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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 14:08

  En cette période de campagne électorale, il est tout-à-fait de circonstance et donc très légitime de s'interroger sur la "politique", c'est-à-dire - si l'on s'en tient à la définition du Dictionnaire - sur "l'art et la pratique du gouvernement des sociétés humaines"...

   Dès l'abord, il faut constater que la "politique" n'a jamais eu vraiment bonne presse, du moins en France... On y parle volontiers de "politique" pour dénoncer des "manoeuvres", et ce n'est pas pour les flatter qu'on évoque les ..."politiciens" ou les ...politicards"... Déjà D'Alembert, un des philosophes précurseurs de la Révolution de 1789, écrivait : "La politique est l'art de tromper les hommes"... et Valéry au 20ème siècle estime "qu'elle consiste dans la volonté de conquête et de conservation du pouvoir"...

   Dans le cas de l'histoire de la France, il est certain que la "politique" est difficile à défendre, ne serait-ce qu'en considération des Révolutions effectives (1789, 1830, 1848) ou avortées (1871, 1968)... et du nombre des Régimes (Monarchie d'Ancien Régime, de Restauration et de Juillet, 1er et 2nd Empires, ...et 5 Républiques). Aucun pays n'a fait mieux ...ou plutôt pire, sauf en Amérique centrale...

   L'art de gouverner les sociétés humaines est-il donc si difficile ?...Dès 1789, les révolutionnaires en avaient conscience, car ils avaient eu le souci, tout en proclamant la souveraineté du peuple, ...d'en limiter l'importance, en distinguant des "citoyens actifs" - chargés d'élire les représentants par un suffrage "censitaire" - et des "citoyens passifs", n'ayant d'autres droits que de payer des impôts et de défendre la patrie... Et, après maintes péripéties, il faudra attendre la 3ème République en 1871 pour que le suffrage "universel' soit définitivement installé...

   Pour autant, le suffrage universel n'a pas signifié automatiquement que la politique était enfin "en phase avec la nation", expression intéressante utilisée par François Bayrou , candidat aux élections présidentielles en 2007... Car l'expérience a montré que cette "mise en phase" dépendait largement de la manière d'assurer la "conjonction" entre la société et le gouvernement :

   - Un premier débat a été celui du scrutin... Au nom de l'égalité, beaucoup de "politiciens" ont longtemps revendiqué le scrutin de liste départemental à la "proportionnelle", seul capable de respecter... les proportions obtenues par chaque parti lors des votes... L'ennui a été que les électeurs n'avaient en fait aucun pouvoir dans l'élaboration des listes et que les premiers de liste désignés par les partis les plus importants étaient assurés d'être élus avant les votes... D'autre part, ce mode de scrutin avait l'inconvénient de favoriser la multiplication des partis et d'entraîner des "manoeuvres" pour constituer des majorités évidemment fragiles... Aussi le scrutin d'arrondissement nominatif et majoritaire à 2 tours s'est finalement imposé, car il "rapproche" les représentants de leurs électeurs... De même, le scrutin présidentiel, également majoritaire à 2 tours avec sélection des 2 premiers... au 1er tour, évite en principe toute "manoeuvre"...

   - Mais un autre débat est apparu, celui de la manière dont le peuple peut se faire entendre... La Constitution prévoit certes le référendum, mais jusqu'à présent il est limité aux "grandes questions" pouvant être posées par le gouvernement, en l'absence de dispositions permettant un référendum "d'initiative populaire"... A ce titre, l'idée de "démocratie participative" reprise par Ségolène Royal, autre candidate aux élections présidentielles de 2007, sur un modèle ...antique, est à première vue séduisante, car elle permet ...apparemment aux citoyens de s'exprimer directement... Mais elle fait illusion, car la juxtaposition des opinions personnelles permet rarement de dégager une vue d'ensemble, dans la mesure où elles émanent de catégories variées de citoyens et sont donc souvent divergentes, voire contradictoires... D'autre part, cette "démocratie participative", si elle est institutionnalisée, peut "court-circuiter" les représentants légitimement élus qui resteront de toutes façons "nécessaires", car le pouvoir direct de millions de citoyens est évidemment impossible... C'est d'ailleurs pourquoi certains ont imaginé une solution intermédiaire consistant à faire appel à des "représentants de la société civile", censés être plus près du peuple... Mais il est apparu qu'un paysan nommé Ministre de l'Agriculture, un médecin nommé Ministre de la Santé, ou encore un ancien athlète nommé Ministre des Sports... perdaient rapidement leur popularité... car leurs responsabilités les obligeaient à "choisir" - ce qui est un principe essentiel de gouvernement - et donc à "mécontenter"...

   Dès lors, on peut comprendre qu'un autre candidat aux élections présidentielles de 2007, Nicolas Sarkozy, puisse invoquer la nécessité de "restaurer l'autorité", s'il s'agit simplement "d'avoir le courage d'imposer ses décisions"...après avoir, comme il convient, "écouté" et "expliqué"..., et ensuite de ne pas hésiter à se retirer si on est désavoué... Un dicton du Danemark, pays connu pour la stabilité de ses institutions, dit : "Si l'autorité n'a pas d'oreilles pour écouter, elle n'a pas de tête pour gouverner"...

   Car la "bonne politique" n'est-elle pas finalement de savoir résoudre l'équation fondamentale exprimée par le peuple qui, le plus souvent, souhaite être "gouverné" ...tout en ne voulant pas "donner de chèque en blanc"... Il faut donc un "bon gouvernement" à une "bonne nation"... ce qui n'est pas évident !... Comme le disait déjà Joseph de Maistre dans uns lettre du 27 août 1811 : "Toute nation a le gouvernement qu'elle mérite"...

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Published by Jean Daumont - dans Politique Intérieure
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commentaires

Jacques Heurtault 09/03/2007 18:47

Tout bien pesé, je préfère encore la démocratie participative à le démocratie réferendaire. C'est lors des referendum que l'on voit apparaitre des majorités de rencontre qui sont d'accord pour être "contre" mais qui ne sont pas d'accord pour proposer une solution alternative ...

Olivier Rossignol 09/03/2007 18:27

Bonsoir,je salue cette synthèse pleine de profondeur.Olivier.