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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 23:04

    Le gouvernement d'un Etat ne peut être assuré que s'il trouve dans sa gestion les "relais" permettant à la fois de connaître les besoins de la société et d'élaborer les décisions nécessaires à leur satisfaction . L'histoire de la France apporte à ce titre une leçon significative avec l'évolution de la monarchie de l'Ancien Régime : d'abord fondée sur la participation des Etats Généraux  formés des représentants des trois "ordres" anciens de la société (Noblesse, Clergé et Tiers-Etat) et effectivement réunis à 16 reprises de 1302 (Philippe le Bel) à 1614 (Régence de Marie de Médicis), la monarchie est devenue "absolue" en renonçant à les réunir ...Et ce n'est pas un hasard que la réunion trop tardive des Etats Généraux en 1789 a abouti à la transformation de ceux-ci en "Assemblée Nationale" qui a mis fin à l'absolutisme en imposant la "volonté des représentants du peuple", suivant la célèbre formule de Mirabeau..

 

   Néanmoins, la suite de l'histoire a montré que la volonté des représentants du peuple n'a pu se manifester qu'au prix de nombreuses vicissitudes, dans le cadre d'une dizaine de régimes politiques (2 monarchies, 2 Empires ...et 5 Républiques),  ...et qu'elle a longtemps été limitée avant d'être élargie à l'ensemble des citoyens :

   - En effet, les élections n'ont longtemps concerné qu'une partie de la population : d'abord, il ne s'est agi que des hommes, les femmes étant exclues de toute participation, la Déclaration des Droits de ...l'Homme n'ayant pas aboli sur ce point l'ostracisme instauré ...par les Etats Généraux de 1328 ...D'autre part, seuls les hommes ayant un certain niveau de ressources étaient admis à voter dans un suffrage "censitaire"...

   - Ce n'est qu'au terme d' environ un siècle et demi que le suffrage "universel" s'est établi : d'abord prévu mais non appliqué dans la 1ère Répub lique (1792) aboutissant au Consulat et à l'Empire, puis rétabli dans la 2ème République (1848) aboutissant au Second Empire, il ne devient la forme légale des élections qu'avec la 3ème République (1871) ...du moins pour les hommes, puisque les femmes durent attendre la décision du Général De Gaulle (1945) pour être admises à voter...

 

   Mais pour autant la généralisation du suffrage universel n'a pas entraîné l'instauration d'un seul type de scrutin, à la différence de pays comme l'Angleterre ou les Etats-Unis ... La diversité des opinions en France a en effet conduit à une multiplication des "partis" politiques ...où certains historiens ont vu - non sans humour - la persistance des divisions "gauloises" déjà évoquées par le Romain Jules César au 1er siècle avant JC ...Et il en est résulté une grande diversité des modes de consultation :

   - Le scrutin jugé le plus équitable a souvent été le scrutin de liste  "proportionnel" à 1 tour, puisqu'il traduisait avec exactitude l'audience des partis politiques ...Mais il aboutissait généralement à un émiettement ne permettant pas une majorité cohérente et engendrant une grande instabilité gouvernementale ...De surcroît, il avait le défaut de priver les électeurs du choix des candidats, qui était préparé par des comités de partis veillant à désigner en tête de liste les candidats ayant la certitude d'être ainsi élus...

   - C'est pourquoi, s'est développé le scrutin "majoritaire uninominal à 2 tours", dans la mesure où il était plus proche des électeurs pouvant ainsi choisir "personnellement" les candidats ...Mais il avait l'inconvénient d'affaiblir le rôle des responsables des partis politiques et d'engendrer éventuellement la rivalité de personnalités éminentes pouvant ainsi s'appuyer sur leurs électeurs, parfois au mépris des consignes partisanes ...

   - Aussi y-a-t-il eu de nombreuses tentatives d'aménagements pour concilier les deux types de scrutin : ainsi, en 1951, a été imaginé le système des "apparentements" permettant de regrouper les partis au 2ème tour pour le partage des sièges ...et, en 1957, Giscard d'Estaing, alors seulement député du Puy-de-Dôme, avait même concocté un système où la moitié des députés serait élue au scrutin de liste proportionnel et l'autre moitié au scrutin majoritaire uninominal ...

   En fait, il serait fastidieux d'énumérer tous les passages d'un scrutin à un autre depuis les débuts de la 3ème République, comme il serait pratiquement impossible de rendre compte des re-découpages constants des circonscriptions, n'étant pas toujours justifiés par des évolutions démographiques...

   Finalement, le bilan - certainement provisoire - du "kaléidoscope" électoral est actuellement le suivant :

   - Scrutin de liste proportionnel pour les élections municipales (avec prime au parti majoritaire) et pour les élections régionales...

   - Scrutin majoritaire uninominal à 2 tours pour les élections cantonales et pour les élections législatives, l'accès au 2ème tour étant assujetti à un pourcentage minimum de voix au 1er tour..

 

   Evidemment, ces scrutins ont été plus ou moins éclipsés par l"apparition - ou plutôt la ré-apparition - des élections présidentielles ...En effet, la méfiance envers le pouvoir personnel, suscitée par l'expérience des deux ..."Napoléons",  avait conduit à limiter le rôle du Président dans la 3ème, puis la 4ème République, celui-ci étant élu par un "collège de notables"(parlementaires et représentants locaux) et n'ayant que des pouvoirs limités à caractère surtout symbolique, ce qui avait permis au Général De Gaulle d'ironiser sur la fonction "d'inaugurer les chrysanthèmes" ...Aussi celui-ci ne manqua pas, à l'occasion de son retour sollicité pour résoudre le problème de l'Algérie, d'attribuer des pouvoirs étendus au Président de la République par la Constitution de 1958 et de lui donner ensuite en 1965 l'onction populaire par sa décision de le faire élire au suffrage universel par un scrutin à 2 tours, l'accès au 2ème tour étant limité aux 2 candidats ayant eu le plus grand nombre de voix ...Ainsi à été instauré un "régime présidentiel" - dont il a été le 1er bénéficiaire - se substituant au "régime d'Assemblée" qui n'était pour lui qu'un régime de partis... Et après son départ volontaire en 1969, ses successeurs - qu'ils soient de "gauche" (comme Mitterrand) ou de "droite" (comme Pompidou, Giscard d'Estaing, Chirac  ...et Sarkozy) - ne l'ont pas remis en cause, conservant sans vergogne l'ensemble des pouvoirs désormais dévolus au Président de la République ...Mais le mode d'élection comporte des risques, celui de permettre au Président d'outrepasser ces pouvoirs, comme l'avait fait De  Gaulle lui-même - même s'il s'était récrié lors d'une conférence de presse de "ne pas être un dictateur" ...et comme avait tendance à le faire Sarkozy jouant  "l'hyper-Président" se mêlant de tout ...

