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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 15:28

   On nous rebat les oreilles actuellement avec l'inauguration de la Fondation Louis Vuitton, bâtiment "rêvé" par Monsieur Bernard Arnault, Président de LVMH, et qui est dédié à l'art contemporain...

 

   Parlons-en ...D'abord, qui est Monsieur Bernard Arnault ? Un milliardaire, comme il en existe encore en France, pays censé être celui de l'égalité ...Mais, s'il est riche, ce n'est pas par héritage, c'est par son mérite, même si celui-ci doit ête tempéré par son acharnement à éliminer ses concurrents pour constituer ce consortium qu'est LVMH ...On peut le comprendre, sinon l'approuver ...Mais, pour autant, ce Monsieur Arnault, parce qu'il est riche, a des prétentions artistiques, et celles-ci ne concernent pas un art "populaire" ...Le "peuple" n'a d'ailleurs pas été convié à l'inauguration, même si Monsieur Arnault était accompagné lors de l'inauguration par Monsieur Hollande, Président de la République (un connaisseur en art ?) ...Et quel est cet art contemporain ?...Nullement un art accessible à tous, mais un art pour "bobos" prêts à s'extasier devant n'importe quoi ...On ne peut que se rappeler à ce propos la plaisanterie faite à la fin du 19ème siècle par des peintres en goguette ayant soumis au public un tableau fait de taches accumulées par un pinceau attaché à la queue d'un âne...

 

   Bien entendu, il ne s'agit pas de n'accorder d'intérêt qu'à des tableaux figuratifs jugés seuls intelligibles par tout un chacun ...On peut admettre qu'il y ait des tableaux "abstraits", comme Picasso ou encore Matthieu en ont donné l'exemple ...Mais ces tableaux traduisent une certaine harmonie et les accords picturaux qu'ils réalisent sont après tout comparables - mutatis mutandis - aux accords musicaux pratiqués de tous temps, car la musique, à la différence de la peinture, a toujours été abstraite, même si elle s'inspire toujours de la réalité et traduit des impressions et des sentiments ...Le problème est de parvenir, comme la musique  pour l'oreille, à éduquer l'interprétation visuelle ...Et se pose alors le problème de l'éducation ...Tous les enfants ne trouveront pas auprès de leur entourage l'éducation nécessaire, et l'école devra donc leur donner cette éducation, ...ce qui n'est pas évident, car il se trouve encore de "bons apôtres" pour penser que l'art est naturel, et que, dès l'enfance, les gribouillis sont géniaux ...Il faut donc former des maîtres à cette éducation, mais comment le seront-ils ?...Quels sont les critères de l'art ? ...Quel art ?...

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Published by Jean Daumont - dans Arts
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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 14:41

   Il en est de la peinture et de la sculpture comme Verlaine l'écrivait plus précidément pour la musique : l'art avant toute chose...

 

   L'art est certainement le mode d'expression que les hommes ont utilisé depuis la plus haute antiquité et même depuis les temps préhistoriques, et on peut s'interroger sur leur motivation, qui ne devait pas être le goût de "l'art pour l'art", mais plutôt une invocation de forces mystérieuses dépassant leur conscience...Mais, quoi qu'il en soit, cette expression artistique, à travers les siècles, avait toujours été "figurative", en ce sens qu'elle représentait les sujets tels qu'ils étaient, avec des nuances seulement suivant les lieux et les époques...

 

   Et puis, à partir de la fin du 19ème siècle, le "figuratif" éclate au sens propre du terme : chacun connaît les tableaux de Picasso où, dans ses portraits, le nez, les yeux, la bouche et les oreilles partent dans tous les sens ...Evidemment, cela changeait de l'habitude des représentations concrètes, et ce n'est pas par hasard qu'on a alors parlé de "l'art abstrait" ...Et cet art abstrait pouvait même aller jusqu'à ne plus faire une référence même déformée à des sujets concrets, comme par exemple les tableaux de Matthieu où il n'y a plus que des lignes, ...ce qui l'empêchait pas de parvenir à traduire une certaine harmonie des formes et des couleurs ...Et, à y bien réfléchir, pourquoi pas ?...Car ce peintre, finalement, a joué de cette harmonie comme un musicien joue de ses notes, et on n'a jamais reproché à un musicien d'être "abstrait", ...au contraire, s'il avait voulu être "concret", il aurait peut-être abouti à une cacophonie correspondant aux bruits de la vie quotidienne...

