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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 23:58

   "Les Lys pourpres"? ...Qu'est-ce à dire ?... Il s'agit simplement d'un roman historique, dont l'auteur, encore peu connue, est Karin Ann, mais le titre est provocateur, puisqu'il oppose en principe deux couleurs, celle de la fleur blanche des lys - couleur du bien - et celle du pourpre - couleur du mal...

 

   Mais cette opposition est en fait un symbole se rapportant à l'histoire de la monarchie française au 16ème siècle, dont l'emblème des lys a été souillé par le sang ...Une monarchie déjà vieille d'un millénaire, imposée par le chef franc Clovis au 5ème siècle à la suite de sa conquête de la Gaule, qui devint la "Francia", c'est-à-dire la future France ...Monarchie qui connut maintes péripéties, car elle fut d'abord élective - le roi était "hissé sur le pavois" - avant de devenir héréditaire, avec la particularité d'être réservée à la "progéniture mâle", par extension abusive d'une règle de succession privée au domaine public, à la différence d'autres pays comme l'Angleterre,...ce qui n'empêcha pas des coups de force, entraînant la succession de trois "dynasties" : Mérovingienne du nom de Mérovée, père de Clovis, puis Carolingienne, du nom de Charlemagne, et Capétienne, du nom de Hugues Capet, cette dernière ayant règné jusqu'à Révolution (1789), les historiens l'ayant plus tard qualifiée de Monarchie d'Ancien Régime, pour la distinguer des monarchies postérieures (1er Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire) ...Car l'histoire des "Lys" n'est pas simple...

 

   Alors, pourquoi les "Lys pourpres" ?...Il faut savoir que la pourpre, avant d'être assimilée au sang, et donc à la cruauté, a été dès l'Antiquité considérée comme le symbole de la richesse ou d'une haute dignité sociale ...Elle fut associée chez les Romains à la dignité "impériale", tout empereur revêtant un manteau de pourpre lors de son avènement ...et, plus tard, elle devint la pourpre "royale", avant de subsister à l'époque contemporaine dans la pourpre "cardinalice" de l'Eglise ...Manifestement, c'est l'interprétation "sanglante" qu'il faut retenir dans le titre du roman historique de Karin Hann, en considération des tueries de cette période  des "Guerres de Religion" entre "catholiques" et "Protestants" après la mort accidentelle dans un tournoi de Henri II (1559), fils de François 1er : massacres de Vassy (1562) et de la Saint-Barthélémy (1572), ...assassinats du duc Henri de Guise et de son frère Louis (1588), ...du roi Henri III (1589), ...et plus tard, de Henri IV par Ravaillac (1610)...

 

   En fait, cette période est marquée par la personnalité de la veuve de Henri II qui, comme telle, n'avait aucune raison de règner : Catherine de Médicis ...Issue d'une famille célèbre de Florence, dans cette Italie ayant attiré naguère la convoitise des rois de France Charles VIII, Louis XII et François 1er (victoire de Marignan 1515 ...et défaite de Pavie 1525), elle n'avait joué jusque là aucun rôle, d'autant moins qu'elle n'était devenue "dauphine" qu'à la mort d'un premier dauphin, et qu'elle avait même été ensuite méprisée à la fois pour cause d'infertilité et en raison du rôle majeur joué alors par Diane de Poitiers, la favorite du roi Henri II ...En fait, il y avait eu un problème concernant ...une discordance sexuelle avec le roi et, après une intervention médicale subie par celui-ci, Catherine de Médicis avait pu enfanter, et même trop, ...trois garçons malingres et encore mineurs à la mort de leur père, et qui moururent l'un après l'autre sans héritier, les futurs François II (1559-1560), Charles IX (1560-1574), et Henri III(1574-1589), ce qui justifia la "régence" de Catherine de Médicis au nom des deux premiers et son influence persistante sous le règne du troisième ...Mais l'auteur du roman n'évoque cette régence que dans un épilogue - jetant ainsi un doute sur le qualificatif de "pourpre" (royal ou sanglant ?) - et ne s'intéresse qu'à la jeunesse difficile de Catherine de Médicis ...Est-ce à dire qu'il y aura une suite ?... Car l'oeuvre de de Catherine, pendant sa régence est très contestée : certains historiens vantent ses mérites, allant même jusqu'à la considérer comme un ..."grand roi", en raison du soin qu'elle a apporté à préserver l'autorité monarchique par une recherche constante de conciliation entre les "partis" rivaux, ainsi que par son souci de protéger les lettres et les arts dans ce qu'il a été convenu d'appeler la "Renaissance française" héritière de celle de l'Italie dont elle était originaire ...Mais d'autres historiens la rendent au contraire responsable de n'avoir pas su empêcher toutes les tueries ...De toutes façons, elle meurt (février 1589) sans avoir la douleur de connaître la mort de son dernier fils Henri III (Août 1589), la succession revenant alors à un cousin, le roi de Navarre Henri IV qui, ...à son tour, sera assassiné...

 

   Siécle ...pourpre, au sens du sang et des larmes...