 

   Car les hommes font les élections , et les élections font les hommes ...Ainsi va la France !...

 

  

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Published by Jean Daumont - dans Politique Intérieure
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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 10:44

    L'homme est par nature un être social. Mais la vie en société nécessite une organisation, c'est-à-dire l'application de règles communes. Et cette application a toujours été assurée par une autorité - quelle qu'elle soit - ayant la fonction de la diriger...

 

    Même s'il n'y a pas de témoignages écrits sur  les temps préhistoriques, il paraît vraisemblable en effet qu'un  pouvoir politique a été exercé dès cette période ...Par analogie avec les sociétés primitives qui persistaient encore au 20ème siècle (Indiens de la forêt amazonienne, Papous de la Nouvelle-Guinée), on peut penser que les hommes vivant alors de la cueillette, de la chasse et de la pêche vivaient en 'tribus" ou "clans" sous la direction d'un "chef" censé agir au nom d'une puissance "surnaturelle" ...C'est certainement la raison pour laquelle les premiers "Etats" qui se constituent au seuil de l'Histoire - des cités aux empires du Moyen-Orient - sont dirigés par des hiérarques considérés comme les représentants des dieux dominant le monde...

 

    Néanmoins, au cours de l'Histoire,  le pouvoir politique n'a pas cessé d'évoluer, de façon très diverse suivant les régions du monde :

 

   - Le pouvoir "théocratique" - le plus ancien - s'est longtemps maintenu en raison de l'importance de la religion dans les sociétés : illustré pendant l'Antiquité par les "prophètes" plus ou moins légendaires de la Bible des Hébreux; il se retrouve au Moyen-Age avec la prétention des Papes à diriger toute la Chrétienté (Innocent III) et, dans une certaine mesure, il survit encore dans les pays de l'Islam, à l'image du "Guide Suprême" en Iran...

 

   -  Le pouvoir "aristocratique", confiant la direction des affaires publiques à une "élite" sociale dominant un peuple parfois asservi, a été pratiqué dès l'Antiquité, notamment au début de l'histoire romaine, où le pouvoir est assuré par les magistrats âgés du Sénat (senex = vieux), ...puis, au début du Moyen-Age, avec la prédominance des "seigneurs" de la Société féodale, ...et il persistait encore au seuil de l'histoire moderne dans les "républiques" italiennes (Gênes, Venise...)

 

   -  Le pouvoir "monarchique" est cependant de loin celui qui a été le plus pratiqué "dans l'espace et dans le temps", sous des noms divers (roi, prince, duc, tyran, dictateur, empereur...). Ce pouvoir est souvent d'abord "électif", le souverain étant choisi parmi les "éligibles" en fonction de ses aptitudes connues ou supposées (notamment à la guerre) ...Ainsi Clovis est "hissé sur le pavois", ...comme plus tard Napoléon Bonaparte est désigné comme "Consul" ... Mais ce choix est fréquemment prolongé "à vie", du fait de la volonté de l'intéressé ou de celle de ses électeurs en fonction des services rendus ...Car rares sont ceux qui, comme Cincinnatus à Rome (6ème siècle avant JC) retournent à leur charrue après avoir été le "chef" ...Au contraire, le monarque élu se soucie de conserver la fonction dans sa famille, la monarchie devenant alors "héréditaire", généralement au profit du descendant de sexe masculin par "primogéniture" : ainsi se sont multipliées dans l'Histoire les "dynasties" : à l'époque romaine, la dynastie julio-claudienne (Auguste, Tibère, Trajan, etc), la dynastie des Sévères ...Puis, au Moyen-Age, la dynastie des Hohenstaufen et la dynastie des Habsbourg dans le Saint-Empire Romain Germanique ...et, en France, bien entendu, la dynastie mérovingienne, la dynastie carolingienne et la dynastie capétienne...

 

   - Le pouvoir "démocratique" est devenu le plus courant à l'époque contemporaine ...Par définition, il est "le "gouvernement par le peuple", mais à l'exception des petits "territoires" (comme les cantons suisses), le peuple ne peut agir que par l'intermédiaire de "représentants" ou, plus rarement, par la réponse à des "référendums" (en France, la Constitution de 1793 avait prévu aussi le droit à l'insurrection, mais elle ne fut jamais appliquée) ... Toutefois, là encore, il y a eu une évolution diverse suivant les pays : en Angleterre, la monarchie héréditaire s'est maintenue, avec primogéniture mais sans distinction de sexe, en devenant "démocratique" ...En France, il y a eu depuis la Révolution de 1789 une dizaine de régimes, dont 5 républiques ayant balancé entre le "régime d'Assemblée"  - donnant la pré-éminence aux représentants et provoquant ainsi une grande instabilité gouvernementale en raison des fluctuations de l'opinion - et le "régime présidentiel" donnant l'essentiel du pouvoir au Président, d'abord avec la 2ème République où  le titulaire Louis-Napoléon Bonaparte en profite pour recréer un Empire héréditaire, ...puis avec la 5ème République, dont le fondateur Charles De Gaulle exerce la présidence sans limite réelle, surtout après avoir fait instituer en 1965 l'élection du Président au suffage universel...

 

   Autant dire que l'exercice du pouvoir politique n'est pas - et n'a jamais été - une chose simple ...Il a pourtant fait l'objet d'une réf lexion "théorique" qui n'a pas cessé de se renouveler depuis la fin du 17ème siècle, notamment dans le cadre de la "Philosophie des Lumières" : l'idée maîtresse était alors la "séparation des pouvoirs" ...d'abord prônée par l'Anglais John Locke dans son "Traité du Gouvernement" (1690), elle est reprise par le baron français Charles de Montesquieu dans "L'Esprit des Lois" (1748) ...Elle a pour principe d'éviter qu'aucun des éléments du pouvoir (exécutif, législatif et judiciaire) ne puisse l'emporter sur les autres, suivant la formule : "pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir" ...Mais le problème est qu'il a toujours été difficile de passer de la théorie à la pratique...

 

   En pratique - les hommes étant ce qu'ils sont - l'Histoire montre qu'il y a régulièrement eu des entorses à la règle, soit du fait des évènements, soit du fait des hommes eux-mêmes, soit du fait des deux raisons à la fois ...Ainsi Georges Clémenceau, assurant la réalité du gouvernement sous l'égide du Président Poincaré, outrepasse son pouvoir en 1917 "pour la défense de la Patrie" ...et Charles De Gaulle en fait de même à partir de 1958 pour résoudre le problème de l'Algérie   ...Quant à Nicolas Sarkozy, il a d'abord joué à partir de 2007 à "l'hyper-Président", se mêlant de tout, au point de mécontenter ses partisans, réduits au rôle de "godillots", ...avant de se reconvertir en "Président-arbitre" et de redonner des pouvoirs au Parlement, dans la perspective d'une candidature à sa ré-élection en 2012...