 

   Mais pour autant il ne faut pas que les peintres ou les sculpteurs prennent "les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages" et cherchent à leur faire avaler n'importe quoi ...Il est vrai qu'ils peuvent y être encouragés par le comportement d'un certain public "bobo", se voulant "branché", et étant prêt à trouver génial n'importe quoi ...comme par exemple la tête d'un cheval enfoncée dans un mur ...Conformisme à rebours, dont peuvent profiter certains artistes, et ils auraient bien tort de se gêner ...Ainsi, un certain Soulages, dont le Président Hollande vient d'inaugurer un Musée, mérite- t'il d'être autant honoré, parce qu'il a remplacé dans l'église de Conques des vitraux représentant des scènes évangéliques par ce qui n'apparaît que comme du verre ...cathédral ?...On crie au génie, ...Et il serait devenu, paraît-il, l'artiste le plus cher du monde...

 

   Et si certains artistes, justement, se moquaient du monde ...On connaît l'anecdote de peintres en goguette ayant accroché un pinceau à la queue d'un ^ane (tout un symbole !) et ayant ainsi obtenu un tableau ayant trouvé des admirateurs ...Et, comme le fait remarquer Luc Ferry (*), il y a eu le monochrome noir peint en 1882 par le peintre oublié Paul Bilhaud, pilier de l'esprit "fumiste" (!) mais dont l'oeuvre est restée célèbre, au moins dans son expression écrite : "Combat de nègres dans un tunnel" !... Et alors l'humoriste Alphonse Allais avait créé le "concert du silence" ...pour ..."l'enterrement d'un grand homme sourd" ...et parce que "les grandes douleurs sont muettes"...

 

   Cet humoriste avait raison ...Après plus d'un siècle de sottise, peut-être un tel humour indique la voie d'une renaissance de l'art ...

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Published by Jean Daumont - dans Arts
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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 18:03

   Dans un monde où, à travers l'histoire et dans tous les pays, ont toujours sévi les guerres et donc le plus souvent la destruction de monuments,  la question de leur reconstruction a sans cesse été posée, mais la réponse a été très variable, comme le prouve l'étude publiée par le journal La Croix du 5 février 2013...


    D'abord, il ne s'agit que de la reconstruction de "monuments", c'est-à-dire des édifices ayant une importance particulière pour célébrer une croyance (ex : églises, temples et synagogues)  un évènement historique (ex : Génie de la Bastille ou Colonne Vendôme) ou le souvenir de personnes disparues (ex : tombeaux, mausolées, ou ...monuments aux morts) ...La reconstruction des  bâtiments "ordinaires" est au contraire rarement souhaitée, et même ils sont souvent détruits volontairement pour y substituer des constructions plus "modernes" - comme le fit le Baron Haussmann à Paris sous le Second Empire - ou pour édifier à leur place des ...monuments - comme ce fut le cas du château des Tuileries, construit au 16ème siècle près de l'ancien château du Louvre à la place d'un quartier populaire où on fabriquait des tuiles...

 

