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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 10:11

   Il y a plus d'un demi-siècle, quand le pétrole a remplacé le charbon comme principale source d'énergie dans le monde, la France, qui déjà n'avait plus assez de charbon pour faire face aux besoins croissants de son industrie, a été mise dans une situation difficile en raison de l'absence de gisements de pétrole (sauf quelques puits disséminés à faible production)  ...Et cette situation était d'autant plus difficile qu'elle ne pouvait pas davantage compter sur le gaz, les gisements (essentiellement à Lacq) s'étant révélés insuffisants à long terme...

 

   Mais, en France, avait alors fleuri la formule disant "(qu') à défaut de pétrole,  il faut avoir des idées" ...Et comme la France, pays de la "philosophie des lumières" (comme des droits de l'homme...) a toujours eu des idées, elle a trouvé des solutions : d'abord la plus simple, consistant à importer du pétrole des principaux producteurs mondiaux (Moyen-Orient, Amérique) mais ayant l'inconvénient d'être coûteuse, même si elle peut en patrie compenser les frais par la vente des produits de ses raffineries ...C'est d'ailleurs pourquoi elle a alors développé l'exploitation du pétrole et du gaz dans ses anciennes colonies, notamment dans le sud saharien de l'Algérie (Hassi-Messaoud, Hassi-R'Mel), mais ce pays est devenu indépendant (Accords d'Evian 1962) ...Elle a donc multiplié les sources d'importation (pétrole de la Mer du Nord, Gaz de Russie) et, parallèlement, elle a développé une politique nucléaire lui permettant de fournir plus de 75 % de l'électricité, ...mais avec l'inconvénient majeur de rester dangereuse en raison d'accidents toujours possibles malgré les précautions prises ...Et le recours possible à des énergies dites "nouvelles" (éoliennes, géothermie) ne peut actuellement lui assurer l'indépendance ....La France est donc toujours à la recherche d'idées qui soient autant que possible supportables pour son économie, et qui n'aggravent pas une dette publique s'élevant déjà à environ 1900 milliards d'€, soit 90 % de son PIB...

 

   C'est pourquoi les études géologiques ayant révélé d'importantes réserves potentielles de "gaz de schiste" dans les régions sédimentaires (Bassin Parisien, Bassin Aquitain) ont pour la France un intérêt considérable, un intérêt d'autant plus grand que non seulement ce gaz pourrait lui assurer une indépendance énergétique, mais lui permettrait une exportation importante dans la mesure où elle serait en Europe le seul pays, avec la Pologne, à disposer de réserves pour au moins 50 ans ...Malheureusement la technique d'exploitation n'est pas encore au point : elle consiste en effet à procéder en profondeur à une "fracturation" des roches par un envoi massif sous forte pression d'eau additionnée de produits chimiques, ce qui libère le gaz qui remonte après pompage de l'eau ...Or cette technique est apparue comme gravement destructrice pour l'environnement et notamment pour les nappes phréatiques, son action n'étant pas réversible, ...et elle a donc été interdite en 2011, c'est-à-dire alors que la "droite" était encore au pouvoir, avec Nicolas Sarkozy comme Président de la République et l'UMP majoritaire à l'Assemblée Nationale...

 

