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Vendredi 25 juillet 2008

    L'enseignement est certainement l'un des plus beaux métiers du monde ...Car l'instruction a toujours été le facteur le plus déterminant du développement des sociétés humaines, rien ne pouvant surpasser la responsabilité de dégager et d'épanouir à tous âges les aptitudes de chaque individu dans le respect de valeurs communes.

   Et pourtant l'enseignement est actuellement en France l'une des activités collectives les plus critiquées en raison de l'aggravation de l'échec scolaire (taux de difficulté de lecture à 15 ans passé de 15,2 % en 2000 à 24,1 % en 2007), et de l'incapacité du système scolaire à répondre valablement aux besoins de la société, qu'il s'agisse des emplois (persistance d'un chômage au delà de 2 millions de personnes) ou des relations sociales (relâchement des moeurs et augmentation de la criminalité) ...Une telle situation apparaît même comme un scandale dans un pays comme la France longtemps exemplaire dans le monde par son rayonnement intellectuel
...

   La tentation est grande pour l'opinion courante de s'en prendre aux enseignants, en dénonçant leur manque d'autorité et d'efficacité, alors que leur temps de travail hebdomadaire ne dépasse pas une vingtaine d'heures et qu'ils bénéficient de vacances longues et répétées (165 jours, soit 45 % de l'année)...Et même si les enseignants se défendent à juste titre en soulignant que leur temps de travail ne se limite pas à la présence en classe (travaux à domicile et nombreuses réunions dans l'établissement) ...et que les vacances répondent d'abord au besoin de repos des élèves (certains parents n'hésitant pas à les anticiper ou les prolonger...), ils n'en sont pas moins traités en "boucs émissaires"...

   Ce procès est franchement injuste, car  - en dehors de quelques problèmes trop facilement mis en exergue - la majorité des enseignants effectue sa tâche avec honneur et mérite, et même parfois avec une abnégation admirable, quand ils sont confrontés à des contextes difficiles dont ils ne sont pas responsables dans des quartiers ou banlieues de certaines villes ...En fait, s'il y a un procès à intenter à l'enseignement en France, ce n'est pas aux enseignants, mais à l'insuffisance du système éducatif dont ils dépendent...

   Cette insuffisance est le résultat d'une longue évolution historique marquée par un manque de volonté et de continuité "politique" ...En effet, l'enseignement français n'a pas résulté d'un "acte fondateur", mais d'un aménagement progressif au cours des âges ...A l'origine - du temps de la Gaule aux temps modernes - il y avait des "précepteurs" dans les familles riches, surtout "bourgeoises" car les "nobles" apprenaient essentiellement le métier des armes et négligeaient l'instruction - même élémentaire - qui était l'affaire des "clercs" ...L'Eglise avait en effet besoin de gens "instruits" sachant lire et écrire le latin, qui resta ainsi longtemps la langue "culturelle" ...Mais la masse du peuple restait "inculte", ne pratiquant que des "dialectes locaux", dont le ...français qui ne devint la langue officielle - c'est-à-dire d'abord "administrative" - qu'avec l'Edit de Villers-Cotterets de François 1er (5 août 1539) ...Et c'est seulement à partir du 17ème et du 18ème siècles que l'enseignement s'élargit, surtout avec l'action des Jésuites, dont le établissements préfigurent le système actuel, avec la répartition en "classes" et la distinction des "disciplines"...Mais ils n'instruisent en fait qu'une "élite", car les "gens du peuple" ne reçoivent que des "rudiments" - en particulier et ...déjà "lire, écrire et compter" ...sans oublier l'instruction religieuse - grâce à des associations philanthropiques ou au "bas-clergé", par exemple celui des "Petits Frères des pauvres"...

   Survient la Révolution qui proclame "l'égalité" ...Mais cela donne seulement sous le Directoire les "Ecoles Centrales" - à l'organisation quelque peu anarchique - bientôt remplacées par les "Lycées" de Napoléon Bonaparte - à l'organisation toute militaire (uniforme pour les élèves et les maîtres ...et exercice des armes) ...Et il ne s'agit toujours que de l'enseignement des "humanités" qui deviendra plus tard l'enseignement "secondaire" ...L'Eglise garde finalement son emprise sur l'instruction élémentaire ou "primaire", et les filles sont encore le plus souvent écartées de l'enseignement, car il paraît alors suffisant - même dans les familles aisées - qu'elles connaissent seulement ce qui convient pour être une "bonne épouse" et une "bonne mère" (couture, cuisine, maintien, soins aux enfants...)

   Il faut attendre les Lois de Jules Ferry (1881-1882) rendant l'école "gratuite, obligatoire et laïque" pour avoir un enseignement réellement "populaire" ...Néanmoins, cette école ne concerne que le niveau de base - dit "primaire" - qui conduit au Certificat d'Etudes (13 puis 14 ans), au delà duquel les enfants du peuple entrent en "apprentissage"  ...Rares sont les élèves les plus méritants - retenus après le concours des "bourses" - qui poursuivent un enseignement dit "général" dans les lycées, car ils vont le plus souvent dans des "Cours complémentaires" (futurs CEG) qui sont en quelque sorte un "primaire prolonngé" menant jusqu'au Brevet, ne se confondant pas avec les lycées alors "de plein exercice" (6ème à Terminale) conduisant au Baccalauréat, examen de portée d'abord limitée (31 reçus en 1809, 583 en 1893, 2155 en 1904...). Il y a donc encore un enseignement "à 2 vitesses", celui de la "bourgeoisie" et celui du "peuple", celui des "blouses blanches" et celui des "blouses noires", celui valorisant l'instruction "intellectuelle" et celui péjoratif du "travail manuel"...

   Arive le "baby-boom" de 1945-1950 ...Il faut assurer l'accueil d'une masse importante d'élèves ...L'occasion était belle de créer des structures adaptées, à fortiori dans un contexte de "reconstruction" et de "progrès économique" ...On prolonge certes la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans (1963) afin d'accroître les connaissances d'un plus grand nombre d'élèves, et on multiplie les "Collèges d'Enseignement Secondaire" (CES) soit par détachement du 1er cycle des Lycées, soit par transformation des CEG (ex-CC), soit "ex-nihilo"... Mais on ne fait que juxtaposer les élèves et les maîtres dans 3 "voies" (1=ex-lycée, 2=ex-CEG, 3=ex-fin d'études primaires) ...Et "l'amalgame" traînant à se faire, on crée ensuite le "Collège Unique" (Réforme Haby 1975), et -comme les élèves s'obstinent à être différents - on institue le "passage automatique en cours de cycle", ainsi que l'accord nécessaire des parents (et des élèves !) pour un redoublement en fin de cycle... Bref, ce n'est plus le "savoir" mais "l'enfant-roi" qui est au centre de la pédagogie, conformément aux instructions données dans les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM)...