   De toutes façons, la reconstruction des monuments n'a jamais été systèmatique ...D 'une part, elle n'est pas toujours possible : dans l'Antiquité, la ville de Troie a été détruite à plusieurs reprises et, si on voulait ressusciter certains de ses monuments à notre époque, il faudrait choisir arbitrairement entre plusieurs époques ...A Paris, si un responsable avait la fantaisie de vouloir reconstruire le Trocadéro en face de la Tour Eiffel, il devrait démolir le Palais de Chaillot ...Fantaisie inimaginable à notre époque, mais dans le passé, on n'avait pas de scrupule dans la mesure où, alors, on avait une hiérarchie de valeur privilégiant le "nouveau" sur "l'ancien" : l'art "roman" a été supplanté par l'art "ogival" - souvent en reconstruisant l'édifice à la la place - et cet art ogival a ensuite été qualifié de "gothique", c'est-à-dire "barbare" par les architectes de la "Renaissance", au nom significatif ...D'autre part, la volonté de reconstruire obéit souvent à des préoccupations politiques : ainsi le château des Tuileries, incendié par les Communards en 1871, mais ayant conservé ses murs et pouvant être restauré, a été délibérément rasé, parce qu'il était perçu par la 3ème "République" triomphante comme un symbole de l'Ancien Régime, ...comme l'avait été la Bastille en 1789 ...,ce qui ne fut pas le cas de l'Hôtel-de-Ville restauré parce qu'il restait le symbole des Révolutions (1789, 1830, 1848) ...Pour la même raison "mémorielle", le château de Saint-Cloud -occupé par les Allemands en 1870-71 ...et bombardé alors par les Français, ne fut pas reconstruit parce qu'il évoquait le Second Empire ...Par contre, la Place ...Royale d'Arras, avec ses colonnades et l'Hôtel-de-Ville furent reconstruits  à l'identique après la Guerre 1914-18, comme le furent la ville et les remparts de Saint-Malo après les ravages du débarquement de 1944...

 

   Et il ne s'agit pas d'un comportement propre à la France ...D'autres pays ont subi des destructions pour cause de guerres ou de révolutions, comme les pays du pourtour méditerranén (Egypte, Grèce, Italie, Afrique du Nord) ou la Russie ou la Chine ...Ils n'ont pas systèmatiquement reconstruit (ex : l'Acropole à Athènes) ou ils ont substitué des constructions nouvelles, comme les églises chrétiennes volontairement édifiées à la place des anciens temples païens, pour en effacer la trace ...Inversement, il y a des pays qui veulent reconstituer dans les moindres détails les monuments rappelant leur passé : c'est le cas en Allemagne, où l'on veut à Berlin rebâtir complètement le château des Hohenzollern dont les ruines dues au siège de 1945 avaient été rasées pour faire place à un Palais de la République (de la RDA communiste...) en 1976, ...et qui va être reconstruit à la place de ce Palais ...Faux-semblant d'ailleurs, car, derrière les façades à "l'ancienne", il y aura un aménagement intérieur "ultra-moderne" permettant de répondre aux besoins du gouvernement ...Un tel modèle pourrait-il inspirer le gouvernement de la France ?...Le problème a déjà été évoqué à plusieurs reprises en raison de la dispersion des organismes de la République : Présidence au Palais de l'Elysée, Assemblée Nationale au Palais-Bourbon, Sénat au Palais du Luxembourg, Conseil Constitutionnel au Palais Royal et Conseil Economique et Social au Palais d'Iéna ...Et certains augures verraient bien un regroupement ...dans les Tuileries reconstruites !...Evidemment, il faudrait renoncer à la perspective alignant les Champs-Elysées, l'Arc de Triomphe de l'Etoile et le bâtiment de la Défense ...et surtout trouver un nombre impressionant de millions d'€, que n'autorise pas la profondeur du déficit public ...Déjà le Général De Gaulle, soucieux des deniers de l'Etat, avait pensé à la solution plus économique du Château de Vincennes, ...avec l'arrière-pensée de mettre le gouvernement à l'abri (?) des manifestations parisiennes ...Il y a , comme çà, des idées qui traînent ...On peut en citer d'autres, comme l'idée saugrenue de remplacer les pierres jugées trop vieilles de la façade de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, ...en ignorant que seulement 15 % de cette façade a conservé les pierres d'origine ...Et d'ailleurs, à notre époque, plutôt que de reconstruire, ne suffit-il pas d'imaginer des reconstitutions en images numériques ?...

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 14:32

   Il est bien connu que la France est par excellence un "pays d'art et d'histoire" ...et, comme son histoire a été une longue suite de conflits - les luttes féodales, la guerre de Cent ans, les guerres de religion, la Fronde ...et toutes les révolutions de l'époque contemporaine - il n'est donc pas surprenant qu'elle s'offre maintenant une nouvelle querelle consacrée cette fois au rapport de l'art et de l'argent, à l'occasion d'un projet de taxation des oeuvres d'art dans le cadre de l'Impôt Sur les grandes Fortunes (ISF)...

