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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 14:58

   Le nouveau gouvernement socialiste, conformément aux promesses électorales du Président Hollande, a procédé à une augmentation du Smic, ce qui peut apparaître comme une mesure légitime à la suite de la baisse réelle résultant de la hausse du coût de la vie, un nombre croissant de Français ne parvenant plus à "joindre les deux bouts" ...Néanmoins cette augmentation du Smic est restée modeste, au grand mécontentement des partisans d'un nouveau "printemps social", puisqu'il se limite à environ 22 € de plus par mois pour 2,5 millions de "smicards" ...Et le problème est donc de savoir si le gouvernement pouvait faire autrement, alors que les promesses électorales étaient confrontées aux réalités de la crise économique ...et d'ailleurs, le Smic, dans le contexte de cette crise, est-il encore justifié ?...L'économiste André Babeau (*) en dénonce les effets pervers dans les "Débats et opinions" du Figaro du lundi 25 juin 2012 :

 

   " Telle la langue d'Esope, un salaire minimum peut être la meilleure ou la pire des choses. La meilleure si, comme en Allemagne, il fait l'objet d'un accord entre partenaires sociaux tenant compte des spécificités des secteurs d'activité et des régions. La pire si, comme en France, il est imposé au niveau national et géré de façon imprudente...

   Longtemps, par déférence, timidité ou myopie, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (smic) n'a guère fait l'objet de critiques de la part des économistes français. Si, aujourd'hui, quelques-uns déclarent encore "qu'une hausse vigoureuse du smic est la meilleure arme anti-crise", ils deviennent rares. Les modèles ont parlé et la majorité des économistes reconnaît que le smic, tel qu'il a été géré, est à l'origine des rigidités qui caractérisent notre système socio-économique ...les travaux de la Commission présidée par Paul Champeau ont été, à cet égard, salutaires.

   On attendait d'abord du smic qu'il contribue à la croissance du niveau de vie. Or les mises en perspective révèlent que celle-ci a été due dans notre pays, au cours des décennies passées, moins au dynamisme des revenus d'activité qu'à celui des prestations sociales, quitte à mettre régulièrement en déséquilibre les comptes de la Sécurité Sociale. Le niveau du smic pratiqué en France depuis longtemps est, quant à lui, plutôt de nature à avoir freiné la croissance des revenus d'activité : entre 1970 et 2010, ce salaire a crû (hors inflation) de 2,5 % par an, ce qui est beaucoup plus que le salaire moyen ...Nous avons ainsi actuellement l'un des salaires minimum (charges comprises) les plus élevés d'Europe. En contribuant à élever le coût du travail peu qualifié, le smic a été à l'origine d'une hausse du taux de chômage - en particulier de celui des jeunes - par destructions d'emplois et délocalisations...En matière de commerce extérieur, le smic et ses conséquences ont freiné nos exportations et favorisé les importations, contribuant à un lourd déséquilibre de notre balance commerciale.

   Il faudra un jour calculer, tout compris, ce qu'a coûté le smic à notre pays... Pascal écrivait déjà : "qui veut faire l'ange fait la bête" ...Soit, dira-t-on, mais le smic a contribué à modérer en France les inégalités de revenu : entre équité et efficacité, le choix mérite réflexion...Mais  cette réflexion elle-même ne joue pas en faveur du smic, qui a, au contraire, participé à la dispersion des revenus et à la segmentation du marché du travail. Par son influence sur le taux de chômage, le smic a accru le nombre des foyers à faibles revenus ; il a, d'autre part, sans doute réduit l'ouverture de l'éventail des salaires à plein-temps, mais les revenus du bas de l'échelle - souvent ceux de travailleurs à temps partiel - dépendent plus du nombre d'heures travaillées que de la rémunération horaire... Le smic a enfin renforcé la barrière qui existe en France entre travailleurs protégés et travailleurs précaires : ainsi, dans notre pays, la probabilité d'une transformation d'un contrat à durée déterminée (CDD) en contrat permanent (CDI) est tombée à quelque 13 %, soit moitié moins que la moyenne européenne. Au total, l'influence du smic sur les inégalités globales a probablement été négative.

