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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 14:22
   Pour mesurer l'importance des décisions prises à Londres par le G 20 le 2 avril 2009 pour une "Réforme de l'économie mondiale", il est nécessaire de les replacer dans l'évolution de cette économie au 20ème siècle, et notamment depuis la Guerre 1939-1945.

   En effet, à la fin de cette Guerre, les 44 nations alliées avaient signé le 22 juillet 1944 à Bretton Woods aux Etats-Unis, en présence d'un observateur de l'URSS, des accords économiques ayant pour but de mettre en place un système monétaire international capable de favoriser la reconstruction et le développement des nombreux pays touchés par le conflit ...Mais, pour cela, il ne fallait pas renouveler les erreurs commises après la Guerre 1914-1918, où l'ancien "étalon-or"avait été remplacé par un système "d'étalon de change-or", c'est-à-dire seulement de devises convertibles en or ...et il en était résulté une instabilité due aux mesures de protection nationales des pays concernés, notamment des dévaluations finalement responsables de la crise de 1929, qui avait entraîné des troubles sociaux et favorisé l'apparition des régimes autoritaires...

   C'est pourquoi, en 1944, compte tenu de la supériorité écrasante des Etats-Unis - qui n'avaient pas subi les ravages de la guerre et s'étaient même largement enrichis par la vente des armes et le prêt de fonds (Plan Marshall) au point de posséder alors 80 % des réserves mondiales d'or - les accords de Bretton Woods organisèrent un "Gold Exchange Standard" fondé sur une seule monnaie, le Dollar américain : toutes les monnaies furent alors définies en dollars, et seul le Dollar fut défini en or, sur la base restée célèbre de "35 dollars l'once" ...Et le Fonds Monétaire International (FMI) fut alors créé afin d'éviter tout dérapage ...national et intervenir en cas de crise locale ou généralisée sous forme de prêts assortis de conditions de redressement ...Ce système a eu incontestablement des effets positifs, d'autant plus qu'il a été accompagné d'un abaissement progressif des tarifs douaniers (ex: "Nixon Round" pour les Etats-Unis), servant ainsi de cadre aux "Trente Glorieuses" entre 1945 et 1974, marquées par une progression considérable de l'économie mondiale...

   Malheureusement la situation s'est depuis lors fortement retournée ...De nombreux pays, dont le Royaume Uni, la France et surtout l'Allemagne (cf "le miracle économique allemand") ont accumulé des réserves de dollars grâce à leurs exportations vers les Etats-Unis, alors que ceux-ci suscitaient une inflation de leur monnaie par des émissions excessives du fait des dépenses considérables occasionnées par la guerre du Vietnam et la course à l'espace...alimentant ainsi une inflation de plus en plus inquiétante dans le monde...Les Pays européens regroupés dans une Communauté s'efforcèrent néanmoins de maintenir une certaine stabilité avec le "Serpent Monétaire", dont l'insuffisance aboutit à la création d'une monnaie commune, "l'Euro", le 1er janvier 2002... Mais les Etats-Unis, dont l'économie était de plus en plus fondée sur le crédit  en raison de la prédominance du dollar, ne prirent pas en temps utile les mesures nécessaires contre des pratiques spéculatives sans commune mesure avec leur situation économique : l'once d'or qui valait à l'origine 35 dollars cotait en 2008 à plus de 1000 dollars, et le Dollar avait alors perdu 97 % de sa valeur en or...D'où la faillite des banques à la suite de prêts inconsidérés dans l'immobilier (les "subprimes") se propageant en crise économique mondiale en raison de l'implication restée majeure des Etats-Unis dans les relations commerciales ...On connaît la suite, avec la crise généralisée du crédit, le ralentissement de la production faute de liquidités, la fermeture partielle ou totale d'entreprises, la hausse du chômage ou du temps partiel, la restriction du pouvoir d'achat d'autant plus mal ressenti que, dans le même temps,  les responsables de grandes entreprises continuaient à étaler leurs revenus mirobolants : salaires, bonus (!), stock-options, placements dans des "paradis fiscaux" ...

   Le G 20 avait donc la lourde tâche de trouver des solutions à cette crise, et le problème est par conséquent de savoir s'il y est parvenu, ou du moins si les solutions proposées ont quelque chance d'être efficaces ...Au départ les conditions générales semblent remplies en raison de l'importance de la réunion : d'abord, les Etats représentés dans le G 20 sont beaucoup plus que ...20, puisqu'ils comportent 19 Etats "indépendants" réputés les plus riches du monde (*) ...et une "Communauté", l'Union Européenne, comportant, à elle seule, ...27 Etats(**), dont 3 déjà cités dans les 19 Etats indépendants (France, Royaume-Uni et Italie) ..., soit au total, pour le G 20, les 2/3 de la population mondiale et 90 % de la production de richesses ...Seuls manquent - de façon significative, il est vrai - les pays "pauvres" de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique du Sud... Ensuite, les Etats du G 20 ont su taire leurs divergences, en raison de leur crainte commune des conséquences de la crise, notamment les divergences entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni - partisans de mesures conjoncturelles limitées à une "relance" - et la France et l'Allemagne partisans de mesures structurelles pour une "régulation"...Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que le G 20 soit parvenu à prendre des "décisions" importantes :

   - 1. Relance massive par l'apport de 1000 milliards de dollars venant s'ajouter aux divers plans nationaux, soit un montant total - sans précédent - de 5000 milliards de dollars, représentant 10 % du PIB mondial ...Le FMI, qui était menacé lui-même d'un manque de liquidités, voit pour sa part, passer ses réserves de 250 à 750 milliards de dollars, permettant ainsi de financer la relance dans les pays pauvres dits "émergents", incapables de la financer directement...