 

(*) http://www.franceinfo.fr/livre/le-livre-du-jour/les-lys-pourpres-de-karin-hann-629897-2012-05-29

 

(**)  catégorie "notes de lecture" délaissée depuis 2008 et reprise à la suite de l'initiative d'un ami et commentateur - JF - à propos d'une histoire tout aussi sanglante

http://lamauragne.blog.lemonde.fr/2012/11/08/plongees-au-coeur-du-nazisme/

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 16:35
   Il se trouve que le nom de Claudel revient ces jours-ci dans l'actualité...

   Le Figaro Littéraire du 19 juin 2008 évoque Paul Claudel, écrivain qui eut sa période de gloire dans la 1ère moitié du 20ème siècle, notamment avec ses drames "Le Partage de Midi" ou "L'Annonce faite à Marie", ...et dont l'opposition avec André Gide, auteur de "La Porte étroite" et de ..."L'Immoraliste", défraya alors la chronique ...Mais c'est en fait un autre Claudel qui est évoqué aujourd'hui, celui qui fut - paraît-il - un "diplomate hors pair", ayant été ambassadeur 14 ans en Chine, 8 ans aux Etats-Unis et surout 7 ans au Japon, où il laissa sa plus forte marque, fondant notamment la Villa Kujoyama (la "Médicis" nipponne) et l'Institut du Kansaï... Certains affirment même que, s'il était resté au Japon, il aurait pu,en raison de son prestige, empêché l'alliance de ce pays avec l'Allemagne de Hitler ...et que, par conséquent, "la face du monde en aurait été changée" ...Bref, une personnalité qui a fait honneur à la France, et qui entra d'ailleurs à l'Académie Française en 1946...

   Mais l'actualité se tourne également vers une autre personnalité portant le même nom ...Cette fois, c'est le journal La Croix du 18 juin 2008 qui évoque Camille Claudel qui fut sculpteur (ou sculptrice ?) ...mais aussi le modèle, l'amie et même "l'égérie" d'Auguste Rodin, et à laquelle, justement, le Musée Rodin de Paris consacre actuellement une exposition... Toutefois, cette artiste au talent remarquable alliant force et sensibilité a longtemps été méconnue... et même elle a connu la fin de sa vie dans le déshonneur, puisqu'elle a été enfermée dans un asile d'aliénés à Ville-Evrard de 1913 à sa mort en 1943...Qu'avait-elle fait ?... Elle n'avait certes pas un caractère très équilibré, et était plutôt neurasthénique... Mais sa mère lui reprochait surtout sa relation "immorale" avec Rodin, qui avait donné lieu à un avortement en 1892...En fait elle n'était certainement pas "folle", à en juger par une lettre de 1932, où elle écrit : "...En prison , et avec des folles qui hurlent toute la journée, font des grimaces, sont incapables d'articuler trois mots sensés, voilà le traitement que depuis 20 ans, on inflige à une innocente"... Or cette lettre est adressée à son frère, qui n'est autre que ...Paul Claudel... Un frère qui écrira plus tard à une femme qui s'était fait avorter : "Sachez qu'une personne dont je suis très proche a commis le même crime que vous, et qu'elle l'expie depuis 26ans dans une maison de fous"...

   Certes, Paul Claudel rendra visite à sa soeur une fois par an, ...et peu avant la mort de celle-ci, il notera dans son Journal :"Amer, amer regret de l'avoir ainsi longtemps abandonnée"...Mais il note aussi : "Le Directeur me dit que ses fous meurent littéralement de faim...", l'alimentation des aliénés n'étant pas jugée prioritaire en cette période de restriction (!)... Un autre témoin signalera d'ailleurs qu'elle avait alors un oedème provenant d'une carence alimentaire... Et pourtant, elle écrit alors une lettre affectueuse à son frère :"Je suis fâchée de savoir que tu es toujours souffrant "...Manifestement, elle n'intéresse personne, ni dans sa famille, ni dans le milieu des artistes, qui l'ont oubliée, ...puisqu'en 1955 - alors qu'elle est finalement re-découverte comme une "grande artiste" ...et que la "famille Claudel" se soucie tardivement de lui donner une sépulture "décente", ...le Maire de la commune répond :"Je suis au regret de vous faire connaître que le terrain en cause a été repris pour les besoins du service, les renseignements concernant la famille de la défunte n'ayant pas été fournis au service du cimetière"...

   On ne peut donc pas dire qu'on rassemble actuellement dans le même "honneur" le frère et la soeur, Paul et Camille Claudel ...Car c'est vraiment l'honneur de l'une qui est le déshonneur de l'autre...

   - Illustrations : Paul Claudel , par Félix Valloton
                          La Valse, par Camille Claudel

   - Sources : Article de Jean-Claude Perrier - Figaro-Magazine 
                     Article d'Alfred Grosser - Journal La Croix
                                                                
  
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19 juin 2007 2 19 /06 /juin /2007 21:45

   Sous ce titre, et sans y nommer l'intéressé, Catherine Nay, déjà auteur de deux livres sur François Mitterrand, relate les 50 premières années de la vie d'un personnage qui occupe actuellement une place prééminente en France, en attendant de l'être en Europe et dans le monde...