   Le résultat est que l'autorité des maîtres est ébranlée, tandis que l'échec scolaire s'accroît rapidement ...Les responsables des établissements en sont conscients et, avec l'accord des maîtres, contournent souvent cet "égalitarisme" par le jeu des "options" ou de la "carte scolaire" : on crée des sections "rares" (latin, grec, 2ème langue ...comme le chinois) pour regrouper les meilleurs élèves ...et les établissements "bien situés" ou "réputés" pratiquent une "sélection de fait" devant l'afflux des demandes de dérogation... Quand ces "manoeuvres" ne suffisent pas, les parents "aisés" n'hésitent pas à diriger leurs enfants vers l'enseignement privé, d'autant moins que celui-ci, au nom de sa ..."liberté", a généralemnt préservé le respect de valeurs fondamentales comme l'autorité, la responsabilité, l'effort et la solidarité...

   Car c'est bien le respect des valeurs qu'il faut rétablir à tous les niveaux de l'enseignement, qu'il s'agisse des écoles, des collèges, des lycées et même des universités ...Et ce rétablissement ne doit pas consister à revenir au système "ancien", ni à en créer un "nouveau"...Car les structures du "mammouth" sont bien trop lourdes pour être démolies et "re-bâties"... Ce n'est pas de l'extérieur et d'en-haut qu'il faut agir, mais c'est à l'intérieur et à partir de la base qu'il faut créer un "nouvel esprit" reposant sur des principes simples :

   -
Reconnaître les différences des élèves et les aider en conséquence par des méthodes individualisées permettant de dégager leurs qualités personnelles et de leur donner à la fois confiance et estime d'eux-mêmes.

   - Alléger les horaires et programmes, dont l'accumulation ne peut que submerger les élèves par des connaissances tellement nombreuses qu'ils finissent par n'en maîtriser aucune.

   - Ré-apprendre les règles nécessaires, sans lesquelles la "liberté" n'est qu'une illusion, car les élèves naturellement poussés à "s'opposer" doivent comprendre l'importance des "devoirs" en regard des "droits".

   - Pratiquer la tolérance et la solidarité tout au long de la scolarité, afin que les élèves comprennent la nécessité de "respecter les autres" et de les aider, si besoin est, dsans leurs activités.

   - Ouvrir les élèves au monde, d'abord par une meilleure collaboration entre les "disciplines", ainsi que par une multiplication des visites et stages "sur le terrain", facilitant ainsi leur orientation.

   - Donner aux enseignants les moyens indispensables - non pas par un accroissement sans fin des crédits cet des postes - mais par une meilleure gestion encourageant l'esprit d'initiative et le sens des responsabilités dans une réelle autonomie des établissements.

   Mais les principes, comme les institutions, ne seront finalement que ce qu'en feront les hommes ...et les femmes !

  

NB: Clémenceau a dit que "les guerres sont des affaires trop sérieuses pour être confiées aux militaires" ...Cette affirmation peut être transposée dans le domaine de l'enseignement, où l'auteur de l'article, qui est un ancien "responsable" - même critique - du système éducatif, ne prononce certainement pas des "paroles d'évangile"...



 

 

par Jean Daumont publié dans : Education communauté : Réformer la France
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Mardi 4 mars 2008
   L'être humain est "sociable" par définition, et il paraît donc naturel que la société, en France comme ailleurs, puisse "l'évaluer", c'est-à-dire juger de la qualité de son activité ... Encore faut-il que cette évaluation soit faite par des représentants qualifiés, sur des critères aussi objectifs que possible...

   En l'occurence, puisqu'elle est d'actualité, la "notation des professurs par les élèves" ne mérite qu'un ..."bonnet d'âne". Les élèves, comme ce nom l'indique, sont des enfants que l'école initie aux règles de la vie en société, et ils n'ont évidemment pas la compétence de "noter", c'est-à-dire d'utiliser des critères qu'ils ne "maîtrisent" pas ... Car la "notation" s'apprend, et cet apprentissage est difficile, puisque souvent les adultes eux-mêmes ne la pratiquent pas correctement...

   Il y a en effet déjà beaucoup à dire sur l'évaluation des adultes par eux-mêmes... Dans la plupart des cas, du moins en France, ils en sont encore à donner ou recevoir des "notes chiffrées" -généralement de 0 à 20 - c'est-à-dire à utiliser le même système que pour les élèves, fabriquant ainsi "les verges pour se faire fouetter" par ces derniers... Ils sont donc plutôt mal venus de  se plaindre...

   L'activité des adultes, et en particulier des professeurs, est en effet trop complexe pour se résumer à une "note" : il y a toutes sortes de critères d'évaluation, variant suivant les professions et à l'intérieur même des professions : intelligence, efficacité, assiduité, sociabilité, rayonnement, etc... et en faire une "moyenne" synthétisée dans une note relève de ...la "bouillie pour les chats". Et ceci d'autant plus que se pose le problème de la "qualité" du "notateur", forcément inégale, pouvant aller de la bienveillance, voire de la complaisance, à la sévérité, si ce n'est à l'injustice, et créant inévitablement un rapport "d'autorité", générateur de dérives comme d'un côté l'oppression, et de l'autre la servilité... Et puisqu'il est question des professeurs, on ne peut que constater que leur notation n'a plus depuis longtemps aucune signification, dans la mesure où elle est encadrée dans des "barêmes"farouchement défendus par leurs syndicats, qui en font leur "grain à moudre" pour l'avancement...

