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Dimanche 16 novembre 2008

   La "fin de la vie" - notion à distinguer de l'instant de la "mort" et de l'éventualité d'une "survie" - a toujours été un sujet de réflexion pour chaque homme, qu'il s'agisse de lui-même ou de ses proches, parents ou amis ...Mais cette réflexion devant la "fin de la vie" reste encore très incertaine en raison de la méconnaissance des problèmes complexes qui peuvent l'entourer..;

   En effet, il arrive encore souvent que cette fin de la vie donne lieu à des attitudes excessives :
   - Il y a ceux qui veulent maintenir en vie "coûte que coûte" un malade, même jugé incurable, y compris contre sa volonté, ce qu'on appelle "l'acharnement thérapeutique"... Pour les médecins, il peut s'agir du respect prioritaire du "Serment d'Hippocrate" prescrivant de ne pas porter atteinte à la vie ...Mais la sauvegarde de la vie peut être aussi une demande instante de la famille, qui ne supporte pas toujours l'idée même de la mort, certaines personnes allant parfois jusqu'à poursuivre les médecins en justice pour l'insuffisance de leurs soins...
   - Il y a ceux qui, au contraire, veulent pratiquer "l'euthanasie", c'est-à-dire provoquer la mort du malade jugé incurable ...Des médecins y ont certainement recouru dans certains cas, le secret médical pouvant protéger leur décision ...Mais il est arrivé de plus en plus souvent que les proches la sollicitent, notamment pour cause supposée de souffrance physique ou morale, certains allant même jusqu'à en demander sa légalisation ... Car l'euthanasie -rendue horrible par le souvenir des camps d'extermination - restait encore à la fin du 20ème siècle un  "meurtre" pouvant entraîner de graves sanctions pénales, même si elle était pratiquée par une concertation entre proches et médecins, celle-ci pouvant être assimilée juridiquement à un "bande organisée"...

   C'est pourquoi la conception même de "soins palliatifs" a représenté un progrès important et même fondamental dans le traitement de la fin de vie ...Inspirés par l'anglaise Cicely Saunders dès la 1ère moitié du 20ème siècle, ils ont été initiés dans le monde francophone par le docteur français Maurice Abiven et le médecin gériâtre suisse Charles-Henri Rapin ...La démarche est inverse de celle de l'euthanasie répondant essentiellement aux préoccupations de l'entourage (spectacle de la souffrance, mais aussi parfois des soucis moins nobles comme l'attente d'un héritage...), car elle tient compte seulement du malade lui-même considéré de façon autonome, avec la seule volonté d'aider le mourant sur le chemin qui le conduit à la mort ... 

 - La  priorité a été d'abord de traiter la souffrance, afin d'éviter que celle-ci soit une raison pour les proches comme pour le malade de demander la mort ...et il est arrivé effectivement que cette demande ne soit pas renouvelée quand la souffrance pouvait être apaisée, ne serait-ce que par des médicaments (morphine, anxiolytiques...), pour lesquels le risque d'accoutumance est alors hors de propos...

 - Une autre nécessité a été d'aménager les dispositions légales par divers textes pour faciliter autant que possible le fin de vie  : la loi du 9 juin 199 "permettant à toute personne malade, dont l'état le requiert, d'accéder aux soins palliatifs et à un accompagnement" ...la loi du 4 mars 2002 dite loi "Kouchner" relative au "droit des malades" et établissant le "respect de leur volonté" ...la loi du 22 avril 2005 dite loi "Léonetti" qui établit une synthèse : refus parallèle de "l'acharnement thérapeutique" et de l'euthanasie, obligation des soins palliatifs, recueil de la volonté du malade, et recours au "laisser mourir" (sans jamais "faire mourir"...) seulement par décision collégiale (médecins, infirmières, psychologues, famille et éventuellement amis, à l'extrême limite quand la poursuite du traitement apparaît déraisonnable et inutile...Il est clair que, contrairement à la jurisprudence classique, la loi n'est pas "normative" - en ce sens qu'elle n'établit pas une réglementation avec des paragraphes précis - mais est une loi "de doute et de cheminement" tenant compte de l'extrême variabilité des problèmes...

   Variabilité évidente des problèmes
...car chaque "fin de vie" ne peut être que particulière, puisqu'elle est "personnelle" ...Tout "accompagnateur" doit pouvoir en effet se sentir "libre" dans son action ...Cela peut être de  laisser parler le mourant ,qui se remémore alors les phases de sa vie passée ...et s'en détache, abordant parfois ses espoirs ou ses doutes sur ce qui l'attend après sa mort, ce qui laisse une place importante à la spiritualité philosophique et religieuse ...Cela peut être aussi de permettre au mourant un "dernier plaisir", même si celui-ci paraît incongru, voire contraire aux conventions sociales bien "décalées" en l'occurence, à l'exemple de ce fumeur invétéré condamné par un cancer généralisé des poumons et faisant le geste - à défaut de paroles - de vouloir fumer dans ses derniers instants ...Cela peut être encore et simplement de "tenir la main" du mourant ou de lui sourire...

   Malheureusement, combien de mourants restent encore seuls et désarmés, en face de leur angoisse, dans cette ultime étape de leur vie ...L'opinion courante ne s'y trompe pas, qui déclare souvent, à propos d'une personne décédée pendant son sommeil, ,"qu'elle a eu une "belle mort" ...sous-entendu : "elle n'a pas souffert " ...ou "elle ne s'est pas vue partir" ...L'opinion n'a pas encore l'habitude de le dire à propos de personnes disparues au terme de " soins palliatifs" ...Car ceux-ci sont encore peu répandus en France, puisqu'on dénombre seulement 88 unités de soins palliatifs, 350 équipes mobiles et 113 réseaux à domicile...Peu de médecins, d'infirmières ou de psychologues sont encore formés à cette pratique ...ou ils le sont "sur le tas" (expression affreuse...) ...et "quand ils le peuvent"  ...car ils sont souvent trop peu nombreux, surtout dans les hôpitaux publics, où ils doivent souvent subir depuis 2003 "la tarification à l'activité" qui ressemble parfois à une "course contre la montre" ...Comme en témoigne une infirmière dans une intertview du 13 novembre 2008 : "A l'hôpital, on n'a plus le temps de prendre la main d'un patient", ...même s'il s'agit d'un mourant...