   On ne peut, non plus, passer sous silence son influence sur nos dépenses publiques dans une période où leur réduction est si importante. L'égalité de traitement qu'il faut assurer aux fonctionnaires et les réductions de cotisations qu'il a bien fallu consentir pour les salaires compris entre 1 et 1,6 smic (cotisations dont l'Etat compense la Sécurité Sociale) ont des conséquences simples à résumer, comme l'a montré un récent rapport de l'Inspection générale des finances : 1% de hausse nominale du smic coûte 1 milliard d' € à l'Etat.

   On comprend donc que la Commission Européenne, l'OCDE et le FMI émettent dans ce domaine des messages convergents. Même si la hausse du smic a été contenue ces dernières années, la situation est suffisamment sérieuse pour que, au lieu de retomber dans les erreurs d'hier, nous innovions ici de diverses manières. Aucun gouvernement français n'a su jusqu'ici développer l'oeuvre de pédagogie qui s'impose dans ce domaine. François Hollande, comme jadis Gerhard Schröder en Allemagne dans des secteurs voisins, se grandirait en encourageant une telle ré-appréciation du rôle du smic dans notre pays".

 

   La question reste posée au terme de cette démonstration quelque peu savante : le peut-il ?...

 

(*) André Babeau - Le pouvoir d'achat baisse : qu'en pensent les économistes? - Ed.Eyrolles 2012

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Published by Jean Daumont - dans Economie et Société
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commentaires

Jean Daumont 03/07/2012 09:22


Pas du tout, car cette ironie sous-entend qu'il y avait le même "amusement" à propos des prédécesseurs ...En fait, je ne "crois" plus en rien, et les politiciens me font penser aux "guignols"
d'autrefois ...Je "sais" seulement que je vais passer à la caisse en septembre prochain ...

Jacques 02/07/2012 09:54


" les rigolos actuels" ??????


Hummmm....votre "neutralité" me semble quelque peu écornée....


 


jf.

Jean Daumont 02/07/2012 09:24


   Vous avez raison en ce qui concerne l'accroissement de l'écart entre les riches et les pauvres, que je ne cesse pas moi-même de dénoncer ...Mais je ne peux pas vous suivre quand vous
condamnez un texte à priori parce que son auteur serait riche, ce qui  reste d'ailleurs à vérifier ...A ce compte, il faudrait de même condamner mes textes (nombreux) parce que, à en juger
par la promesse de taxation des classes moyennes par les rigolos actuels, je suis censé être riche, alors que, compte tenu de l'aide que j'apporte à mon fils chômeur, je me demande comment je
vais payer l'impôt sur le revenu de sptembre.


  Sur le fond, je retiens de cet article qu'une augmentation du smic  peut n'être qu'une solution illusoire, si les effets en sont rapidement effacés par l'inflation et l'aggravation de
la dette...

Jacques 01/07/2012 14:47


Je suis toujours frappé de constater que ces "économistes" qui dissertent doctement sur le smic touchent eux même 10 ou 15 fois son montant.....


C'est évidemment plus facile de tartiner sur le sujet quand on a le ventre plein et aucun souci de fin de mois....!!!!!


Au-delà du texte de ce Monsieur André Bibeau, qui a passé l'âge de la retraite depuis un bout de temps, me semble-t-il et qui, malgré ses "hautes fonctions passées" ne représente que lui-même
dans sa "démonstration" ci-dessus, il convient de compléter votre article, cher M. Daumont, par les informations suivantes:


En 2012, le nombre de salariés payés EN DESSOUS du SMIC n’a jamais été aussi important (12% de la population) et en huit ans seulement, le
revenu des 0,01% les mieux payés a augmenté de 51%......


jf.