   Y a-t-il alors un moyen d'évaluer ?... Peut-être, si l'on sort de cette logique - ou plutôt de cet illogisme - des notes et des barêmes... Au nom de la liberté individuelle, on pourrait en premier lieu demander d'abord à chacun de donner son avis sur son propre comportement, autrement de s'appliquer un "auto-contrôle"... Des expériences ponctuelles ont montré que , danc ce cas, les intéressés sont loin de s'attribuer des appréciations mirobolantes... Au nom de la solidarité, il serait également concevable d'organiser des séances de "brain-storming", où chacun des membres d'une "équipe" donnerait un avis sur les autres comme sur lui-même, ce qui n'a rien d'extraordinaire, puisque cette pratique existe dand de nombreuses entreprises, à défaut d'être utilisée dans les administrations... Se jauger soi-même est plus efficace que de recevoir une "note" infantilisante...

   Rien n'empêchera d'ailleurs d'apprendre aux élèves à s'évaluer mutuellement... Charité bien ordonnée commence par soi même ...et il faut bien commencer par ...le commencement !
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Lundi 8 octobre 2007
   S'il est un objet qui a toujours eu une importance majeure pour l'instruction de tout individu en France, c'est bien ...le tableau ! Certes l'instruction comporte des éléments fondamentaux comme le langage, l'écriture et le calcul, mais leur vecteur matériel de transmission est incontestablement le tableau ...Du moins il l'était ...Car ce tableau que des générations de maîtres et d'élèves ont effacé est -semble-t-il- en train de ...s'effacer !

   Les plus âgés d'entre nous, même s'il est difficile de préciser cet âge, ont connu le "tableau noir", en bois ou en métal peint, avec sa rainure pour les craies et les chiffons qui empoussiéraient les vêtements... C'était le temps où les instituteurs - qui n'étaient pas encore des "professeurs" - écrivaient au tableau la date journalière et le titre de la morale du jour, avec des "pleins" et des "déliés", avant l'entrée des élèves...

   Mais ce temps est désormais du passé ...un passé qui était simple, à défaut d'être imparfait ou composé... D'abord, hormis dans des écoles de campagne non encore "regroupées", le tableau n'est plus "noir" depuis une vingtaine d'années, ...mais "blanc" ! Qu'on ne s'y trompe pas ! Il ne s'agit pas d'un passage de "l'ombre" - celle d'une "culture" encore grossière - à la "lumière", celle du "savoir"... Il ne s'agit encore que d'un "détail" purement technique, puisque le tableau est devenu un "produit de synthèse", dont la texture et la couleur ont entraîné l'utilisation de "marqueurs", dont nul ne sait si la mauvaise odeur remplace avantageusement la poussière des craies ...Mais c'est le progrès !

   Et malheureusement ...pour le tableau, le progrès ne s'arrête pas... Car on "expérimente" actuellement un nouveau tableau "blanc" - ou peut-être "gris", mais peu importe ... Et ce tableau "moderne" est relié à un ordinateur, et de surcroît il est "interactif"... L'élève "va toujours au tableau" - certainement avec moins d'appréhension que ...ses parents autrefois, car c'est une sorte de "jeu" : avec un "stylo magique", il pointe sur le nom, l'adjectif, la carte géographique ou la date historique, etc... et il sait instantanément s'il a "bon" ou "faux"... Quant au maître, il n'a plus besoin de se déplacer pour chercher la carte, l'équerre, etc... En quelques "clics", il "zoome" sur le détail d'une carte, il affiche un panneau millimétré... et, si besoin est, il "rappelle" la correction d'un exercice précédent conservé sur le "disque dur"...à moins qu'il n'aille chercher sur "internet" les compléments d'information nécessaires... C'est toujours le progrès, n'est-ce pas, ...et c'est bien connu, "on n'arrête pas le progrès", ...même s'il n'en est pas toujours un !

   En effet, le "tableau" - noir, blanc ou gris - a naguère eu l'avantage d'être "collectif",...et donc "convivial". Et rien n'est moins sûr que le tableau interactif durera longtemps... Dans l'immédiat, il sera certainement plus économique pour les "pouvoirs publics" que l'équipement de toutes les salles de classe en réseaux d'ordinateurs... Mais les ordinateurs se "démocratisent", comme les "calculettes" il n'y a pas si longtemps, au point que
  chaque élève en aura peut-être bientôt un à "bas prix"dans les fournitures scolaires de la Rentrée, au même titre que la "sacoche" ou les "cahiers à spirale"... Et alors le maître, au pupitre central, "bidouillera" individuellement avec chacun de ses élèves... Il n'y aura plus "d'ambiance"..., de "doigts levés"..., d'appels..."M...sieur" ..."M...dame"... Loin du "réel" d'autrefois, on sera dans le ..."virtuel"...

   Mais, bien sûr, certains penseront avec raison que vraiment c'est faire de l'avenir scolaire un tableau trop ...noir ! Juste retour des choses!...
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Mardi 4 septembre 2007

   En ce jour de Rentrée, il est de bon ton d'y aller de son avis sur l'Education Nationale, et cet avis est le plus souvent que celle-ci court à sa perte, la justification la plus courante étant que près de la moitié des élèves ne maîtrise pas les bases élémentaires du français et du calcul à la sortie de l'école primaire...

   Comme je suis personnellement un ancien membre de la "corporation" y ayant exercé des responsabilités et m'étant fréquemment opposé à son évolution depuis ...un demi-siècle, chacun va penser que je suis prêt à en "remettre une couche" dans la critique des membres de cette institution...

   Je ne le ferai pas... Bien sûr, la situation de l'Education Nationale n'est guère brillante et ne peut certes pas être donnée en exemple pour le monde, en raison des "dysfonctionnements" nombreux qui affectent la formation des jeunes et la gestion des personnels... Mais il est trop facile de s'en prendre aux professeurs et administrateurs des établissements de base, alors que le mal est venu d'en haut, c'est-à-dire des gouvernements qui se sont succédés - de "droite" comme de "gauche- depuis un demi-siècle... L'ébranlement est venu - on ne le répétera jamais assez - des "événements de Mai 1968" qui, en l'occurence, avait sanctionné "l'immobilisme" des responsables devant la poussée d'une nouvelle génération plus nombreuse... Mais ce n'était pas une raison pour "tout lâcher", sous prétexte que les "jeunes" ( et des adultes complices...) avaient proclamé "qu'il était interdit d'interdire" et autres billevesées...Car, par pure démagogie, on vit alors se succéder des "Réformes" ruinant au lieu d'aménager les structures antérieures, entre autres la Réforme d'Edgar Faure - sapant "l'autorité" des cadres par un recours à "l'autogestion" -, la Réforme Haby instituant le "Collège Unique" sous le prétexte "égalitaire" de mettre tous les élèves dans le même moule, ...et plus tard la Réforme Jospin interdisant sans contrepartie le redoublement à l'intérieur de chaque cycle...

