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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 15:43

   L'intervention de la France au Mali pose de façon récurrente le problème du droit d'ingérence dans les relations internationales.

 

   En effet le problème n'est pas nouveau ...Même si le terme "d'ingérence", apparu seulement en 1868, n'était pas utilisé auparavant, l'intervention d'un Etat dans un autre Etat a été pratiquée dès l'Antiquité pour des motifs divers : soit la conquête territoriale donnant un Empire (série interminable de l'Empire babylonien aux empires coloniaux du 19ème siècle)), soit le souci d'exporter les idées nouvelles (guerres révolutionnaires de la France à la fin du 18ème siècle), soit la volonté d'aller au secours de populations menacées de mort pour cause de famine (cas du Biafra en Afrique en 1967) ou de danger d'extermination (cas de pays de la Bosnie et de la Croatie en 1991), cette dernière circonstance ayant d'ailleurs entraîné la mise en "théorie" de la notion d'ingérence et la création d'Organisations Non Gouvernementales (ONG), à l'initiative du médecin français Bernard Kouchner ...Auparavant, en effet, cette notion était ignorée par les instances internationales, et notamment l'ONU, au nom des principes de neutralité et de  paix interdisant à tout Etat d'intervenir dans les affaires d'un autre Etat...

 

   Le problème n'apparut vraiment que lorsque l'ingérence ne fut plus limitée à la seule cause humanitaire  et s'étendit au domaine politique ...L'ONU elle-même, ayant retenu l'échec de son intervention directe lors de l'indépendance du Congo en 1960, a multiplié de simples "résolutions" (ex : les Kurdes en Irak, les Tchetchènes en Russie), tout en faisant appel sur le terrain à des grandes puissances - comme les Etats-Unis - ou des organisations militaires - comme l'Otan ...Le plus souvent, elle a laissé des pays intervenir dans leur sphère d'influence ancienne, héritée du passé colonial ...C'est ainsi que la France a été à intervenir environ 40 fois en Afrique avec son accord (*), généralement à la demande des pays concernés n'étant pas en mesure de règler seuls leurs difficultés, dans le cadre de ce ce qu'il a été convenu d'appeler la "Françafrique", ...et en considération de la présence maintenue de résidents français et cxde l'importance des liens économiques...

 

   Dans ces conditions, l'intervention de troupes françaises au Mali peut apparaître normale, sinon légitime : non seulement elle a été demandée par le gouvernement de ce pays, mais elle est apparue comme une nécessité urgente en raison de l'action offensive d'extrêmistes musulmans qualifiés de "djihadistes" dans tout le Sahel, et notamment aussi dans le Sud Algérien où les entreprises françaises ont conservé une place importante et vitale pour le pétrole et le gaz,...ces extrêmistes n'ayant pas le scrupule de l'ingérence ...Il n'en est pas moins vrai que l'intervention française au Mali a d'abord été décidée à la seule initiative du Président François Hollande, qui a certes prévenu les instances internationales, mais n'a pas attendu l'envoi de contingents d'autres pays africains de la région (Togo, Niger, Nigéria, Sénégal, ...et Algérie), dont l'annonce aurait pu freiner l'ardeur des extrêmistes ...Le Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius, en homme politique expérimenté et averti, a eu l'intelligence de préciser - après coup - que la France avait été un "précurseur" ...Mais il est néanmoins difficile de considérer cette "ingérence" française comme exemplaire : d'abord, il n'y a pas jusqu'à nouvel ordre de "droit" international à l'ingérence, celle-ci n'étant encore qu'une "pratique" ...D'autre part, elle perpétue un rôle de "gendarme" de la France que ...Nicolas Sarkozy avait condamné en affirmant que "les temps ont changé" et il est étrange que son successeur François Hollande pousse le souci de prendre le contrepied de son action politique jusque dans ce domaine...Et ceci alors qu'il a mis ainsi en danger la vie des otages - comme l'a malheureusement prouvé le massacre d'In-Amenas, s'ajoutant à l'exécution d'un agent français en Somalie - et laisse même les Français de la métropole sous la menace d'actions terroristes, jugée suffisamment sérieuse pour justifier la mise en oeuvre du plan "Vigipirates" ...

 

   Alors, il est peut-être temps que la France cesse de jouer ce rôle ingrat, coûteux et parfois meurtier et se consacre à une remise en ordre de son économie et à une lutte contre le chômage, tout en conservant le seul prestige qui vaille, celui de son éclat culturel reconnu par l'ensemble du monde...

 

(*) http://www.comores-web.com/article/france-un-demi-siecle-dingerence-militaire-en-afrique.html


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Published by Jean Daumont - dans Polit. internationale
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Jean Daumont 24/01/2013 15:19


A Jacques Heurtault


1.Rien à redire sur votre analyse approfondie sur les ONG ...Je m'en suis tenu à l'interprétation d'usage  - celle de l'ONU - concernant les organisations à but humanitaire...


2.La guerre du Biafra a certes eu un motif pétrolier, mais la France a mobilisé la Croix-Rouge en 1968 en même temps qu'un duspositif d'assistance militaire...Réf:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Biafra


3.3. Désolé ...mais mon article demande qu'on en finisse avec un rôle de "gendarme" de la France en Afrique...C'est mon opinion, mais je comprends qu'on puisse avoir une opinion contraire...


