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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 14:45

   Dans l'histoire sociale, "l'égalité" a toujours été considérée comme la vertu cardinale de la démocratie, c'est-à-dire de toute organisation politique où la souveraineté est exercée par l'ensemble des citoyens...En France, cette égalité a été défendue au 18ème siècle par les "Philosophes", combattant ainsi la division inégalitaire de la société en trois ordres -le Clergé et  la Noblesse, bénéficant de "privilèges", et le Tiers-Etat n'en ayant aucun -  et notamment par Jean-Jacques Rousseau qui faisait de l'égalité l'axe central de son "Contrat Social", affirmant que "sans égalité, la liberté ne peut subsister" ...Et lors de la Révolution de 1789? elle fait l'objet d'un choix primordial puisqu'elle figure dans le 1er article de la "Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen" : "Les hommes naissent libres et égaux en droit" ...Puis elle est reprise solennellement pendant la Révolution de 1848 dans le devise "Liberté, Egalité, Fraternité", qui orne encore le fronton de nombreuses mairies de France ...Est- à dire que l'égalité est un principe naturel, et donc fondamental ?...

 

    Certainement pas...Pour la simple raison que l'égalité entre les hommes - au sens des "humains" évidemment - ne peut pas exister ...Déjà le moraliste Vauvenargues, prenant le contrepied de Jean-Jacques Rousseau, soutenait au 18ème siècle : "Il est faux que l'égalité soit une loi de la nature" ...Et effectivement il n'est pas besoin des progrès de la science depuis deux siècles pour démontrer que les "humains" sont tous différents : il y a , bien sûr, dès l'origine, la "dualité" entre les hommes et les femmes ...Et , quel que soit leur sexe, ils se singularisent par leurs particularités physiques ou mentales : peau blanche, noire ou métissée, cheveux bruns, blonds ou roux, crêpus ou lisses, nez long, rond ou épaté, intelliigence fine ou limitée, sensibilité ou rudesse, avec des aptitudes variant à l'infini ...Et la science elle-même ne fait qu'enfoncer le clou au 20 ème siècle en révélant qu'il n'y a jamais eu d'ADN identique pour les milliards d'humains s'étant succédés depuis leur origine sur la Terre...

 

   Il n'est donc pas surprenant que la recherche de l'égalité entre les humains ait toujours échoué ...Gracchus Babeuf, le précurseur des théoriciens de la société, avait proclamé lors de la "Conjuration des Egaux", en 1793 : " l'Egalité ou la mort" ...Malheureusement, cela a été souvent la mort pour tous ceux qui, en application des théories de Marx et Engels, ont dû subir au 20ème siècle l'oppression du "communisme" ...tant il est vrai qu'en voulant imposer de force l'égalité dans des pays comme la Russie dès 1917 et l'Europe de l'Est après 1945, on a fait d'elle un principe attentatoire à la liberté ... et même, paradoxalement, on a agi contre l'égalité elle-même ...en autorisant des "discriminations" contre les individus et les groupes n'étant pas dans la norme de "l'égalitarisme", qu'il s'agisse de situation sociale, de religion, voire de comportement sexuel ...

 

   Mais l'égalitarisme n'en a pas moins  ..."la vie dure", au double sens de l'expression ...Sans refaire toute l'histoire, on peut citer notamment les "évènements" de Mai 1968 où les manifestants proclament "Ni Dieu, ni maîtres" ...sans parvenir à corriger les  différences ...au contraire, puisqu'ensuite, à la faveur des progrès économiques des "trente glorieuses", l'écart entre les "riches" et les "pauvres" n'a cessé de grandir ...Et ce souci d'égalitarisme est maintenant encore responsable du marasme du système scolaire, comme prouve une enquête internationale - les tests "Pisa" (*) - montrant que la France est désormais aux environs du 20ème rang pour l'évaluation des connaissances des jeunes de 15 ans, alors qu'elle était parmi les premiers pays du monde pour la formation scolaire dans les années 1950 ...Car, entre-temps, avec les "réformes" à répétition  de "droite" ou de "gauche" - notamment en 1969 et 1989 - on a supprimé les compositions, les notes  et les classements jugés "inégalitaires", ...on a substitué dans l'école primaire les "cycles" (apprentissages premiers, fondamentaux, approfondissement) aux classes d'autrefois, on a divisé l'année en  5 périodes au lieu de trois trimestres, on a inventé le "tiers-temps pédagogique", on décline les compétences en "savoir être" et "savoir faire", car il faut "apprendre aux enfants à ...apprendre" ...On a aussi supprimé l'examen d'entrée en sixième et instauré le "Collège unique" pour niveler les différences entre les élèves ...de sorte qu'actuellement 20 % des élèves ne maîtrisent pas la lecture en l'abordant ...Au Lycée, la seconde est indifférencée ou "de détermination" ...Quant au Baccalauréat, - officiellement le 1er examen de l'Université - il prépare si peu à celle-ci qu'environ la moitié des étudiants ne vont pas au-delà de la 2ème année ...Et après cela, faut-il encore crier : "Vive l'égalité" ?...

