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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 16:03

   Il est légitime d'avoir une opinion (*), quelle qu'elle soit ...Mais il est parfois difficile de se faire une opinion, en raison de la complexité du problème évoqué ...C'est le cas pour " l'affaire de PSA" qui défraie ces jours-ci l'actualité ...

 

   A défaut de vivre au coeur de cette affaire comme responsable de sa gestion ou membre du personnel chargé de son fonctionnement, il est donc nécessaire de s'informer auprès de journalistes spécialisés, afin de pouvoir exprimer une opinion aussi objective que possible ...Un moyen d'y parvenir est de confronter leurs analyses en fonction de leur situation - supposée - sur l'éventail politique :


   - A "droite", il y a le Figaro où l'éditorialiste Paul-Henri du Limbert écrit le 20 juillet 2012 :          

   " La famille Peugeot fait des automobiles...Arnaud Montebourg fait de la politique...Ce n'est pas le même métier ...Dans le premer cas, il s'agit de vivre dans un monde de contraintes permanentes ; dans le second, il s'agit de faire croire qu'on peut s'en affranchir.

   Guidé par sa volonté de briller, le tonitruant Ministre du Redressement Productif instruit un bien mauvais procès contre PSA. Si l'on en croit Arnaud Montebourg, le groupe automobile ferait preuve d'un manque flagrant de patriotisme. Qui peut croire à cette fiction ? Si le Ministre est peut-être un "patriote industriel", les Peugeot sont sûrement des "industriels patriotes". Lorsque Renault fabrique 23 % de ses véhicules en France, PSA en produit 44 %, soit près d'un sur deux. Dans le paysage industriel, Peugeot est resté davantage attaché à la France que beaucoup d'autres... Et malheureusement, c'est une des raisons de ses difficultés puisque, n'en déplaise aux socialistes, le coût du travail est bien l'un des principaux problèmes de ce pays. La croisade d'Arnaud Montebourg serait donc plus crédible si elle s'accompagnait d'un vaste projet de réforme structurelle destiné à améliorer de manière drastique la compétitivité de l'économie française. Hélas, on ne voit rien venir...

   Par ailleurs, les mots choisis par le Ministre procureur sont évidemment excessifs. Présenter, peu ou prou, la famille Peugeot comme l'exemple même de la cupidité et de l'âpreté au gain constitue une contre-vérité particulièrement choquante... Chacun sait bien que l'austérité et la discrétion constituent la marque de fabrique de cette famille protestante qui vit en France et paie ses impôts en France...

   Adepte de la stratégie de l'emballement, Arnaud Montebourg va devoir réfréner sa nature. Sa "chasse aux patrons" ajoute de la crise à la crise et crée confusément un climat de petite guerre civile. Il fait de la politique ? Sans doute ...Mais il serait souhaitable qu'il en fasse un peu moins, et qu'il soit un peu plus Ministre et un peu moins procureur."

  Evidemment, ce n'est pas très aimable pour les socialistes, si du moins ceux-ci le soutiennent au nom de la solidarité gouvernementale...

 

   - Au centre - si celui-ci existe - il y a Ouest-France où l'éditorialiste François-Régis Hutin écrit le 2& juillet 2012 :

   "Plus la situation est difficile, plus il faut rester calme. Ce n'est malheureusement pas le cas en ce moment en ce qui concerne PSA.

   Avant même que soient entendus les responsables de Peugeot, ils sont accusés de dissimulation, de mensonge, d'incompétence, d'avidité. Bref, ces personnes seraient des ennemis du peuple et peut-être même des traîtres à la nation. Le procès est déjà fait, la condamnation prononcée !

   On comprend la déception et l'inquiétude des personnels concernés par des suppressions d'emplois. Il est indispensable de tenir le plus grand compte de ces personnes, de faire tout ce qui est possible pour obtenir leur reclassement. Mais est-ce en dressant les gens les uns cntre les autres qu'on arrivera à trouver les solutions possibles ? Qui veut plus de chômage ?Qui veut mettre sur le sable les personnels des entreprises en difficulté ? Personne, bien évidemment, et surtout pas les chefs d'entreprise. Ils ont une grande responsabilité : celle d'embaucher du personnel car, si les affaires tournent mal, l'embaucheur risque de devoir licencier ...Il n'est jamais félicité lorsqu'il embauche, mais il est toujours vilipendé lorsqu'il débauche, comme si on pouvait faire fi des contraintes économiques...

