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15 juin 2006 4 15 /06 /juin /2006 16:40

   Telle est la "jaquette" du livre, paru en avril 2006,  de Fabienne Brutus sous le titre : "Chômage, des secrets bien gardés" - Edition Gawsewitch/Eyrolles.

   L'auteur est "conseillère à l'emploi" dans une ANPE, et on peut donc penser qu'appartenant au sérail, elle sait de quoi elle parle... Néanmoins il convient de garder un esprit critique : l'appartenance à un corps ne permet pas toujours une objectivité suffisante. Naguère, Clémenceau disait à propos de l'Etat-Major : "La guerre est une chose trop sérieuse pour n'être confiée qu'aux militaires"... En ce qui concerne le chômage, toute information doit être contrôlée dans un pays comme la France où chaque famille a actuellement au moins un membre proche "sans travail rémunéré", et où il ne faut donc pas raconter n'importe quoi...

   Le livre s'ouvre sur un chapitre "Des chiffres introuvables"... Et on découvre que le nombre de "demandeurs d'emploi" ne correspond pas au nombre des "chômeurs officiels" : les demandeurs d'emploi sont en effet répartis en ...8 catégories, dont seule la 1ère compte pour les statistiques, soit 2.414.125 "personnes sans emploi, immédiatement disponibles, et recherchant un CDI à temps plein" en Novembre 2005... Le nombre peut déjà être porté à 3.177.131 si on y ajoute les demandes de temps partiel et les demandes émanant d'intérimaires... Mais il y a 5 autres catégories (stagiaires, titulaires de CDD, les + 78 h de travail par mois, etc...) qui ne sont pas décomptés... soit au total 4.125.790... Et l'auteur ajoute les "oubliés du chômage" (jeunes, "vieux", malades, RMistes...) pour arriver au total "incroyable" d'environ 10.000.000... A trop vouloir démontrer, l'auteur exagère, et on s'y perd...

   Le 2nd chapitre est consacré au Conseiller "soldat de la République"...On peut comprendre que le chemin de celui-ci n'est pas semé de roses, à commencer par son entrée, puisque l'auteur affirme que "c'est le chômage qui mène à l'ANPE" ... Elle ajoute, il est vrai, que le niveau minimal est Bac + 2, ce qui n'est pas pour autant une garantie... Suivent des considérations sur la "capacité à la servitude" pour y faire "carrière" : rien d'original, car on trouve cela dans d'autres secteurs de l'administration française, où les "primes" et les "avancements au choix" dissuadent de tout militantisme excessif... Il faut suivre la politique de l'établissement, qui est souvent la "politique" tout court... En fin de compte, à quelques exceptions près, on y encourt régulièrement l'acrimonie ou la colère des chômeurs estimant "que le conseiller ne fait pas son travail puisqu'eux n'en trouvent pas.".. Ceci dit, l'auteur en "rajoute" ou plutôt il en retranche, car il y a tout de même des témoignages nombreux de l'incompétence ou de la paresse rencontrées dans certaines ANPE...

   Suivent 2 autres chapitres consacrés à l'accueil des chômeurs, ce qui est triste "à pleurer" ...et il faut s'habituer à tout un charabia professionnel du genre : "monter une AIS pour garder l'ARE, établir une AFF pour aller au bout d'une formation, faire une DAF pour les frais"...sans oublier évidemment les CV (Curriculum Vitae) et les BCA (Bilans de Compétences Approfondies)... Et on en arrive à un chapitre des "Partenaires voyous" : l'ASSEDIC, donneur d'ordre, qui fait donc la loi, puisqu'elle recueille les cotisations et indemnise les chômeurs (pas tous...)... mais aussi les Cabinets de placement, habilités à utiliser gratuitement les fichiers de l'ANPE, et faisant payer cher aux entreprises leurs prestations : 4000 E (employé) à 7000 E (cadre)... Ce qui pose un problème de principe : privatisation complète ou étatisation, car "l'économie mixte" en la circonstance est plutôt étrange... A noter pour mémoire que les Associations de chômeurs, apparemment les mieux placées pour parler du chômage, ne sont le plus souvent pas consultées...