   Et pourtant, le Président de la République lui-même a proclamé dès son entrée en fonction en 2007 que "le développement des soins palliatifs est l'une des priorités de la nation, au même titre que la lutte contre la maladie d'Alzheimer" ...et il a présenté le 13 juin 2008 son "Plan d'accompagnement des oersonnes en fin de vie", avec plus de lits d'hôpitaux, plus de formations de médecins, et plus d'accompagnements des familles de malades ...Plan gagé par un montant de 230 millions d'euros financé par les franchises médicales ...et n'ayant pour le moment eu d'aure effet que susciter les protestations des responsables bien portants de tous bords ...

 ...

par Jean Daumont publié dans : Médecine communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 5 août 2008
   A force de dénoncer les "scandales" dans l'activité de la France, je me suis demandé s'il n'y avait pas de ma part un "complexe de la persécution", même si je m'efforce en chaque occasion de vérifier mes informations...

   Cette vérification n'est pas toujours facile, et j'ai bien failli me livrer récemment à une critique erronée à propos ...des médicaments. En effet, en achetant des médicaments dans une pharmacie - ce qui est banal - je me suis aussitôt "courroucé" de trouver sur le comptoir un prospectus ainsi titré : "En cas de refus du générique, vous réglez vos médicaments" ...Qu'est-ce que çà veut dire ?... De quel droit sanctionner ainsi ceux qui n'acceptent pas des médicaments génériques ?...Et la liberté, alors !...Scro-gneu-gneu !

   Heureusement, je me suis fait expliquer le problème : en fait les médicaments dits "génériques" sont moins chers parce qu'ils prennent seulement en compte les coûts de fabrication ...alors que les médicaments "normaux", à composition semblable, sont plus chers parce qu'ils intègrent les coûts de commercialisation ...Il en résulte que la Sécurité Sociale fait évidemment des économies en prenant en charge (complètement ou partiellement) les médicaments génériques de préférence aux médicaments généraux, n'ayant pas ainsi à intégrer des frais commerciaux ...CQFD... Il faut donc convenir que "l'atteinte à la liberté d'achat" est alors de peu de poids devant un allègement des charges de la Sécurité Sociale, dont la résorption du déficit - le fameux "trou" - doit rester l'affaire de tous ...Mais il faut dire toute la vérité, car celle-ci comporte  le fait que les laboratoires et les pharmaciens, en l'absence de frais de commercialisation (notamment de publicité), vendent certes les médicaments moins cher, mais en tirent aussi un plus grand bénéfice...

   On peut évidemment s'interroger de la même façon sur la pratique de la liberté dans d'autres domaines : ainsi la liberté de l'enseignement est un principe fondamental, ...mais elle trouve sa limite dans l'intérêt collectif ...De même, la liberté de la justice est sacrée au nom de la séparation des pouvoirs, ...mais son exercice doit rester équitable, et il n'est pas "juste" que, par exemple un "petit voleur" soit lourdement sanctionné sans la moindre échappatoire possible, alors qu'un responsable "important" d'entreprise ayant commis des malversations aura les moyens d'être libéré "sous caution" ...Comme disait le bon Jean de la Fontaine :"Suivant que vous serez puissant ou misérable..."

   Bref la liberté est un bien précieux, mais il faut en faire un bon usage ...Dans l'immédiat, il y en a une qui ne se discute pas: : c'est celle des vacances ... Alors, vive la liberté !... Et vivent les vacances !...
par Jean Daumont publié dans : Médecine communauté : Réformer la France
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Vendredi 4 juillet 2008

   La Commission Européenne a proposé le 2 juillet 2008 une directive nouvelle autorisant les patients à se faire soigner dans un autre pays européen que le leur sans autorisation préalable ...Il ne s'agit pas d'une mesure révolutionnaire puisque, déjà, au titre de la libre circulation des personnes, le droit d'accès à des "soins transfrontaliers" était garanti depuis une dizaine d'années dans l'espace de l'Union, et que, par conséquent, il y a déjà beaucoup de "tourisme médical", en plus des soins d'urgence donnés en cas de voyage ou de séjour à l'étranger ...Le fait nouveau est que, maintenant, les patients n'ont plus à faire l'avance des frais - parfois importants - , la prise en charge étant assurée par le pays d'origine en fonction de ses tarifs en vigueur...

   Il est évident que cette "libéralisation" va mettre directement en concurrence les systèmes de santé des divers pays européens, et que les clients potentiels vont donc être tentés de faire au niveau de l'Europe le choix du "meilleur rapport qualité-prix" en matière de soins qu'ils pratiquent déjà autant que possible dans leur propre pays ...L'exemple des cliniques dentaires de la Hongrie qui offrent aux clients des "forfaits" comprenant, outre les soins à la qualité reconnue, le transport, l'hôtel et même parfois ...des visites guidées, est très significatif ...Et les les services de santé nationaux risquent alors de subir rapidement le contrecoup de leurs insuffisances éventuelles ...Car la santé est - n'est-ce-pas - le bien le plus précieux de chaque individu, qui est donc prêt à faire éventuellement des sacrifices importants pour la conserver ou la rétablir ...Et, dans ce domaine, les Français ne sont pas les derniers ...et ils sont même les premiers en Europe , avec 11 % de leur PIB consacrés aux dépenses de santé...

   Quelle importance ? ...diront certains d'entre eux, convaincus que "la France a le meilleur service de santé au monde", sa réputation étant attestée par une brillante succession de savants ou de médecins éminents : Paré, Bichat, Laënnec, Bernard, Pasteur, Roux, Calmette, Guérin, Schweitzer, Lépine, Follereau ...Malheureusement, malgré cette conviction tenace, il n'en est rien ...car le système de la Sécurité Sociale mis en place en 1945 sous l'égide du Général De Gaulle et ayant alors représenté un progrès considérable et exemplaire, en assurant notamment la gratuité des soins pour le plus grand nombre, n'a pas cessé de se dégrader, et apparaît désormais à bout de souffle...