   Né en 1955, dans une famille d'origine hongroise, ce personnage désormais célèbre vit d'abord très modestement, en raison des frasques de son père, à Paris puis à Neuilly-sur-Seine... Il doit alors beaucoup au dévouement de sa mère, envers qui il gardera toujours une grande piété filiale... Elève puis étudiant médiocre ( à Nanterre... puis à Sciences-Po où il échouera au Diplôme de sortie à cause de sa faiblesse en Anglais), il n'hésite pas à faire des "petits boulots", comme de passer une cireuse dans des bureaux... Mais il fréquente aussi à Neuilly-sur-Seine la section locale de ce qui est encore le RPR, où il devient rapidement le responsable, au point de se faire remarquer par le Maire Achille Péretti qui l'inscrit (en dernier...) sur sa liste de candidatures aux élections municipales alors qu'il a à peine 20 ans... Mais il se rend tellement indispensable qu'à moins de 30 ans, à la mort d'Achille Péretti, ...il devient Maire de Neuilly, au nez et à la barbe de Charles Pasqua, grâce au soutien de Jacques Chirac qui l'a remarqué comme délégué des jeunes à un congrès du RPR, lui ayant même dit : "Toi, je te ferai ministre"...

   Dès lors, il ne s'arrête plus et gravit un à un tous les échelons... Il devient membre puis Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, ...à nouveau au dépens de Charles Pasqua... A l'époque, Edouard Balladur, 1er Ministre de la cohabitation avec Mitterrand (1993-1995) est son "mentor", et il a avec lui une réelle complicité intellectuelle... Il apprend aussi auprès de lui quelques "usages", même si ce dernier, habitué à l'argenterie, apprécie peu de manger avec des couverts en plastique lors de réunions de travail... Cette relation explique qu'il le soutienne pour les élections présidentielles en 1995, la popularité du 1er Ministre étant évidemment une raison supplémentaire... Patatras... Balladur est devancé au 1er tour par Chirac revenu "du diable vauvert" et devenant ensuite Président de la République en battant Jospin au 2ème tour...

   Chirac a la rancune tenace, et il s'opposera alors par tous les moyens aux ambitions de notre personnage, qu'il s'agisse de remplacer à la tête du RPR devenu l'UMP Alain Juppé  - "le meilleur d'entre nous"...mais condamné dans l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris - ... ou de lui offrir le poste ardemment convoité de 1er Ministre... Démêlés complexes de deux "fauves" de la politique, s'estimant réciproquement, mais ne pouvant pas s'entendre dans le registre "Je t'aime, moi non plus"...

   En fait l'ambitieux personnage - qui a depuis longtemps affirmé "qu'il dit ce qu'il va faire et fera ce qu'il dit"- ne cache pas qu'il veut devenir Président de la République... Et il conserve de son enfance l'envie d'être "reconnu", ...d'être "aimé"... Certains psychologues lui prêtent même le complexe "freudien" d'avoir toujours voulu compenser ainsi sa petite taille... Etre aimé, il le savoure avec sa 1ère femme... puis avec la seconde, Cécilia, dont on dit qu'il a une "passion fusionnelle"... Il parle même d'interrompre sa carrière politique quand celle-ci s'éloigne en 2005... Mais elle revient... Et alors plus rien ne l'arrête... quand le livre, pour cause d'édition, s'achève en décembre 2006... On connaît la suite... mais évidemment pas la fin, même si on pressent que l'avenir ne va pas être "un long fleuve tranquille" !

   Car, bien entendu, chacun l'aura compris, le personnage en question est le nouveau Président de la République... Nicolas Sarkozy...

Réf : Catherine Nay - "Un Pouvoir nommé désir" Editeur Grasset 2007

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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 17:54

   La "Fille de coeur" est une très belle histoire racontée par Anh-Dao Traxel (Editions Flammarion 2006).

   Comme son nom l'indique (en partie...), Anh-Dao Traxel est une petite vietnamienne, et cette histoire est la sienne... Elle est née en 1957, trois ans après Dien-Bien-Phu, le départ des Français et les accords de Genève organisant en 1954 la partition entre le Vietnam-Nord communiste et le Vietnam-Sud passant rapidement sous influence américaine... Et, près de Saïgon au Sud, elle connaît d'abord une vie heureuse, son père étant un Directeur d'école, ce qui alors dans ce pays fait de lui un "notable", ayant même une maison et une voiture de fonction... La protection "obligée" des Américains lui vaut d'ailleurs plusieurs voyages aux Etats-Unis... En fait, c'est pour son malheur, car les Américains sont chassés à leur tour en 1975 par les Vietcongs du Nord, et ceux-ci l'enferment dans un "camp de ré-éducation" qui sera décrit plus tard comme un équivalent des camps nazis... La famille d'Anh-Dao est réduite à la misère... mais Anh-Dao, même si elle est encore à 18 ans une "enfant", est animée d'une volonté farouche de sortir de ce pays méconnaissable... Et, au prix de tribulations pénibles, elle réussit  à s'embarquer sur un "boat-people"... Malheureusement, elle n'aboutit qu'à un camp misérable de réfugiés de la côte malaise, l'île de Poulo-Bidong, où des Français comme Bernard Kouchner essaient d'apporter une aide surtout médicale... 4 années passent ainsi, et un "beau" jour, elle apprend que la France est prête à accueillir un certain nombre de réfugiés... Nouvel espoir, nouvelle attente, ...mais finalement elle a la chance d'être retenue, et le 19 juillet 1979, un avion la débarque avec tout un groupe à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle... Emotion, vertige d'angoisse, sentiment de solitude, Anh-Dao s'écroule dans un coin et sanglote...