   Et le livre se termine par un chapitre qui fait frémir : "Le pire est à venir"... Les mesures actuelles du Plan de Cohésion Sociale sont fustigées : suppression des allocations (quand elles existent !) après 3 refus d'offre d'emploi, chasse aux faux chômeurs (à définir ?), faux-semblants des Contrats nouveaux (CA, CNE;...et CPE avant son abandon) qui se substituent aux anciens CDI, mais avec des garanties contre le licenciements en moins... Et dans le même temps, les crédits de "formation" disparaissent, à l'encontre de la "mobilité" souhaitée... D'où le mécontentement latent : l'auteur évoque même "les agences qui brûlent"... Faut-il pour autant sombrer dans le pessimisme ?... Certes, il y a des excès et des motifs d'inquiétude dans l'immédiat... Mais, puisqu'il est question "d'avenir", qu'en est-il à moyen et long terme de l'effet du "Papy-Boom" qui commence officiellement en 2005 et va conduire progressivement à une insuffisance de "jeunes" ? Que va-t-il en être en France du prolongement inéluctable de "l'activité" jusqu'à 65, voire 70 ans, déjà en cours de réalisation dans des pays voisins ? Quid du cumul d'une retraite (faible) avec un emploi adapté aux personnes "âgées" ?... L'avenir est sombre...mais peut-être plus pour l'emploi que pour le chômage, même s'il y a un apparent paradoxe...

NB: Pour des informations plus complètes sur le chômage et l'ANPE, voir le Blog "Propositions Audacieuses" de Jacques Heurtault (Cf Lien - Catégorie Cohésion Sociale - 5 pages - 22 articles à ce jour).

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Published by Jean Daumont - dans Notes de lecture
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Daumont Jean 28/12/2006 14:28

   J'apprécie votre commentaire ainsi que la réponse immédiate de Jacques Heurtault, qui est d'ailleurs plus compétent que moi dans le domaine du fonctionnement de l'ANPE, même s'il se défend à juste titre de mêler activité professionnelle et politique... Pour ma part, j'avais réagi à la lecture du livre de Fabienne Brutus comme simple particulier qui a plus à apprendre qu'à "disserter" dans ce domaine... mais certainement aussi parce que je suis le père d'un cadre chômeur écoeuré par le manque d'intérêt qu'il a éprouvé...sauf de la part de Jacques Heurtault, dont je souligne l'ouverture d'esprit et la qualité d'homme... Mieux que moi, en passant dans son registre "politique", il sera à même de faire ressortir les "convergences"... ou les "divergences "des programmes des candidats aux prochaines élections...

Jacques Heurtault 28/12/2006 13:32

Je tiens absolument à ne pas confondre mon activité professionnelle et mon activité citoyenne. En tant que professionnel, je mets en oeuvre une politique à laquelle je ne suis pas obligé d'adhérer. Ma limite, c'est le respect strict de la légalité républicaine. En tant que citoyen, je me réserve le droit de porter des appréciations sur le bien fondé de cette légalité : autrement dit, je fais de la politique ...Quant aux rôles respectifs des Assedics et del'Anpe, je crois nécessaire d'apporter quelques précisions.1. Le système d'indemnisation du chômage devrait être de droit public et non de droit privé comme c'est actuellement le cas. Tant du point de vue de son financement que du point de vue des paiements. Autrement dit, exit le principe "assuranciel" ... Vive le principe "solidaire"!2. L'organisme en charge du placement des demandeurs devrait être, lui, de droit privé, délégataire d'une mission de service public pouvant émaner de la structure de droit public en charge du paiement des indemnités. L'important , c'est que cette seconde structure ait la liberté d'agir et de prendre des initiatives pour accomplir sa mission. Elle ne les a pas, actuellement. Le pouvoir politique étant trop souvent sur son dos, l'Anpe est depuis longtemps taillable et corvéable à merci ... Droite et Gauche mises dos à dos ...