   La 1ère constatation - continuellement répétée depuis environ 30 ans - est le déficit chronique de la Sécurité Sociale - devenu même une référence ironique sous l'appellation de "trou de la Sécu" - malgré les réformes successives - en moyenne une tous les 2 ans - n'aboutissant le plus souvent qu'à des prélévements accrus sur les revenus des citoyens ...Si encore ce déficit (2 milliards d'euros en 2002, 8 milliards en 2007) servait à moderniser le service de la santé publique et à maintenir ou créer des emplois  à tous les niveaux (des médecins aux agents), on pourrait admettre son utilité et le combler sur le budget de la nation, au nom de la solidarité ...Mais - et c'est la 2ème constatation - le système est pratiquement en faillite parce qu'il n'est même plus capable d'assurer toujours la qualité des soins et de l'encadrement, notamment au dépens des couches sociales les plus défavorisées, puisque les couches les plus aisées peuvent recourir aux cliniques privées... Ce qui permet de parler de "médecine à 2 vitesses", car ce n'est pas seulement pour cause de "pénibilité du travail" que l'espérance de vie d'un ouvrier est actuellement inférieure de 7 ans à celle d'un cadre, et qu'il y a une grande disparité des bilans de santé d'un département à un autre...

   La tentation est alors forte de rendre les "professionnels de la santé" responsables des difficultés, et il y a d'ailleurs de plus en plus d'incidents entre eux et les familles des malades ...ou de recours en justice "à l'américaine" après l'échec d'opérations, ce qui entraîne une souscription coûteuse des médecins à des assurances, augmentant évidemment le prix des prestations médicales ...Mais un tel procès est injuste, même s'il y a parfois, comme dans toute profession, des incapables ou des "fumistes"...Car les professionnels de la santé sont les premiers à dénoncer la dégradation des conditions d'exercice de leur métier, notamment des professeurs aussi éminents que le Docteur Dubernard (cf : article dans le Monde du 28 septembre 2007 "Malade oublié, coûts explosés, inertie généralisée : le mal est connu" !) ...Et de fait, la situation n'est pas brillante :
   - Apparemment, l'équipement hospitalier est le plus dense du monde, avant même les Etats-Unis , avec environ 3000 hôpitaux et cliniques (soit en moyenne 30 par département), 700.000 "lits" (soit 1 pour 10 Français) ...mais c'est un faux-semblant, car 3000 postes de médecins sont vacants ou occupés (partiellement) par des médecins étrangers n'ayant pas toujours des diplômes correspondant aux normes françaises ...et, de même, le manque d'infirmières est tel qu'il faut en faire venir du reste de l'Europe ou de l'Afrique (dont viennent aussi, il est vrai, beaucoup de malades) ...Quant au personnel de service, leur nombre est notoirement insuffisant, l'application des 35 heures aidant ...Finalement la sécurité sanitaire est parfois mise en cause : les affections "nosocomiales" (infections post-opératoires) font chaque année 4000 à 5000 morts, soit plus que les accidents de la route !...
   - La Sécurité Sociale, en dépit des efforts de certains directeurs départementaux, comme en Loire-Atlantique, couvre par inertie ou négligence des abus manifestes des "administrés" : pléthore de médicaments - notamment les plus coûteux, pas toujours opportuns et et efficaces (antibiotiques) - soit en moyenne 4,5 par ordonnance, contre 0,8 dans les pays scandinaves ...Excès d'analyses de toutes sortes (examens du sang ou d'urine, radios, scanners, IRM, etc) ...Remboursements de transports (2 milliards d'euros en 2007)souvent injustifiés ...sans oublier la charge annuelle de 500.000 curistes qui bénéficient "d'insufflations de trompes", de "douches filiformes" ou autres "injections de gaz" pour le plus grand bien  ...des établissements thermaux...Et il vaut mieux ne pas évoquer les bienfaits de la CMU, notamment dans les départements d'outremer... Et que dire de la Carte "Vitale" qui, certes a simplifié les démarches des gens, mais a donné lieu à de nombreuses fraudes (60 millions d'euros par an) au point qu'elle va être remplacée par une nouvelle carte avec photo d'identité (devis : 160 millions d'euros), comme si on n'avait pas pu y penser plus tôt ...Après cela, à défaut de parvenir à réduire le remboursement des frais de maladies de longue durée (en raison d'une "levée de boucliers" justifiée !), il ne restera plus qu'à augmenter, encore et toujours, les cotisations des salariés et retraités...quitte, pour ceux-ci, à se rendre aux "urgences" pendant les week-ends, faute de trouver un médecin ou un service hospitalier disponible...

   Bien sûr, il peut paraître facile de "critiquer", et il convient donc de proposer des solutions ou du moins des "pistes de réflexion" :
   - Une solution - étroitement "financière" - consisterait à "fermer des lits" (sic), c'est-à-dire à réduire le réseau hospitalier de la France. C'est ainsi que, dans de nombreuses régions, des affaires éclatent en raison de la fermeture éventuelle d'hôpitaux locaux (ex : Carhaix en Bretagne) ou de certains services de ces établissements (ex :psychiatrie à Redon, également en Bretagne), car  le public aspire légitimement à des "soins de proximité" qui doivent primer sur une "rentabilité" peu acceptable quand il s'agit de la santé...
   - Une solution "humaine" doit donc consister à respecter ce souci de "proximité", au moins pour les services les plus simples et les plus courants (ex : les maternités, où l'urgence éventuelle n'est pas à démontrer). En contrepartie, pour les soins difficiles nécessitant des appareils coûteux et des médecns très spécialisés, il n'y aurait rien de choquant à mettre les hôpitaux en réseau en centralisant les services dans un hôpital bien situé et pouvant bénéficier de transports rapides (ambulances, hélicoptères)...
   - Mais une solution humaine restera impossible s'il n'y a pas un personnel de santé en nombre suffisant ...C'est assurément le problème le plus difficile, car il met en cause la formation scolaire et universitaire...Et comme il faut , après le Baccalauréat, au moins 7 ans pour former un médecin et 3 ans pour une infirmière, autant dire que le scandale de la santé n'est pas prés d'être résolu, d'autant moins qu'il ne faut pas seulement rattraper le retard, mais se préparer à l'afflux inévitable des personnes âgées dans les décades à venir en raison de la courbe démographique, notamment pour les soins et l'accueil des personnes dépendantes (800.000 malades d'Alzheimer en 2007)

   Tel sera l'enjeu de la Conférence européenne prévue les 13 et 14 octobre 2008 à l'Institut Pasteur de Paris...Une gageure, notamment pour la France !...

