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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 23:30

   La "démocratie" est un mot composite d'origine grecque réunissant la notion de "peuple" (Démos) et de "pouvoir" (Kratos) pour définir un régime assurant  la "souveraineté du peuple". Ce n'est donc pas un hasard s'il apparaît à partir du 6ème siècle avant JC à Athènes, qui est considérée comme le berceau de ce régime ...Mais, dès cette origine, la démocratie est un régime ambigu, puisque le "peuple" dans l'antique Athènes ne représentait alors qu'environ 40.000 "citoyens", le plus souvent des propriétaires et des négociants, dans une agglomération d'environ 250.000 habitants lors de sa plus grande extension, comprenant une majorité dépourvue de droits civiques, qu'il s'agisse des femmes, des étrangers (les métèques) et, bien entendu des esclaves...

 

   25 siècles plus tard, il a fallu à la France ...deux siècles - le 19ème et le 20ème - pour mettre en place  une démocratie , au sens défini par l'américain Abraham Lincoln d'un "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple" ...et elle n'y est parvenue - définitivement ? - qu'au terme de multiples changements de régime, 5 "républiques" ayant alterné avec 5 institutions "monarchiques" ou "oligarchiques" (Consulat et 1er Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, 2nd Empire, Vichy) ...et au prix de 5 "Révolutions" effectives (1789, 1830, 1848) ou avortées (Commune 1871 et évènements 1968) ...Et comme d'autres "républiques" dans l'histoire du monde, à l'image de Rome ou de Venise, sont également loin aussi d'avoir été des modèles, il est difficile de faire de la démocratie un régime naturel - voire idéal - ce que d'ailleurs Winston Churchill, le 1er Ministre le plus célèbre d'une ...monarchie ayant donné l'exemple d'un fonctionnement démocratique sans bouleversements, a pu résumer avec un humour très britannique en 1947 dans sa formule : "la démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres"...

 

   La France ayant un rendez-vous électoral en 2012, d'autant plus important qu'y seront accouplées une élection présidentielle et des élections législatives, il est donc opportun de faire le point sur le fonctionnement de sa "démocratie", pour essayer d'en dégager les aspects positifs comme les aspects négatifs :

 

   1. La démocratie étant, par définition, l'expression de la souveraineté du peuple, la question préalable est de savoir si celle-ci est réellement exercée par les Français ...et la réponse ne peut être qu'ambiguë : en effet la Constitution du 4 octobre 1958 a prévu un système mixte relevant de l'article 3 du Titre 1er qui stipule que "la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants ou par la voie du référendum" ...La démocratie est dons à la fois "représentative" et "directe" ...Le caractère représentatif a été normalement mis en application, l'Assemblée ayant à plusieurs reprises changé de majorité entre "modérés" et "socialistes", et le Sénat venant pour la 1ère fois d'en changer - en l'occurrence passant à une majorité "socialiste" ...Mais le caractère direct a  été renforcé par l'élection du Président de la République au suffrage universel ...direct, à l'initiative du Général De Gaulle qui l'imposa en 1962 ...sans avoir consulté le peuple au préalable par référendum...

 

   2. Il n'y a pas de démocratie, ni d'ailleurs aucun autre régime, sans "gouvernement" ...Or, même dans les petites communautés comme la Cité antique d'Athènes ou ...les cantons suisses, il est impossible que tous les individus en âge d'exercer leurs droits civiques puissent gouverner ensemble...La souveraineté du peuple ne peut donc pas se traduire dans le fait de "gouverner", mais seulement dans le "contrôle du gouvernement" ...Or ce contrôle est souvent aléatoire : relativement facile quand il y a concordance entre la majorité présidentielle et la majorité législative, elle devient particulièrement difficile dans le cas contraire, donnant lieu à une "co-hahitation" parfois paralysante ...et ceci, quels que soient les partis concernés, puisqu' il y a eu ce cas de figure successivement sous les présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac, l'un et l'autre n'ayant pas cherché à l'éviter en démissionnant pour cause de désaveu, comme l'avait fait le Général De Gaulle après l'échec de son référendum sur le Sénat et les Collectivités Territoriales en 1969 ...Il est vrai que la Constitution ne les y obligeait pas, car le Président de la République - à la différence du 1er Ministre et du Gouvernement qui peuvent être renversés par un vote de l'Assemblée - n'est pas statutairement "responsable" et ne peut donc pas être révoqué par l'Assemblée, alors que lui-même a le pouvoir de la dissoudre...

