bien situés" ou "réputés" pratiquent une "sélection de fait" devant l'afflux des demandes de dérogation... Quand ces "manoeuvres" ne suffisent pas, les parents "aisés" n'hésitent pas à diriger leurs enfants vers l'enseignement privé, d'autant moins que celui-ci, au nom de sa ..."liberté", a généralemnt préservé le respect de valeurs fondamentales comme l'autorité, la responsabilité, l'effort et la solidarité...

   Car c'est bien le respect des valeurs qu'il faut rétablir à tous les niveaux de l'enseignement, qu'il s'agisse des écoles, des collèges, des lycées et même des universités ...Et ce rétablissement ne doit pas consister à revenir au système "ancien", ni à en créer un "nouveau"...Car les structures du "mammouth" sont bien trop lourdes pour être démolies et "re-bâties"... Ce n'est pas de l'extérieur et d'en-haut qu'il faut agir, mais c'est à l'intérieur et à partir de la base qu'il faut créer un "nouvel esprit" reposant sur des principes simples :

   -
Reconnaître les différences des élèves et les aider en conséquence par des méthodes individualisées permettant de dégager leurs qualités personnelles et de leur donner à la fois confiance et estime d'eux-mêmes.

   - Alléger les horaires et programmes, dont l'accumulation ne peut que submerger les élèves par des connaissances tellement nombreuses qu'ils finissent par n'en maîtriser aucune.

   - Ré-apprendre les règles nécessaires, sans lesquelles la "liberté" n'est qu'une illusion, car les élèves naturellement poussés à "s'opposer" doivent comprendre l'importance des "devoirs" en regard des "droits".

   - Pratiquer la tolérance et la solidarité tout au long de la scolarité, afin que les élèves comprennent la nécessité de "respecter les autres" et de les aider, si besoin est, dsans leurs activités.

   - Ouvrir les élèves au monde, d'abord par une meilleure collaboration entre les "disciplines", ainsi que par une multiplication des visites et stages "sur le terrain", facilitant ainsi leur orientation.

   - Donner aux enseignants les moyens indispensables - non pas par un accroissement sans fin des crédits cet des postes - mais par une meilleure gestion encourageant l'esprit d'initiative et le sens des responsabilités dans une réelle autonomie des établissements.

   Mais les principes, comme les institutions, ne seront finalement que ce qu'en feront les hommes ...et les femmes !

  

NB: Clémenceau a dit que "les guerres sont des affaires trop sérieuses pour être confiées aux militaires" ...Cette affirmation peut être transposée dans le domaine de l'enseignement, où l'auteur de l'article, qui est un ancien "responsable" - même critique - du système éducatif, ne prononce certainement pas des "paroles d'évangile"...



 

 

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Published by Jean Daumont - dans Education
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commentaires

Daumont Jean 31/07/2008 15:26

   Il ne suffit pas d'avoir des idées simples...Encore faut-il en mesurer les applications ...  1. Bien sûr... Il convient de ne pas faire entrer en 6° des enfants ne maîtrisant pas la lecture, l'écriture et le calcul... s'il s'agit d'insuffisance ou de paresse ...Mais, comme la scolarité est obligatoire, que faire alors des élèves inaptes et handicapés qui méritent de la sollicitude...  2. Certes...Mais ce ne sont pas les élèves qui prétendent être supérieurs à leurs maîtres, ce sont de mauvais "prophètes" qui les ont mis au centre de la "pédagogie"...J'ai personnellement eu de nombreux témoignages d'anciens élèves ayant apprécié les maîtres qui les faisaient obéir...  3. Très bien... J'ai personnellement présidé des Conseils de Discipline qui prononçaient des exclusions définitives...Mais, toujours avec la scolarité obligatoire, ces élèves étaient réinscrits dans un établissement voisin, qui ne manquait de renvoyer l'ascenseur à la 1ère occasion...Le "schmilblic" n'avançait pas!...  4. Assurément... mais ce n'est pas à vous que je dois démontrer que, conformément à la législation du travail, le fait d'être payé par un organisme - en l'occurrence, les enseignants par l'Etat, donc les contribuables - n'empêche le respect de droits, s'ils sont légitimes...  5. Hors sujet ...Le problème n'est pas pour les enseignants d'être ou non fonctionnaires, il est celui d'être responsables, et par conséquent d'avoir des gratifications et inversement des sanctions pouvant aller jusqu'à la radiation, ce qui n'est pratiquement plus le cas...

