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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 17:19

   Le "18 juin" est, en cette année 2009, un jour béni pour "philosopher", c'est-à-dire - au sens étymologique - être un "ami de la sagesse" en cherchant à organiser les connaissances du monde en un système aussi cohérent que possible...

   Pourquoi un jour béni ?...Il n'y a pas en ce jour de manifestation religieuse, en dehors de la célébration de la "Saint Léonce" qui n'a pas laissé de souvenir particulier ...Il y a, certes, le souvenir de la victoire de Jeanne d'Arc - devenue "sainte" ultérieurement - à Patay sur les Anglais le 18 juin 1429, mais cette victoire est oubliée ...Comme est oubliée la défaite de Napoléon à Waterloo le 18 juin 1915, qui n'a jamais donné lieu à une commémoration, du moins en France ...En contrepartie, il y a le 18 juin 1940 où, au terme du désastre de l'invasion de la France par les Allemands d'Adolf Hitler, la voix d'un inconnu, le Général De Gaulle, s'éleva à Londres pour proclamer que "la France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre" ...Appel devenu célèbre ...plus tard, car il fut alors entendu par peu de Français, la majorité s'étant tournée avec soulagement vers un "Père de la Patrie", le Maréchal Pétain, qui "avait fait à la France le don de sa personne ...pour atténuer son malheur" ...et signer un armistice...
 

   Non, le 18 juin est un jour béni pour philosopher ...parce qu'il est en 2009 le jour ...de l'épreuve de Philosophie du Baccalauréat ...l'épeuve initiatique d'un examen devenu mythique en France ...Car, en cette occasion, ce sont plus de 600.000 "jeunes Français" qui vont réfléchir sur les connaissances du monde, même s'ils n'ont pas l'expérience de la vie ...Expérience qui, il est vrai, n'est peut-être pas nécessaire, car "l'épreuve" ne les engage pas à disserter sur cette expérience, et notamment les problèmes qui les attend, comme celui de leur emploi, mais simplement (?) de "penser", c'est-à-dire de manipuler des idées et des concepts de façon "gratuite", comme le note l'écrivain Hervé Hamon dans un éditorial de ce jour (*) :

   "On ne s'attardera pas sur les banales questions de cours, du style  "Quelle différence existe-t-il entre un art et une technique ?" , ni sur les laborieux commentaires de "l'impératif catégorique" ...On se passionnera pour le grand sujet, celui qui vous propulse vers les espaces infinis, vers les ténèbres intérieures, vers ces jeux d'esprit ...qui font passer un chameau par le trou d'une aiguille...
   Il y a le truisme arraché à sa fausse évidence : "
La nature fait-elle bien les choses ?"...
 
    Il y a, plus subtiles, les éblouissantes volutes du paradoxe :"Est-il socratique d'imiter Socrate ?"...
   Il y a l'exploration fascinante des profondeurs psychologiques, auprès desquelles les sous-marins d'Ifremer sont peu de chose :"
En quel sens peut-on dire de quelqu'un qu'il a du caractère ?"...
   ...Il y a, bien sûr, le dépouillement radical, la notion toute nue, sans même une question, sans aucun apparat, ...autour de laquelle on tourne comme le démineur s'approche de la bombe : " Le tout et sa variante le rien" ...
   Il y a l'éternelle ressource du temps, contracté, dilaté, porteur d'espoir, porteur de mort :" La mémoire annonce-t-elle le futur ? ...Etre conscient, est-ce être conscient qu'on cessera d'être ?"...
   Et puis les immenses champs, toujours verts et ouverts, de la morale et de la politique : "
Le juste calcule-t-il ?" ...ou ceux de la métaphysique, des nuages : "Dieu peut-il décider qu'il n'existe pas ?"...

   Pour les candidats, la philosophie, c'est vraiment : Quo non ascendam ?...Où ne monterai-je pas ?...Comme disait Nicolas Fouquet au 17ème siècle, ce qui lui valut la disgrâce de Louis XIV ...Disgrâce que ne risque pas, il est vrai, la majorité des candidats puisque plus de 80% seront reçus au Baccalauréat, ...proportion flatteuse facilitée par tous les conseils donnés pour leur dissertation : introduction posant le problème, développement en trois points - la thèse, l'antithèse et la synthèse - avec ce qu'il faut de citations judicieuses et même d'opinions personnelles (mais pas trop ...et pas trop partiales...) ...sans oublier la conclusion qui doit clore le débat ...ou l'élargir vers des horizons nouveaux, ...sans les traiter, sous peine d'être "hors sujet"...

   Ce qui, tout bien "réfléchi", est d'ailleurs dommage ...Car "philosopher", n'est-ce pas finalement, s'il est permis de jouer sur les mots, "sortir du sujet" ...c'est-à-dire de la "convenance" ...et en dépasser les limites ...Mais cela n'est qu'une "réflexion de vieux" ...et il ne faut pas le dire aux "jeunes" qui risqueraient d'être condamnés sans appel, ...même un 18 juin !...

(*) Auteur de "Demandons l'impossible"- Editeur Panama - Editorial paru dans le journal Ouest-France du 18 juin 2009


   
    
 

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Published by Jean Daumont - dans Philosophie
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commentaires

Schlabaya 19/07/2009 21:27

Tous ces sujets n'ont pas été donnés, rassurez-moi ? Ils sortent de votre imagination ?