 

   Ce projet repose apparemment sur le postulat que la possession d'oeuvres d'art est le privilège des "grandes Fortunes" et qu'il est donc juste de demander aux "riches" - dans ce domaine culturel comme dans le domaine économique - une contribution proportionnelle à la valeur de ces oeuvres ...Le problème est que le rapport de l'art et de l'argent est loin d'être aussi simple :

 

   - Il faut d'abord s'interroger sur la nature même de "l'art" ...En effet celui-ci a des formes diverses - architecture, sculpture, peinture, céramique, vitrail, etc - qui, à l'origine, étaient souvent associées, à l'exemple des temples d'Egypte, des monuments grecs et romains, et des cathédrales médiévales dont les couleurs extérieures ont disparu avec le temps ...Et, même si les riches de l'époque "décoraient" déjà leurs propriétés, les oeuvres "artistiques" étaient le plus souvent des "biens publics", que ce soit ceux des cités, des églises ou des pouvoirs politiques... L'art n'était pas alors une "entité en soi" et s'intégrait dans l'organisation sociale ...

 

   - On n'arrive que progressivement à la notion de "l'art pour l'art" ...Cette évolution est liée à l'enrichissement général de ce qu'il est convenu d'appeler la "bourgeoisie", qui construit des "maisons de maîtres" et s'offre notamment des oeuvres picturales, soit des portraits commémorant leur souvenir, soit des paysages évoquant la nature, soit même des sujets mythologiques servant de prétexte à la représentation de femmes ... Car l'art reste "concret" et, même si les "écoles" se succèdent , il est toujours "représentatif", en accord avec le goût d'une clientèle "riche"...

 

   - D'où, avec les progrès de l'instruction à partir du 19ème siècle, la volonté de certains artistes de sortir de cette contrainte de "l'académisme" et de "libérer" l'art ...Cela donne "l'impressionnisme", qui, déjà, se dégage de la réalité ...et aboutit à l'art "abstrait" qui n'est plus qu'un jeu de formes et de couleurs, à l'instar des accords de musique... Mais, dans un premier temps, cette "révolution" n'est pas acceptée par les amateurs d'art, et les oeuvres sont même refusées dans les salons et expositions ... Certains artistes vivent dans la misère... Néanmoins, des galeries sont organisées, et des marchands de tableaux avisés parviennent à faire connaître les oeuvres, au point que, désormais, elles atteignent des prix astronomiques ...En posséder devient un "placement", d'autant plus "intéressant" que les pouvoirs publics, en créant l'Impôt sur les grandes Fortunes en 1982, prennent soin "d'exclure les oeuvres d'art du patrimoine taxable", afin qu'elles n'émigrent pas vers des "paradis fiscaux" hors de France... Il arrive d'ailleurs que - la possession de l'argent ne conférant pas nécessairement le sens artistique - certains "riches" en arrivent à collectionner n'importe quoi, comme des tas de ferrailles ou un cheval planté dans un mur...

 

   Dan ces conditions, l'intégration des oeuvres d'art dans l'ISF paraît juste, dans la mesure où elle supprime un privilège ayant un fondement plus financier qu'artistique ...Mais il n'en faut pas moins prendre garde à ce qu'elle ne soit pas une source d'injustice, car l'appréciation de la valeur d'une oeuvre d'art ne repose pas sur des critères précis et durables, et elle est même souvent une "affaire de mode" ...Et il peut y avoir des amateurs  modestes, dont l'oeuvre acquise à un prix relativement faible prend de la valeur et qui, s'ils en font la déclaration, peuvent se retrouver dans la situation des petits propriétaires de terrain dans l'ïle de Ré...

 


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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 15:15

   L'Art est une activité humaine universellement reconnue, mais il n'en est pas moins difficile à définir en raison de l'extrême variété de ses formes dans l'espace et dans le temps, autrement dit au cours de l'histoire et suivant les pays.