 

   3. A défaut d'un texte institutionnel, il devrait être néanmoins être possible - sinon normal - de compter sur la "sagesse" des personnalités en charge des intérêts du pays, que ce soit les membres du Parlement (Assemblée et Sénat) ou du Président de la République lui-même ...Par conséquent, il n'est pas raisonnable - mais est-ce une question de "raison" ? - qu'un Président comme Nicolas Sarkozy, même s'il a été élu en 2017 avec une majorité incontestable, mène une politique "personnelle" sans concertation suffisante avec les organes politiques, qu'il s'agisse de l'Assemblée, Su sénat, du Conseil d'Etat, du Conseil constitutionnel ou  ...du 1er ministre lui-même, et apparaisse comme un "Super-Président" s'arrogeant tous les pouvoirs avec un comité de conseillers, sous le prétexte qu'à l'instar du Général De Gaulle - qui l'avait proclamé dans un autre contexte - "le Président ne peut pas être l'otage des partis politiques"...

 

   4. Pour autant, il n'est pas raisonnable non plus que les partis - et dans le cas actuel , les "socialistes" - prétendent monopoliser le choix des candidats à l'élection présidentielle et les soumettent à une élection populaire, au sens d'une élection par l'ensemble du peuple. En effet, le choix du candidat d'un parti est l'affaire de ce parti, qui peut le résoudre soit par une consultation de ses militants, soit par une décision d'état-major, soit par le retrait concerté de rivaux, comme cela a été naguère le cas entre Mitterrand et Rocard, ou entre Chirac et Balladur ...Mais l'ensemble du peuple n'a pas à être consulté, d'autant moins qu'il peut y avoir alors des manipulations ou des objectifs plus ou moins avoués, des sympathisants de la "majorité" politique  pouvant alors voter pour le candidat de "l'opposition" leur apparaissant plus facile à battre lors de l'élection présidentielle ...Et qu'on n'aille pas raconter que le candidat ainsi favorisé aura une "popularité" renforcée, car cette popularité sera de mauvais aloi ...En fait, un tel comportement souligne seulement qu'un parti n'a pas de "leader naturel" ...ou qu'il en a trop !...Et ce n'est pas alors au peuple d'arbitrer les rivalités ou les hésitations de ce parti...

 

 

   Il est vrai que tout est possible , "les Français étant ce qu'ils sont , et la France étant ce qu'elle est", comme l'avait naguère dit le Général De Gaulle - encore lui - qui avait également répondu à un journaliste l'interrogeant sur sa succession : "ce que je crains, ce n'est pas le vide, mais le trop-plein"...

 

 


 


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Published by Jean Daumont - dans Institutions
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commentaires

Jean Daumont 18/10/2011 15:50



   Problème de sémantique (*) ...Je conviens volontiers que j'aurais été mieux inspiré de ne pas utiliser les mots à double sens de "jeu" (douteux au sens d'hasardeux...) et de
"sérieux", et de déclarer simplement que les "primaires" socialistes étaient quelque peu ..."secondaires" - ne se rapportant qu'à un parti - par rapport aux élections présidentielles qui, elles,
seront officielles et publiques, avec une incidence directe sur la politique ultérieure, et ont donc une "primauté" indiscutable...


 


(*) Etude du langage considéré du point de vue du sens (Réf:D.Robert p.1632)



Loubomyr 18/10/2011 09:04



Encore une autre expression qui m'a choqué dans votre discours : "ce jeu douteux".


En quoi cette primaire socialiste était elle un jeu? Et pourquoi douteux? Douteux pour qui, pour quoi? Au vu des millions de personnes qui ont participé, cette expression est elle même ........
douteuse !!!!



Loubomyr 17/10/2011 20:18



Alors comme ça, selon vous, trop de primaires tuetaient les primaires?


