Introduction
John Paul MEIER Un certain Juif - Jésus - Les données de l'Histoire Ed. Cerf
Catherine NAY Un pouvoir nommé désir - Ed. Grasset
Alain DUHAMEL La Marche Consulaire - Ed. Plon
Christine CLERC De Gaulle - Malraux , une histoire d'amour - Ed. Nil
Alain SOUCHON Ecoutez d'où ma peine vient - Parachute doré - Texte Laurent Voulzy - Coll. Opendis
Jacques TENIER Faire la paix dans les régions du monde - Ed. L'Harmattan
Olivier AMEISEN Le dernier verre - Ed.Denoël
Frédéric LENOIR Le Christ philosophe - Ed. Plon
Tel est le titre de l'ouvrage (*) où le journaliste Alain Duhamel se livre avec talent à une comparaison entre l'exercice du pouvoir
en France au début du 21ème siècle par le Président Nicolas Sarkozy ...et celui exercé à la fin du 18ème siècle par le 1er Consul Bonaparte ...qui n'était pas
encore l'Empereur Napoléon 1er...
Dès le début de son ouvrage, Alain Duhamel justifie son titre en écartant délibérément l'expression "Monarchie élective" qui est le plus souvent utilisée actuellement pour définir la
Présidence de Nicolas Sarkozy ...Il considère en effet que la "Monarchie" - à l'exception, non négligeable, du Pape au Vatican - ne peut pas, par définition, être "élective", puisqu'elle désigne
un pouvoir exercé "à vie" et "héréditaire"...C'est pourquoi il préfère l'expression de "République Consulaire" pour définir la Présidence de Nicolas Sarkozy, en la présentant
sous le titre ironique de "Marche Consulaire" ...dans la mesure (musicale...) où la Garde Républicaine lui avait rendu les honneurs par ce refrain lors de son intrônisation comme Président de la
République le 16 mai 2007...
Il est vrai qu'un certain parallélisme peut être établi - à environ deux siècles d'intervalle - entre les deux "exercices du pouvoir" ...D'abord, une ressemblance entre
les deux personnages, qu'il s'agisse de leur taille physique (cela compte dans un comportement...) ou de leur caractère : comme l'écrit l'auteur, "Volontarisme,
ascendant, éloquence, rhétorique de la témérité et de la rupture, vitalité bouillonnante, passion risquée du mouvement et de l'initiative, assurance mais caractère cyclothymique, détermination
d'airain, boulimie d'action et goût du commandement, dans ce bonapartisme du 21ème siècle, on détermine aisément le profil d'un pouvoir consulaire...Il y a chez Nicolas Sarkozy un 1er Consul
contemporain, ...un Bonaparte en frac"...Et il ajoute :"Tous deux aiment décider, ils n'ont pas peur d'imposer" ..."Et ils prennent grand soin de consolider leur pouvoir en tentant de
séduire leurs adversaires et de les convaincre de se rallier"...Mais il y a aussi une analogie de situation : Bonaparte arrive au pouvoir après la période du Directoire
marquée par un désordre à la fois politique et moral ...Sarkozy est élu "après deux septennats mitterrandiens achevés dans la déception et deux mandats chriraquiens se terminant dans
le malaise et la morosité"...Dans les deux cas, la France attend "un changement de style, car elle rêve d'audace, d'ambition et d'énergie" (sic)...Et Alain Duhamel en ...rajoute en
comparant l'expédition de Bonaparte et les séjours de Sarkozy en Egypte, ...ainsi que les initiatives (militaires..) du 1er Consul en Europe ...et les initiatives (politiques...) de Sarkozy lors
de sa présidence de l'Europe au 2ème trimestre 2008...