 

   Cette activité a la particularité d'être liée à une "matière concrète", qu'il s'agisse de la toile ou des couleurs de la peinture, ...du bois, de la pierre ou du métal de la sculpture, ...de la brique ou du ciment de l'architecture, ...des vibrations sonores de la musique, etc ...Et elle se différencie à ce titre d'autres activités dites "intellectuelles" comme la philosophie, s'exprimant par des concepts ou des formules "abstraites" ...Toutefois cette opposition n'est qu'apparente, car "l'esprit" n'est manifestement pas absent de l'art, et la philosophie débouche souvent sur des réalisations concrètes ...D'ailleurs, ce rapport au concret n'est pas limité à l'art, puisqu'il est le propre de la plupart des métiers ...On parle "d'artefact" pour désigner ce qui est créé par l'homme et donc "non naturel", mais pour autant la "fabrication humaine" n'est pas toujours de l'art, même si parfois la distinction entre "l'artisan" et "l'artiste" n'est pas évidente...

 

   C'est pourquoi, à défaut d'une définition "globale", il est intéressant de savoir comment la "notion d'art" a évolué depuis les premiers temps de l'humanité :

 

   - Il y a d'abord les "vestiges" de la Préhistoire ...L'homme a déjà des "outils" qui le distinguent des animaux - pierre taillée, pierre polie, métal - mais il confectionne aussi des "bijoux" qui ne sont pas "utilitaires" et traduisent une élévation de sa pensée et de ses sentiments ...Et surtout il réalise des peintures rupestres - le plus souvent dans desCopie-de-260px-Lascaux-aurochs.jpg grottes abritées (ex : Lascaux) - que l'homme moderne a d'abord considérées comme "l'enfance de l'art " ...mais cette expression est excessive, car il n'est pas possible de juger du passé avec les conceptions du présent ...En fait, il apparaît que ces peintures traduisent une forme première de religion, cherchant à conjurer les forces auxquelles l'homme était alors confronté, notamment les animaux dangereux comme le taureau ou le lion... et une notion abstraite comme celle de la beauté lui était certainement étrangère...

 

   - Cette notion de beauté apparaît en effet à partir de l'Antiquité, à en juger par l'affirmation du philosophe grec Platon qui identifie l'Art à l'Esthétique, ... et à la définition du romain Quintilien qui considère l'Art comme "le système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin", ce qui signifie que l'oeuvre d'art ne doit pas seulement être "belle", mais doit être perceptible par tous, et donc à contrario qu'il n'y a pas d'art si celui-ci n'est pas perçu comme tel Vinci-La-Joconde.jpgpar le plus grand nombre ...C'est dans cette optique que se placent toutes les oeuvres de l'Antiquité, et à leur suite toutes les oeuvres "représentatives" qui se sont multipliées jusqu'à l'époque contemporaine, de la Vénus de Milo ou du Parthénon d'Athènes au Radeau de la Méduse de Delacroix ...en passant par la Joconde de Léonard de Vinci ou le Château de Versailles de Jules-Hardouin Mansart ...On en arrive ainsi, du moins dans la civilisation dite "occidentale", à une notion d'Art fondée sur le concept d'un "beau" universel auquel tendent tous les artistes en utilisant des chemins divers que les historiens ont classés en "écoles" successives : roman, gothique, classique, romantique, impressionniste ...

 

   - Arrive l'époque contemporaine ...et avec elle, la notion d'art universel conçue en Occident s'effrite au contact des autres civilisations qui révèlent l'extrême variété desthumb.jpg réalisations artistiques à travers le monde ...Même si la colonisation occidentale conduit d'abord à prétendre apporter la civilisation à des pays jugés "primitifs", on en vient progressivement au 20ème siècle à considérer qu'ils ont élaboré un art "premier" dont l'importance est non seulement reconnue mais contribue au renouvellement de l'art occidental... On  en arrive ainsi à une notion non plus universelle mais "polystructurelle" de l'art...