 

   Car, à l'exception de De Gaulle qui n'avait pas hésité à démissionner après le désaveu d'un référendum en 1969, et le cas de Pompidou étant à part en raison de son décès au cours d'un 1er mandat,  le problème de leur ré-élection a préoccupé tous les Présidents qui leur ont succédé : Giscard en 1981, ...Mitterrand en 1988, ...Chirac en 2002, ...et ...Sarkozy en 2012 ...Et ce souci a même conduit deux d'entre eux à dissimuler un état de santé qui aurait pu justifier leur démission : le cancer de Mitterrand devient un "secret d'Etat" à partir de1992 ... comme en 2005 les troubles de Chirac soignés à l'Hôpital Cochin ...Il est vrai qu'ils n'avaient aucune obligation de révéler leur état de santé, les médecins compétents n'ayant rien dit ...et que, d'autre part, aucune instance n'était en mesure de faire appliquer l'article 7 de la Constitution de 1958 prévoyant la procédure "d'empêchement" si le Président n'était plus à même d'exercer la plénitude de sa fonction ...Cet article relatif aux cas d'empêchement ne prévoit pas davantage s'il y a un âge à partir duquel il n'est plus possible d'exercer des fonctions publiques, et notamment celle de Président de la République ...De Gaulle, encore lui, avait dit dans ses Mémoires de Guerre, à propos de Pétain : "La vieillesse est un naufrage", ...mais, pour autant tous les "vieux" ne sont pas des ..."gâteux" ...et même, il est bon de rappeler à ce propos que, dès l'Antiquité, ils ont été généralement considérés commes des "sages" ...De là à vouloir "s'accrocher jusqu'au bout", comme le fait Abdoulaye Wade, le Président du Sénégal qui veut exercer un troisième mandat à plus de 80 ans ...Ou encore à contourner comme Vladimir Poutine en Russie l'interdiction d'un 3ème mandat consécutif en alternant la fonction de Président avec un 1er Ministre complaisant, tout en conservant la réalité du pouvoir ...Il est vrai que, pour certains commentateurs, cela est tout de même préférable au comportement de dictateurs comme Bachir-el-Assad, n'hésitant pas en Syrie à faire massacrer son propre peuple pour conserver "son" pouvoir ..."L'ivresse du pouvoir" ...Pire : "La folie du pouvoir" !...

 

 

 

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 23:26

   Dans son intervention télévisée du 15 février 2012, Nicolas Sarkozy, en qualité de candidat au renouvellement de son mandat de Président de la République, a rappelé l'existence du référendum qui figure à l'article 11 de la Constitution de 1958  en affirmant que "l 'idée centrale de son prochain septennat sera de redonner la parole au peuple français" et qu'à ce titre, "il prévoit d'organiser un 1er référendum sur la question du chômage, de son indemnisation  et de la formation des chômeurs"...

 

   La République étant "l'affaire de tous les citoyens"  et la démocratie "le gouvernement par le peuple", "l'idée" de Nicolas Sarkozy paraît répondre à ces critères, même s'il est surprenant qu'il l'émette à la fin de son 1er mandat, alors qu'il avait la possibilité de l'appliquer auparavant, donc de "donner" en 2007 sans avoir besoin de "redonner" en 2012 ...Car le référendum est  une pratique ancienne en France : déjà évoqué au 18ème siècle dans le "Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau qui écrit "toute loi que le peuple en personne n'a pas ratifié est nulle", il figure dans la Constitution de 1793 (il est vrai, jamais appliquée), puis se retrouve détourné sous forme de "plébiscite" par Napoléon Bonaparte (1er Empire) puis par son neveu Louis-Napoléon Bonaparte (2nd Empire) ,  ce qui justifie sa disparition dans la Constitution de 1875, ...avant de ré-apparaître avec la 4ème République en 1945-46 pour l'élection d'une Assemblée Constituante, puis un 1er projet de Constitution (refusé) et un 2nd projet (finalement accepté) ...Mais alors il n'est plus utilisé, en raison de la prééminence des partis politiques, dont l'impuissance, notamment dans l'Affaire d'Algérie, explique l'arrivée au pouvoir du Général De Gaulle, qui fonde la 5ème République avec la Constitution de 1958 approuvée par le référendum du 28 septembre (82,6 % de oui) et muliplie sa pratique avec le référendum du 8 janvier 1961 sur l'auto-détermination de l'Algérie (75 % de oui), le référendum du 8 avril 1962 sur l'indépendance de l'Algérie (90,8 % de oui), le référendum du 28 octobre 19sur l'élection du Président de la République au suffrage universel (62,3 % de oui) ...et le référendum du 27 avril 1969 sur la réforme du Sénat et la régionalisation qu'il perd (52,4 % de non), ce qui entraîne sa démission immédiate ...Le flambeau est alors repris par Pompidou par le référendum du 23 avril 1972 sur l'élargissement de la Communauté Européenne au Royaume-Uni, à l'Irlande et à la Norvège (68,32 % de oui), ...puis, sous les mandats de Mitterrand, celui du 6 novembre 1988 sur la Nouvelle-Calédonie (80 % de oui, ...mais 39,8 % d'abstentions) et celui du 20 septembre 1992 sur le Traité de Maastricht (51 % de oui) ...Consacré jusqu'alors à "l'organisation des pouvoirs publics" et aux "traités", il est élargi par Chirac à la "politique économique et sociale" et utilisé le 24 septembre 2000 pour le raccourcissement de 7 à 5 ans du mandat présidentiel (73,2 % de oui) ...ainsi que le 29 mai 2005 pour la Constitution de l'Europe finalement refusée (54,7 % de non) ...Manifestement, avec deux refus, un pourcentage très variable d'approbation et une abstention parfois importante, la pratique du référendum s'est révélée incertaine et difficile, ce qui explique  vraisemblablement qu'il ait été délaissé depuis 7 ans...