   Dans ces conditions, on peut sinon se féliciter du moins être soulagé que l'Education Nationale soit restée debout... Un Inpecteur m'avait naguère rapporté qu'à un mauvais professeur il avait déclaré : "Heureusement, les élèves apprendront malgré vous"... On peut appliquer cette formule à l'envers pour la majorité des enseignants qui reste de qualité : par leur dévouement et leur savoir-faire, ils "ont gardé la maison" malgré des directives néfastes,...même s'ils le font autrement que leurs prédécesseurs d'il y a 40 ans... Alors que ces derniers accordaient beaucoup de place aux "principes" - poussés en cela par "l'idéologie" régnante de syndicats tout puissants dans le "mammouth" - il apparaît désormais que les enseignants ont un comportement beaucoup plus "pragmatique" et privilégient une "solidarité à la base" devant les difficultés de leur métier aux consignes de syndicats en perte de vitesse...

   Dans un tel contexte, il est donc injuste de s'en prendre aux enseignants et parfois même d'affirmer qu'ils sont suffisamment payés en considération de la multiplicité de leurs vacances et de l'insuffisance de leurs résultats... C'est oublier un peu vite quelques vérités élémentaires :

   - La comparaison des niveaux des élèves depuis un demi-siècle est douteuse, car dans les années 1950 une forte minorité d'élèves n'entrait pas en 6ème (examen) et continuait l'école jusqu'au Certificat d'études, certains étant alors orientés vers des Centres d'apprentissage...

   - La formation des maîtres a été compromise, souvent à leur corps défendant, dans les tristement célèbres IUFM (Intituts Universitaires de Formation des Maîtres) où a été enseignée une pédagogie privilégiant le "plaisir" à "l'effort" et bannissant à ce titre la notation - jugée "traumatisante" - et le travail individuel , noyé dans le "travail en groupe" jugé plus "socialisant"...

   - Les horaires et programmes n'ont pas fait l'objet d''un aménagement cohérent en fonction de l'évolution des structures et des mentalités, de sorte que les élèves français ont à la fois plus d'heures de cours et plus de notions à apprendre que dans la plupart des pays européens comparables, sans pour autant avoir de meilleurs résultats...

   Il n'y a par conséquent rien de choquant à ce que le métier d'enseignant bénéficie d'une meilleure considération : amélioration des salaires pour ne pas décourager les vocations (il est inadmissible qu'un Professeur débutant ne touche pas 2 fois le SMIC après 4 ou 5 ans d'études supérieures) - défiscalisation des heures supplémentaires (notamment pour encourager les initiatives en dehors des cours) - aide adaptée dans les établissements "difficiles" ... En contrepartie, un allongement modéré de leur horaire peut être envisagé - en s'alignant sur l'exemple de la plupart des pays européens - s'il intègre des "études dirigées", dont l'utilité n'est plus à démontrer, et le temps actuellement exigé en dehors des cours pour les conseils de classe...

   On ironise  sur la "Lettre du Président" aux enseignants... Ceux-ci répondent déjà qu'il lui faudra passer de la parole aux actes ...mais ils ne refusent pas de participer à un Commission où siégera ...Michel Rocard. Car, si on ne peut pas réformer l'Education Nationale sans volonté politique, on ne peut pas non plus la réformer sans les enseignants... Alors, chiche !

par Jean Daumont publié dans : Education
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Mercredi 11 juillet 2007

   Ainsi donc, comme les années précédentes, et vraisemblablement comme les années suivantes, on s'extasie devant un nouveau progrès de la réussite au Baccalauréat, qui atteint 83,3 % - toutes séries confondues - en 2007, soit 1,4 % de mieux qu'en 2006 et 3,3  % de mieux qu'en 2005... Décidément les "chers petits" -même si à cet âge ils sont déjà grands - deviennent de plus en plus intelligents. Du moins, on peut le croire...

   En fait, il faut apporter des "correctifs" sinon aux chiffres - qui "sont ce qu'ils sont" - du moins à leur interprétation :

   - D'abord, les élèves sont "inégalement intelligents" suivant les types de Baccalauréat : le "Bac.Général" atteint un sommet avec 87,8 % , soit 1,1 % de mieux qu'en 2006, ...et dans le détail, la série S (scientifique) est à 88,4 % , la série ES (économique) à 88,3 %, et la série LK (littéraire) "seulement" à 84;3 %... Le "bac.Technologique" grimpe à 79,5 % contre 77,2 % en 2006... et le "Bac.Professionnel" n'en est encore qu'à 77,9 % au lieu de 76;8 % ... Les résultats sont donc les meilleurs dans les séries jugées socialement les plus "gratifiantes"...

   - Ensuite, les élèves sont "inégalement doués" suivant les régions : l'Académie de Grenoble est en tête avec 91,8 % au Bac.Général, devançant ainsi l'Académie de Rennes qui est détrônée... Paris, Lyon, Aix-Marseille et Bordeaux sont seulement dans la moyenne de 87 %  ... et ne sont "à la träîne" que les DOM-TOM, la dernière place étant à la Guyane...D'ici à parler de ..."racisme" dans les commentaires, il n'y a peut-être pas loin...

   - Enfin, les élèves sont "inégalement productifs" dans le temps : En l'an 1966 (la préhistoire dans l'enseignement...), la réussite au Bac.Général n'avait été que d'environ 50 %... Il est vrai qu'en 1968, elle était montée à 80 % (déjà...) pour retomber ensuite à environ 65 % entre 1969 et 1984... Et puis alors elle n'a plus cessé de monter de 70 à 84 % de 1985 à 2000... Bizarre...Bizarre... Les jeunes d'autrefois n'étaient pourtant pas des "demeurés", et les psychologues patentés ne manquent pas de souligner que la répartition des jeunes suivant leur "Q.I." est restée globalement la même depuis un demi-siècle, même si on peut admettre une légère progression due à de meilleures conditions de santé physique et morale... Alors ?...