Christian ERASMI 28/12/2006 12:52

Arrivé un peu par hasard sur votre site, après avoir consulté celui de Mr Jacques HEURTAULT, par hasard également, je vous livre ma réaction.Agent de l\\\'ANPE pendant 28 ans, dont 25 en qualité de Directeur d\\\'Agence Locale, j\\\'assume, depuis moins de 3 mois, les fonctions de directeur départemental de l\\\'INSERTION au Conseil Général.Lorsque j\\\'ai pris connaissance, en un week-end, du livre de Fabienne BRUTUS, dès sa sortie, la honte m\\\'a envahi. Celle d\\\'avoir passé autant de temps dans cet organisme, sans jamais avoir eu le courage de gueuler, aussi haut et aussi fort qu\\\'elle, les manipulations dont cet établissement est l\\\'objet. J\\\'en ai d\\\'ailleurs immédiatement offert un exemplaire à mon père, bientôt octogénaire, ancien inspecteur du travail, mais surtout l\\\'un des pionniers de l\\\'ANPE qu\\\'il a créé et dirigé dans les Alpes-Maritimes dès 1967, et dont il a pris sa retraite en 1988. Créateur du syndicat CGT des affaires sociales au lendemain de la guerre, il pouvait apprécier à la fois la justesse du récit, et la tonalité des propos.J\\\'affirme que les éléments d\\\'analyse que contient ce document sont exacts, à quelques deux ou trois détails prés sans importance (des faits relatés, antérieurs au recrutement de l\\\'auteur). Bien sûr ils sont de parti pris. Mais quel parti ? Celui des travailleurs !Car c\\\'est bien là qu\\\'est la question.S\\\'il me faut accepter, non sans mal, que le travail est un MARCHE, puisque c\\\'est le cas dans un système social où la force de travail se monnaye avec des patrons, je me refuse à considérer l\\\'emploi comme une marchandise livrée aux lois de la concurrence libérale.Si comme Mr Heurtault, je considère qu\\\'il convient de dissocier les rôles entre l\\\'organisme assurant un revenu aux personnes provisoirement privées d\\\'emploi, et les techniciens du service public de l\\\'emploi, j\\\'en conclue une toute autre organisation, sans pour autant révolutionner toutes les relations sociales.En effet, pour rééquilibrer le débat et élargir le champ de la réflexion au delà des seules injonction sarkosystes, ne pensez-vous pas qu\\\'il serait judicieux d\\\'examiner d\\\'autres pistes, comme, par exemple, l\\\'émergence d\\\'une SECURITE SOCIALE PROFESSIONNELLE. Parceque la mise en concurrence des SERVICES PUBLICS dispose dans le débat politique d\\\'une réelle ALTERNATIVE, économiquement plus durable, et humainement plus juste.Pour vous en faire une idée, vous pouvez consulter ici : http://www.alternativeagauche2007.org/spip.php?article259Sans craindre de vous "mouiller" pour tel ou tel candidat, vous pourriez utilement mettre en "convergences" les diverses opinions relatives aux enjeux essentiels des prochaines élections, parmi lesquelles l\\\'emploi ne se limite pas à quelques anecdotes autour des plus ou moins bonnes pratiques au sein du service public de placement.Copie à Fabienne BRUTUS et Jacques HEURTAULT.

Jacques Heurtault 23/06/2006 16:17

Je pourrais résumer en disant que l'Anpe doit être une structure de droit privé bénéficiaire d'une délégation de service public de la part de l'Etablissement public payeur des allocations et contrôleur du sérieux des démarches des demandeurs d'emploi.Ce faisant, l'Anpe peut enregistrer les offres d'emploi des entreprises qui entendent faire appel à ses services ( payants!) afin de disposer d'un outil d'analyse performant  de la réalité du marché de l'empoi, les entreprises, elles, disposent de l'outil informatique de diffusion des offres de l'Anpe. 