   Alors, écrit-elle, "...des jambes de pantalon entrent dans mon champ de vision... Je sens une présence au-dessus...Je lève la tête et je vois un monsieur qui se penche pour me tendre un mouchoir... J'essuie mes larmes et je me mouche dans le grand carré de batiste immaculée qui sent délicieusement bon"... Le prêtre accompagnateur s'approche, et le grand monsieur lui parle... Aussitôt après, le prêtre s'approche de la jeune Anh-Dao et lui dit : "Tu ne te rends pas compte de ta chance... Monsieur le Maire va t'accueillir chez lui !"... Et chez lui..., c'est l'Hôtel-de-Ville de Paris, et cet "homme grand" va effectivement l'accueillir dans sa famille, l'adopter et la suivre avec affection dans sa nouvelle vie... Et il va devenir - au moins pour elle - à défaut d'être reconnu comme tel par ses adversaires et parfois même ses ..."amis" - un "grand homme" qui, après deux essais malheureux,  deviendra Président de la République... Car, bien sûr, cet homme généreux et pudique -ayant rarement évoqué sa vie personnelle et familiale, malgré divers chagrins - n'est autre que Jacques Chirac, et Anh-Dao est sa "fille de coeur"...

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5 janvier 2007 5 05 /01 /janvier /2007 09:27

   Non, il ne s'agit pas d'une variante du roman de Stendhal "Le Rouge et le Noir", mais tout simplement d'un petit poème anonyme trouvé par hasard dans la revue d'une Association caritative :

   Lettre d'un petit "noir" à son frère..."blanc" :

   Cher frère blanc,

   Quand je suis né, j'étais noir,

   Quand j'ai grandi, j'étais noir,

   Quand je vais au soleil, je suis noir,

   Quand j'ai froid, je suis noir,

   Quand j'ai peur, je suis noir,

   Quand je suis malade, je suis noir,

   Quand je mourrai,... je serai noir,

     Tandis que toi, frère blanc,

   Quand tu es né, tu étais rose,

   Quand tu as grandi, tu étais blanc,

   Quand tu vas au soleil, tu es rouge,

   Quand tu as froid, tu es bleu,

   Quand tu as peur, tu es vert,

   Quand tu es malade, tu es jaune,

   Quand tu mourras,... tu seras gris,

   Alors... de nous deux, qui est l'homme de couleur ?...

   Un petit poème, tout simplement...

  

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28 décembre 2006 4 28 /12 /décembre /2006 18:06

   Dans le fracas incessant des troubles du Moyen-Orient, est passée complètement inaperçue la parution d'un livre qui - il est vrai - semble une affaire de spécialistes : " Le secret des découvertes" de Christiane Desroches-Noblecourt (Editions Télémaque), livre qui avait été précédé par "Le fabuleux héritage de l'Egypte"... Il s'agit, bien sûr, de l'Egypte ancienne, mais pour autant l'étude faite par l'auteur, dans un style alerte et souvent plein d'humour, n'a rien d'innocent, car elle remet en cause - tout simplement - les fondements des grandes religions monothéistes nées dans le Moyen-Orient : judaïsme et christianisme...

   Il faut d'abord rappeler que Christiane Desroches-Noblecourt est une "égyptologue" émérite, dans la lignée de Champollion, de Mariette et de l'Abbé Drioton, ce dernier ayant d'ailleurs été son maître et tuteur en Egypte... Agée maintenant de 92 ans, elle a multiplié les découvertes - dont la tête sculptée en albâtre de Thouy, la mère de Ramsès II, ornant la couverture de son dernier livre - , sauvé 24 temples en Nubie, et laissé une oeuvre écrite considérable, sans se départir d'un grand courage et de son franc-parler à travers maintes vicissitudes...

   Il n'est pas possible de relater toutes les "révélations" que ses découvertes ont inspiré à Christiane Desroches-Noblecourt, mais on peut en citer quelques-unes : qu'il s'agisse du calendrier, de la ...brique, du jeu de l'oie, ... du test de grossesse,  des châteaux-forts, du traitement de la cataracte, ou des textes à l'origine des fables d'Esope et de ... La Fontaine, toutes ces "pratiques" ont leur origine dans l'Egypte ancienne... Et cela n'est rien à côté du fait que ce pays est le creuset des religions orientales et de leurs principaux mythes fondateurs, en particulier ceux de la Bible : ainsi l'histoire d'Adam et Eve et des 7 jours de la création sont inspirés du mythe égyptien de Gheb et Nout... De même l'histoire de Joseph et de ses frères - fils de Jacob - fourmillent de détails empruntés à la civilisation égyptienne, notamment l'interprétation des rêves - alors couramment pratiquée par les prêtres égyptiens - et la fable des 7 vaches grasses et 7 vaches maigres, qui était un vieux "classique" égyptien concernant les crues du Nil... Quant à l'histoire de Moïse - dont le nom est reconnu par les exégètes comme égyptien  (Cf le pharaon Thoutmosis) - elle apparaît comme un épisode réel ou symbolique de ces migrations de peuples sémites venus du désert voisin et attirés par l'Egypte  ou en ressortant, au gré du climat ou des besoins du Pharaon... Car l'Egypte était alors la puissance dominante -"l'Eldorado" de l'époque - à l'image des Etats-Unis pour les immigrants européens aux 19ème et 20ème siècles... Et si les Egyptiens n'ont pas alors gardé de traces du passage des Hébreux, c'est banalement parce que les mouvements de ce petit peuple n'avaient pas retenu leur attention et que les pharaons n'avaient pas jugé nécessaire d'en laisser un témoignage dans les inscriptions de leurs monuments...