   Alors, il faut bien admettre qu'il y a d'autres raisons à la réussite croissante au Baccalauréat que les "aptitudes" des jeunes... Chacun a déjà pu noter la "pointe anormale" de succès en 1968... Et, à partir de 1984, on a lancé le fameux slogan "des  80 % d'élèves au niveau du Baccalauréat avant l'an 2000"... On y est... et on a même dépassé à la fois ...l'an 2000   ...et les 80 % de réussite au Baccalauréat... Ce n'est donc ni un hasard ni un miracle si on parvient à un tel résultat, et les Proviseurs et Professeurs de Lycée le savent bien, car il y a des "incitations" plus ou moins discrètes à "l'indulgence"... Dans les jurys, les notes et appréciations "extrêmes" sont parfois mal vues, au point qu'il est convenu de ne pas en tenir compte... Par ailleurs, la "médiatisation" des résultats et notamment des performances des Académies et des Lycées est telle que, de façon plus ou moins consciente, on se soucie de "garder son rang"...

   Quant aux élèves, que deviennent-ils ?... Normalement, ils devraient réussir sans problème dans l'enseignement supérieur puisque, contrairement à ce que pense l'opinion courante, le Baccalauréat n'est pas l'examen terminal de l'enseignement secondaire, mais l'examen certifiant l'aptitude à entrer dans l'Université... D'ailleurs, les jurys de Baccalauréat sont en principe présidés par un Professeur d'Université... Or, dès les 2 premières années d'Université, une proportion variant entre 30 et 50 % d'étudiants est éliminée ou abandonne sans diplôme... Avec les conséquences qui peuvent en résulter pour la difficulté à trouver un emploi,  ... alors qu'une formation spécifique au Lycée, en liaison avec les entreprises, leur aurait ouvert des portes en temps utile... Les responsables d'Université le savent bien, puisque certains se soucient de "rattraper" des étudiants, en organisant des niveaux d'adaptation...

 

    Dans ces conditions, il convient non pas de se réjouir mais de s'inquiéter des "progrès" constants de la réussite au Baccalauréat... Il est même franchement scandaleux de laisser croire à des jeunes et à leurs parents de condition dite "modeste"- compte tenu des sacrifices consentis - qu'ils vont s'élever grâce à ce succès "dans l'échelle sociale", alors qu'ils ont parfois été conduits dans une impasse par une orientation déficiente... Qui sait où l'écoeurement peut alors les mener ?...

   -

par Jean Daumont publié dans : Education
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Jeudi 14 juin 2007

   Le dictionnaire donne de la "liberté" diverses définitions à l'image de la complexité de cette notion : au sens "large", il s'agit de "l'état de ce qui ne subit pas de contrainte"... mais au sens "étroit", il ne s'agit plus que du "pouvoir d'agir selon sa propre détermination, dans le respect de règles définies"'... ce que l'opinion courante traduit plus simplement dans une maxime : "La liberté de chacun s'arrête où commence celle des autres"... Le problème est que la limite est toujours difficile à définir !

   Il en est ainsi pour la "liberté de l'enseignement"...  Certains n'y voient pas de limite, et on aboutit à une idéologie ..."libertaire", comme en 1968 : "Il est interdit d'interdire"... ou "il faut laisser l'élève s'exprimer" ... ou encore - paradoxe de l'expression - "l'enfant est roi"... Mais d'autres établissent au contraire une limite stricte et exclusive : on ne conçoit pas de liberté en dehors de celle dont on bénéficie, qu'il s'agisse en l'occurence de l'enseignement public ou de l'enseignement privé...

   Cette conception restrictive a une origine ancienne, car elle est le produit d'un long conflit ayant opposé naguère en France l'Eglise - qui exerçait un monopole de fait de l'enseignement dans le cadre traditionnel de "l'union du trône et de l'autel" - et la philosophie "rationaliste" voulant exclure la religion de l'enseignement... Cette lutte entre le "cléricalisme" et "l'anticléricalisme" a été jalonnée de lois (entre autres, la loi Falloux 1850,...les lois Jules Ferry 1881-1882, ...la loi Debré 1959, ...la loi Haby 1975), et elle atteint un sommet  avec le Projet Savary 1984 qui veut "unifier" les deux types d'enseignement dan un "service public unifié de l'Education Nationale" : son retrait devant la réaction massive de la population concernée a l'avantage de conduire à un compromis pratiquement encore en vigueur, dans la mesure où la passion est largement retombée, peut-être parce qu'elle était "d'un autre âge"...

   Il est donc intéressant de faire le point de la situation, car l'enseignement "public" et l'enseignement "privé " n'ont manifestement pas connu la même évolution :

 - L'enseignement public dispose toujours de moyens supérieurs (environ 80 %)attribués par l'Etat ou les Collectivités territoriales (écoles par Commune, collèges par Département, lycées par Région) à la fois pour la rétribution des personnels, le fonctionnement, l'entretien des bâtiments, et, s'il y a lieu , l'équipement et les constructions... Mais cette "tutelle" s'exerce aussi sur les structures pédagogiques, en limitant l'autonomie des établissements : ceux-ci n'ont en aucune façon la maîtrise de leur "recrutement" - qui reste une affaire "d'Etat" obéissant à des règles strictes pour les nominations et mutations - et ils sont également enfermés dans le cadre rigide de la "carte scolaire", où les créations ou suppressions de classes et de postes sont décidés en "haut lieu" - suscitant d'ailleurs régulièrement des manifestations de mécontentement... Quant à la "pédagogie" proprement dite, en dépit d'initiatives intéressantes et du dévouement d'une majorité d'enseignants, elle a abouti - notamment avec l'instauration des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, à des résultats désastreux, puisque près de la moitié des élèves de Collège ne maîtrisent pas le français et le calcul... Et ceci alors que les syndicats "représentatifs" ont privilégié les intérêts "corporatifs" malgré leurs voeux répétés depuis 40 ans d'une "Ecole de la réussite"

   - L'enseignement privé (dont les établissements catholiques représentent 90 %) a une situation différente qui, face aux "lourdeurs" de l'enseignement public, le fait apparaître comme un enseignement réellement ...plus libre. Certes, il reste soumis à un "cahier des charges" dans le cadre d'un "contrat" (horaires, programmes, encadrement, inspection...) qui fait de chaque établissement "un partenaire associé au service public d'éducation", et il est tenu de respecter la liberté des consciences... Mais justement il accueille tout élève, quelles que soient les origines, les opinions et les croyances des familles... Et, sous réserve de conditions normales de diplômes et d'expérience professionnelle, le chef d'établissement a la possibilité de constituer lui-même son équipe pédagogique, ce qui est un gage d'unité et de continuité... De même, il n'est pas assujetti à la rigueur d'une "carte scolaire", et il peut donc assurer l'inscription des élèves en fonction d'un projet librement accepté par les élèves et leurs parents, une enquête récente ayant montré que de nombreux élèves étaient boursiers (40 % dans un lycée de la banlieue parisienne...), contrairement à l'image obsolète qui fait de l'enseignement privé une "école des riches"... Néanmoins, il faut préciser qu'en plus de la rétribution des personnels, cet enseignement ne bénéficie que du "forfait d'externat" et, sauf cas de "mécénat", n'a le plus souvent pas les moyens d'entretenir les bâtiments, d'autant plus coûteux que deux-ci sont parfois d'anciennes constructions conventuelles...