 

   - Mais l'évolution de la notion de l'art ne s'arrête pas là ...car on passe alors de cette Picasso-1937--Dora-Maar.jpgnotion polystructurelle à une .."restructuration"...Car l'art, resté jusque là "représentatif" suivant le principe ancien d'être accessible au plus grand nombre, ...passe du "concret" à "l'abstrait"...Le jeu des couleurs l'emporte sur la forme des sujets...Déjà l'impressionnisme découpe la forme en petites taches de couleur... Puis le cubisme casse délibérément la forme, à ...l'image des portraits de Picasso, pour aboutir à un art où la forme n'existe plus, les tableaux n'étant plus que des jeux de couleursKandinsky-Composition-VIII.jpg purement imaginaires, comme ceux de Miro ou Kandinsky...L'artiste ne travaille plus que dans le rapport des couleurs, comme le musicien dans l'harmonie des sons ...Il ne cherche plus à satisfaire le goût du plus grand nombre, mais à trouver une inspiration correspondant à son goût personnel ...Mais au moins recherche-t-il encore le "beau": un tableau de Vasarely ou Mathieu reste séduisant, même s'il ne représente rien...

 

  - Or ce n'est plus le cas aujourd'hui ...car le dernier mode - ou la dernière mode ? ...- est désormais de considérer la recherche du "beau" comme "dépassée", voire "ringarde" ...et de se lancer dans une course effrénée vers la "nouveauté", quelle qu'elle soit...Il ne cherche même plus à "exprimer", et le spectateur n'a pas à "comprendre" ...Il doit apparemment s'extasier devant un tableau fait d'une seule couleur uniforme, comme le "Bleu" Klein, ...ou le dégoulis résultant de la projection de couleurs sur une toile ...des mécènes en mal de "modernisme" à défaut de goût ouvrant même des musées où, par exemple un cheval a la tête enfoncée dans un mur, tandis qu'on encombre le château de Versailles avec des poupées aussi  gonflables que saugrenues...

 

   Alors qu'est-ce que l'Art ?... Et où va-t-il ?...Cette interrogation n'est pas celle d'un provincial nécessairement attardé ...Elle est celle du philosophe Luc Ferry, ancien Ministre de l'Education Nationale, dont la "culture" ne peut pas être mise en doute et qui raconte plaisamment dans un article récent (*) :

   "Faisant part, l'autre jour, de ma perplexité au cours d'un dîner en ville, je glissais doucement, rasant les murs, qu'à mes yeux l'art devait garder un minimum de lien avec l'idée de beauté. L'éclat de rire général qui accueillit ma remarque, comme s'il s'agissait d'une bonne blague, acheva de me convaincre que j'étais encore mal tombé.

   Pourtant, ai-je plaidé, sans grand espoir, de tout temps et dans toutes les écoles, l'oeuvre d'art fut définie dans l'histoire de la pensée comme la belle incarnation d"une "grande idée" dans un matériau sensible ...à priori réfractaire à l'esprit : le marbre, le bois ou le bronze du sculpteur, la toile et la couleur du peintre, les vibrations sonores du compositeur...

   Avec l'art contemporain, cette référence au beau est devenue si désuète qu'elle prête à rire ...Désormais, c'est la rupture et l'innovation, la créativité pure et l'invention radicale, l'originalité et la table rase du passé qui sont mises en scène ...Si on pense l'oeuvre en termes d'innovation et de rupture avec la tradition, rien n'est plus génial que la haute culture du temps présent ...Si on la pense en terme de beauté, aucune période n'est plus misérable...

   ...La vraie question, à mes yeux, est plutôt la suivante : Qu'est-ce qui vient après ? Quel art sera capable à la fois de tenir compte des bouleversements inouïs vécus au XXème siècle sans pour autant s'obstiner dans la répétition morne et vide du geste pseudo-subversif de la rupture avec le passé ?...

   ...C'est sans doute dans le domaine de la littérature que les réponses commencent d'apparaître le plus clairement. On y sort enfin du nouveau roman, cet équivalent littéraire de la musique atonale et de l'abstraction : des  auteurs comme Philip Roth, Milan Kundera ou Gabriel Garcia Marquez sont réellement post-modernes : à la fois totalement de leur temps, absolument contemporains, et cependant classiques. Ils ont eu le courage de rompre ...avec la rupture, d'en finir avec l'obligation dogmatique de casser l'intrigue et la psychologie ...A quand l'équivalent pictural et musical ?..."

 

    A quand, en effet ?... Peut-être aux calendes grecques, ce qui serait  d'ailleurs un juste retour des choses ? ... En attendant, il faut bien constater que, pour le commun des mortels, c'est-à-dire le public essentiel, l'Art n'est plus dans l'art...