   Cette incidence dans le domaine "politique" n'est pas sans intérêt, car on assiste actuellement à une évolution à "fronts renversés" ...En effet, avant les élections de mai-juin 2012, ayant entraîné le retour de la "gauche" et notamment des socialistes au pouvoir à la Présidence de la République et à l'Assemblée Nationale, les socialistes et les écologistes avaient conclu un accord "programmatique" comportant l'interdiction du gaz de schiste, l'abrogation des permis en cours et même l'arrêt de toute recherche technologique ...Or les socialistes, confrontés dans ce domaine comme dans d'autres à l'écart entre les paroles et les actes, évoluent maintenant dans leur attitude envers le gaz de schiste : Michel Rocard n'a pas hésité à affirmer que "la France est au gaz de schiste ce que le Koweit est au pétrole" ...mais chacun sait que cette personnalité a toujours été, dès l'époque de François Mitterrand, un "électron libre" ...Il est donc plus important de constater qu'Arnaud Montebourg, Ministre en exercice du "Redressement Industriel" déclare que "la France ferait mieux de produire du gaz de schiste plutôt qu'à l'importer" ...C'était aussi l'avis de Robert Gallois qui, dans son rapport, ajoutait la possibilité de créer à terme 300.000 emplois et de contribuer ainsi à une diminution possible du chômage ...Qu'en est-il alors au niveau du Président de la République et de son gouvernement ?...

 

   Le moins qu'on puisse dire est que le Président Hollande s'est montré "fluctuant" : il a d'abord confirmé l'interdiction du gaz de schiste en septembre 2012, mais il affirme maintenant, en janvier 2013, "(qu') il laisse les entreprises et les chercheurs travailler et (qu') il prendra ses responsabilités le moment venu si une technique de récupération propre apparaît" ...Donc la porte n'est plus fermée ...mais elle est seulement entr'ouverte ...Car les écologistes en sont déjà à réagir, pour dire qu'ils se retireront du gouvernement "si la ligne rouge est franchie" ...Est-ce si important pour la France que la "fracturation" du gaz de schiste puisse entraîner la "fracturation" de l'actuelle majorité ?...

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Published by Jean Daumont - dans Economie et Société
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Loubomyr 04/02/2013 11:05


En matière d'énergie comme en beaucoup d'autres (économie, politique, industrie, recherche, enseignement ...) le "problème français" réside dans le fait que les penseurs , experts et ingénieurs
sont incapables d'avoir une autre vision que celle d'un processus centralisé et jacobin : il faut un ministère (ou un secrétariat d'état) de l'énergie, une politique de l'énergie administrée, des
ingénieurs de mines ou X tous formatés dans le même moule, un programme de recherche piloté par l'état, des grandes entreprises nationales (EDF et GDF en l'occurence), des prix encadrés. Bref
l'Etat met son nez dans toute la filière et que ce soit le pétrole, le nucléaire ou le gaz de schiste, que nous ayions la droite ou la gauche au pouvoir, le raisonnement est le même .


Cette organisation pyramidale de la société, dans laquelle ce qu'il est convenu d'appeler une élite détient l'essentiel du pouvoir décisonnaire implique une incapacité chronique à l'altérité : le
système tourne sur lui même, le chat se mord la queue et le progrès est aléatoire, fruit d'un bien heureux hasard.


A l'inverse, un de nos rares domaines d'excellence, l'aéronautique civile avec Airbus est du à une coopération européenne impliquant une gestion décentralisée et une répartition des
responsabilité de chaque patron de chaque secteur. Les efforts pathétiques des Français pour conserver la présidence de l'entreprise sont représentatifs de cette tendance française : garder la
main sur la plus haute direction alors que le PDG d'Airbus n'est rien sans celui d'EADS, celui de Rolls Royce et ceux des autres entreprises européennes impliquées dans la production et la
commercialisation de l'avion.


Tant que nos "élites" conserveront ce système de réflexion et d'administration nous ne progresserons pas ou alors plus lentement que d'autres européens. Pour rester dans le domaine de l'énergie,
les filières alternatives, de substitution, (hydrolien, eolien, photovoltaïque, géothermie) sont en pleine expansion dans les "petits" pays du Nord et dans un état fédéral : l'Allemagne). N'y
aurrait il pas un lien entre succès économique et scientifique et réelle décentralisation, émergence d'une société des réseaux? Le fait que nos politiques s'accrochent maintenant à une
administration centralisée de la filière gaz de schiste après avoir laissé tomber les énergies alternatives est bien représentatif de cette "maladie française.