   Cette évolution différente des deux types d'enseignement explique en partie la situation actuelle qui conduit l'enseignement public à une relative stagnation, voire à un recul, tandis que l'enseignement privé connaît une progression importante l'ayant conduit à refuser 30.000 inscriptions en septembre 2006... Certes, plus de la moitié des familles choisissent , d'après une enquête, l'enseignement privé "par conviction"... mais il est évident que l'autre moitié le choisit "à défaut", parce que l'établissement public du secteur - à tort ou à raison - ne lui convient pas ou ne satisfait pas leurs demandes en matière d'autorité, de discipline ou d'orientation...

   Car l'enseignement a besoin de "liberté", et c'est certainement en prenant modèle sur l'enseignement privé que l'enseignement public pourra conserver une juste place...

par Jean Daumont publié dans : Education
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Vendredi 1 juin 2007

   La lecture de nombreux articles s'intéressant à l'Education, notamment dans des blogs comme celui de Jacques Heurtault (*), m'amène à exprimer mon point de vue sur "l'Ecole" dans le sens global, c'est-à-dire sur ce qu'il est convenu d'appeler le "système scolaire" - de la Maternelle au Baccalauréat - même si le mot de "système" prête déjà à discussion...

   Ce point de vue ne résulte pas d'une "construction théorique", mais d'une expérience personnelle, tant sur le plan professionnel que familial... Pour cette raison, je reprendrai pas l'expression récurrente "d'Ecole de la réussite" : elle a été galvaudée par les "pédagogues " et les syndicats majoritaires de l'Enseignement qui, depuis 1968, en ont fait un "drapeau" dressé au-dessus du "Plan Langevin-Wallon" à caractère égalitaire, ... et qui l'utilise encore en 2007, prouvant ainsi "de facto" l'échec des réformes qui s'en étaient inspirées : le Collège unique, les classes hétérogènes, l'amoindrissement des notions d'effort et de respect de l'autorité, la supprssion des redoublements, etc... Je lui préfère la notion simple "d'Ecole ouverte".

   Dans cette notion "d'Ecole ouverte", il y a d'abord et fondamentalement la reconnaissance des différences entre les élèves. Par cette reconnaissance, il ne s'agit nullement de les "classer" suivant leur "intelligence", car précisément on a depuis trop longtemps fait de "l'intellectualisme", en considérant comme "doués" les élèves capables d'accéder plus facilement à "l'abstrait", ...et comme "moins doués", voire inaptes, ceux qui sont plus à l'aise dans le "concret"... Il y a seulement des différences "d'aptitudes", qui peuvent d'ailleurs évoluer au cours d'une vie en fonction du contexte que chacun connaît, et il est donc insensé d'établir entre ces aptitudes des "jugements de valeur"...

   Dans ces conditions, une Ecole ouverte doit répondre aux aptitudes variées des élèves, à l'opposé d'une Ecole unique, qui veut les couler tous dans le même moule... A ce titre, un enfant "d'ouvrier" doit pouvoir accéder sans difficulté - s'il le faut, avec les aides nécessaires - à une formation "plus abstraite" si telle est sa nature, ... et un enfant de "bourgeois" doit pouvoir suivre, sans un "à priori de déchéance", une formation "plus concrète" si celle-ci lui convient davantage... Une telle souplesse dans l'Education est aussi un facteur d'équilibre social, car elle évitera autant que possible les distorsions anormales qui existent actuellement, avec des diplômés d'université sans travail, et des emplois techniques sans recrutement...

   Une Ecole ouverte devra aussi être une Ecole "offerte à tous âges", dans la mesure où les techniques en constante évolution nécessitent souvent des "mises à niveau"  ou même des "reconversions". Dans la même perspective, elle doit permettre l'intégration des immigrés restant en France par un libre choix. Cette obligation implique évidemment que l'Ecole soit relayée par des structures associatives à caractère social, culturel ou sportif, évitant la formation de "ghettos" générateurs de discriminations, de conflits et de violences...

   IL va de soi qu'une telle Ecole ouverte serait par définition la négation de toute "Carte scolaire", car chaque élève pourrait trouver sa place "naturelle" dans le voisinage de sa "résidence", avec les accommodements nécessaires pour éviter des absurdités générées actuellement par des effets de seuils ou de limites territoriales (fratrie séparée, orientation différente d'un côté à l'aure d'une rue...). Car la Carte scolaire, en voulant imposer la répartition au nom de la "mixité sociale", ne fait le plus souvent que la renforcer par le jeu des dérogations ou le recours à l'enseignement privé... Autrement dit, elle veut corriger les "conséquences" alors qu'il faut traiter les "causes"...

   Enfin, il faut être réaliste : un Ecole ouverte ne sera pas à coup sûr une "Ecole de la réussite" pour tous les élèves... Elle cherchera à l'être, mais il y aura des échecs, car tous les individus ne sont pas capables d'assumer leurs propres responsabilités... Car telle est la nature humaine !

(*) Voir Lien Propositions audacieuses - Rubrique Education-Jeunesse

 

par Jean Daumont publié dans : Education
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Mercredi 13 décembre 2006

   De nombreuses personnes intéressées par les problèmes de l'Education s'interrogent sur l'opportunité d'en faire l'objet d'un débat à l'occasion des prochaines élections...