 


A Pamphile ...


Merci de vous intéresser à mon blog ...Même réponse que pour Jacques Heurtault...


A propos de Sarkozy, je n'ai fait que reproduire son propos rapporté dans la citation rapporté en bas de mon a&érticle ...Mais j'admets volontiers qe Sarkozy a souvent dit tout et son
contraire...


A Loubomyr


J'y pense, figurez-vous, à parler de l'Angleterre ...Mais je m'essouffle actuellement à répondre à mes commentateurs ...et j'en suis à préparer un article sur la France et l'Allemagne à
l'occasion du 50ème anniversaire du Traité de l'Elysée ...Et comme j'apporte àun grand soin à préparer et rédiger mes aritcles pour éviter (pas toujours...) des erreurs, je prends du retard !...

Loubomyr 24/01/2013 09:49


Il semble que votre deuxième appel au gouvernement pour arréter les frais au Mali ne suscite pas de commentaires! Vous avez un sujet tout trouvé en ce moment : l'Europe est elle en panne? Avec
les risettes franco allemandes de circonstance et le chantage du résident de Downing Street, vous avez là de quoi faire une mise en perspective historique pouvant entrainer des débats!!!!

pamphile 22/01/2013 16:47


Bonjour,


Je découvre votre blog et ne peux qu'apprécier le sérieux de votre article. Cependant, évoquer Sarkozy ne peut que rappeler cruellement que son action en Lybie, outrepassant l'accord reçu pour la
défense de Bengazi, a finie en traque de Kadhafi, ce qui a participé à la dispersion de l'armement du dictateur. Que nous retrouvons aujourd'hui au Mali.


Imagine-t-on ce qui serait arrivé à Bamako, sans l'intervention française, avec des djihadistes aux réactions sommaires face aux militaires maliens, aux femmes, aux voleurs... ? Je pense qu'on ne
peut pas en faire fi.

Jacques Heurtault 21/01/2013 17:04


Bigre! Je vois que quelques rappels de l'Histoire seront les bienvenus ...


1. Une ONG, c'est une organisation non-gouvernementale ... Par exemple, actuellement, le Parti Socialiste est une organisation de ce type! Tout comme l'UMP, d'ailleurs ... Cette définition à vue
le jour, il est vrai, dans les sphères de l'ONU (Organisation des Nations Unies) qui est, par nature, une Organisation Gouvernementale car elle est composée d'Etats dirigés par des gouvernements.
Il en va de même de l'UNESCO, de la CNUCED, de la FAO, de l'OIT ou bien de l'OTAN ...


2. La France n'est évidemment pas intervenue au Biafra dans un but humanitaire! Le Biafra était (et est toujours même si il a changé de nom) un des Etats fédérés du Nigeria. Il y avait du pétrole
au Biafra (et il y en a toujours!). Mais le Nigéria, pays de colonisation anglaise, ne l'a pas entendu de cette oreille lorsque le Biafra a voulu faire sécession du Nigéria (dont le reste du pays
n'avait pas les mêmes richesses en pétrole...). La France, intéressée par le pétrole, a cru devoir soutenir (voire fomenter) la sécession. Le "général" Ojukwu, battu, a pris la poudre
d'escampette, emportant dans son avion de fuite, sa Mercedes ... (Vous vous en souvenez sûrement). Depuis, la France a trouvé du pétrole au Gabon. Le Biafra, ça ne valait plus le coup de s'en
occuper. Quelle drôle d'idée que de vouloir aller piétiner les platebandes des colonisateurs anglais!


3. Le démembrement de la Yougoslavie, construction complètement artificielle conséquence de la deuxième guerre mondiale, est intervenu, comme c'était logique, à la mort de Tito. C'est la Slovénie
qui a commencé. Les Serbe ont laissé faire car ils n'y avait pas de Serbes en Slovénie! Il n'en a plus été de même quand la même idée a germé dans la tête des Croates ... Avant, c'était les
Serbes qui, de fait, dirigeaient la Yougoslavie. C'est pour cela que Tito (Croate!) a pu rester à la tête de l'Etat des Slaves du Sud (en serbe, sud se dit "jug" (qui se prononce "youg"), nord se
dit "sever"). Les Croates sont catholiques, les Serbes sont orthodoxes, les Bosniaques sont musulmans. La Bosnie faisait partie de l'Empire Ottoman, donc musulman.


4. L'intervention au Mali se justifie parce que laisser des terroristes installer la "charia" dans un Etat africain, c'est permettre que la quasi-totalité de l'Afrique passe, à terme, sous le
contrôle de ces terroristes. Si la France n'était pas intervenue, Bamako serait tombé, deux ou trois jours plus tard, aux mains des terroristes ... Ca urgeait! Parce que déloger des terroristes
d'une ville de la taille de Bamako, c'est beaucoup plus difficile que d'un village de quelques milliers d'âmes. La deuxième ville du Mali, c'est ... Montreuil sous Bois, à cinq kilomètres de chez
moi!