 

(*) Figaro du 29 juillet 2010 - Article dans la rubrique "Opinions" : L'Art contemporain est-il nul ?...

  

 

  

 

  

 

  

 

  

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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 14:02

   Il ne se passe pas actuellement de mois, et parfois de semaine, où on ne parle dans les médias de manifestations artistiques organisées, ou du moins financées, par ceux que l'on appelle, à tort ou à raison, les "grands de ce monde"... Ainsi, en France, on assiste à une sorte d'émulation, pour ne pas dire de concurrence, entre deux "patrons" de l'économie, MM. Pinault et Arnault, qu'il s'agisse d'expositions ou de musées... Même s'il ne faut pas oublier que cette philanthropie en faveur de l'art permet d'appréciables dégrèvements fiscaux, on ne peut que se féliciter de cette utilisation de la richesse... On peut en déduire aussi qu'il y a décidément une relation entre l'art et la richesse...

   ... Car cette relation n'est pas nouvelle... Sans remonter plus loin dans l'histoire, on peut citer Mécène, le ministre de l'Empereur Auguste, qui aida les artistes de son temps et donna d'ailleurs son nom à la protection des arts... Il y eut aussi Laurent de Médicis à Florence au 15ème siècle, et bien sûr les Rois de France, notamment François 1er au 16ème siècle et Louis XIV au siècle suivant, et combien d'autres encore... Il y eut également des "collectionneurs" infâmes... comme Hermann Goering au 20ème siècle, qui s'était spécialisé dans la confiscation des oeuvres détenues par les Juifs arrêtés par la Gestapo... De tous temps, l'art a donc attiré les riches, surtout quand ils étaient puissants...

   Mais cela ne veut pas dire pour autant que l'art a créé la richesse... Certes, de tous temps, des artistes ont "bien vécu" grâce à leur art : Léonard de Vinci, Raphaël, Fouquet, Rigaud, Ingres, Watteau, Delacroix, etc... Certains artistes ont même organisé leur "production" en fonction de la clientèle, comme Rembrandt, qui avait de nombreux élèves et se contentait parfois de "mettre la dernière touche", ce qui a pu poser ensuite des problèmes d'authentification... D'autres ont certainement cédé, comme Picasso, à un goût contemporain pour l'anticonformisme... Mais combien d'artistes ont vécu dans la misère, comme Van Gogh... ou encore certains "impressionnistes" à leurs débuts, vendant "pour vivre" un tableau par ci ou par là.. avant que leurs oeuvres soient "reconnues" - souvent après leur mort - et atteignent désormais des prix "mirobolants"...

   Cette "cote" des oeuvres d'art pose d'ailleurs un 1er problème : les comptes-rendus de vente des Christies, Sotheby et autres Hôtel Drouot... évoquent souvent l'attribution à un "riche collectionneur" rarement connu, car l'intéressé a voulu "garder l'anonymat"... Certes, de temps à autre, une oeuvre a fait l'objet d'une "préemption" pour des Musées, mais la "cote" est telle que ceux-ci n'ont parfois pas les crédits nécessaires... et c'est ainsi que des oeuvres "disparaissent de la circulation" pour la seule satisfaction et la contemplation égoïste d'un "riche"... On en arrive à penser que toute oeuvre d'art ne devrait être acquise dans le monde qu' à la condition d'être présentée au "public" dans des musées, des expositions ou ailleurs..., le rôle des "riches" devant se limiter alors à obtenir la publicité de leur nom ou de leur entreprise en remerciement de leur "mécénat"...

   Mais le goût des "riches" pour les oeuvres d'art pose aussi un autre problème, qui est tout simplement celui de la "réalité" de l'art... Pour être passés au 19ème siècle...et au début du 20ème siècle "à côté" d'oeuvres qui ont été tardivement "reconnues" - parce qu'elles n'étaient pas dans le "goût de l'époque", les riches ont désormais une tendance certaine à acheter et protéger n'importe quoi : quand on voit certaines oeuvres  mises en valeur au Musée Pinault de Venise... ou encore quand on voit les "draps hideux" actuellement pendus à l'intérieur du Panthéon, on se pose des questions... On peut même se souvenir de l'anecdote célèbre de ces peintres qui, naguère, avaient accroché un pinceau à la queue d'un âne pour obtenir ...des effets de peintures sur un tableau, dont les "gogos" s'étaient ensuite extasiés devant les farceurs goguenards...