   Si l'on comprend que des questions puissent, et même, doivent être posées, que des situations soient analysées, au besoin ré-étudiées, il importe de le faire dans un climat serein où puissent naître le dialogue sincère et la coopération. Mais commencer par l'accusation, voire l'insulte, ne peut que nourrir les rancoeurs, les rancunes et les oppositions.

   Ce n'est pas en faisant des patrons ou des salariés des boucs émissaires qu'on favorisera le sauvetage ou l'extension des entreprises nécessaires à la croissance. La désignation de boucs émissaires ne peut cacher ni la gravité d'une situation, ni les responsabilités des uns et des autres. La désignation de boucs émissaires ne peut en définitive qu'accroître les divisions et risque de déboucher sur la haine qui finit par retourner les sociétés contre elles-mêmes.

   A l'aube d'un quinquennat qui, de toute manière, devra faire face à de nombreuses difficultés dans tous les domaines, attiser les oppositions au lieu de les apaiser ne peut que compliquer les choses, rendre plus difficile la recherche des solutions, leur application et ainsi compromettre l'avenir. La France n'a vraiment pas besoin de ces attitudes agressives mais, au contraire, de dynamisme et de confiance mutuelle pour aller de l'avant, et vite !"

  Voilà qui n'est pas vraiment plus aimable - au contraire - pour ce représentant éminent du gouvernement socialiste  ...de la part d'un journal habituellement "modéré", à l'image de ses lecteurs du genre "bo-bo"...  

 

   - A "gauche", il y a l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur dont on pourrait attendre plus de compréhension pour le Ministre en cause ...Pas vraiment, puisque l'éditorialiste Laurent Joffrin prend plutôt la défense de ...PSA :

   " ...Les syndicalistes d'Aulnay demandent la poursuite de l'activité et le maintien de l'emploi sur place. Réflexe logique, élémentaire même. L'outil de travail est là, la compétence, réunie, l'expérience des ouvriers, des cadres et des ingénieurs, indiscutable. Comment admettre pareil gâchis ? Comment comprendre que cette usine, si efficace, soit abandonnée à la rouille et aux herbes folles, quan elle faisait vivre des milliers de familles ? Mais comment, à l'inverse, continuer ces dépenses sans mettre en danger l'ensemble, c'est-à-dire des dizaines de milliers d'autres emplois ? Les comptes de PSA sont si dégradés, ses ventes si mauvaises que le groupe ne peut plus soutenir la même capacité de production. Point de complot ou de mensonge dans cette sinistre constatation. Quiconque regarde honnêtement le dossier voit mal comment l'entreprise pourrait survivre sans se couper un bras. L'Etat pourrait aider, subventionner, entrer au capital (**) ...Outre qu'il est désormais impécunieux, il ne ferait que retarder l'échéance. PSA n'a pas besoin de crédits, mais de clients. Les premiers sont inutiles, et les seconds sont absents.

   On peut évidemment sortir l'arsenal rhétorique, prêcher la démondialisation, incriminer l'Europe, accabler la social-démocratie...Mais force est de reconnaître que la direction de PSA, justement, s'est montrée réticente à délocaliser ...Amer paradoxe : des deux champions français de l'automobile, c'est Renault, géré sans états d'âme et nettement plus mondialisé, qui s'en sort le moins mal...

   Le gouvernement peut néanmoins aider les ouvriers d'Aulnay. D'abord en écartant les licenciements contraints, promesse déjà formulée par PSA, mais qu'il faut maintenant tenir. Ensuite en assurant aux partants des compensations financières suffisantes, qui amortissent le choc et ménagent une chance pour l'avenir... Enfin, en garantissant qu'une autre activité, soutenue par PSA, viendra relayer la production disparue..."