 

  

par Jean Daumont publié dans : Médecine communauté : Le champ du monde
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Mardi 8 avril 2008

   Le thème de l'euthanasie revient de façon récurrente chaque fois qu'un problème grave de santé se pose, notamment quand les médias alertés font vibrer la corde émotionnelle à propos d'un cas douloureux... Il est donc utile de présenter le point de vue des médecins qui sont confrontés à ce problème, et sont donc à même de faire valoir une réflexion reposant sur l'expérience et non sur l'émotion - même respectable - qui sert de fondement à l'action d'organismes comme l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD);

   Texte extrait du Jourlal La Croix du 8 Avril 2008 :


   Ces médecins qui ne veulent pas donner la mort



Dans un texte commun, sept sociétés savantes affirment leur opposition à toute évolution de la loi vers une aide active à mourir



C’est clair, net et précis. « Nous réaffirmons avec force que, quels que soient les choix que notre société pourrait faire dans le futur, donner la mort ne relève en aucune façon de la compétence du médecin et que nous, professionnels de santé, n’assumerons pas ce rôle. Cela entrerait en conflit de valeurs avec la mission fondamentale des soignants médicaux comme non médicaux, qui est bien de toujours soigner et prendre soin de l’autre et ce jusqu’au bout de sa vie. » Voilà ce qu’affirment, dans un texte commun, des médecins de sept sociétés savantes (1).

Parmi eux, on trouve bien sûr des spécialistes des soins palliatifs ou de la douleur, habitués à monter au créneau dès que la question de l’euthanasie revient dans le débat public. Mais, cette fois, d’autres praticiens ont choisi de faire entendre leur voix : des généralistes, des gériatres ou des médecins qui soignent des cancers ou des maladies hématologiques. Tous unis dans un même élan pour affirmer que le « faire mourir » ne peut pas être une solution en soi.

« Le tragique, l’effroyable vécu par une personne ne peut pas nous faire admettre que la mort donnée, même si elle est souhaitée, soit la solution », soulignent ces sociétés savantes, en allusion bien sûr au
cas de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans retrouvée décédée à son domicile et qui demandait une assistance au suicide.

Les médecins de sept sociétés savantes souhaitent réaffirmer avec force que le rôle d’un soignant ne pourra jamais être de donner la mort (photo AFP/Bureau).

"Contre-pétition"

C’est l’année dernière, en pleine campagne présidentielle, que ces professionnels de santé ont décidé d’agir en commun, sous l’impulsion de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap). À l’époque, ils avaient voulu réagir à la publication, dans Le Nouvel Observateur, d’un texte signé par 2 000 médecins et infirmières affirmant avoir, « en conscience, aidé médicalement des patients à mourir… »

Ces opposants à l’euthanasie avaient alors lancé une « contre-pétition » sous la forme d’un plaidoyer contre la légalisation du suicide assisté, afin de montrer que cet appel à légaliser le « faire mourir » n’était pas majoritaire au sein du corps médical. Au final, le texte de protestation avait été signé par 6 700 professionnels de santé.

« Mais c’est vrai qu’il n’a pas eu le même écho médiatique que le discours des pro-euthanasie. Peut-être parce que nous avons un propos moins simpliste sur ces situations de fin de vie, qui sont souvent d’une extrême complexité », explique le docteur Godefroy Hirsch, le président de la Sfap.

"Est-ce que l’émotion permet véritablement l’analyse ?"

Conscient de l’impact de l’histoire de Chantal Sébire dans l’opinion, ces médecins repartent donc aujourd’hui à l’offensive, en regrettant que la problématique de la fin de vie ne soit abordée dans le débat public qu’à l’occasion d’affaires à forte charge émotionnelle. « Il est évident que l’histoire de cette femme a ému la France entière. Mais est-ce que l’émotion permet véritablement l’analyse ? » s’interroge le docteur Pascal Gendry, généraliste à Renazé (Mayenne) et président de l’AGHL (1).

Comme les autres signataires, il dit aussi avoir été, à l’occasion de ce débat, une nouvelle fois « effaré » de la méconnaissance de
la loi Leonetti, y compris parmi les soignants. « C’est vraiment regrettable, car ce texte a constitué un énorme progrès et permet de trouver une solution dans 99 % des cas problématiques », assure le professeur Philippe Collombat, chef du service d’hématologie adulte et du service d’oncologie pédiatrique au CHU de Tours, qui préside le Grasspho (1).

Avec leur libelle, ces médecins souhaitent donc réaffirmer avec force que le rôle d’un soignant ne pourra jamais être de donner la mort. « Cela fait près de vingt ans que je suis médecin et que je me bats pour soigner ou accompagner la vie. Qu’on ne compte pas sur moi, un jour, pour être celui qui pourra donner la mort », lance le professeur Collombat.

"Double position" intenable

Sur la même ligne, le docteur Hirsch estime qu’une évolution de la loi dans cette direction reviendrait à mettre les médecins dans une « double position » absolument intenable. « Comment, demain, pourra-t-on nouer une relation de confiance avec un patient qui se dira : ce médecin, qui aujourd’hui me soigne, sera peut-être aussi celui qui, à un moment, mettra quelque chose en œuvre pour que je ne vive plus… »

Qu’ils soient généralistes, gériatres ou cancérologues, tous affirment être parfois confrontés à des situations délicates. « Bien sûr que cela arrive d’avoir des gens qui nous disent : “Docteur, je ne peux plus, aidez-moi à mourir.” Mais cet appel ne veut pas forcément dire : “Docteur, injectez-moi quelque chose !”, souligne le docteur Gendry. Entendre cette plainte, c’est être capable d’accompagner l’autre, de soulager ses souffrances et d’être jusqu’au bout dans le “prendre soin”, qui est le fondement de notre mission de soignant. »

Une position partagée par le docteur Marie-Pierre Hervy, présidente de
la SFGG (1) et chef du service de gériatrie de l’hôpital Bicêtre, situé au Kremlin-Bicrêtre, près de Paris. « Il nous arrive souvent de gérer des situations de fin de vie de personnes âgées en perte d’autonomie qui ne peuvent plus s’exprimer et qui, si l’on peut dire, n’en finissent pas de mourir. Dans certains cas, les familles nous disent : “Mais à quoi cela sert-t-il de la laisser vivre dans cet état ? Pourquoi ne pas en finir tout de suite ? Pourquoi attendre ?” Nous leur disons d’abord que tout est fait pour que cette patiente ne souffre pas. Et que, pour le reste, elle attend la mort. Et que, même si nous ne savons pas toujours pourquoi, cette attente sert certainement à quelque chose. »

"Une prescription médicale comme une autre"

Le docteur Hervy affirme aussi que les demandes d’aide active à mourir restent, au quotidien, bien moins nombreuses que les demandes à être accompagné jusqu’au bout. « Aujourd’hui, chez les personnes âgées, je peux vous assurer que l’abandon de soins est une crainte plus forte que celle d’un acharnement thérapeutique. Beaucoup de personnes âgées qui entrent à l’hôpital ont peur d’une chose : qu’on les tue sans leur dire », explique cette gériatre qui, comme ses confrères, estime qu’une évolution de la loi serait dangereuse.