Pourquoi voulez vous imposer votre vision comme quoi les partis doivent choisir leurs candidats unquement en interne? Pourquoi ne pas leur laisser le choix entre un mode de choix ou un autre? De
toutes façons, seuls de grands partis comme le PS ou l'UMP ont les moyens d'organiser des primaires, alors ....


Et quand vous dites qu'il faut passer maintenant aux choses sérieuses, c-a-d aux présidentielles cela veut il dire a contrario que ces primaires n'étaient pas choses sérieuses? C'est à la limite
de l'injure à l'égard de tous les gens qui se sont investis dans la démarche, organisateurs comme votants et c'est d'autant plus icompréhensible de la part de quelqu'un qui dit avoir voté !!!


On n'est pas sortis de l'auberge dites vous, si ce mécanisme de primaire se multiplie. Il est vrai que nous avons de nombreuses occasions de voter en france, mais avec la fusion des conseils
régionaux et des conseils généraux, cela va déjà simplifier les choses!!! Et puis, si les gns se sont tant déplacés, c'est bien qu'ils avaient envie de s'exprimer. Je serais d'ailleurs bien
curieux de voir le nombre de participants avec l'UMP et en faisant le rapport avec le nombre de militants.


Enfin et pour conclure, lorsque l'on demande leur avis aux citoyens, même souvent, ceux ci n'hésitent pas à se déplacer lorsque le sujet ls passionne ; j'en veux pour preuve que chez nos voisins
suisses, qui ont organisé 7 "votations populaires" en 210, la participation a été de 27% pour un sujet très technique à 77 % au sujet de la recherche de l'être humain.


Vous me direz bien sur que le pays étant plus petit, cela doit être plus facile : je dis non, simplement les moyens sont en proportion.



Jean Daumont 17/10/2011 10:43



   Toute réflexion faite, et au terme de cette "élection populaire" du candidat socialiste aux prochaines élections présidentielles, il n'y a rien à redire, au nom même de la liberté,
au choix ainsi fait par le Parti Socialiste.


   Pour autant, il n'y pas lieu de s'enthousiasmer, et de proclamer "urbi et orbi" que c'est une victoire de la démocratie et qu'il faudra généraliser pour tous les partis
l'organisation de "primaires" permettant - soi-disant - de donner la parole directement au peuple ...En l'occurrence, le Parti socialiste a utilisé une méthode qui s'est révélée positive dans la
mesure où elle a monopolisé les médias à son seul profit, ce qui, il faut en convenir, a été de bonne guerre ...De là à généraliser cette méthode ...Faudra-t-il mainenant que le "peuple" aille
aussi voter non seulement pour choisir ou confirmer le(s) candidat(s) de l'UMP, mais aussi ceux (ou celles) du "Parti de Gauche", du Centre", et -pourquoi pas - du Front National" ?...On n'est
pas sorti de l'auberge !...


   Non et non !... Il appartient aux militants des partis de choisir leur candidat, s'il y a plusieurs impétrants, ou de le confirmer s'il y a un "candidat naturel" ...comme Mitterrand
puis Jospin naguère pour le Parti socialiste...Et une telle procédure est tout simplement normale...


   Alors maintenant, fini de jouer à ce jeu douteux ...Passons  aux choses sérieuses, c'est-à-dire à la vraie campagne électorale ouverte à tous les partis pour l'élection
présidentielle de 2012 ...pour laquelle il conviendra de respecter l'équité pour les médias ...et de pouvoir connaître les programmes qui devront être proposés sur des points essentiels (ex:
impôts, retraites, ...), indépendamment du "charisme" des candidats...



Jean Daumont 16/10/2011 18:06



   En dehors de toute considération de flagornerie, qui n'a jamais été mon genre, je trouve votre commentaire excellent et instructif, et je vais prendre le temps de la réflexion avant
d'y répondre ...


   Je regrette, en raison de l'intérêt que je prends personnellement - ainsi que, vraisemblablement, mes (trop rares) lecteurs (qui ne se manifestent pas toujours...) - que vous
n'ouvriez pas un blog, vous ouvrant ainsi une plus large tribune de discussion...