Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Convergences
  • : Réflexions sur l'actualité en tous genres.
  • Contact

Recherche

Archives

1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 23:55

   Il paraît que le Baccalauréat est en France un "monument national" et, de fait, il s'agit d'un examen vraiment "historique" ...Créé au 13ème siècle dans l'Université de Paris sous la tutelle de l'Eglise, il est réorganisé en 1808 par Napoléon 1er qui en fait un grade "d'Etat", le premier de l'Enseignement Supérieur ...Il n'y eut en cette année que 21 "bacheliers" à porter la "baie de lauriers" ...En 2006, deux siècles plus tard, il y en a eu 507.346 ... Les Français pourraient donc saluer le succès considérable de cet examen et en faire le symbole de la démocratisation de la culture ...Il n'en est rien, puisqu'une commission réfléchit actuellement à sa transformation, voire à sa suppression, un expert affirmant même , par un mauvais jeu de mots, qu'il n'est qu'un ...B.A.C..., c'est-à-dire qu'un "Brevet Anti-Culture" (*)... De quoi et de qui se moque-t-on ?...

 

   Le Baccalauréat a en effet ses lettres de noblesse, en ce sens qu'il a "couronné" pendant plus d'un siècle et demi, c'est-à-dire jusqu'en 1968, une élite intellectuelle, d'abord issue de la "bourgeoisie", mais progressivement élargie aux "couches populaires", devenant même un "rite de passage" significatif d'une ascension sociale et, à ce titre, ayant souvent été le premier diplôme de nombreux hommes et femmes - écrivains, savants, artistes, politiciens - ayant fait "l'histoire de la France contemporaine"...

 

   L'argument principal d'une suppression éventuelle est sa "dévalorisation" actuelle... En effet, le taux de réussite qui, jusque dans les années 1950, dépassait à peine 60 %, s'est rapidement accru, passant  - toutes sections confondues - de 67,2 % en 1970 à 73,1 % en 1990, 79,7 % en 2004 et 86,9 % en 2009 ...Or le rythme de cette progression est loin de correspondre à une élévation générale du niveau des connaissances, puisque, dans le même temps, la maîtrise des éléments de base (langue et mathématiques) a reculé dans les cycles primaires et secondaires, et que les Universités françaises, naguère classées dans les 10 premières du monde, ont plongé dans l'anonymat, la 1ère citée dans le classement de Shangaï en 2010 étant Paris VI (39ème)... Mais voilà : on avait proclamé en 1985 qu'il fallait avoir "80 % d'élèves au niveau du baccalauréat en l'an 2000" ...Ah! certes, on y est parvenu et on a même dépassé les prévisions, mais à quel prix !!! ...suppression des redoublements jugés néfastes, consignes d'indulgence pour respecter des pourcentages établis en fonction de la carte scolaire et non de l'équité de l'examen ...Et ceci alors que, selon le Ministre lui-même, 250.000 élèves sortent du système scolaire chaque année sans formation ni diplôme ...Oui, il y a une réelle "dévalorisation", mais elle n'est que le résultat d'une fausse "démocratisation" ...On a pilonné le "monument national", et maintenant qu'il est en ruine, on veut le démolir, faute d'avoir eu le courage de le sauvegarder...

 

   Car le Baccalauréat reste un examen "utile", si on ne le détourne pas de sa vocation ...Il n'est pas un "brevet d'embauche" pour la recherche d'un emploi, mais une "porte", à l'image de ce qu'il avait été dès le Moyen-Age, où il  permettait simplement de préparer la "Licence" - Licencia Docendi - c'est-à dire le droit d'enseigner ...Au début du 21ème siècle, grâce à la multiplication des filières effectuée pour une meilleure adaptation aux besoins d'une société plus complexe (lettres, sciences, économie, technologie...), il permet d'accéder à des études supérieures courtes (BTS, DUT) ou longues (Licence, Doctorat), tout en donnant aux élèves une première expérience d'un "examen", c'est-à-dire un premier bilan de leurs connaissances et de leur aptitude à les utiliser... Malheureusement, avec un taux de réussite avoisinant 90%, l'expérience est faussée ...et il est scandaleux de donner ainsi des illusions à des "bacheliers" dont près de 50 % sont ensuite éliminés ou renoncent d'eux-mêmes au terme de deux ans dans l'enseignement supérieur ...Mais est-ce une raison, parce que la "température" n'est plus prise correctement, de "casser le thermomètre" au lieu de le réparer ?...

 

   Il est vrai que de "bons esprits" ont inventé le fil à couper le beurre que serait le "contrôle continu des connaissances" ...Plus d'examen ...Plus d'efforts ...Plus de stress ...pour les élèves ...et, de surcroît, économie annuelle de 38 millions d'euros, comme s'il n'y avait pas de secteurs plus importants en matière de restriction budgétaire...Bien sûr, c'est ...plus simple ...On va noter les élèves (si la notation existe encore...) au seul niveau de leur établissement, et donc ce contrôle ne sera plus ni "indépendant", ni "national"...Et, inévitablement, il y aura les "bons lycées" dont le certificat terminal aura une valeur reconnue ...et inversement les "mauvais lycées" dont le certificat ne sera que "monnaie de singe", c'est-à-dire souvent - hélas - ceux de banlieues difficiles où les professeurs refusent d'aller ou ne restent pas ...Belle "démocratisation" !... Malheureusement, cette idée de "contrôle continu des connaissances" fait son chemin ...Même François Fillon, le Premier Ministre actuel, avait en 2005, alors qu'il était Ministre de l'Education Nationale, proposé le "Bac en contrôle continu" et ...le comble avait été que les syndicats d'élèves et d'étudiants - et non ceux des professeurs - avaient été pratiquement les seuls à s'y opposer car ...ils craignaient alors une ...dévalorisation du bac !...

 

   Alors que faire ?...Avoir le courage de "rebâtir le monument", ce qui est évidemment plus difficile qu'avoir la lâcheté de le démolir, car un tel courage ne sera pas nécessairement payant sur le plan électoral... Il faudra d'abord restaurer les "fondements", c'est-à-dire la formation ...puis revoir les procédures dans le sens de la valorisation du mérite dans tous les secteurs, avec un effort particulier pour l'aide aux élèves les plus démunis en raison de leurs problèmes personnels ou (et) de leur environnement ...Vaste programme dont le Baccalauréat pourrait être le symbole, s'il est lui-même rénové avec des exigences de niveau et de savoir-faire lui rendant sa crédibilité sur un parcours authentique de la réussite ...Et raison de plus pour le maintenir ...et ne pas "jeter le manche après la cognée", comme le disait déjà un adage obsolète du Moyen-Age, dont est issu le Baccalauréat ...

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean Daumont - dans Education
commenter cet article

commentaires

Jacques 06/07/2011 19:06



Et dire que j'ai calculé que mon petit-fils aura l'âge de le passer en...2023 !


 


jf.