« S’il y a une loi pour une exception d’euthanasie, les rapports de pouvoir risquent de changer entre les médecins et la population, au sein des hôpitaux. On risque de voir des médecins qui diront : “Puisque la famille le souhaite, je le fais.” L’aide active à mourir deviendra une prescription médicale comme une autre, avec alors un risque majeur de déstabilisation des repères qui fondent notre société », affirme le docteur Hervy.

Avant d’ajouter que le rôle d’une loi « n’est pas de fournir un livre de recettes derrière lequel chaque professionnel pourra se cacher, mais de donner un cadre pour une réflexion qui soit la plus éthique possible ».

Pierre BIENVAULT

(1)
Société française d’étude et de traitement de la douleur (Sfetd),Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG), Société française d’anesthésie-réanimation (Sfar), Société française d’hématologie (SFH), Groupe de réflexion sur l’accompagnement et les soins de support pour les patients en hématologie et en oncologie (Grasspho) et Association nationale des médecins généralistes exerçant à l’hôpital local (AGHL).

 

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Jeudi 20 mars 2008

   Ce n'est pas la première fois, et ce n'est pas la dernière, où un cas de maladie douloureuse relance la débat sur l'euthanasie, alors que le problème, chaque fois qu'il est évoqué, se révèle insoluble.

     En effet, il peut paraître "normal" de penser à "donner la mort" en cas de maladie douloureuse, à fortiori quand le pronostic médical est létal ...Mais le plus souvent, le but recherché n'est pas la mort en elle-même mais le souci d'arrêter une souffrance devenue insupportable ...Et la volonté de faire cesser la souffrance, de la part du malade ou de celle de ses proches, est assurément compréhensible ...Qui peut oser dire que, s'il était dans ce cas, il n'y penserait pas ?...

   Or, justement, il y a des moyens de plus en plus efficaces de réduire, voire d'abolir la souffrance... Et la médecine française, après avoir longtemps été en retard dans le traitement de la douleur - contrairement à d'autres pays, comme les pays scandinaves - a fait de grands progrès dans ce domaine. Et en fonction de ces progrès, la loi Léonetti du 22 avril 2005 "permet" maintenant  de soulager les souffrances du malade, d'éviter l'acharnement thérapeuthique et d'organiser ce qu'il est convenu d'appeler des "soins palliatifs"...

   Dans ces conditions, il est donc choquant qu'un cas douloureux soit pour certains l'occasion de faire de l'euthanasie un "principe" souverain et exclusif évidemment contraire à la "valeur" fondamentale qui est celle du respect de la vie et par conséquent du refus de donner la mort, valeur reconnue par les médecins, conformément au serment d'Hippocrate, et valable pour tous les hommes... Faut-il rappeler toutes les "dérives" qui pourraient résulter d'une "légalisation" de l'euthanasie ?... Qui osera dire qu'en dépit des précautions prises (conseil de médecins, voeu de l'intéressé, accord de la famille), il n'y aura pas d'excès ?... Qui empêchera, par exemple, des proches de penser à leur héritage sous couvert de bons sentiments ?... Et peut-on être sûr qu'il n'y aura pas des comportements abusifs de médecins ou d'infirmières, alors qu'il y en a déjà eu - certes rarement - dans le contexte actuel de l'illégalité ?... Déjà, une personnalité importante - dont il vaut mieux taire le nom pour ne pas donner lieu à des extrapolations politiques - a déclaré, à propos de la situation souvent difficile des hôpitaux français, "qu'on ne pourrait pas continuer longtemps à supporter la charge d'un trop grand nombre de malades incurables " ?...

   Alors, de grâce, qu'on en finisse avec cette "sur-exposition médiatique" d'un cas douloureux - incitant à la limite au "voyeurisme" - alors que, manifestement, pour ce cas, l'utilisation discrète des moyens prévus par la loi de 2005 était nécessaire... Le Docteur Axel Kahn, tout en reconnaissant avoir accompagné vers la mort 5 ou 6 malades, a prononcé cette phrase : "J'ai toujours poussé la seringue pour soulager, et jamais pour tuer"...

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Vendredi 26 octobre 2007
   Un tel titre - volontairement brutal - traduit une condamnation sans appel de manifestations d'étudiants en médecine qui, à la seule annonce d'une réforme possible des conditions de leur installation comme médecins, ont prétendu défendre leur "liberté"...

   Il faut dénoncer cette soi-disant défense de leur liberté, car ces étudiants, en faisant valoir leur "qualité de vie", ont clairement montré que celle-ci était pour eux prioritaire devant la "nécessité des soins" pour les malades, et cette attitude est inacceptable :

   - D'abord, ils établissent ainsi une "discrimination" entre les malades suivant leur lieu de résidence, car la liberté invoquée n'est en fait qu'un prétexte à ne pas vouloir exercer leur futur métier dans des zones réputées "difficiles", en particulier les campagnes... et ce refus est d'autant plus insensé que la qualité de vie "rurale" est de plus en plus appréciée par ...les citadins, qu'il s'agisse des vacances ...ou de la retraite (air pur, et moindre coût des terrains et des impôts)...

   - D'autre part, ils ignorent apparemment que le métier de médecin, même s'il fait partie des professions "libérales", correspond à une mission de "service public"... et qu'il implique donc, conformément au "serment d'Hippocrate" une obligation de soins en toutes circonstances et en tous lieux...

   - De plus, ils rompent avec une tradition séculaire du "médecin de campagne" attaché à son village, où il était non seulement un ami et un conseiller des familles, mais une personnalité reconnue, d'ailleurs souvent choisie pour être Conseiller Municipal et même Maire...