   Il est certain que le "système éducatif" est en crise, et ceci à tous les niveaux : près de la moitié des élèves ne "maîtrisant" pas le langage et le calcul à la fin de l'école primaire, échec manifeste du collège unique, dérives des lycées - notamment des lycées d'enseignement général- masquées par des "records" illusoires de succès au Baccalauréat, inadaptation des universités dont la moitié des étudiants disparaissent après 2 années d'études, les autres ne trouvant d'emploi que dans des secteurs limités... Il est d'ailleurs significatif que les syndicats d'enseignants - les mêmes qui avaient favorisé naguère la "libéralisation " des études pour éviter qu'elles soient le seul apanage d'une "élite" - s'en préoccupent désormais, à l'image des pyromanes qui crient : "Au feu !"...

   Il est donc nécessaire de remettre en cause le "système éducatif", ce qui ne signifie nullement qu'il faille s'en prendre aux "enseignants"... Car on peut penser que la grande majorité de ceux-ci, malgré l'insuffisance notoire des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres - où domine encore un "pédagogisme" abusif - sont des enseignants dévoués et valeureux, la proportion de fumistes ou de paresseux n'y étant vraisemblablement pas supérieure à celle d'autres métiers... Malheureusement, par la "force des habitudes", ils sont encore rares à critiquer le système lui-même, leur demande - sans cesse réitérée - étant essentiellement d'obtenir des "moyens" supplémentaires... Certes, il faut donner à l'Education les moyens nécessaires - et il y a dans ce domaine des lacunes ou insuffisances à corriger - mais il ne faut pas pour autant en faire une "panacée" : ainsi, le nombre d'élèves par classe doit rester raisonnable - autour du chiffre "moyen" actuel de 25 élèves - qu'auraient bien voulu connaître les enseignants qui affrontaient entre 30 et 40 élèves dans les années 1950-1970 - mais il est ridicule de demander des effectifs en dessous de 20 élèves , sauf dans des cas difficiles... Des contrôles ont même montré que les "dédoublements" de classe donnant des groupes de 15 à 20 élèves n'avaient pas une efficacité à la hauteur de leur coût financier... De même, ce n'est pas en "suréquipant" les classes en matériel qu'on améliore le "rendement" des élèves, surtout si ce matériel - ex: l'informatique - est rapidement obsolète...

   C'est pourquoi il est intéressant de constater que des thèmes autrefois considérés comme "tabous" par la "gauche"...mais aussi par la "droite", tétanisée par la logomachie égalitaire (le collège unique a été créé par le "modéré "Haby...), ...sont désormais mis sur la place  publique, notamment dans le cadre de déclarations ou de programmes des candidats aux élections présidentielles :

  - l'aménagement de la "carte scolaire", contraire aux notions fondamentales de liberté et d'équité entre l'enseignement public et l'enseignement privé.

  - la suppression de l'interdiction des redoublements et , dans la mesure où ceux-ci ne constituent pas toujours le meilleur remède, la mise en place de "structures particulières" pour les élèves en difficulté.

  - La réhabilitation des notions d'effort et de mérite, l'acquisition d'un certain niveau d'études n'étant pas un "droit" mais le résultat d'un "devoir".

   - Le retour à des règles de politesse et de respect d'une autorité bien comprise, ne pouvant que contribuer à "l'honneur" souvent bafoué des enseignants.

  - La "remise à plat"" du service des enseignants, actuellement "inégalitaire" : nombre d'heures de cours variant ...suivant le "grade" et non suivant les élèves ((ex: 15 h Agrégés, 18 h Certifiés, etc...)... et complétés tout aussi inégalement par des services divers (conseils de classe, conseils d'enseignement, convocations diverses...)...Et ceci en fixant "à l'anglaise" un nombre fixe d'heures de présence (à définir par une application souple des ...35 heures, préparation des cours et correction des devoirs comprises), en dehors desquelles les enseignants disposeraient entièrement de leur temps.

  - La généralisation des stages dans les administrations, les sites culturels et les entreprises pour élargir l'information des élèves sur la "vie".

   Pour autant, de telles propositions doivent-elles faire l'objet d'u "débat" ?... Assurément, oui, car il serait impensable d'imposer des réformes sans consultation dans un domaine aussi "public"... Mais pas n'importe quel débat :

   ° Certainement pas une "consultation nationale" avec remontée "hiérarchique" de la base au sommet... Des expériences antérieures ont montré qu'en pareil cas les "consultés" de base ne retrouvent pas leurs propositions ou si peu quand elles sont passées "à la moulinette" des divers niveaux...

   ° Certainement pas davantage un "colloque national"... Là encore, des expériences antérieures prouvent qu'on a alors droit à de grands discours et à de grandes phrases du style "l'Ecole de la réussite" (parbleu...le contraire serait étonnant !), et ensuite rien ne se passe...

   ° Plutôt une définition simple et claire de quelques thèmes essentiels par des organismes qualifiés, soumis ensuite à l'avis des députés et sénateurs dont c'est la responsabilité dans le cadre de leur élection démocratique,  et qui devront alors recueillir l'avis de leurs mandants, puis veiller à l'application pratique des mesures en fonction des contingences locales...

   Ainsi, peut-être, obtiendra-t-on enfin que la France ne soit plus ...à la queue des pays européens pour l'efficacité de son système éducatif. En effet :

  - Les dépenses consacrées par la France aux collèges et lycées sont supérieures de 24 % à la moyenne des autres pays de l'OCDE pour un résultat le plus souvent inférieur,

  - La charge horaire des élèves est l'une des plus lourdes de l'Europe sans permettre pour autant l'assimilation de programmes excessifs.

  - Le taux de chômage parmi les 20-24 ans non-scolarisés et sans diplômes est de 23,7 %, soit la plus forte proportion après la Pologne et la Tchéquie...

   Tout bien réfléchi, il n'y a plus à discuter... Il faut agir !...

par Jean Daumont publié dans : Education
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Jeudi 7 septembre 2006

   S'il est un problème qui revient de façon "récurrente" à l'occasion de chaque Rentrée, c'est bien celui de la "Carte scolaire", c'est-à-dire de la répartition des élèves dans les établissements, notamment au niveau de la 6ème de Collège et de la 2nde de Lycée...

   A l'origine, c'est-à-dire en 1963, elle avait été conçue comme une "sectorisation" obligeant les parents à inscrire leurs enfants dans le secteur préalablement défini de leur domicile. Et elle avait le but avoué de favoriser la "mixité sociale", à savoir de faire en sorte que les enfants de diverses origines d'un secteur puissent "se mélanger"...