   Suggestions intéressantes, qui valent infiniment mieux que les diatribes d'un Ministre...L'éditorialiste complète son propos en élargissant le problème à celui d'une solution nécessaire à la crise économique, en affirmant que "si la bataille monétaire est perdue, la guerre industrielle ne peut pas être gagnée"...

   Vaste programme qui dépasse celui de ne pas chercher de bouc émissaire !...

 

 (*) Lire mon article précédent sur "La pensée et l'opinion"

 (**) Comme le fait le gouvernement américain pour General Motors


 

 


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Published by Jean Daumont - dans Economie et Société
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commentaires

Jacques 25/07/2012 23:57


PSA demande 42 millions d'aide publique pour son usine de Sevelnord


Ben voyons.....


jf.

Jean Daumont 25/07/2012 16:42


Eh...Oui ...Evidemment, je n'ai pas d'explication à donner dans ce domaine des "affaires" que je n'ai jamais maîtrisé...Mais je n'ignore pas ce genre de comportement, puisque mon propre fils,
directeur de recherche marketing à la Société BN de Nantes, y a naguère été "licencié économique" à l'occasion du rechat par une Société américaine ...Il est, depuis, toujours au chômage
...Gâchis de compétences, car c'est un gars brillant  (je parle en connaissance de cause !)

Jacques 25/07/2012 10:44


Autre aspect négligé par vos Editorialistes...le fait que PSA supprime des postes dans son service RECHERCHE & DEVELOPPEMENT.


Ce n'est d'ailleurs pas la première entreprise "en difficulté" à procéder de la sorte.


Et ça dépasse mon entendement.


Lorsque les produits de telle ou telle firme ne sont pas ou plus adaptés au marché, c'est bien la recherche et le développement qu'il faudrait faire fonctionner à plein régime, non ????


 


jf.

Jacques 23/07/2012 09:53


Eh oui....275 millions de dividendes..... La famille Peugeot possède à elle seule 72 628 106 actions.....


M. Varin:  salaire de 3,3 millions annuels.


Pas de doute, PSA bat de l'aile...


 


jf.

Jean Daumont 23/07/2012 09:41


Il est normal que les entreprises soient consultées par les représentants de l'Etat, soit directement, soit par l'intermédiaire de leurs fédérations (Medef, Cgpme...), et Hollande ne déroge pas à
la règle, même s'il prévoit une "grand-messe"...Cela est particulièrement vrai pour l'industrie automobile, qui a toujours été un "point sensible" ...Le temps n'est pas si loin où les
gouvernement, quelles que soient leurs couleurs, se préoccupaient de "ne pas désespérer Billancourt"... En ce quii concerne Peugeot, j'ai trouvé cette justification dans La Croix, journal
..."bien pensant" (!) :


« Nous sommes des gens responsables »


Thierry Peugeot justifie enfin la « montée en gamme »  de PSA et sa stratégie pour devenir « un groupe mondial » , tout en se disant
« très attaché à son ancrage en France » . Interrogé sur la possibilité d’une OPA sur PSA, Thierry Peugeot répond que « tout est possible »  en se
disant « inquiet »  de la chute du cours de Bourse. Ce dernier a chuté de 18 % depuis l’annonce du plan mais rebondit depuis mercredi. « Les attaques dont le
groupe fait actuellement l’objet ont un effet immédiat sur leur perception du groupe. C’est une situation qui est dangereuse » , ajoute-t-il.


Une éventuelle dilution de la participation familiale « n’est pas à l’ordre du jour » , affirme encore Thierry Peugeot, qui voit dans cet actionnariat « un
élément de stabilité » . « Nous sommes aussi des gens responsables » , dit-il, lui dont la famille a été mise en cause sur le versement de dividendes alors que le
groupe bat de l’aile depuis plusieurs années. 


« À chaque fois que le groupe a été en difficulté, il a suspendu le versement de dividendes à ses actionnaires. Cela a été le cas en 2009 et en 2010, au titre des exercices précédents.
En 2011, l’entreprise a versé des dividendes car les résultats de l’exercice 2010 étaient bénéficiaires » , a-t-il justifié.