   - Enfin, ils oublient qu'à l'instar de la plupart des métiers ils doivent d'abord se faire connaître par la qualité de leur travail avant de "choisir" leurs conditions d'installation... et leur refus de la campagne est d'autant moins justifié que celui-ci s'impose pour la plupart des étudiants faisant des études comparables aux leurs pour le métier de vétérinaire... Les médecins seulement à la ville, et les vétérinaires à la campagne, mais où va-t-on ?...

   Néanmoins ces manifestations d'étudiants en médecine ont eu un certain intérêt, celui d'attirer une fois de plus l'attention de l'opinion publique sur l'organisation des services de santé en France... Puisqu'on a organisé un "Grenelle de l'Environnement" - à bon escient, puisque cette réunion veut sauvegarder justement la santé humaine - ne pourrait-on pas dans le même esprit organiser un "Grenelle de la Santé" pour remédier à des insuffisances criantes :

   - la mauvaise répartition des médecins, non seulement entre les villes et les campagnes, mais entre le centre des villes et les banlieues, et plus largement, à l'échelle de la France, entre le Sud bien pourvu et le Nord en déficit...

   - la mauvaise répartition des hôpitaux, souvent en surnombre dans les grandes villes, alors que les habitants des campagnes sont souvent astreints à des déplacements longs et difficiles, notamment dans les régions de relief accidenté...

   Or on ne prend pas le chemin d'une bonne organisation.. en fermant des hôpitaux ou des services d'hôpitaux des petites villes de province pour le seul motif d'un manque de rentabilité non pas humain mais financier... et en retirant, comme cela semble le cas après les manifestations d'étudiants en médecine, le projet de réforme de leur installation...
   

  
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Mercredi 25 juillet 2007

   Comme toujours, le Tour de France cycliste est un succès populaire, et comme toujours, depuis de nombreuses années, il est l'occasion d'évoquer le dopage, au sens de l'utilisation de produits ou de pratiques modifiant les capacités naturelles des individus...

   Il va de soi que, dans son principe même, le dopage ne peut qu'être condamné : d'abord, sur un plan collectif, parce qu'il est source de tromperie et d'injustice ; et aussi, sur le plan personnel, parce qu'il peut mettre en danger la santé des individus. Le Tour de France cycliste a malheureusement lui-même connu dans le passé l'exemple de coureurs gravement perturbés en course ( il y a même eu un cas de décès...) ou étant morts relativement jeunes au terme de leur carrière, en raison de l'utilisation de drogues... On comprend donc et on ne peut qu'approuver la volonté des responsables de tous niveaux d'éradiquer le dopage dans les pratiques sportives, quelles qu'elles soient... Et on peut même aller plus loin en élargissant l'effort à toutes les activités humaines - par exemple intellectuelles ou artistiques - où des personnes recourent à des "produits" pour améliorer leurs performances, conjurer leurs craintes, voire rejoindre des "paradis artificiels"...

   Néanmoins il ne faut pas tomber dans un "moralisme" facile, en ne prenant pas en compte les difficultés matérielles ou morales que peuvent rencontrer ceux qui s'adonnent à des produits "dopants"... Ainsi, pour revenir au Tour de France cycliste, n'importe quelle personne ayant pratiqué intensément du "cyclotourisme" peut témoigner qu'on ne roule pas sur 3000 kms en 3 semaines - avec des efforts parfois violents et prolongés (ex: montagne) sans absorber des nourritures et boissons appropriées permettant de renouveler régulièrement les "calories" dépensées... Un "cyclotouriste" peut à la rigueur se contenter de café sucré et de pastilles de glucose... Mais qu'en est-il du "cycliste" ?... Où est la limite de ce qu'il peut ingérer ou pratiquer pour compenser ses efforts sans mettre en cause sa santé ?...

   Cette question pose évidemment le problème de l'encadrement médical, seul capable de fixer cette limite... Certes, cet encadrement existe pour le Tour de France cycliste comme pour d'autres activités, mais il est manifesment insuffisant, à en juger par les scandales à répétition... car il y a des "apprentis-sorciers" faisant profession de trouver et d'inoculer des produits réputés "indécelables", et ceci en raison des retombées "juteuses" des performances même "frauduleuses" sur le budget de certains organismes... Il est donc nécessaire d'empêcher toute possibilité d'échapper à un "contrôle médical", et le seul moyen est de ne pas le limiter aux seules manifestations importantes comme le Tour de France cycliste, mais de veiller à la continuité de ce contrôle tout au long de la carrière des sportifs, avec un dossier médical permettant de connaître les spécificités propres à chaque individu (ex: lenteur du rythme cardiaque facilitant l'exercice d'efforts prolongés...) et de relever l'évolution (et donc les anomalies éventuelles...) des paramètres physiologiques... Mais un tel contrôle médical pourra-t-il permettre l'utilisation de produits et de pratiques jugées non nuisibles à la santé, si cette utilisation n'est pas accessible à tous ?...

   Une illustration de cette question est donnée par les transfusions sanguines : elles consistent à améliorer la circulation de l'oxygène dans le sang, en augmentant la quantité des globules rouges, et à faciliter ainsi les "performances"... Et elles peuvent être réalisées de 2 façons : soit une transfusion "homologue", avec le sang d'un donneur compatible (mêmes groupe et rhésus) qui peut être décelée, car il y a alors deux "populations" de globules rouges... soit une transfusion "autologue", avec le sang de l'intéressé (prise suivie de congélation, traitement et ré-injection des seuls globules rouges) et cette transfusion est alors indécelable puisque la congélation ne permet pas de déterminer l'âge des globules... Même en supposant que ces transfusions ne soient pas dangereuses, chacun peut comprendre qu'elles ne seront pas accessibles à tous... et donc, au delà de l'aspect médical, elles ne peuvent qu'être interdites au nom de l'équité...

   Manifestement, on ne s'en sortira pas dans ce domaine sans la mise en place d'un "code"  reconnu par tous... On n'en est pas encore là...

par Jean Daumont publié dans : Médecine
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Dimanche 25 mars 2007

   Quelle qu'en soit l'explication, l'euthanasie reste un acte consistant à "donner la mort" et cet acte pose fondamentalement un problème de conscience entre la personne qui est censée "désirer la mort" et la personne qui est dans la situation de la "décider" :

   - La personne qui désire la mort peut avoir des raisons éminemment respectables qui tournent le plus souvent autour de la "souffrance" : soit une souffrance physique intolérable, qu'on peut comprendre en pensant à l'impatience que chacun peut ressentir seulement pour une migraine ou une rage de dents, ...soit une souffrance morale beaucoup plus difficile à appréhender mais non moins grave, car elle peut conduire à la folie, notamment dans le cas de la maladie d'Alzheimer privant progressivement l'individu de toutes ses facultés mentales... Car il y a aussi des cas où la personne n'est plus en mesure d'exprimer sa volonté, et on ne peut alors que formuler des "hypothèses" sur la "nécessité" de la mort...