 

    Il est donc évident que le référendum n'est pas une panacée pour résoudre tous les problèmes de la France, à l'inverse d'un pays comme la Suisse qui utilise la "votation" sur toutes sortes de sujets (exemple : prix du livre...) en moyenne 6 fois par an (avec 50 à 70 % d'abstentions) ...D'abord le système "binaire" consistant à choisir entre "oui" et "non" n'est pas nécessairement adapté aux sujets, notamment quand il s'agit de lois qu relèvent d'une discussion élaborée dans le cadre parlementaire ou auprès des organismes représentatifs comme les syndicats ou des associatioins socio-culturelles ...D'autre part, il y a des questions qui relèvent de faits de société ou de la conscience individuelle : ainsi n'est-il pas concevable d'organiser, par exemple, un référendum sur l'euthanasie, où le poids "démographique" d'un référendum pèserait  injustement sur les personnes concernées ...Par ailleurs, l'expérience prouve que le référendum peut être un moyen de passer outre à un avis contraire (ou supposé tel) du Parlement et conduire éventuellement à un pouvoir personnel ... La réponse au référendum est alors éloigné de son sujet, et elle n'est en fait que la traduction d'une attitude - positive ou négative - envers le Président qui l'a proposée, mettant ainsi un sujet important dans la dépendance de la popularité de celui-ci, ce qui peut être une perversion s'il a le courage d'aller à contre-courant pour règler un problème difficile ...

 

    Finalement, le référendum apparaît comme une opération ambigüe : il a l'apparence de la démocratie en faisant appel directement au peuple, mais pratiquement il peut entraîner la ruine de son exercice...

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 12:21

     Le rôle prédominant du Président de la République dans le gouvernement de la France - institué en 1965 par son élection au suffrage universel voulue par le Général De Gaulle - n'a plus été remis en cause depuis près d'un demi-siècle, quelle que soit l'appartenance politique des titulaires de la charge, et l'élection présidentielle est ainsi devenue l'élection majeure, même si sa durée a été  ramenée en 2000 de 7 à 5 ans et couplée avec les élections législatives à l'Assemblée Nationale.

 

   L' élection présidentielle de Mai 2012 s'inscrit dans cette continuité, et il n'est donc pas surprenant, en raison de cette prochaine échéance, que les deux candidats prévisibles du 2ème tour aient déjà présenté leurs projets, François Hollande le 26 janvier au Bourget au nom des socialistes et Nicolas Sarkozy dans le Figaro-Magazine du 11 février. Cette présentation a le mérite d'ouvrir un débat démocratique non seulement entre les candidats mais auprès de l'opinion publique dont les réactions peuvent ainsi entraîner d'éventuelles précisions et corrections.

 

   Mais ce débat apparaît plutôt difficile, car les deux projets concurrents ne sont pas conçus avec la même "logique", certains thèmes étant traités par l'un et non par l'autre, et les thèmes communs étant abordés de façon particulière :

 

   - D'abord, le titre même des projets est différent, et ce n'est pas un hasard sémantique. François Hollande présente ses "60 engagements pour la France", tandis que Nicolas Sarkozy fait état de ses "Valeurs pour la France". Certes, les deux candidats s'expriment "pour la France", ce qui n'est pas indifférent car ils expriment ainsi une "priorité nationale, sans référence à la communauté internationale et en particulier à l'Europe ...Mais pour l'un les engagements sont des promesses ayant une orientation "doctrinaire", tandis que pour l'autre les valeurs se rapportent à des principes fondamentaux de la démocratie....

 

   - Pour les thèmes communs, les propsitions sont le plus souvent - mais pas toujours - opposés :

   1. Le thème le plus important est le Travail, ce qui est évidemment lié au niveau actuel du chômage (plus de 4 millions de personnes "déclarées") ...François Hollande propose de créer 150.000 emplois pour l'insertion des jeunes, avec un "contrat de génération" permettant l'embauche en CDI acec accompagnement d'un senior maontenu dans son emploi jusqu'à la retraite. Et il prévoit la suppression de l'exonération des heures supplémentaires pour les entreprises, afin d'inciter celles-ci à dégager des emplois correspondants, ainsi qu'un renchérissement du coût des licenciements pour les entreprises réalisant des bénéfices et versant des dividendes ou rachetant leurs actions ...Nicolas Sarkozy, lui, renonce à une suppression brutale des 35 heures, mais il en organise la suppression à terme de leur caractère obligatoire et national, en voulant favoriser des "accords compétitivité-emploi" au niveau des entrepises, qui ont permis une réduction importante du chômage en Allemagne ...Et il est hostile à la suppression de l'exonération des heures supplémentaires dans la mesure où elles représentent pour les salariés des ressources supplémentaires favorisant la consommation ...et donc la production.

   2. Le thème de l'Education est considéré comme prioritaire par François Hollande, qui prévoit la création de 60.000 postes d'enseignant sur 5 ans, l'accueil des enfants de 2 à 3 ans en maternelle, ainsi que des solutions de formation, apprentissage et service civique pour les jeunes déscolarisés de 16 à 18 ans. Il ajoute pour les Parents une augmentation de 25 % de l'allocation de rentrée dès septembre 2012 ...Nicolas Sarkozy conteste la nécessité d'augmenter les effectifs des enseignants, en rappelant que ceux-ci ont augmenté de 34.000 depuis 20 ans, alors que, dans ce délai, l'effectif des élèves a diminué de 540.000 ...Mais il est lui aussi favorable à l'aide aux enfants défavorisés, tout en la jumelant avec des mesures pouvant contribuer à l'émergence d'une élite (internats d'excellence)...Et il y ajoute une forte revalorisation de la fonction d'enseignant, sous réserve d'une réflexion sur leur mission..

   3. Le thème de l'Immigration occupe également une place importante en raison de son incidence sur l'emploi et le logement.. François Hollande ne reprend pas le projet socialiste favorisant la régularisation des immigrés "illégaux" et se contente d'une prise en compte "cas par cas" ..., mais il se montre favorable à la possibilité des étrangers de participer aux élections locales, sous réserve d'une installation minimale de 5 ans ...Nicolas Sarkozy convient que la France doit rester une terre d'accueil, mais il met la condition rigoureuse du respect des principes fondamentaux de la République - une et indivisible - et s'oppose donc à tout comportement "communautariste" dans le domaine public (ex :niqab, prière de rue...). Et il juge inopportun d'admettre les étrangers aux élections locales, le droit de vote devant, selon lui, rester lié à la citoyenneté...

   4. Le thème de la Vie sociale est abordé dans de nombeux domaines : les propositions les plus nombreuses émanent de François Hollande , notamment avec la construction de 2.500.000 logements - dont 500.000 "sociaux" - , la mise à disposition de terrains de l'Etat pour les Collectivités locales, l'encadrement des loyers dans les zones où les prix sont excessifs (grandes villes, notamment Paris) ...Par ailleurs, il se montre favorable aux mariages homosexuels et à l'accès des femmes homosexuelles à l'aide médicale à la procréation ...Par contre, il ne reprend pas dans l'immédiat le projet initial des socialistes d'un retour de la retraite de 62 à 60 ans ...Sur ce point, Nicolas Sarkozy justifie la décision prise durant son mandat d'un recul de 60 à 62 ans, ainsi que de l'augmentation de la cotisation des salariés, qui lui paraît être une nécessité absolue pour sauver le régime des retraites au moins jusqu'à l'année 2050 ...Et il s'oppose aux mariages homosexuels, estimant suffisant que "les partenaires aient, dans le cadre des Pacs, les mêmes avantages que les mariés pour la fiscalité et les successions", et refusant catégoriquement la possibilité de l'adoption d'enfant, celui-ci ayant besoin à la fois d'un père et d'une mère...