Mais la comparaison - où l'humour a sa place - s'arrête là ...Car une analyse objective révèle en fait une opposition radicale sur des points majeurs : en particulier Bonaparte
est un "militaire" qui prend le pouvoir par un "coup d'Etat" qu'il légalise seulement après ...coup par un plébiscite ...Sarkozy est un "civil" qui devient
Président de la République par une élection régulière et incontestée au suffrage universel ...D'autre part, Bonaparte a eu le champ libre pour réorganiser l'armée,
écrire le Code Civil, imposer le Concordat, constituer les Grands Corps de l'Etat, créer de Grandes Ecoles (les fameuses "masses de granit") ...et mettre en place une police omniprésente
contrôlant la Société ...Ce n'est évidemment pas le cas de Sarkozy, car la France s'est alourdie depuis lors de fortes pesanteurs sociales et elle ne peut échapper aux règles
économiques imposées par l'intégration auropéenne et la dépendance du commerce international, comme le prouve la crise actuelle ...La marge de manoeuvre de Sarkozy s'est donc rétrécie, selon un
processus inéluctable ...car Alain Duhamel fait remarquer non sans raison qu'en son temps le "militaire" De Gaulle avait été beaucoup plus "bonapartiste" que ne pourrait l'être Sarkozy, avec sa
politique algérienne, le développement de l'arme atomique, la construction de l'avion "Concorde", le contrôle des prix, etc...Le pouvoir du Président est désormais diminué, à la fois dans la
politique extérieure avec l'Europe et l'émergence de grandes puissances autres que les Etats-Unis (Inde, Chine, Brésil...) et dans la politique intérieure, avec les progrès de la
"décentralisation" donnant beaucoup plus de compétences qu'autrefois aux Collectivités locales, à fortiori si celles-ci sont contrôlées par "l'opposition" ...
Que dire d'ailleurs si, à la faveur d'une alternance toujours possible, l'opposition actuelle reprenait la majorité à l'Assemblée ?... Le pouvoir du Président serait encore plus
réduit qu'il avait pu l'être lors des alternances connues par Mitterrand et Chirac ...En effet, la soi-disant "hyper-présidence" de Sarkozy n'est pas un excès institutionnel vis-à-vis de
l'Assemblée, mais seulement un resserrement du gouvernement autour du Président au dépens du ...1er Ministre, et elle ne constitue même pas une surprise puisque l'un et l'autre avaient prévu
cette évolution dans leurs ouvrages respectifs (**)... En fait, sur le plan institutionnel, c'est faire un mauvais procès à Sarkozy que de lui reprocher un excès de pouvoir, car il a, au
contraire, ...ré-équilibré les pouvoirs lors de la révision constitutionnelle de 2008, en renforçant les compétences de l'Assemblée (ordre du jour partagé,
encadrement du 49/3, contrôle de la politique étrangère, multiplication des commissions, et ...statut de l'opposition) tandis qu'il diminuait celles du Président (limitation à 2 mandats,
restriction de l'article 16 sur les pleins pouvoirs, renonciation à la présidence du Conseil de la Magistrature et au droit de grâce collectif, droit de nomination aux grands Corps soumis à
l'approbation des 3/5 du Parlement) ...Pratiquement, puisqu'il est question de "comparaison", Sarkozy ne fait que "présidentialiser le régime à l'américaine", c'est-à-dire mettre
en équilibre les rôles respectifs du Président et du Parlement, ce qui n'a pas posé de problèmes majeurs aux Etats-Unis depuis plus de deux siècles...
Finalement le seul problème dans le comportement du "Président Sarkozy" est dans sa "précipitation" excessive, qui bouscule les habitudes, ce qui ne plaît pas aux cadres en
place foncièrement conservateurs - à droite comme à gauche - en dépit des grandes affirmations de principe... Et ce n'est pas parce qu'il essaie de concilier le "mouvement" et
"l'ordre" qu'il faut crier au "pouvoir personnel" et ironiser en comparant Joséphine à Cécilia, ...Carla à Marie-Louise, ...et le fils Jean, héritier de son père à Neuilly, à un futur
"Roi de Rome"...Mais c'est tellement drôle pour Alain Duhamel de "faire frissonner les Républicains" en leur faisant entrevoir un "Napoléon qui percerait sous Bonaparte" !...
(*) Alain Duhamel - La Marche Consulaire - Ed. Plon 2009
(**) Nicolas Sarkozy - Témoignage - 2006
François Fillon - La France peut supporter la vérité - 2006
Commentaires