 

   Apparemment, oui ...puisque, ces jours-ci, un nouveau thème fait rebondir la discussion sur l'égalité : celui de "mettre  les Allocations familiales sous condition de ressources"... Un philosophe aussi averti que Luc Ferry, ancien ministre de "droite" de l'Education Nationale, reprenant sur ce point l'avis de Jacques Attali, ancien conseiller de "gauche", considère que cette condition va de soi, car son attribution pour les enfants de  toutes les familles lui paraît être une "absurdité économique" (**) ... C'est oublier que les allocations familiales ont été créées après le "baby-boom" de 1945 pour un motif "nataliste", afin de remédier à un stagnation démographique , ...création qui a porté ses ...fruits, puisque la France est encore en tête des pays dits "occidentaux" pour le taux  de fécondité ... Roselyne Bachelot,actuelle Ministre de la Famille, déclare à juste titre qu'il y a déjà de nombreuses prestations ou avantages fiscaux répartis de façon discriminatoire , et il lui paraît donc important de garder "l'universalité" des allocations familiales, car elle fonde "notre pacte social et républicain" ...Evidemment, les allocations coûtent cher aux pouvoirs publics - environ 95 milliards d'euros par an - mais faut-il sacrifier cette universalité seulement pour des motifs budgétaires ?... Faut-il considérer que seuls les "pauvres" doivent être encouragés à avoir des enfants ?... Non, décidément , "l'égalitarisme" ainsi imposé ne peut pas être une solution moralement acceptable...

 

   Mais alors que faire pour assurer un meilleur équilibre social ?... Simplement - façon de parler, car ce serait compliqué - assurer ...l'équité. Le mot "équité" vient du latin "Aquitas" qui signifiait à l'origine ..."égalité", mais avec cette précision "d'une appréciation de ce qui est dû à chacun" ...Autrement dit, il s'agit non pas d'une égalité imposée collectivement aux individus, mais d'une recherche de ce qui convient à chaque individu dans l'intérêt de la collectivité, c'est-à-dire une démarche inverse visant à assurer plus de justice, même si elle n'est pas nécessairement conforme aux lois en vigueur ...On parle d'ailleurs de justice équitable, quand celle-ci ne se contente pas d'appliquer un "tarif collectif", mais tient compte du "cas individuel"...De même on considère, dans une compétition, qu'un score est équitable, non pas parce qu'il est de "parité", c'est-à-dire "égal", mais parce que, même "inégalitaire", il traduit la "juste" valeur des équipes...Et, pour revenir à une des inégalités les plus flagrantes, celle de la situation respective des hommes et des femmes, il est évident qu'elle ne pourra pas être corrigée par une loi imposant une "égalité" le plus souvent impossible à appliquer ...pour des raisons naturelles (comme la maternité...), ou professionnelles (comme les métiers pénibles...). Il ne sera possible que de veiller à une équité, dont les résultats seront variables suivant les cas, tantôt plus favorables aux hommes (comme la politique...), mais aussi tantôt plus favorables aux femmes (comme l'éducation...)

 

   En conclusion, non à l'égalité, mais oui à l'équité !...

 

 

(*) Programme for International Student Assessement

 

(**) Article dans le Figaro du 28 octobre 2010 - Rubrique Débats/Opinions - Page 15

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Published by Jean Daumont - dans Institutions
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