   5. Le thème de la Santé est manifestement le plus délicat pour les deux candidats : François Hollande veut sécuriser les soins par une meilleure répartition des médecins sur le territoire, grâce à la création de "pôles de santé" ...et par un encadrement des dépassements d'honoraires, mais sans proposition précise ...de même, il reste vague sur l'euthanasie, évoquant une aide active à mourir dans des conditions strictes" (?) ...Nicolas Sarkozy n'évoque pas la médecine, mais il est catégorique dans son opposition à l'euthanasie, s'en tenant à l'application de la Loi Léonetti.

   6. Le thème de l'Environnement est lié pour François Hollande à celui de l'énergie pour laquelle il s'engage à réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 à 50 % et, à ce titre, il confirme le projet socialiste de la fermeture de la centrale de Fessenheim, tout en admettant l'achèvement de l'EPR de Flamanville...et il inscrit cette action dans une politique de "tarification progressive de l'eau, de l'électricité et du gaz" afin d'en réduire la consommation et de "faire sortir de la précarité énergétique"  8 millions de Français ...Il y ajoute un plan de travaux d'isolation thermiquevisant un million de logements par an ...Nicolas Sarkozy n'évoque pas le problème de l'énergie dans son interview, mais il a déjà fait connaître son opposition à la fermeture de la centrale de Fessenheim, la récente vague de froid ayant montré les limites de la capacité énergétique de la France.

   7. Le thème de la Fiscalité est une pierre d'achoppement...François Hollande prévoit une "grande réforme fiscale", et, dans l'immédiat, la création d'une tranche supplémentaire de 45 % pour les revenus supérieurs à 150.000 € par part, ainsi que la taxation des bénéfices des banques qui devriont séparer les activités d'investissement des opérations spéculatives  ...Nicolas Sarkozy ne revient pas sur le "bouclier fiscal" qu'il avait créé pour empêcher la fuite des capitaux à l'étranger, mais sur lequel il était revenu sous la pression de l'opinion y voyant surtout une faveur envers les "riches", ...mais il s'engage à ne pas procéder à une augmentation des impôts, ce qui est favorable pour les "classes moyennes"  et donc aussi aux ..."riches"...En contrepartie, il prévoit de réaliser des économies drastiques dans le "train de vie" de l'Etat, en rappelant qu'il a déjà supprimé 160.000 postes de fonctionnaires entre 2007 et 2012, pendant que les Collectivités locales - à majorité socialiste - en créaient 430.000...

   8. Le thème de la Sécurité est un domaine sensible ...François Hollande en perçoit l'importance en proposant de rétablir "une sécurité de proximité", reprenant le concept des "zones de sécurité prioritaires" dans les cités les plus difficiles, avec un encadrement policier établi à demeure pendant le temps nécessaire, dont l'effectif serait accru de 5000 CRS ou gendarmes mobiles (le projet socialiste en prévoyait 10.000) ...Curieusement, dans son inteview, Nicolas Sarkozy n'évoque pas la question, estimant peut-être que son ancienne charge de Ministre de l'Intérieur suffit à sa réputation...

   9. Le thème des Institutions est le dernier point important ...François Hollande veut imposer le "non-cumul des mandats" et introduire "une part de proportionnelle" dans les élections législatives ...Par ailleurs, il veut réformer le statut pénal du Président de la République ...et ...diminuer de 30 % sa rémunération ...Et il prévoit d'introduire la laïcité dans la Constitution, s'attirant la réponse de Nicolas Sarkozy que celle-ci y figure déjà à l'article 1...Et Nicolas Sarkozy a beau jeu de faire valoir que la Cour des Comptes a vérifié en 2011 la gestion de la Présidence de la République ... Il est  également hostile à une "part de proportionnelle", dont il pense qu'elle permettrait le retour "d'apparatchiks" assurés, en tête de liste, du renouvellement de leurs mandats ... D'autre part, même s'il n'en a pas fait usage au cours de son mandat actuel, il juge utile de recourir au référendum pour des problèmes importants, "la meilleure façon de surmonter les blocages étant de s'adresser directement aux Français" ...Mais, comme il donne en exemples "le système d'indemnisation du chômage et la façon dont on doit considérer le travail et l'assistanat", il s'est aussitôt attiré la réplique de François Hollande estimant que ce domaine relève des négociations salariales...

 

   Car, bien entendu, ces projets ont déjà suscité des réactions, et cela ne fait que commencer, puisque la campagne électorale n'est officiellement  pas encore ouverte ...Déjà se trouve posée la question du coût de ces projets... On peut comprendre que Nicolas Sarkozy, cette fois comme ancien Ministre du Budget et négociateur de la Dette publique au niveau européen, reste vigilant sur les comptes de la Nation ...Mais François Hollande ne l'est pas moins, ayant déjà renoncé à des actions trop dispendieuses, et s'étant soucié de "chiffrer" son projet, pour lequel il estime lui-même que les "mesures nouvelles" coûteraient, au terme d'une montée en charge progressive, jusqu'à 20 milliards d'€ à l'horizon 2017, ...et qu'elles seraient financées par l'annulation de 29 milliards d'€ de "niches fiscales" ...Mais le problème, pour les deux concurrents, est de savoir si leur projet pourra tenir si la "croissance"  de 2 à 2,5 % n'est pas au rendez-vous ...Dans ce dernier cas, qui paiera ?...

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 00:41

   Alors que se profile l'élection présidentielle de Mai 2012, il est utile de rappeler que Nicolas Sarkozy avait été élu en Mai 2007 par 18.983.138 voix, soit 53,08 % des votants et 42,60 % des électeurs inscrits, ce qui faisait de lui un Président mieux élu que Giscard (50,81 % des votants en 1974), Mitterrand (51,76 % en 1981), et Chirac (52,64 % en 1995) ...Et il ne s'agissait pas d'un "feu de paille" puisqu'au terme des "100 jours" en juillet 2007, il bénéficiait même de 65 % de "confiance" ...Or, à l'approche de la fin de son mandat, il bat maintenant un record d'impopularité, les sondages d'opinion ne lui accordant le 30 janvier 2012 qu'une moyenne de 25 à 28 % de confiance, en dessous de ses prédécesseurs dans le même délai : Giscard 44 % en 1981, Mitterrand 34 % en 1995, et Chirac 30 % en 2002 ...Même s'il y a toujours , en France comme dans la plupart des pays démocratiques, une "usure du pouvoir", il faut convenir que la "dérive" de Nicolas Sarkozy a été particulièrement importante, au point de poser la question de l'utilité de sa candidature à une ré-élection...