   - La personne en situation de décider de la mort peut avoir aussi des raisons respectables qui tournent alors généralement autour de la "compassion" : on éprouve naturellement de la pitié pour l'individu qui souffre, à fortiori s'il s'agit d'un être cher... et on trouve éventuellement une justification dans le souci de respecter la volonté du malade... Mais comment être sûr qu'il n'y ait pas alors de "dérives" en raison de motivations - parfois inconscientes - qui peuvent pousser des membres de la famille à souhaiter cette mort, par exemple s'il y a des soins très pénibles ...ou encore des problèmes de "coût" , voire ...d'héritage...

   Mais l'euthanasie n'est pas seulement un problème de conscience personnelle... Elle relève aussi de la "conscience collective", en raison des problèmes qui se posent aux hommes :

   - Un problème de "compétence" : un médecin a des moyens d'appréciation du cas d'un malade, mais il est tenu par le serment d'Hippocrate qui lui prescrit de "tout faire pour préserver la vie"... Et si la médecin peut donc légitimement avoir des doutes sur l'opportunité de l'euthanasie, comment un simple particulier pourrait-il ne pas en avoir ?...

   - Un problème de "science" : il y a des cas d'acharnement thérapeutique où il paraît évident que les soins sont devenus inutiles ...mais il y a aussi des exemples surprenants - certains diront "miraculeux" - de rémission...et on peut parfois espérer que des progrès de la recherche vont permettre une guérison jugée jusqu'alors impossible... Les médecins eux-mêmes signalent que des demandes d'euthanasie ont pu (rarement) être retirées...

   - Un problème de "métaphysique" : même si on la juge nécessaire, que sait-on - au juste - de la mort ?... Administrer ce qu'on ne connaît pas, c'est aller dans un inconnu irrémédiable... Le Néant ?... L'Au-Delà ?...Et si ce dernier existe et s'avère meilleur, peut-il constituer un prétexte ?...

   Dans ces conditions, il est insensé de faire de l'euthanasie l'objet de débats publics, comme c'est malheureusement le cas dans des "affaires" qui reviennent de façon récurrente dans l'actualité où les opposants et les partisans sont rarement traités de façon équitable... Car on oppose le plus souvent la "compassion pour la douleur" au "respect de la vie"... et, à ce titre, l'opinion poussée par des médias généralement partiaux accepte qu'une mère puisse donner la mort à son fils ...parce qu'elle lui a donné la vie, ou encore se réjouit de la libération d'une infirmière ...en oubliant la personne qu'elle a fait mourir...

   Pour la même raiuson, il est inacceptable que l'autorité publique puisse "légiférer" sur l'euthanasie, comme si une loi pouvait intégrer tous les cas de conscience  ... Car une loi, même si elle est votée démocratiquement par une Assemblée représentative, est faite pour organiser la vie en société, et non pour donner des leçons de "morale", comme c'est déjà le cas vis-à-vis de l'Histoire... Précisément, c'est l'Histoire qui montre que, partout où elle a été légalisée, l'euthanasie s'étend sans pouvoir être "maîtrisée"... En Suisse et en Belgique, par exemple, elle ne concerne plus seulement des "malades en fin de vie", mais aussi des personnes dépressives ou schizophrènes... Aux Pays-Bas, réputés pour leur "libéralisme", il est devenu possible de remettre à des enfants de 12 ans gravement malades de quoi mettre fin à leur vie... "Si la France légalisait l'euthanasie, pourquoi éviterait-elle ce que ces pays ne sont pas parvenus à contrôler ?...", s'interroge une Commission mixte de médecins et de députés de toutes origines qui vient d'être réunie (*)... Et comment comprendre qu'une société n'hésitant pas à abolir la peine de mort pour des criminels, par "humanité" et au nom du "respect de la vie", puisse accepter que la mort soit donnée aussi par "humanité" à des innocents sous le seul prétexte de la "compassion" ?...

   Pour autant, l'euthanasie doit-elle être totalement proscrite ?...Certainement pas, car il y a des "cas-limites", des situations "singulières", "extrêmes", "exceptionnelles"... où il est inévitable de donner la mort... Sans se livrer à un macabre inventaire, on peut citer le cas où, lors d'un accouchement, il faut choisir dramatiquement entre la vie de l'enfant et la vie de la mère... Mais alors la responsabilité ne doit pas être celle d'une seule personne, mais d'un "Conseil" regroupant si possible divers médecins ou psychologues ainsi que des membres ou des amis de la famille, et recueillant tous renseignements utiles... Et, néanmoins, de tels cas ne pourront pas servir d'alibis pour une légalisation de l'euthanasie...

   Car, même si l'euthanasie devient "légale", elle ne deviendra pas de ce fait "légitime"... Comme le souligne encore la Commission déjà citée :  "Donner la mort n'est pas la bonne réponse à la souffrance de la fin de vie... Croire que l'euthanasie légalisée règlera la question de la souffrance et de la mort relève de l'illusion... Comment vivrons-nous dans un monde de chacun pour soi, un monde où la solidarité et la compassion se résumeront à donner la mort"... Ces remarques pèsent d'autant plus que la médecine réalise actuellement de gros progrès dans l'allègement de la douleur...

   Non, vraiment, il n'y a pas, et il ne saurait y avoir,  de solution globale au problème de l'euthanasie...

(*) Membres cités :

  - Louis Puybasset, responsable Neuro-réanimation Hôpital Pitié-Salpêtrière

  - Claude Evin, député Parti socialiste, ancien Ministre

  - Jean Léonetti, député UMP, psychanalyste

  - Marie de Hennezel, ancienne Présidente de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs

  

par Jean Daumont publié dans : Médecine
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Jeudi 7 décembre 2006

   S'il est un domaine où l'égalité doit être appliquée sans restriction, c'est bien celui de la santé... Tel est d'ailleurs le sens de célèbre Serment d'Hippocrate, ré-actualisé à l'article 109 du Code de Déontologie Médicale en 1995, et prescrivant de "respecter toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination suivant leur état et leurs convictions"... Tel était aussi le sens de la création de la Sécurité Sociale en 1945 - et de la législation postérieure - devant permettre à tous les citoyens l'accès aux soins...