Jacques Heurtault 23/06/2006 16:08

Faut-il privatiser l'Anpe? Pour pouvoir répondre à cette question, il faudrait d'abord définir ce que l'on entend par privatisation. Est-ce à la Loi de définir ce qu'est un "chômeur"? Ma réponse est clairement non! A-t-on besoin de savoir, à une unité près, le nombre de chômeurs, jour après jour? Non, tout aussi évidemment! Pourtant l'Anpe, de par la Loi, s'occupe de cela ... Elle peut, chaque soir, au moment du traitement des opérations d'inscription, de cessation d'inscription ou de radiation, connaître, A UNE UNITE PRES, ce nombre qui répond à une DEFINITION LEGALE ...Qu'est-ce qu'un service public? Ce n'est pas, à mes yeux, une structure de droit public. C'est un service que la puissance publique entend faire fonctionner AU SERVICE DU PUBLIC, quand bien même cela devrait-il se faire A PERTE, le financement public par l'impôt étant là pour couvrir la différence. J'approuve pleinement cette définition. Dans un tel contexte, les agents de l'Anpe peuvent être régis par le Code du Travail, comme n'importe quel autre salarié. Bien évidemment, une très forte majorité de ces agents n'est pas, aujourd'hui, du tout prête à accepter cette éventualité ... Beaucoup y sont venus dans une perspective DIAMETRALEMENT opposée.L'Anpe ayant pour mission principale d'être un intermédiaire entre l'offre de compétences (autrement dit la demande d'emploi) et la demande de compétences (autrement dit l'offre d'emploi), il semble assez naturel que son mode de fonctionnement s'apparente à celui d'une entreprise et non à celui d'une administration? C'est exactement le contraire que l'on observe.Je lisais récemment un tract syndical qui dénonçait avec raison les faveurs dont bénéficiaient certaines entreprises de placement (Ingeus, par exemple) pour, tout de suite après, dans un autre paragraphe, exiger le retour du monopole de placement dans l'escarcelle de l'Anpe! Comportement illogique si on se place du point de vue de la comparaison par la mise en concurrence mais comportement parfaitement logique si on se place du point de vue du confort que donne le monopole.Actuellement, une personne qui vient de perdre son emploi DOIT, DANS TOUS LES CAS, s'inscrire à l'ANPE si elle veut pouvoir percevoir ses allocations de chômage. C'est incontournable car c'est la Loi qui le dit. Ce que je veux, moi, c'est qu'une personne apporte périodiquement la PREUVE de la réalité  de ses démarches de recherche d'emploi auprès de l'organisme qui lui paie ses aloocations, à charge pour elle d'utiliser, si elle le juge utile, les services que l'Anpe met à sa disposition pour l'aider dans ses démarches. Nous ne sommes plus dans la même philosophie! Dans la mienne, si l'Anpe ne produit pas de services performants, les demandeurs d'emploi n'utilisent pas les outils et ... l'Anpe tombe en désuétude puisque n'ayant pas de clients!D'après ce que je lis, il ne semble pas que Nicolas Sarkosy s'oriente  vers mes propositions. Il entend, me semble-t-il, faire du nouvel outil "UNEDIC-ANPE" une structure contraignante dans laquelle le demandeur d'emploi sera "pris en charge" et devra accepter les offres qui lui sont faites s'il veut percevoir ses allocations. Moyennant quoi, les allocations pourraient être versées pendant QUATRE ans ...Ma logique est différente : 1. Le demandeur d'emploi DOIT apporter la PREUVE de la réalité et du sérieux de ses démarches auprès du PAYEUR2. Il PEUT, s'il le souhaite, se faire aider GRATUITEMENT par un spécialiste.3. Le spécialiste doit être capable de faire le point sur les compétences du demandeur, lui dire les failles et faiblesses qui l'assaillent.4. Le spécialiste doit être capable de diagnostiquer le MARCHE des compétences (notamment la demande, c'est à dire l'offre d'emploi!) afin d'être en mesure de proposer un vrai contrat (au sens juridique) au demandeur avec obligation de résultat pour le spécialiste.5. Si le demandeur accepte, c'est l'Unedic qui finance le coût du contrat (ou, éventuellement la puissance publique mais, dans ma vision, c'est la même chose puisque je préconise la nationalisation de l'UNEDIC, chose donr les "partenaires sociaux" ne veulent pas entendre parler, ni d'un côté ni de l'autre).
C'est dans ce cadre que je conçois la "privatisation" de l'Anpe et la "nationalisation" de l'Unedic.