 

   La question mérite réflexion, car la situation de Nicolas Sarkozy est complexe et ne peut pas justifier des réponses sommaires, qu'il s'agisse de son maintien "à tout prix" pour ses partisans, ou d'un rejet "catégorique" pour ses adversaires :

   - D'abord, Nicolas Sarkozy a une forte "personnalité", qui s'est bâtie sur une forte ambition (*),  ce qui n'est pas nécessairement un défaut pour la direction d'un pays nécessitant à la fois des qualités d'arbitrage et un esprit de décision ...Même s'il a commis des erreurs, il a incontestablement été un "chef d'Etat", non seulement pour règler les problèmes de la France, mais pour assumer avec brio des responsabilités internationales à la tête de l'Europe ou dans des conférences internationales ...Et il ne manque pas de courage, comme il l'avait montré en qualité de Maire de Neuilly dans l'affaire des otages du 13 mai 1193 ayant largement contribué à le faire connaître, ...et comme il le montre encore dans son "face-à-face" du 29 janvier 2012, en prenant le risque d'augmenter la TVA et de remettre en cause les fameuses "35 heures", ce qui n'est pas vraiment "électoraliste" ...

   - D'autre part, le "bilan" de son mandat comporte des éléments positifs, d'autant plus méritoires qu'ils sont été obtenus souvent dans un contexte difficile:

   1. Dans le domaine économique, il a fait face à la crise économique de 2008 - qui a eu des conséquences graves dans de nombreux pays comme l'Irlande, l'Italie, l'Espagne - en injectant 34 milliards d'€ dans les secteurs à forte main d'oeuvre (automobile, construction, restauration...) qui ont permis de sauvegarder des emplois ...Certes, il a augmenté de ce fait la dette publique, mais il y avait urgence et, de toutes façons, il n'a fait que continuer une politique antérieure d'endettement sans excès et commune avec d'autres pays...

   2. Dans le domaine social, il a favorisé l'indemnisation du chômage partiel ainsi que le retour à l'emploi par des contrats aidés et diverses mesures de soutien...Et il a cherché à revaloriser le travail par l'exonération des heures supplémentaires suivant sa formule "Travailler plus, pour gagner plus" qui a eu un succès certain avant d'être compromise par la crise économique ...Ce n'est tout de même pas son fait, si la France est, après la Finlande, le pays occidental où on travail le moins (1679 heures annuelles), loin avant l'Espagne (1798), l'Allemagne (1904), ...la Grèce (1971) ...et la Roumanie (2095)...

   3. Dans le domaine éducatif, où la France avait perdu sa situation exemplaire avec l'égalitarisme du Collège unique, il a eu le souci de recentrer le travail scolaire sur l'acquisition prioritaire des "savoirs" et d'encourager le "mérite", allant jusqu'à créer des internats d'excellence  ...tout en veillant à l'aide des enfants en difficulté par un accompagnement éducatif ...Et il a permis un plus grand esprit d'initiative en matière de formation et de recherche en garantissant l'autonomie des Universités...

   4. Dans le domaine de la sécurité, reprenant sa propre action antérieure comme Ministre de l'Intérieur, il a pris des mesures rigoureuses contre la délinquance et la récidive, ainsi que des mesures de protection des femmes (Loi 2010 sur les mariages forcés)...

   5. Dans le domaine de la Santé et de la Solidarité, il a eu le mérite de s'atteler au problème éludé jusqu'alors par ses prédécesseurs  en procédant à un premier recul de l'âge de la Retraite à 61 et 62 ans (sauf cas particuliers : pénibilité et activité commencée dès  18 ans), amorçant ainsi une prolongation justifiée par l'allongement moyen de la vie et la nécessité de financer les pensions ultérieures...

 

   Malheureusement, ces mesures ont été soit déjà oubliées, soit masquées par des "erreurs de jugement" qui ont contribué à une impopularité croissante : il est certain que son comportement qualifié bizarrement de "bling-bling" au début de son mandat (Fête du "Fouquet" dès son élection, croisière en yacht avec son "ami" Bolloré...) a nui fortement à son image ...Et le "bouclier fiscal" - même s'il avait le but, illusoire, d'éviter la fuite des capitaux à l'étranger - a surtout accrédité l'idée d'une complicité avec les "riches", d'autant plus fâcheuse que la crise a entraîné rapidement une paupérisation, y compris pour la classe dite "moyenne"...Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur un plan psychologique pour comprerndre cette attitude, car Nicolas Sarkozy, petit-fils d'un émigré hongrois, délaissé par son père mais aidé par une mère méritante, n'est pas issu d'une "grande famille"...

 

   Dans cette perspective, on comprend mieux que, dans son "face-à-face" du 29 janvier 2012, il ne se soit pas soucié de répondre à son concurrent François Hollande et à ses "60 engagements pour la France" - mais ait surtout cherché en "homme de terrain" à "rétablir son crédit", c'est-à-dire à enrayer la dérive de sa popularité par une série de mesures "fortes" destinées à lui donner "l'habit d'un Président protecteur" et de "capitaine dans la tempête" ...Autrement dit, c'est un "banco" du genre "ça passe ou ça casse", le courage - dont il ne manque pas - devant, selon lui,  payer ...

   1. Hausse de la TVA de 19,6 à 21 % (hors alimentation et santé) pour diminuer les charges des entreprises, les rendre ainsi plus compétitives notamment sur le marché extérieur, et contribuer ainsi à la fois à une réduction de la dette et à une reprise de l'emploi.

   2. Modulation de la durée du travail en favorisant une négociation directe entre les patrons et les salariés (accords compétivité-emploi), ce qui permet de sortir du carcan des 35 heures, notamment dans les petites entreprises, l'horaire quotidien pouvant varier suivant les saisons ou les besoins.

   3. Action en faveur des jeunes avec l'obligation pour les grandes entreprises de plus de 250 salariés de recruter au moins 5 % d'apprentis.

   4. Augmentation des possibilités de construction de 30 % à la fois pour faire baisser le prix des logements devenant souvent inabordables dans les grandes villes comme Paris et sa banlieue, ...et pour relancer l'activité et donc l'emploi dans ce secteur.