   On peut d'abord s'interroger "à postériori" sur le principe même de la "mixité sociale"... Car il ne suffit pas de mettre ensemble des enfants de diverses origines pour qu'ils se mélangent facilement... Les enfants sont ce qu'ils sont, de jeunes êtres pas toujours formés aux "nuances sociales" et reflétant souvent l'attitude même de leurs parents... Naguère, les "boursiers" étaient l'objet d'une certaine discrimination, et maintenant encore les "différences sociales" peuvent nuire à l'homogénéité des classes : ou bien, dans un secteur "bourgeois", les enfants de milieu dit "modeste" peuvent être mal à l'aise, et inversement des enfants de "bourgeois" dans un secteur "populaire"...

   De toutes façons, même en admettant le bien-fondé de la "mixité sociale" et en lui reconnaissant la qualité d'une "bonne intention", il faut constater ...qu"elle n'est pratiquement jamais réalisée : il est avéré que 30 % des parents contournent la Carte scolaire, la proportion atteignant 40 % pour l'entrée en 6ème des élèves parisiens... Et ceci pour toutes sortes de raisons bien connues des "spécialistes" et apparemment  plausibles : section rare déclenchant de "soudaines vocations", adresse de grands-parents, rapprochement du lieu de travail, etc... A noter d'ailleurs que les enseignants - évidemment bien informés - y contribuent puisque 30 % des élèves inscrits "hors secteur" sont ...leurs enfants, alors que leurs principaux syndicats défendent pourtant "mordicus" la Carte scolaire... Quant aux parents des milieux "aisés", s'ils n'obtiennent pas satisfaction, ils se tournant vers l'enseignement privé, qui regorge actuellement de demandes, ce qui est la preuve irréfutable de l'inanité du système...

   Il est donc plus que temps de mettre fin à ce système de Carte scolaire qui est inopérant et aboutit même à une situation "d'inégalité" notoire contraire au principe d'égalité initialement recherché... Mais pour autant il est nécessaire de ne pas laisser s'installer une "concurrence sauvage" entre les établissements, certains pouvant alors devenir des "établissements d'élite" dans des secteurs favorisés, tandis que d'autres seraient des "établissements-repoussoirs" : la 1ère condition est de mettre fin au principe du "Collège Unique" (en fait ...Collège inique ! ) en favorisant dans tous les établissements l'existence parallèle de "classe d'excellence" pour les élèves les plus "méritants" - et de "classes de "rattrapage" avec moyens renforcés pour les élèves en difficulté, et ceci quels que soient les secteurs et quelle que soit l'origine sociale des élèves... La 2ème condition est d'encourager l'autonomie des établissements en y permettant la réalisation de "contrats d'objectifs" précis, ayant fait l'objet d'une concertation initiale dans les conseils d'administration, ainsi que d'une autorisation préalable et d'un contrôle "à postériori" de l'administration de tutelle pour veiller à la conformité avec les programmes nationaux...Ce qui suppose de "faire confiance à la base" et de ne pas toujours vouloir "diriger d'en-haut", comme c'est encore trop souvent le cas...

par Jean Daumont publié dans : Education
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Mardi 5 septembre 2006

   Nicolas Sarkozy, dans son discours du 3 septembre 2006 à Marseille, s'est fait l'apôtre d'un "nouveau modèle français" fondé sur le "mérite", et il a même repris les paroles d'une chanson de ...Johnny Halliday : "Je veux redonner l'envie d'avoir envie" !... Le moins qu'on puisse dire est que, s'il devient Président de la République, il n'est pas au bout de ses peines, à en juger par l'anecdote suivante :

   L'affaire remonte au début de juillet 2006 et ce n'est d'abord qu'une petite fête de famille... Mon petit-fils venait d'obtenir le Brevet, avec la mention "Bien" !... Certes le Brevet n'a plus l'importance d'autrefois, et il n'est même plus un "sésame" pour entrer en Seconde... Mais les mentions venaient d'être rétablies, avec la récompense appréciable de permettre l'obtention d'une "bourse" pour la suite des études... J'avais personnellement apprécié cette remise en valeur "prometteuse " du "mérite" par le Ministre de l'Education Nationale...

   J'avais donc eu la joie de féliciter mon petit-fils de son "brillant succès", et je n'avais pas manqué de souligner ainsi l'importance d'avoir ainsi obtenu par lui-même une aide à son entrée en Seconde... Hélas, mon petit-fils avait pris alors un air déconfit... car cette aide, accordée à deux ou trois de ses camarades de classe, lui était refusée, sous prétexte que "ses parents étaient trop riches"...

   En fait de "richesse", son père (qui est donc mon propre fils...) est un cadre commercial en chômage dit "de longue durée", et sa mère fait vivre la famille (deux enfants...) avec son salaire qu'elle a eu le "mérite" d'arrondir par un concours interne des CHU... Il est facile d'imaginer la déception et surtout l'incompréhension de mon petit-fils qui connaît la situation de ses parents "ne roulant pas sur l'or"...

   Mon petit-fils - et certainement beaucoup d'autres élèves en France - a eu le "mérite" d'avoir de bons résultats au Brevet... Au nom de quoi l'a-t-on privé de son "prix" ?... Au nom d'un "égalitarisme soixante-huitard" contraire à "l'égalité républicaine" !... Parce que, tout en n'étant pas "riches", ses parents n'étaient pas "pauvres" !!... Finasserie stupide, car chacun sait que l'appréciation des "ressources " des parents est chose difficile, des parents réputés "pauvres" pouvant avoir des ressources "parallèles", et inversement des familles réputées "riches" pouvant avoir des "ressources "maigres", à l'image des ces paysans de l'île de Ré vivant chichement mais astreints à l'IGF en raison de la spéculation immobilière affectant leurs terres... Et, de toutes façons, il est inadmissible de faire de la "discrimination" entre les jeunes suivant les ressources de leurs parents : cela fait penser - en caricaturant - aux anciens Etats communistes de l'Est où des jeunes se voyaient interdire des études ou des professions parce qu'ils étaient "fils de bourgeois"... Les jeunes que l'on veut former aux "responsabilités" doivent être traités en fonction de leur "valeur personnelle" et non pas en fonction de la "situation de leurs parents". Sinon, ils n'auront certainement pas "envie d'avoir envie" !...

  

par Jean Daumont publié dans : Education
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