   Finalement, au delà des considérations de richesse, c'est la définition même de l'art qui est posée... et par conséquent le "moyen" - pour les "riches" comme d'ailleurs pour les "pauvres" - de le "reconnaître"... Le Dictionnaire affirme que "l'art est l'expression d'un idéal esthétique"... et que "l'esthétique est la science du beau"... Nous voilà bien avancés : pauvres de nous !...

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19 juin 2006 1 19 /06 /juin /2006 23:50

   L'inauguration du "Musée du Quai Branly" à Paris est un événement important, car il traduit la volonté de remettre définitivement à leur juste place - c'est-à-dire une place équitable - les manifestations culturelles de toutes les civilisations, en éliminant de l'opinion la conception - issue de la colonisation - d'Arts dits "primitifs" au sens d'être inférieurs aux Arts occidentaux.

   Néanmoins, ce Musée pose un... premier problème, qui est celui de sa dénomination...Le nom de "Musée du Quai Branly" ne fait qu'évoquer à la fois une bordure fluviale... et un savant français inventeur de ...la TSF, sans référence à son objectif comme c'était le cas pour le Musée de l'Homme... On a avancé, dès la décision de sa construction, le nom de "Musée des Arts Premiers", dans la mesure où le mot de "Primitifs" - qui,...à l'origine, désignait simplement "les premiers temps" (on parle par exemple d'Eglise Primitive) - a pris un sens péjoratif, synonyme de "frustes" ou "grossiers" par opposition à l'Art occidental considéré comme "évolué"... Mais cette désignation "d'Arts Premiers" n'est pas pour autant satisfaisante car elle sous-entend un "classement", alors qu'en la circonstance il n'y en a pas... Dans ces conditions, pourquoi ne pas utiliser un mot qui désigne le "début" - sans "classer" ni "mépriser" - à savoir : "initiaux"... Ce mot est d'autant plus évocateur qu'il a la même racine que celui "d'initiation" : or, depuis la Préhistoire, l'Art des premiers temps de toutes les civilisations - y compris la civilisation occidentale - a toujours été non pas un "Art pour l'Art", mais un "Art initiatique"...

   Telle est d'ailleurs la raison du second problème posé par ce Musée... Qu'il soit "des Arts Premiers", des "Arts Initiaux" ou plus pauvrement ...du Quai Branly, il a l'inconvénient majeur de  "figer" ces Arts dans des "collections" qui sont une pratique occidentale... En dehors des chapiteaux et des vitraux des cathédrales, ou encore des icônes russes ou byzantines, les oeuvres "occidentales" n'ont en effet pas de "contexte" (religion, magie,danse...) et peuvent donc sans inconvénient être présentées dans des musées... Tel n'est pas le cas des masques, costumes et objets divers de l'Afrique, de l'Océanie ou des Indiens d'Amérique, qui n'avaient de sens que dans les rites locaux... Les vieux Africains pouvant encore témoigner des pratiques de leurs ancêtres ne comprennent pas d'ailleurs cette "particularisation" d'objets en dehors de leur contexte, ce qui pour eux n'a aucun sens... Il est vrai que les Africains contemporains ont par contre très bien compris l'intérêt qu'ils pouvaient en tirer, au point de ne plus se contenter de vendre des objets authentiques; mais de fabriquer en série des copies souvent médiocres... Par contre, l'incompréhension des "Occidentaux" est telle qu'ils sont capables d'acheter un masque plusieurs millions d'Euros, alors que , dans la mentalité africaine, un masque pris isolément ne vaut "spirituellement" rien... Mais après tout, tant mieux pour les Africains qui trouvent ainsi - si elle n'est pas détournée ou confisquée par un commerce "parallèle" - une ressource non négligeable, alors qu'ils sont les plus pauvres du monde...

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Published by Jean Daumont - dans Arts
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