   Et ces réformes sont accompagnées de dispositions financières : outre la hausse de la TVA devant rapporter 11 milliards d'€, elles comportent un relèvement de 2 points de la CSG sur les revenus financiers et la création d'une taxe de 0,1 % sur les titres des entreprises cotées en France...  ..Et ses partisans enchaînent : Bruno Le Maire, Ministre de l'Agriculture lance : "Arrière les doutes, les hésitations, les idées noires !" ...Jean-François Copé, Secrétaire Général de l'UMP insiste : "Le courage, c'est de dire la vérité au risque de l'impopularité, c'est préférer l'intérêt supérieur de la France à quelques points dans les sondages"... Et  François Fillon, le Premier Ministre, renchérit en concluant : " L'élection présidentielle récompensera le candidat le plus solide ...et l'homme que les circonstances difficiles exigent, ...c'est Nicolas Sarkozy" ...C'est une version actualisée de la "méthode Coué" car, dans l'immédiat l'accueil de  la "droite" et du "centre"  est plutôt tiède, tandis que la "gauche vitupère contre des mesures qui sont pour elle "de la poudre aux yeux" ou se retourneront - comme la hausse de la TVA - contre les  consommateurs ...Et de fait, les premiers sondages depuis le 29 janvier 2012 ne traduisent pas de remontée de la "confiance" ...Le capitaine va-t-il colmater les brèches ou couler corps et biens avec son navire ?...Pourra-t-il arracher une victoire à la faveur d'évènements imprévisibles ? ...Lui sera-t-il permis, alors qu'il vient d'avoir 57 ans le 28 janvier 2012, de prendre alors sa retraite en 2017, c'est-à-dire à 62 ans, l'âge minimal de la retraite qu'il a lui-même reculé par sa loi de 2010 ?...

 

  

 

  (*) Catherine Nay - Un pouvoir nommé désir - Ed Grasset 2007

 

 

 


 

 


 

 

 

 

  

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 15:40

   Par son discours du Bourget le dimanche 22 janvier 2012, puis par son intervention dans une symbolique "Maison des Métallos" le jeudi 26 janvier suivant, François Hollande s'est affirmé comme le seul interlocuteur valable de Nicolas Sarkozy pour les prochaines élections présidentielles.

 

   Il est d'abord très significatif que François Hollande -  sans renier son appartenance au Parti Socialiste dont il a longtemps été le Secrétaire Général avant d'être désormais le candidat désigné pour les élections présidentielles - présente son "propre" programme de "60 engagements pour la France"...Il s'inscrit donc dans la continuité du régime de la 5ème République instituée par le Général De Gaulle, donnant au Président de la République le rôle décisif dans le fonctionnement des affaires publiques, et ne prône pas une "rupture institutionnelle" imaginée par certains membres du Parti Socialiste sous la forme d'une "6ème République" ...

 

     Il ne s'en démarque pas moins nettement de la conception "libérale" du Président sortant  Nicolas Sarkozy, dont la carrière politique a été marquée par "l'empirisme", c'est-à-dire une adaptation constante aux circonstances qui lui a permis de dire "tout et son contraire" sans se renier, par exemple en limitant l'enrichissement d'une minorité de la population après avoir institué un "bouclier fiscal", ou encore en envisageant de réduire la durée du travail après avoir bâti son succès sur le slogan "Travailler plus pour gagner plus" ...Manifestement, François Hollande s'inscrit à l'inverse dans une logique "doctrinaire", où ses "60 engagements" font écho aux 110 propositions de François Mitterrand en 1981, les médias s'étant même amusé à mettre en parallèle la "gestuelle" des ...deux François !...

 

     Dans ce retour à une conception doctrinaire, il est donc naturel que François Hollande  revienne à "l'étatisme", c'est-à-dire à la notion de "l'Eta-Providence" qui privilégie le "social" par rapport à "l'économie" : maintien du nombre des fonctionnaires chargés ses services publics (notamment ceux de l'Education Nationale formant une grande partie de la clientèle électorale du Parti Socialiste ), recours à des emplois aidés (150.000 emplois d'avenir), contrats de génération (associant l'embauche des jeunes au maintien des "seniors"), retour à la retraite à 60 ans pour les travailleurs ayant commencé leur activité dès 17 ans, banque publique d'investissement, etc...Ces dispositions sont incontestablement généreuses, et elles ne peuvent qu'avoir un écho favorable dans le contexte actuel de "chômage" et de "paupérisation" ...Mais le problème est qu'il en coûterait au budget de l'Etat environ 20 milliards d'€, alors que la dette publique s'élève déjà à environ 1700 milliards d'€, soit 82 % du PIB ...Certes, ce problème n'a pas échappé à François Hollande, qui s'est effectivement soucié de réduire l'endettement par un plan de "limitation" (pour ne pas dire de "rigueur"...) d'environ 30 milliards d'€, ...plan d'ailleurs conforme aux ...engagements déjà pris par Nicolas Sarkozy, comme Président, auprès du Conseil de l'Europe ...Il n'en est pas moins vrai que 30 milliards d'€ + 20 milliards d'€ = 50 milliards d'€ ...Où trouver cete somme quelque peu ...mirobolante ?...

 

   François Hollande ne peut assurément pas - comme tout candidat éventuel, y compris Nicolas Sarkozy - envisagé une hausse des impôts - du moins de l'impôt sur les revevus, le plus visible, qui serait "anti-électoraliste" ...Alors il présente une panoplie très élaborée de mesures revenant globalement à la vieille antienne de "faire payer les riches" : suppression des allègements de l'ISF (2 milliards d'€), taxation des bénéfices spéculatifs des banques (1 milliardd'€), annulation de la défiscalisation des heures sipplémentaires dimminuant les charges de la production  et de l'allègement des charges sociales- sauf en en cas de recrutement (6 milliards d'€), ...et surtout hausse de l'imposition des hauts revenus, à la fois par la création d'une tranche de 45 % pour les revenus supérieurs à 150.000 € et par la réduction des "niches fiscales" - retraites, emplois à domicile, restauration, etc...- (environ 12 milliards d'€) ...Certes, certaines mesures sont équitables, si elles contribuent à réduire l'écart qui s'est accentué depuis un demi-siècle entre les hauts et les bas revenus ...Mais leur accumulation a l'inconvénient d'accroître encore le taux des prélèvements obligatoires dont la France détient le record en Europe  , et cet accroissement risque de s'alourdir encore si la prévision de croissance stagne à 0,5 % comme en 2011, et ne remonte pas à 2 - 2,5 % , comme le suppose François Hollande, sans la moindre garantie, car la France est dépendante de l'évolution d'une économie de plus en plus "mondialisée"...Si ce pari - courageux - sur l'avenir nest pas gagné, alors la dette explosera, et les promesses sociales avec elle...