   Mais les "révélations" vont plus loin... Car  on y apprend que les Egyptiens croyaient à la "résurrection" ... sinon les pharaons n'auraient pas construit des pyramides, des tombeaux et des mausolées avec des meubles, objets et offrandes pour la vie de "l'au-delà"... Et ceci alors que la notion même de "résurrection" est restée longtemps étrangère aux Hébreux, pour qui les morts étaient voués pour l'éternité à l'oubli du "shéol", et qu'elle n'y apparaît tardivement qu'avec les pharisiens, dont Jésus reprendra la croyance... alors que les sadducéens, prêtres du Temple, la rejetaient... De même, on a fait des Hébreux les créateurs du Dieu unique... Et certes ils croyaient à "un" Dieu - Yaveh - qui était leur Dieu "national", comme Baal l'était pour les Phéniciens, mais ils  reconnaissaient l'existence d'autres Dieux, même s'ils les jugeaient inférieurs, comme l'illustre le Psaume 97 :

   "Toi, Yaveh, très haut sur toute la terre

   "Tu t'élèves bien au-dessus des autres dieux...

   Et en cela, ils avaient la même attitude que les Egyptiens, lesquels, bien avant eux , croyaient à un Dieu supérieur, représentant la seule chose qui comptait , - le Maat , dont la Balance symbolisait la justice -  avec Amon-Râ dominant de multiples divinités, comme l'explique Christiane Desroches-Noblecourt :

  "Les Egyptiens étaient des gens qui vivaient en "Dieu", imprégnés par le divin. On parle de la multitude des dieux égyptiens, mais c'est faux : qu'ils l'appellent Amon le caché quand il est tapi au fond des eaux, ou Aton quand il irradie le soleil, c'est bien de la même force initiale que les Egyptiens parlent, de la même puissance divine. Ils ont toujours eu une sorte de monothéisme, et seront les premiers dans l'Antiquité à affirmer l'existence d'un au-delà"...

   Cette conversion à un monothéisme "universel", les Hébreux devenus les Juifs n'y viendront qu'au retour de leur "Exil de Babylone" (5ème av.JC)... Quant aux chrétiens, ils trouveront en Egypte un terrain de prédilection... car il y a une certaine similitude entre le polythéisme égyptien à "base" monothéiste et le monothéisme chrétien à "apparence" polythéiste : la Trinité, la Vierge (rappelant Isis...), les Saints... Ce n'est par hasard que le christianisme, avec les Coptes, a résisté en Egypte devant la vague musulmane à partir du 7ème siècle...

   Et si vous lisez ses livres , Christiane Desroches-Noblecourt vous racontera d'autres histoires : celles de la grenouille, du poisson, de la pupille de l'oeil, etc... arrivant à convaincre que notre civilisation soi-disant "judéo-chrétienne" est en réalité une civilisation ""égypto-chrétienne" !...

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15 juin 2006 4 15 /06 /juin /2006 16:40

   Telle est la "jaquette" du livre, paru en avril 2006,  de Fabienne Brutus sous le titre : "Chômage, des secrets bien gardés" - Edition Gawsewitch/Eyrolles.

   L'auteur est "conseillère à l'emploi" dans une ANPE, et on peut donc penser qu'appartenant au sérail, elle sait de quoi elle parle... Néanmoins il convient de garder un esprit critique : l'appartenance à un corps ne permet pas toujours une objectivité suffisante. Naguère, Clémenceau disait à propos de l'Etat-Major : "La guerre est une chose trop sérieuse pour n'être confiée qu'aux militaires"... En ce qui concerne le chômage, toute information doit être contrôlée dans un pays comme la France où chaque famille a actuellement au moins un membre proche "sans travail rémunéré", et où il ne faut donc pas raconter n'importe quoi...

   Le livre s'ouvre sur un chapitre "Des chiffres introuvables"... Et on découvre que le nombre de "demandeurs d'emploi" ne correspond pas au nombre des "chômeurs officiels" : les demandeurs d'emploi sont en effet répartis en ...8 catégories, dont seule la 1ère compte pour les statistiques, soit 2.414.125 "personnes sans emploi, immédiatement disponibles, et recherchant un CDI à temps plein" en Novembre 2005... Le nombre peut déjà être porté à 3.177.131 si on y ajoute les demandes de temps partiel et les demandes émanant d'intérimaires... Mais il y a 5 autres catégories (stagiaires, titulaires de CDD, les + 78 h de travail par mois, etc...) qui ne sont pas décomptés... soit au total 4.125.790... Et l'auteur ajoute les "oubliés du chômage" (jeunes, "vieux", malades, RMistes...) pour arriver au total "incroyable" d'environ 10.000.000... A trop vouloir démontrer, l'auteur exagère, et on s'y perd...