   - 2. Organisation d'une régulation internationale des marchés financiers, sous l'autorité d'un "Conseil de Stabilité", devant permettre une harmonisation des normes comptables entre les banques : suppression des "paradis fiscaux" ( véritables "trous noirs" de l'économie faussant le jeu de la libre concurrence) - encadrement des fonds d'investissements spéculatifs ("Hedge funds") et de la rémunération des "traders" (dont la prise de risques encouragée par des primes avait contribué à l'explosion de la "bulle financière"), ajustement des revenus des dirigeants (salaires, bonus, etc...) sur les performances réelles...

   3. Stimulation du commerce mondial ( baisse des échanges de 8 % en 2008) par l'apport direct de 250 milliards de dollars à l'Organisation du Commerce Mondial (OMC) permettant de renforcer les mesures prévues dans le "cycle de Doha" pour l'interdiction du protectionnisme, auquel de nombreux pays - dont la France - étaient tentés de recourir pour faire face à la crise...

   Néanmoins, en dépit de leur importance, ces "décisions" se heurtent à de sérieuses réserves :

   - d'une part, on peut s'interroger sur l'origine des fonds prévus pour la relance ...Certains pays "créditeurs" sont disposés à des prêts comme le Japon (100 milliards de dollars), l'Union Européenne (75 milliards), le Canada, la Norvège et la Chine (50 milliards) ...mais la Suisse, accusée de conserver le "secret bancaire", risque de s'en dispenser ...Et le FMI peut être autorisé à émettre des "Droits de Tirages Spéciaux" (DTS), autrement dit à utiliser la "planche à billets", génératrice d'inflation...

   - Ensuite, les "paradis fiscaux" sont stigmatisés sans être "proscrits" et on a établi seulement une "liste noire" des pays hostiles (dont la Suisse, le Liechtenstein ...et le Luxembourg) et une "liste grise" des pays acceptant de coopérer, ...mais en sont absents - pour des raisons faciles à deviner - certaines îles des Caraïbes, ainsi que Macao et Hong-Kong...

   - Enfin, la supervision des marchés financiers ne va pas jusqu'au conrôle des grandes banques,  qui reste légalement du ressort des autorités nationales, avec toutes les distorsions qui peuvent en résulter...

   Finalement le bilan du G 20 de Londres n'apparaît que comme une étape ...et, avant d'en faire un "nouveau Bretton Woods" fondant le "Capitalisme du 21ème siècle", il faut attendre que ces "décisions" se transforment effectivement en "actions" ...Mais il est déjà certain qu'un nouvel équilibre économique se dessine : il ne s'agit déjà plus d'une "économie unipolaire" fondée sur la prédominance des Etats-Unis, qui n'ont d'ailleurs pas "fait la loi" au G 20 de Londres ...Il s'agira désormais d'une "économie multipolaire", où les Etats-Unis cohabiteront avec d'autres "blocs" : l'Europe, la Russie, la Chine ..., celle-ci étant déjà largement créancière des Etats-Unis ...et pouvant même être appelée, en raison de son poids démographique et de son expansion économique, à remettre en cause ce nouvel équilibre avant la moitié du 21ème siècle ...Mais c'est une autre histoire, impossible à écrire à l'avance ...

(*) Par ordre alphabétique : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Séoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni Russie, Turquie

(**) Par ordre alphabétique: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, République de Chypre, Royaume-Uni, Suède (avant 2004), Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lithuanie, Pologne, République Tchèque,Roumanie, Slovaquie, Slovénie (après 2004)

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Published by Jean Daumont - dans Polit. internationale
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commentaires

Jacques 10/04/2009 10:13

Sur ce plan, je suis tout aussi sceptique que vous .D'aikkeurs, avez vous lu l'excellent article "Les paradis fiscaux ne vont pas en enfer" publié ce dernier mercredi (8/4) dans "Le Canard Enchaîné" ?Je me permets de vous le recommander.jf.

Daumont Jean 10/04/2009 08:57

   Qui sème ...le vent récolte la tempête !... Effectivement, la "liste noire" a disparu ...Mais je demande à voir ce qu'il en sera réellement de la "collaboration" des nombreux pays de la "liste...grise" !...

Jacques 09/04/2009 22:58

Il me semble bien que vous vous êtes "planté" sur la "LISTE NOIRE" à propos des Pays y figurant.Mais en plus, depuis l'écriture de votre billet, l'OCDE vient d'annoncer que cette "liste noire" n'existait plus.....jf.