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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 16:01

   Dans ce Moyen-Orient qui a toujours été compliqué dès le début de l'Histoire connue des hommes, la Syrie a une place particulière car elle est, dans le "Croissant fertile" qui s'étend des pays du Tigre et de l'Euphrate - l'anciennne Mésopotamie correspondant à peu près à l'Irak actuel - au pays du Nil, ayant conservé son nom d'Egypte, un pays de carrefour.

 

   Et ce pays de carrefour a un caractère artificiel : d'abord il n'a pas de frontières naturelles, et le nom même de Syrie est relativement récent puisqu'il n'apparaît qu'à la la fin du 19ème siècle en ne désignant alors que la région de Damas et qu'il ne s'étendra à l'actuel territoire qu'à partir du mandat confié à la France en 1920, à la suite du démembrement de l'Empire Ottoman au Traité de Versailles sanctionnant son alliance avec l'Allemagne pendant la Guerre 1914-1918 ...Parallèlement sont créés le Liban, qui lui fut un temps annexé, et la Palestine qui n'a cessé depuis lors d'être revendiquée par les Israëliens, qui disputent également à la Syrie le plateau oriental du Golan ...Ensuite ce pays de la Syrie n'a aucune homogénéité sur le plan humain, puisqu'il comporte des ethnies nombreuses et souvent opposées (Arabes, Turcs, Kurdes, Arméniens, Grecs...), ainsi que diverses religions souvent rivales et elles-mêmes divisées en confessions différentes, qu'il s'agisse des Musulmans (Sunnites, Chiites, Druzes, Ismaëliens) ou des Chrétiens (Orthodoxes, Catholiques Melkites, Protestants, Coptes, Maronites, Chaldéens) ...Par ailleurs, les langues sont multiples car l'arabe, langue officielle, laisse souvent la place à des langues minoritaires sur la plan de la démographie, mais importantes sur le plan des affaires (anglais, français, russe, et même araméen, vestige de la langue autrefois parlée par ...Jésus-Christ)...

 

   Néanmoins, cette disparité n'aurait pas empêché la constitution d'un Etat cohérent, si ses habitants avaient surmonté leurs différences pour former une fédération, à l'image des Etats occidentaux comme la Suisse, l'Allemagne contemporaine ...ou les Etats-Unis ...Malheureusement, à peine créée, la Syrie a été le théâtre de conflits internes, marqués par de nombreux coups d'état et souvent des assassinats, comme le massacre de Hama dont Hafez-el-Assad, le père du dictateur actuel Bachir-el-Assad, s'est redu responsable ..., traduisant déjà un mépris récurrent de la vie humaine ...Qu'en l'occurrence, il y ait donc, dans le cadre de la "libérisation" actuelle des Etats musulmans, une révolte en Syrie, à l'instar de l'Egypte ou de la Tunisie, n'a pas de quoi surprendre, ... mais que dans ce pays, le dictateur se transforme en tyran sanguinaire, déjà responsable de plus de 200.000 morts et de l'exode de plus d'un million de réfugiés, et n'hésitant pas maintenant à utiliser des armes chimiques, ne peut évidemment pas être accepté par l'opinion internationale ...Mais la réaction de celle-ci est paralysée par les atermoiements, voire l'opposition, des Etats traditionnellement alliés à la Syrie pour des raisons stratégiques, à savoir la Russie et maintenant la Chine, qui privilégient ces raisons, même si les actes commis relèvent de "crimes contre l'humanité", et devraient être jugés, comme autrefois ceux des Nazis allemands au Tribunal de Nuremberg en 1945, ou ceux du Serbe Milosevic au Tribunal Pénal international de La Haye en 1992...alors avec l'accord de l'ONU...

 

   Mais l'accord de l'ONU étant cette fois impossible en raison du blocage de la Russie et de la Chine, il faut trouver une autre solution pour intervenir ...Et elle ne peut être que le fait d'une "alliance" et celle-ci, même si elle a l'accord de pays voisins comme la Turquie ou l'Arabie craignant la victoire de "salafistes", sera contestable sur le plan international ...Déjà l'Allemagne d'Angela Merkel a fait connaître son refus de participer à une expédition, suivie par l'Angleterre de Cameron s'abritant derrière un vote négatif de la Chambre des Communes ...Quant aux Etats-Unis, leur Président Obama, après avoir manifesté son désaveu des crimes commis, se retranche à son tour derrière un vote du Congrès qui ne se réunira qu'à la mi-septembre, ce qui lui permet de gagner du temps ...Il est vrai qu'en matière de respect de la vie humaine les Etats-Unis peuvent difficilement donner des leçons, après avoir été les seuls à utiliser la bombe atomique contre des populations à Hiroshima et Nagasaki, puis le "napalm" au Vietnam, et s'être ensuite enlisés dans la guerre de l'Afghanistan, puis dans celle de l'Irak contre des armes de destruction massive ...qui n'existaient pas, et on peut comprendre qu'Obama reste circonspect...

 

   Reste la France, désormais isolée parmi les "grandes" puissances ...Elle n'en serait pas à une 1ère action militaire, après ses interventions successives en Libye en 2011 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, et au Mali en 2012 au début de la Présidence de François Hollande, mais elle avait alors agi avec l'accord de l'ONU ...Ce n'est pas le cas pour une intervention éventuelle en Syrie, et la persistance d'une influence française dans ce pays ne peut constituer une raison suffisante, même si le Président François Hollande croit pouvoir se "défausser" en sollicitant un vote de l'Assemblée, à l'instar des Etats-Unis, alors que la Constitution ne prévoit qu'une consultation sans vote et que la décision appartient au Président ...Bachir-el-Assad ne s'y trompe pas en titillant dans un interview au Figaro du 3 septembre 2013 qu'il y aura alors "des répercussions pour les intérêts de la France" ...Il n'est d'ailleurs pas impossible qu'une telle action française ne rallume un feu incontrôlable dans un Moyen-Orient toujours instable et explosif ...Dans ces conditions, que viendraient faire les Français dans cette galère ?...Ce n'est pas par hasard que les avis sont partagés aussi bien à gauche qu'à droite, et qu'un sondage indique que près de 3/4 des Français sont hostiles à une intervention ...Bien sûr, il y a la "morale" ...Mais la morale existe-telle en politique, et, si elle peut exister, ne vaudrait-il pas mieux de laisser à une prochaine réunion du "G 20" le soin de l'appliquer ?...

 

  


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Published by Jean Daumont - dans Polit. internationale
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