   Le 2nd chapitre est consacré au Conseiller "soldat de la République"...On peut comprendre que le chemin de celui-ci n'est pas semé de roses, à commencer par son entrée, puisque l'auteur affirme que "c'est le chômage qui mène à l'ANPE" ... Elle ajoute, il est vrai, que le niveau minimal est Bac + 2, ce qui n'est pas pour autant une garantie... Suivent des considérations sur la "capacité à la servitude" pour y faire "carrière" : rien d'original, car on trouve cela dans d'autres secteurs de l'administration française, où les "primes" et les "avancements au choix" dissuadent de tout militantisme excessif... Il faut suivre la politique de l'établissement, qui est souvent la "politique" tout court... En fin de compte, à quelques exceptions près, on y encourt régulièrement l'acrimonie ou la colère des chômeurs estimant "que le conseiller ne fait pas son travail puisqu'eux n'en trouvent pas.".. Ceci dit, l'auteur en "rajoute" ou plutôt il en retranche, car il y a tout de même des témoignages nombreux de l'incompétence ou de la paresse rencontrées dans certaines ANPE...

   Suivent 2 autres chapitres consacrés à l'accueil des chômeurs, ce qui est triste "à pleurer" ...et il faut s'habituer à tout un charabia professionnel du genre : "monter une AIS pour garder l'ARE, établir une AFF pour aller au bout d'une formation, faire une DAF pour les frais"...sans oublier évidemment les CV (Curriculum Vitae) et les BCA (Bilans de Compétences Approfondies)... Et on en arrive à un chapitre des "Partenaires voyous" : l'ASSEDIC, donneur d'ordre, qui fait donc la loi, puisqu'elle recueille les cotisations et indemnise les chômeurs (pas tous...)... mais aussi les Cabinets de placement, habilités à utiliser gratuitement les fichiers de l'ANPE, et faisant payer cher aux entreprises leurs prestations : 4000 E (employé) à 7000 E (cadre)... Ce qui pose un problème de principe : privatisation complète ou étatisation, car "l'économie mixte" en la circonstance est plutôt étrange... A noter pour mémoire que les Associations de chômeurs, apparemment les mieux placées pour parler du chômage, ne sont le plus souvent pas consultées...

   Et le livre se termine par un chapitre qui fait frémir : "Le pire est à venir"... Les mesures actuelles du Plan de Cohésion Sociale sont fustigées : suppression des allocations (quand elles existent !) après 3 refus d'offre d'emploi, chasse aux faux chômeurs (à définir ?), faux-semblants des Contrats nouveaux (CA, CNE;...et CPE avant son abandon) qui se substituent aux anciens CDI, mais avec des garanties contre le licenciements en moins... Et dans le même temps, les crédits de "formation" disparaissent, à l'encontre de la "mobilité" souhaitée... D'où le mécontentement latent : l'auteur évoque même "les agences qui brûlent"... Faut-il pour autant sombrer dans le pessimisme ?... Certes, il y a des excès et des motifs d'inquiétude dans l'immédiat... Mais, puisqu'il est question "d'avenir", qu'en est-il à moyen et long terme de l'effet du "Papy-Boom" qui commence officiellement en 2005 et va conduire progressivement à une insuffisance de "jeunes" ? Que va-t-il en être en France du prolongement inéluctable de "l'activité" jusqu'à 65, voire 70 ans, déjà en cours de réalisation dans des pays voisins ? Quid du cumul d'une retraite (faible) avec un emploi adapté aux personnes "âgées" ?... L'avenir est sombre...mais peut-être plus pour l'emploi que pour le chômage, même s'il y a un apparent paradoxe...

NB: Pour des informations plus complètes sur le chômage et l'ANPE, voir le Blog "Propositions Audacieuses" de Jacques Heurtault (Cf Lien - Catégorie Cohésion Sociale - 5 pages - 22 articles à ce jour).

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7 avril 2006 5 07 /04 /avril /2006 12:35

   Dans son livre "La tragédie du Président - Scènes de la vie politique 1986-2006" (Edition Flammarion 2006), Franz-Olivier Giesbert prolonge son étude précédente sur "Jacques Chirac" (Edition du Seuil 1985) en l'étendant à son entourage... Le terme de "tragédie" est provocant, car il s'agit plutôt d'une "tragi-comédie", voire d'une comédie burlesque, où la présentation des personnages tourne parfois à la caricature...

   Le personnage de Jacques Chirac est évidemment au centre de cette satire, mais la présentation reste ambiguë en raison d'un mélange de cruauté et de bienveillance, comme si l'auteur, à l'instar d'autres biographes, avait une prédilection inavouée pour le héros de son livre :

   - Chirac est, à son avis, un homme fondamentalement "bon" et "sympathique", naturellement porté vers les autres, avec sa main toujours tendue... et son souci constant d'aider ses amis quand ils sont en difficulté... Il est même apprécié par ses adversaires socialistes, à l'exemple d'Allègre qui se fera sermonner par Jospin...

