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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 09:30

   La délation - autrement dit la dénonciation anonyme - est utilisée couramment dans les pays anglo-saxons, et notamment aux Etats-Unis, où elle est même considérée comme un "devoir des citoyens" envers la collectivité. Une émission télévisée "Enquête exclusive" de la chaîne M6 a d'ailleurs donné l'exemple d'un programme américain "To catch a predator" (Attraper un prédateur) montrant un homme qui pense avoir rendez-vous avec une adolescente contactée par Internet, se rend au domicile de sa proie, sans se douter qu'une équipe de la chaîne NBC, alertée par un "réseau" de personnes traquant les pédophiles, lui a tendu un piège : il est interpellé et conduit au poste de police, et ceci devant 9 millions de téléspectateurs... Malheureusement, cette présentation pêche par "omission", car elle n'évoque pas objectivement les cas de personnes dont la vie a pu être perturbée, voire brisée, par une dénonciation finalement calomnieuse...

   Il n'y a pas en France - du moins jusqu'à présent - de programme comparable où l'on invite le public à assister et éventuellement à participer à un "hallali" contre un criminel présumé... Car les Français restent tout de même attachés à la "présomption d'innocence" et répugnent à de telles mises en scène... Il faut dire qu'à la différence des Américains, ils ont connu lors de la Guerre 1939-45 successivement la dénonciation de "résistants" par des "collaborateurs", puis, lors de "l'Epuration", celle de "collaborateurs" ou  présumés tels par des "résistants" parfois de la dernière heure... Et, dans un passé récent, ils ont connu l'Affaire d'Outreau, à propos de laquelle une Commission d'enquête Parlementaire a affirmé son opposition à la "délation" qui "ne doit pas suffire à justifier des poursuites judiciaires"... Et elle n'est pas la seule à l'affirmer, puisque Nicolas Sarkozy, victime d'un "corbeau" dans l'Affaire Clearstream, s'est insurgé contre "cette pratique d'un autre âge"... Est-ce à dire pour autant que la France doit être donnée en exemple ?...

   Certainement pas, parce que la "Patrie des Droits de l'Homme", même si elle a une tendance naturelle à donner des leçons, n'hésite pas à avoir recours aussi à la délation, à un moindre degré, il est vrai :

   - La délation est d'abord pratiquée dans le domaine public par des organismes officiels : c'est le cas du fisc, qui ne rémunère certes plus comme auparavant des informateurs, mais accepte toujours les lettres anonymes "d'honnêtes citoyens" et en vérifie le "bien-fondé", parfois à la faveur de perquisitions... Quant à la justice, de l'aveu même de Claude Choquet, Président de l'Association des magistrats instructeurs, elle reconnaît que " les informations anonymes font partie du métier", car "c'est un instrument dont il ne faut pas se priver si on veut démanteler des réseaux"...

   - Mais la délation est aussi présente dans le domaine privé... Elle est utilisée de façon professionnelle par les détectives pour des motifs qui ne sont pas toujours "économiques"... Et, d'une façon plus générale, des entreprises peuvent y avoir recours pour ce qu'on appelle "l'espionnage industriel ou commercial", des salariés pouvant même être sollicités pour donner des informations anonymes malgré la répulsion de leurs syndicats...

   En tout état de cause, la base fondamentale de la délation - au moins en France - est qu'elle doit rester... "anonyme"... On veut bien dénoncer, mais on ne veut pas que cela se sache... Et quand on n'est pas sûr que le secret sera bien gardé, on préfère se taire... Car la délation a toujours "mauvaise presse", et le "délateur" est méprisé, et peut même être mis en danger, à fortiori s'il s'est trompé...Les enfants le savent bien, qui à l'école et parfois en famille, ne "caftent "pas...

   C'est sûrement la raison pour laquelle les législateurs de l'Assemblée ou du Gouvernement ont tenté "d'encadrer" la délation de diverses façons :

   - Institution du "témoin anonyme" en 2000 : le témoin est connu du magistrat, mais son nom n'apparaît pas officiellement dans le dossier, et ne peut être révélé sans son accord. Malheureusement, cette institution n'a encore eu que peu de succès, manifestement faute d'une confiance suffisante...

   - Création d'un "statut des repentis" en 2004, permettant à des "malfaiteurs repentis" d'obtenir des avantages et notamment une "protection" pouvant aller jusqu'au changement de nom, s'ils collaborent avec la police et la justice en dénonçant des complices... Mais le problème des risques ainsi encourus ne se pose même pas, faute d'application concrète à ce jour...

   - Mise en place d'un dispositif  "Alerte-Enlèvement " permettant d'alerter l'opinion par les médias en cas d'enlèvement d'enfant... En raison de l'horreur inspirée par un éventuel infanticide ou un acte pédophile, ce dispositif recueille un assentiment assez général, dans la mesure où il sollicite l'aide du public sans recours à une "chasse à l'homme médiatique" à l'américaine... Mais les premières expériences ont montré que les moyens employés pouvaient être disproportionnés avec les faits...

    Finalement, compte tenu des possibilités nouvelles d'investigation (notamment l'ADN...), il vaut certainement mieux laisser faire le travail à la police et à la justice, sauf pour des cas particulièrement graves et urgents... Et si les médias - ne serait-ce que pour des raisons "d'audimat" - veulent faire participer le public à des "recherches"..., qu'ils se contentent d'émissions où la morale ne s'opposera pas à l'efficacité, comme l'ancienne émission "Perdu de vue" aidant des familles à se retrouver...

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Published by Jean Daumont - dans Morale
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commentaires

Jacques Heurtault 25/02/2007 17:25

A l'évidence, le mot "délation" fait peur ... Dans le subconscient collectif, il est assimilé à quelque chose de mauvais, de malsain, voire de de honteux, de scandaleux ... Peut-être faut-il trouver l'explication de ce rejet dans le comportement ignoble de plusieurs dizaines de milliers voire centaines de milliers de nos compatriotes pendant la guerre, lorsque le pays était occupé par les nazis lesquels utilisaient avec leur plein consentement la police servile des Vichystes. La dénonciation anonyme, presque toujours calomnieuse et intéressée était massivement pratiquée ...Pourtant,  selon le Littré, la délation est tout simplement la dénonciation d'un crime ou d'un délit ...Pour ma part, je n'hésite pas à dénoncer les crimes et les délits dont j'ai connaissance afin d'aider les autorités du pays à faire leur métier de répression. Je ne trouve pas cela scandaleux.Je suis par contre un farouche partisan de la liberté d'expression et ne dénoncerai jamais un citoyen qui utilise ce droit fondamental absolument imprescriptible ... Toutes nos valeurs sont claires et limpides : s'exprimer n'est ni un crime ni un délit!

OZANON Jean-Paul 23/02/2007 16:00

Bonjour,

 

Ce courrier pour vous proposer de visiter ce nouveau blog :

 

DIALOGUE CITOYEN  http://dialogue-citoyen.blogspot.com/

 

Un blog politique au concept totalement différent :
 


 


Un réel Dialogue Citoyen est mis en place, un espace ouvert à toutes les idées, argumentations et réfutations qui mènent à une réflexion commune.
 



La réponse aux messages est une synthèse élaborée à partir de la réflexion d'un ensemble de personnes engagées dans l'initiative Action Citoyen Libre.
 



Avant publication, le Comité de rédaction, composé d’une dizaine de personnes, donne son accord pour
la Réponse-Synthèse
.
 



 

Je vous remercie.
 


 

Jean-Paul OZANON
 


 

PS : Merci pour vos propositions d'échange de liens.