Jacques Heurtault 31/07/2008 00:03

Moi, je veux des choses simples :1. Que les enfants ne puissent entrer en 6ième que si, et seulement si, ils savent lire couramment, écrire sans fautes d'othographe invraisemblables, et compter, y compris mentalement.2. Que les élèves comprennent bien qu'ils sont inférieurs à leurs maitres et que, s'ils prétendent le contraire, ils iront voir ailleurs.3. Que les trublions soient systèmatiquement exclu des cours. On ne saurait admettre que quelques uns empêchent les autres d'étudier ...4. Que les enseignants comprennent également qu'ils sont payés avec l'argent des contribuables et qu'ils doivent travailler 1.600 heures par an, les heures de réunion étant comptées comme temps de travail.5. Qu'il n'est absolument pas nécessaire d'être fonctionnaire pour enseigner. Ce n'est pas aux enseignants d'en décider mais aux citoyens ...Simple, non?

Hervé 30/07/2008 15:51

@Julien et Jean,Sur le fond, je suis d’accord avec Julien.
Mais le sujet, c’est ré enseigner la « morale » à l’école en France, alors que cette chose a été abandonnée depuis belle lurette (1968 ?) et que sans doute les enseignants n’ont pas du tout envie de s’y frotter.
 
En France, (en Belgique aussi sans doute) les enseignants enseignent dans le cadre d’un programme qui leur est imposé, qu’il faudrait donc rédiger. Je crois  aussi que sur un sujet aussi sensible et concernant un public très large (que ce soit les enseignants et les élèves) de toutes religions et cultures, il conviendrait d’être précis. Définir ces valeurs communes à tous.
 
Je serais curieux de savoir si les services de M. Darcos se sont déjà penchés sur le sujet. En tous cas c’est un sujet de réflexion intéressant : « comment ré-enseigner la morale à l’école ».

Julien Lecomte 30/07/2008 14:04

Peut-être la démarche est-elle plus importante que les résultats?Bah je dirais que toutes les cultures dignes de ce nom ont toute de même un certain interdit du meurtre, rejettent la haine. La majorité des gens déplorent la shoah. Enfin, il n'est tout de même pas si difficile de trouver des choses qui sont quasi universellement dénoncées. Maintenant, il s'agit d'expliquer pourquoi et de voir comment s'organiser pour faire respecter cela. Il s'agit aussi de montrer que chaque culture, chaque religion prône des morales qui ne sont pas éloignées de ces grandes valeurs, contrairement aux dérives haineuses que l'on affiche souvent (que ce soient les chrétiens ou les muslmans : nous connaissons mal la religion de l'autre, mais aussi parfois NOTRE religion, ses valeurs. Or, dans les textes, qu'ils soient de l'une ou de l'autre -et meme du bouddhisme,...-, beaucoup de choses se rejoignent! ...et rejoignent le questionnement philosophique : qu'est ce qui est bien? comment arriver au bonheur? comment diminuer mes peines? comment faire le bien? ...?Bien entendu, il sera question d'approfondir et de donner des pistes, quitte à les abandonner. Il n'est pas nécessaire de trouver un accord pour tout, mais de détecter une sorte de socle commun, et puis ensuite d'y greffer les convictions personnelles et le débat.

Hervé 29/07/2008 08:41

 
@Julien,
Je suis favorable à ce que tu proposes. Commencer à l’école par des échanges à partir de cas concrets qui parlent aux élèves.
Reste en préalable à définir un programme, c’est à dire quelles sont ces fameuses valeurs à enseigner « fruit d'un accord entre les hommes » et ce ne sera pas évident de trouver un accord.. Pour cela je verrais bien un comité d’éthique y réfléchir à partir de grandes lignes fixées par le gouvernement puis ensuite aux députés de décider.