   - Mais Chirac n'en est pas moins un "politique", qui utilise les hommes à son gré, quitte à les oublier ensuite sans le moindre regret. En dehors de Jérôme Monod, son "mentor de toujours" et de Juppé "le meilleur d'entre nous", ses "compagnons" sont rejetés l'un après l'autre : Juillet, M.F. Garaud, Balladur "l'ami de 30 ans" qui le trahit en se présentant contre lui en 1995, Seguin, etc... Seuls lui résistent Bayrou et Sarkozy : tout un programme...

   - Chirac est aussi un "nationaliste", en digne héritier sur ce point du Général de Gaulle, parfois caricatural, puisqu'il définit son action par une opposition systématique aux Etats-Unis, en particulier à Bush junior, dont il rejette le "comportement messianique" (on peut le comprendre...)... Quant à l'Europe, il la défendra avec une honnêteté un peu tardive, mais n'écoutera pas les conseils de Giscard, auteur du Traité, lui demandant de retarder le référendum...

   - Car Chirac est à la fois "entêté" et "versatile"... J.F. Kahn a dit de lui : "Personne ne sait où il est : lui non plus"... Couvé par la Droite, il déteste le libéralisme autant que le communisme... En fait, il sera toujours un "radical-socialiste" - la référence chrétienne en plus - et il a d'ailleurs à l'origine hérité du fauteuil de Queuille en Corrèze... Certes il tentera des réformes, mais à de rares exceptions près (dont celle des Retraites réalisée avec sagesse par Raffarin...), la plupart seront abandonnées, le CPE apparaissant déjà comme le dernier avatar... C'est le triomphe du "ninisme" copié, après Jospin, sur Mitterrand qui appliquait la formule : "La Réforme, en parler toujours, ne la faire, jamais"... Et pendant ce temps, se joue la "tragédie française" avec un PIB par habitant passant du 11ème rang (1970) au 16ème rang (2004), tandis que le chômage atteint des sommets...

   - Il n'en est pas moins vrai que Chirac reste, à bien des égards, un personnage "secret"... On le dit "rustre", mais en fait il possède une haute culture, surtout dans le domaine artistique, où il a un goût particulier pour ce qu'il a appelé les "arts premiers", allant jusqu'à faire naguère des conférences au Japon et en Chine... De même, on le croit "vaniteux" et "roué", alors qu'il manque en permanence de confiance en lui-même et a la conviction de ne pas être "à la hauteur"... "Il se méprise"...

   Chemin faisant, F.O. Giesbert dresse une galerie de portraits du milieu politique, qui n'est pas triste, d'autant moins qu'il s'agit parfois d'observations "mutuelles"... Villepin est pourfendu : "Le Tartarin de l'Elysée"... et, après sa nomination comme 1er Ministre... "Depuis que Villepin a rencontré Villepin, ils ne se sont plus quittés...Ils s'adorent" ... De Madelin : "Cet homme est une blague, avec ses lubies idéologiques"... De Seguin : "Cet esprit chagrin a une si haute idée de lui-même qu'il a fini par la perdre de vue"... D'Allègre, "En voilà un qui a le courage de ses opinions... C'est autre chose que Bayrou qui a passé 5 ans rue de Grenelle à ne rien faire"... De Jospin, "c'est la vertu faite homme"... De Strauss-Kahn, "Héritier d'Edgar Faure, et virtuose de l'enfumage"...Quant à Martine Aubry, il rappelle opportunément "qu'elle est passée en force à l'Assemblée en 1997 pour l'affaire des "35 heures", sans prendre la peine de consulter les syndicats" : Villepin n'a donc rien inventé... Finalement, seule une femme trouve grâce à ses yeux : Bernadette Chirac, d'abord curieusement évincée de l'Elysée ... par sa fille Claude, jusqu'à ce qu'elle soit pratiquement la seule à prévoir la présence de Le Pen au 2ème tour en 2002... Il la montre à la fois "rosse, crue et batailleuse" ... le vrai "homme" de la famille, qui exècre Villepin... et encourage Sarkozy...

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24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 19:27

   Le "Grand Dérangement", par lequel se termine "Acadie, terre promise", ne fut pas un convoi des Acadiens sous la "bonne garde" des Anglais... Elle fut une "déportation" à l'allure de ce qu'on appelle maintenant "l'épuration ethnique", voire le "génocide"... Sur 18.000 colons en 1755, on dénombre au Traité de Paris en 1763... 6000 à 8000 morts, soit à la suite de massacres, soit en raison d'un transport à fond de cale dans des bateaux, où les pauvres Acadiens sont décimés par un manque épouvantable d'hygiène, la dysenterie et diverses épidémies, car les colons anglais refusent le plus souvent leur débarquement dans les escales de la Nouvelle-Angleterre... Ceux qui échappent aux rafles des Anglais se réfugient dans des îles voisines ou sont recueillis par leurs amis indiens, eux-mêmes voués à un anéantissement proche... Les apôtres actuels de la "repentance" seraient bien avisés de s'en souvenir, notamment en Angleterre et aux Etats-Unis...

