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18 janvier 2007 4 18 /01 /janvier /2007 17:37

   La jeunesse - comme la vieillesse - est une notion toute relative, puisque "l'appréciation de l'âge" a radicalement changé en moins de 2 siècles marqués par les progrès de la médecine... Auparavant, "l'espérance de vie" ne dépassait pas 40 ans, les rares cas de "grand âge" ou même de "centenaire" étant largement dépassés par l'importance de la mortalité infantile... Le roman de Balzac "La femme de trente ans", au 19ème siècle, n'était pas l'apologie d'une beauté juvénile, mais une traduction de l'approche de la vieillesse... Or, désormais, "on se veut jeune" encore à 40 ans, si ce n'est davantage ... au point que le "jeunisme" devient un fait de société...

   En fait, ce goût pour la jeunesse a un côté malsain, car il a comme revers une certaine indifférence, voire de mépris pour les ..."vrais jeunes". En effet, l'intérêt pour ceux-ci - et notamment pour ceux qui, au terme variable de leurs études entre 18 et 30 ans, accèdent ou du moins devraient accéder à la "vie (dite) active" - est loin d'être une préoccupation fondamentale pour ceux qui ont un emploi... Tel est d'ailleurs le sens d'un ouvrage récemment publié par l'Académie des sciences morales et politiques avec la collaboration d'auteurs "autorisés" comme Raymond Barre, Pierre Messmer, Gabriel de Broglie, Marcel Boiteux et Marcel Cohen : "La France prépare mal l'avenir de sa jeunesse" (Editions du Seuil). (1)

   A en juger par cette analyse, la carence n'est pas simplement "conjoncturelle" - en raison de la crise actuelle de l'emploi liée à la conjonction de diverses causes, dont la mondialisation... Elle est plus profondément un problème "structurel" en rapport avec le fonctionnement même de la société française, notamment en ce qui concerne "l'école", "l'emploi" et "l'économie" :

   - La cause initiale est "l'école", au sens de l'ensemble du système scolaire et universitaire, qui se révèle en effet incapable de faciliter l'accès des "jeunes" au marché du travail... Le problème n'est d'ailleurs pas nouveau, car "l'école" a hérité d'un passé "élitiste", où seule une minorité d'élèves parvenait au Lycée et à l'Université, malgré un système de bourses attribuées sur concours aux plus "méritants"... Malheureusement, elle est tombée ensuite de mal en pis, avec une réforme "égalitariste" mise en place à partir de 1968 par des gouvernements de toutes origines : Collège unique, suppression des redoublements, bourses accordées seulement en fonction des revenus familiaux, etc... On s'est flatté d'amener 80 % des élèves au niveau du Baccalauréat, mais on oublie de préciser qu'ensuite  plus de la moitié des étudiants quittent l'université sans diplôme au bout de 2 ans... et se résignent alors à occuper des emplois sans qualification (quand ils en trouvent...), ce qui arrivent aussi aux titulaires de diplômes... Et ceci alors que le budget de l'Education Nationale et des Universités est de loin le 1er budget de l'Etat...

   - Mais le "marché de l'emploi" a aussi une grande part de responsabilité... La tentation est alors grande de s'en prendre aux organismes chargés de le gérer, ou du moins de le "réguler", comme l'ANPE... Mais il ne faut pas confondre l'organe et la fonction, et même si l'ANPE n'est pas toujours à la hauteur de sa tâche (2), elle ne peut pas, de toutes façons, créer des emplois quand ils n'existent pas, ni pallier les suppressions d'emplois, dans les "bassins déficitaires"... Comme l'ouvrage cité plus haut le souligne - et...en schématisant un peu... - tout se passe comme si on se souciait seulement de préserver la stabilité et la sécurité de l'emploi "pour ceux qui en ont ", en sacrifiant délibérément les conditions d'accès des "jeunes" : les enfants d'ouvriers et employés ne représentent plus qu' 1 % des admis à Polytechnique, alors qu'ils étaient 25 % il y a 50 ans... Le taux de chômage des "jeunes" est 2 fois plus élevé que celui des "adultes", et il est le double de ce qu'il est en moyenne dans les pays "développés" de l'OCDE... Et pour les jeunes ayant un travail, 87 % des contrats sont précaires (moins de CDI, et plus de CDD...), soit 2 fois plus que dans un pays comme le Danemark... Evidemment, le "patronat" peut à juste titre être incriminé, avec les suppressions d'emploi et, inversement, les "non-créations d'emploi" en dépit des aides accordées (comme la diminution des charges sociales...) ou de la mise à la retraite anticipée des salariés les plus âgés sans recrutement correspondant des "jeunes"... Mais les syndicats - il est vrai, peu représentatifs, et peut-être à cause de cela - ne sont pas exempts de reproches, en défendant les "avantages acquis", voire en demandant des "augmentations" incompatibles avec la création de nouveaux emplois...

   - Enfin, l'Etat lui-même pèse sur l'avenir des "jeunes", avec une re-distribution de la "richesse nationale" qui s'effectue en partie à leur détriment... On retrouve ici le vieux débat sur le rôle de l'Etat, qui en fait trop ou qui n'en fait pas assez , bref qui intervient sans une projection suffisante de sa politique vers l'avenir, c'est-à-dire surtout vers les "jeunes"... En l'occurrence, en poussant les Français à "vivre au-dessus de leurs moyens", en diminuant la durée hebdomadaire du travail (les 35 heures...) et donc le volume possible de la production de richesse, l'Etat n'a fait qu'aggraver les déficits publics, passés depuis 25 ans du quart aux deux-tiers de la production nationale... Cela signifie que les "adultes actuels" transfèrent vers les "jeunes" - futurs "adultes" des décennies à venir-, le paiement des intérêts et du remboursement de la dette... Bel avenir !...

   Bien sûr, on est actuellement en période électorale, et les avis ne vont pas manquer pour trouver des solutions...Pour certains - démagogie oblige - cela veut dire qu'on va promettre - encore et toujours - 'l'école de la réussite", et qu'on va vanter les vertus de la jeunesse... Y en aura-t-il d'autres qui auront le courage de "dire la vérité"...d'affirmer que des "restrictions" s'imposent, qu'il faut faire des "sacrifices" modulés sur les revenus de chacun (3)... pour ne pas gâcher, au moins en partie, l'avenir de la jeunesse ?...

(1) Voir Article de Jean Boissonnat  Ouest-France 16 Janvier2007

(2)Voir Blog de J. Heurtault - Propositions audacieuses -Rub.ANPE (réf:liens)

(3)En particulier prélèvement obligatoire pour les entreprises ne respectant pas un quota minimal de recrutement de jeunes... et taxation d'office pour les "patrons" s'expatriant pour échapper à l'impôt, c'est-à-dire à la "solidarité publique"...

  

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Published by Jean Daumont - dans Economie et Société
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