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20 juillet 2007 5 20 /07 /juillet /2007 17:19

   Sous ce terme ésotérique quelque peu "barbare" sont désignés les textes se rapportant à une religion, mais non reconnus par celle-ci. C'est notamment le cas de nombreux textes écrits pendant une grande période d'activité intellectuelle entre le 2ème siècle av.JC et le 4ème siècle ap.JC, en particulier dans les villes structurant alors la civilisation dans le monde méditerranéen : Jérusalem, Antioche, Alexandrie, Athènes ...et Rome. Les plus connus sont les Apocryphes des Juifs et des Chrétiens : ceux des Juifs concernent les textes qui n'ont pas été retenus dans la Torah quand le judaïsme, jusqu'alors divisé en courants divers (dont les Esséniens avec les Manuscrits de la Mer Morte...), s'est réorganisé après la prise de Jérusalem et la destruction du Temple par les Romains (70 ap.JC) en une doctrine dite "rabbinique" parce qu'elle fut élaborée et enseignée par les rabbins dans les synagogues... Ceux des Chrétiens sont le plus souvent des textes judéo-chrétiens - c'est-à-dire de juifs convertis au christianisme mais continuant à respecter la Loi juive et ses applications (comme la circoncision...), et ayant été progresssivement éliminés sous la double pression des juifs orthodoxes et des pagano-chrétiens qui s'étaient multipliés parmi les païens (dits "Gentils") avec les voyages et prédications de Saint Paul au 1er siècle... S'y ajoutent plus tardivement des textes "gnostiques" provenant des mystiques installés en Egypte...

 

   En fait les Apocryphes chrétiens ne sont d'abord que des écrits émanant de communautés dispersées dans l'Empire Romain... En l'absence de "dogme" - Jésus-Christ n'ayant rien "écrit" ou "fait écrire " ( à la différence  d'Allah ayant dicté le Coran au Prophète Mahomet par l'intermédiaire de l'Ange Gabriel au 7ème siècle...) - les textes "chrétiens" se sont alors multipliés sous toutes les formes, des simples témoignages aux hagiographies enjolivées de miracles et de merveilles : d'abord considérés comme des textes d'inspiration divine ("apocryphe" = "secret") , ils ont ensuite été rejetés  à l'instigation des "Pères de l'Eglise" (Irénée de Lyon, Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone, Athanase d'Alexandrie...) qui ont permis l'élaboration des textes "canoniques" du Nouveau Testament : les 4 Evangiles (Marc, Luc, Matthieu et Jean), les Actes des Apôtres, les 14 Epîtres attribués à Paul, une Epître de Jacques, 2 Epîtres de Pierre, 3 Epîtres de Jean, une Epître de Jude et l'Apocalypse de Jean... Les textes rejetés ont alors été souvent perdus ou remaniés, mais certains ont subsisté, en laissant des traces dans "l'imaginaire" chrétien, comme les animaux de la Crèche ou encore l'image de Jésus aidant son père (adoptif...) Joseph comme charpentier...

   La plupart des Apocryphes chrétiens sont consacrés à Jésus de sa "Conception" même à sa "Résurrection" :

   - Le texte le plus ancien (avant 70) a disparu : appelé par les théologiens la "source Q" (allemand Quelle = source), il était antérieur aux Evangiles canoniques, puisque Matthieu et Luc s'en sont inspiré, notamment pour les "sentences" de Jésus et le récit des "tentations"...

   - L'Evangile de Pierre (2ème siècle), en partie perdu, ne comporte plus que l'histoire de Jésus de son Procès à la Résurrection : c'est un texte 'judéo-chrétien" de Syrie qui condamne sévèrement les prêtres juifs qui n'ont pas reconnu le "Seigneur", qui est présenté comme un Dieu triomphant, à la différence du Jésus doux et humble des Evangiles canoniques...

   - Les Evangiles des Nazaréens, des Ebonites et des Hébreux (fin 2ème siècle) ne subsistent que par fragments qui révèlent leur nature judéo-chrétienne par le maintien de la soumission à la Loi juive, mais soulignent aussi la sollicitude de Jésus envers les pauvres et les malheureux, à l'instar des Evangiles canoniques...

   - Le Protévangile de Jacques (fin 2ème siècle) est encore appelé la Nativité de Marie, parce qu'il remonte à la conception miraculeuse de Marie (préfiguration de l'Immaculée Conception...) et est centré sur la naissance de Jésus dont le nom est un symbole (Jeschua= celui qui sauve)...

   - L'Evangile de Thomas est un texte composite puisque, ayant été écrit au 2ème siècle, il a été révisé au 4ème siècle par les "Gnostiques", mystiques de l'Egypte croyant à la possibilité pour les hommes d'atteindre la connaissance divine. Il se présente d'ailleurs comme un recueil de "sentences secrètes" de Jésus...

   - L'Evangile de Judas, récemment redécouvert, est un autre texte gnostique (entre 2ème et 4ème siècles) qui a fait scandale dans le monde dans la mesure où il prend le contrepied des Evangiles canoniques en présentant Judas non pas comme le "traître" mais comme le seul vrai disciple de Jésus, sa prétendue traîtrise n'ayant été que l'obéissance à Jésus voulant être débarrassé de son "enveloppe humaine"...

   - Les Actes de Pilate sont une reconstitution tardive d'un érudit du 4ème siècle ayant voulu réhabiliter ...Pilate, qui aurait cherché à sauver Jésus accablé par les chefs juifs du Sanhédrin, ce que n'excluent d'ailleurs pas les Evangiles canoniques... Le texte se poursuit avec les aventures de Joseph d'Arimathie, poursuivi pour avoir enseveli Jésus...

   - L'Evangile de Marie a une place très particulière, car il s'agit non pas de Marie, mère de Jésus, mais de Marie-Madeleine, à qui est accordée une place prééminente, qui aurait fait d'elle le "disciple par excellence", ainsi que "celle que Jésus aimait plus qu'aucune autre femme"...

   Cette liste des Apocryphes n'est pas exhaustive, car il faudrait y ajouter une bonne vingtaine d'autres textes d'intérêt inégal, comme l'Evangile de Philippe, l'Evangile secret de Marc, deux Apocalypses (Esdras et Sedrah), les Actes de Paul (où il est assimilé à Jésus...) ainsi qu'une Histoire de l'enfance de Jésus, déconcertante car elle met en scène un Jésus turbulent et vindicatif...

   Devant une telle accumulation de textes, et alors que des hérésies se multipliaient, on comprend que l'Eglise - surtout après la reconnaissance du christianisme comme religion de l'Empire romain au 4ème siècle - ait souhaité "mettre de l'ordre". L'ennui est qu'à la floraison des textes et des idées s'est alors substitué un "dogme" rigide et exclusif, c'est-à-dire une sorte de "totalitarisme" religieux qui va traverser les siècles...

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Published by Jean Daumont - dans Religion
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commentaires

Jacques Heurtault 28/07/2007 09:33

J'ai oublié de vous dire, une fois de plus, merci! pour cet excellent article, extraordinairement documenté qui me permet, une fois encore, de me cultiver sur des sujets qui restent très actuels quoi qu'on en dise!

Jacques Heurtault 26/07/2007 17:34

Totalitarisme dont le sommet fut atteint avec la "Sainte Inquisition" ...