 

   "Le retour en Acadie" - roman d'Alain Dubos de 731 pages faisant suite à "Acadie, terre promise" - est d'une lecture plus difficile, car il est fragmenté, à l'image de la déportation des Acadiens, en chapitres correspondant à leurs diverses destinations . Il y a d'abord "le peuple des bateaux", c'est-à-dire des déportés embarqués de force : certains sont pris comme domestiques ou simples manoeuvres dans les colonies du nord de la Nouvelle-Angleterre, où ils mènent une vie de forçats relégués dans des faubourgs misérables... D'autres deviennent des esclaves dans les colonies du Sud comme la Caroline ou la Virginie, à l'instar des Noirs... Souvent les famillkes - hommes, femmes ou enfants - sont séparées sans pitié...

 

   Il y a donc aussi des Acadiens qui ont échappé aux Anglais : chassés des îles où ils avaient trouvé un premier refuge, et ne pouvant rester dans les forêts où les Indiens les avaient d'abord hébergés, ils parviennent, au prix de mille difficultés, malgré le froid et la faim,  à rejoindre à l'ouest les rives du Saint-Laurent autour de Québec et Montréal, où ils fondent une "Petite Acadie"... Mais la Belle Province" est conquise à son tour par les Anglais en 1760... Quant aux Acadiens transférés en Angleterre dans des conditions atroces, faute d'un accueil dans les colonies anglaises, les membres de leurs familles restées en Amérique n'en ont pas de nouvelles...

 

   Le Traité de Paris, qui consacre en 1763 la perte définitive de l'Acadie et de la Province de Québec, entraîne paradoxalement une fin relative des tourments pour les Acadiens... Les prisonniers sont libérés... Certains rejoignent la lointaine Louisiane, au sud des vastes plaines à l'ouest des Appalaches... D'autres, peu nombreux, reviennent dans ce qui n'est plus que la Nouvelle-Ecosse, où il leur est néanmoins interdit de cultiver la terre comme autrefois, leur présence étant seulement tolérée pour une activité de pêche sur les côtes... Le roi de France Louis XVI, apitoyé par le triste sort des Acadiens d'Angleterre, les installe à Belle-Isle et dans le Poitou, une de leurs provinces d'origine deux siècles auparavant...mais on les a oubliés, et ils sont plutôt mal accueillis...

 

   Finalement les Anglais trouveront le moyen, par des taxes et privilèges excessifs, de dresser contre eux une majorité de leurs anciens colons (Indépendance des Etats-Unis 1774)... et, alors que Louis XIV et Louis XV avaient délaissé le Canada français, leur successeur Louis XVI apporta son aide aus insurgés des colonies anglaises avec Rochambeau et La Fayette... Et on assista même à l'épisode étrange - véritable retour de l'histoire - d'anciens Acadiens s'engageant auprès des insurgés, dont certains avaient naguère occupé leur pays... Il est vrai que ce fut surtout une solidarité au niveau "populaire"... Quant aux réfugiés en Louisiane, chacun sait que cette immense colonie dans les grandes plaines de l'Ouest fut vendue par Napoléon en 1803, le souvenir des Acadiens ou des colons français ayant longtemps persisté à la Nouvelle-Orléans...

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22 mars 2006 3 22 /03 /mars /2006 17:57

   Alain Dubos, ancien membre de "Médecins sans frontières", et auteur connu d'une tétralogie sur son "Pays des Landes", évoque dans "Acadie, terre promise" (Presses de la Cité 2002) cette ancienne terre française oubliée dans une presqu'île de la côte est du Canada, aux confins de Terre-Neuve.

 

   Evidemment, ce roman de 981 pages n'a rien d'une élucubration psychologique au souffle court... Au travers d'une saga familiale étalée sur plusieurs générations, il raconte l'histoire attachante et bouleversante d'un peuple de colons français issus notamment du Poitou et épris d'une liberté qi'ils partageaient avec les tribus indiennes du voisinage... au point d'y trouver souvent refuge à l'occasion de leur lutte contre les colons anglais...

 

   Car cette terre d'Acadie où les premiers colons français débarquent au temps de Henri IV leur est disputée par leurs voisins de la Nouvelle-Angleterre plus au sud, autour de Boston, - en particulier par les Puritains, les "intégristes" de l'époque, qui "donnaient de la lame et du mousquet avec la même ferveur qu'ils mettaient à implorer la clémence divine pour eux-mêmes"... et qui ne se souciaient que d'imposer leur domination aux Français comme aux Indiens...

 

   On peut encore rêver à une Amérique où cette Acadie - au nom évocateur de Paradis - se serait étendue pour former une grande entité franco-indienne... Mais, comme la "belle Province" voisine du Québec, l'Acadie est oubliée par le Roi Louis XIV, trop occupé par ses guerres et sa gloire à Versailles, et ensuite par Louis XV et sa cour : même un "philosophe" soi-disant éclairé comme Voltaire n'a que mépris pour  "quelques arpents de neige"... Aussi, après le Traité d'Utrecht (1713) et  quelques années de répit où les Acadiens essaient de "co-habiter" avec leurs "occupants" anglais, ceux-ci profitent d'une nouvelle guerre entre l'Angleterre et la France pour procéder à leur déportation qui est connue sous le nom de "Grand Dérangement" (1755)...

 

   La Douce Acadie n'est plus que la sèche Nouvelle-Ecosse...

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