   Malheureusement, divers indices montrent que cette égalité "théorique" est de moins en moins respectée dans la "pratique" :

   - Déjà, chacun peut constater que de nombreux médicaments ne sont plus remboursés par la Sécurité Sociale ou ne le sont plus qu'à un "taux réduit"... Et comme le prix des médicaments n'est plus "plafonné" s'ils sont en vente libre, leur coût augmente naturellement dans la seule limite des règles "officielles" de la concurrence... Bien sûr, l'argument d'un tel "déremboursement"est encore et toujours de réduire le déficit de la Sécurité Sociale, car il est bien plus facile de faire payer à des millions de gens modestes - notamment des personnes âgées en ayant le plus besoin - une médecine re-qualifiée "de confort"... que de procéder aux réformes de structure nécessaires...

   - Un Rapport de "l'accès aux soins" réalisé en 2005 par l'organisme des "Médecins du Monde" sur la santé des populations précaires, est également un motif d'inquiétude : il révèle en effet que le comportement des médecins généralistes lors des demandes de rendez-vous des "bénéficiaires des minima sociaux" aboutit à 37 % de refus à l'égard des patients relevant de l'AME (Aide Médicale de l'Etat) et à 10 % pour ceux relevant de la CMU (Couverture Maladie Universelle)... Le même rapport explique ce comportement - sans pour autant le justifier - par le fait que la formation initiale des étudiants en médecine ne donne pratiquement aucune place à la "santé publique" et notamment aux questions de précarité...

   - Diverses questions évoquées dans une actualité récente traduisent le même éloignement du principe de solidarité... Ainsi, lors d'un récent forum, un homme politique "éminent" n'a pas hésité à s'interroger sur la nécessité de "libérer" les hôpitaux de la charge matérielle et financière représentée par les malades incurables - surtout, mais pas seulement, des personnes âgées - en clair, à recommander l'euthanasie... Et à la fin d'octobre 2006, on s'est félicité de la mise au point d'un vaccin contre le cancer du col de l'utérus - qui est certes une grande victoire médicale, riche de promesses - mais on n'a pas insisté sur le fait que ce vaccin devra être pris en 3 doses au prix actuel de 145,94 Euros la dose - sans remboursement de la Sécurité Sociale - , autrement dit qu'il ne sera pas accessible à tous, et notamment "aux pauvres"...

   Dans ces conditions, d'ores et déjà, on peut parler de "médecine à deux vitesses"... Et comme le mal gagne aussi d'autres secteurs comme l'économie, l'éducation, le travail..., c'est finalement une "France à deux vitesses" qu'il faut évoquer, avec les risques d'explosion sociale qui peuvent en résulter...

par Jean Daumont publié dans : Médecine
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Jeudi 2 novembre 2006

   Dominique Strauss-Kahn, député-Maire de Sarcelles, ancien Ministre de l'Economie et candidat aux élections présidentielles, est un politicien chevronné, dont les propos sont généralement mesurés dans la perspective "socialiste" qui est la sienne. Lui-même proclame qu'il est une sorte de "point médian" entre la "novation" illustrée par Ségolène Royal et "l'expérience" symbolisée par Laurent Fabius...

   On n'en est que plus étonné que, sur un sujet éminemment "social" - ou plutôt "sociétal", pour employer le jargon contemporain - il ait pu prononcer, dans son entretien du 26 octobre 2006 avec le journal La Croix et la station de radio RCF, des paroles "extrêmes"... Evoquant l'évolution démographique et le problème de l'équilibre des finances publiques, il a déclaré en effet que la France ne pourrait pas supporter longtemps le déficit croissant de la Sécurité Sociale - ce qui est compréhensible - mais il a ajouté qu'il fallait donc prendre toutes dispositions dans les services hospitaliers pour lutter contre "l'encombrement" (!) de plus en plus insupportable des personnes âgées, notamment celles qui sont affectées de maladies irrémédiables... En clair, il a évoqué la nécessité de l'euthanasie, précisant même qu'il fallait avoir le courage de dire qu'elle était déjà pratiquée, sans le dire...De quoi frémir !...

   De quoi frémir en effet... Car l'euthanasie, sous ce terme "savant", n'est jamais qu'une "manière de tuer", celle-ci consistant à administrer des produits mortifères ou, plus subtilement, à cesser de donner des médicaments ou des soins permettant de sauvegarder la vie... Certes, les partisans de l'euthanasie soulignent qu'elle ne serait pas pratiquée sans l'accord conjoint de médecins assermentés et de la famille... Mais on peut imaginer les dérives qui pourrait en résulter, à l'instar de certains scandales de transplantation... Faudra-t-il que la famille paie pour le maintien en vie d'une personne âgée, qui ne serait plus pris en charge par la Sécurité Sociale ... autrement dit n'y aura-t-il plus "égalité sociale" devant la mort ?... Inversement, qui pourra garantir que l'accord de la famille pour l'euthanasie ne sera pas secrètement justifié par l'appât d'un héritage ?... De toutes façons, l'euthanasie, même administrée dans "de bonnes intentions", restera - qu'on le veuille ou non - un "attentat à la vie"... et il ne devrait donc pas y avoir à se poser la question de sa "nécessité" !...

   Car l'attentat à la vie, si l'euthanasie est "légalisée", peut prendre d'autres aspects : déjà on continue à s'interroger sur l'interruption volontaire de grossesse, en dépit de sa "légalisation"... S'y ajoute maintenant le dilemme du choix possible entre fille et garçon qui suscite déjà ...en Chine... une hécatombe de petites filles... Qui peut alors affirmer qu'on n'en viendra pas à "euthanasier" les enfants infirmes de naissance ?... Où commencera la notion "d'enfant viable" ?... Et comment ne pas se souvenir que les nazis s'étaient "débarrassés" par l'euthanasie et la crémation des milliers de personnes ne corresondant pas à leurs "théories" funestes ou à leurs "besoins"...les juifs, mais aussi les tsiganes, les homosexuels, les fous... et même les ennemis politiques, dans ce qui a été appelé affreusement la "solution finale"?... Peut-on imaginer un seul instant que ce soit la solution de l'avenir ?...

par Jean Daumont publié dans : Médecine
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