 

   Autant dire que François Hollande - tout comme Nicolas Sarkozy ou n'importe quel autre candidat d'ailleurs - est confronté à une équation impossible, celle de mettre en accord "l'économie' et le "social", c'est-à-dire de résoudre l'alternative : restreindre la liberté au nom de l'égalité ...ou restreindre l'égalité au nom de la liberté...

 
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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 09:09

   L'horreur d'un tremblement de terre au Japon a chassé de l'actualité l'agitation suscitée cette semaine en France par un sondage plaçant Marine Le Pen, Présidente du Front National - parti d'extrême droite - en tête des intentions de vote pour les élections présidentielles de 2012, avec 23 % devant la socialiste Martine Aubry et Nicolas Sarkozy pour l'UMP ...Comme si la nature souveraine voulait montrer aux Français la médiocrité de leurs querelles intestines...

 

   C'est donc en gardant à cette question une importance toute relative qu'on peut s'interroger sur la signification de ce sondage. En effet, s'il devait annoncer l'arrivée possible d'une représentant d'un parti extrêmiste à la Présidence de la République, ce serait vraiment un ...tremblement de terre dans l'histoire politique de la France...

 

   Bien entendu, de nombreux observateurs ont mis en cause la fiabilité du sondage en soulignant d'abord "qu'il n'était qu'une photographie de l'opinion à un moment donné", "que sa pertinence était douteuse à plus d'un an des élections présidentielles" et "qu'il y aurait d'ici là d'autres sondages "contradictoires" ...De fait, un autre sondage vient de placer un socialiste - DSK cette fois - en tête avec 29 % devant Nicolas Sarkozy 23 % et Marine Le Pen 21 % ...Et Nicolas Sarkozy est en tête avec 24 % à égalité avec Martine Aubry  si celle-ci est la candidate socialiste, Marine Le Pen étant à nouveau troisième ...Comme les sondeurs reconnaissenr eux-mêmes que leur marge d'erreur est d'au moins 5 %, autant dire que les "trois larrons" sont dans "un mouchoir de poche", ...et il n'y a pas de quoi éternuer !...

 

   En effet, avec "environ 25 %", chacun d'entre eux représente au mieux un quart de l'électorat, ce qui est peu ...Mais ce n'est pas nouveau : au 1er tour des élections, où le citoyens choisissent leur candidat préféré, les représentants des partis "traditionnels" ont le plus souvent tourné autour de 2O-25 %, le cas le plus notoire étant celui de Jacques Chirac en 2002 avec 19,88 % devant ...Jean-Marie Le Pen, le père de Marine, qui avait totalisé 16,85 %, le score-record de l'extrême droite à ce jour... En fait, la décision ne s'est toujours faite depuis 1965 qu'au second tour, en raison de l'obligation de n'y laisser que les deux candidats arrivés en tête au 1er tour ...Et cette décision a toujours dépendu du report des voix ...Alors, en 2012, il peut y avoir à ce titre un problème grave, pour ne pas dire un "imbroglio", si Marine Le Pen arrive en tête au 1er tour ...Car si Nicolas Sarkozy est le 2ème, le parti socialiste devra choisir entre lui et Marine Le Pen pour le 2ème tour ...Et, s'il arrive 3ème et, donc, est éliminé, l'UMP devra choisir entre le candidat socialiste et Marine Le Pen ...Dans les deux cas, ce sera pour le "parti" éliminé le choix entre "la peste et le choléra" ...Un choix d'ailleurs aléatoire, car les électeurs ne choisiront nécessairement les consignes des états-majors politiques... Déjà ceux-ci s'inquiétent des dissidences possibles dans leurs troupes, en considération des prochaines élections cantonales où un certain nombre de militants syndicaux CGT, CFDT ou CGC figurent sur des listes de candidature du ...Front National.

 

   Et cette inquiétude est d'autant plus justifiée que, contrairement à "l'idée recue" du temps de son père suivant laquelle  le Front National reste "marginalisé", Marine Le Pen pourra vraisemblablement disposer de certaines "réserves de voix" :

   - D'une part, Marine Le Pen a acquis un certain "charisme" , - qu'on le veuille ou non, et même si on lui est à priori hostile... Autant le père Jean-Marie, avec son côté brutal et anti-sémite (le "détail") pouvait braquer une bonne partie de l'opinion, autant sa fille a désormais une certaine popularité : elle est intelligente, cultivée (niveau universitaire - DEA) et dès le début d'une carrière d'avocate, elle sait être "près des gens", comme le prouve son succès à Hénin-Beaumont, près de Lens, c'est-à-dire  dans l'ancien pays "populaire" des mines de charbon...Certes, elle s'en prend aux musulmans, mais essentiellement en raison du comportement d'une minorité ...extrêmiste contraire à la laïcité (burqa, prière dans la rue, etc) ...Et elle a "crevé l'écran" lors d'une récente tribune à la télévision...

   - D'autre part, tandis que son père tenait des discours économiques "à la Thatcher", Marine Le Pen a un langage beaucoup plus "social", auxquels beaucoup de Français ne sont pas insensibles, car ils sont souvent exaspérés par les difficultés économiques et la baisse de leur pouvoir d'achat qui contraste avec l'enrichissement insolent de certains "privilégiés" ...Et ses propos "nationalistes" contre les effets de la mondialisation et les exigences européennes ne sont pas pour déplaire à ceux qui sont attachés à la "préférence française"...  

 

   Evidemment, les représentants du Parti socialiste et de l'UMP ne manquent de stigmatiser le "populisme" de Marine Le Pen, et de manifester leur opposition résolue à un Front National "diabolisé" ...Le Président Sarkozy lui-même affirme qu'il ne transigera pas avec le Front National, mais ...en reprenant un certain nombre des thèmes favoris de celui-ci (l'insécurité, l'immigration, l'islamisme,etc...), il brouille les cartes au point que la frontière entre l'UMP et le Front national est parfois effacée et, s'il avait réussi en 2007, en raison de sa popularité,  à "piper " les voix du Front National, la conjoncture est en voie de s'inverser en 2012 en raison de son impopularité...et les Français peuvent être tentés alors de préférer "l'original" à la "copie"...Quant au Parti socialiste, on attend encore qu'il propose une "alternative" crédible, en raison de son souci prioritaire de se trouver un "chef" parmi la pléiade de candidats rivaux...

 

   Est-ce à dire alors qu'un "extrêmisme" devenu "modéré" - à l'image du "socialisme à visage humain" apparu lors de la chute du "rideau de fer" de l'Europe de l'Est en 1990 - peut arriver au pouvoir ?...Dans d'autres pays, le pas est déjà franchi, à l'exemple de l'Italie où Gianfranco Fini, ancien extrêmiste de droite nostalgique du fascisme et ancien chef du Mouvement Social Italien, s'est "recentré" pour s'associer au gouvernement de Silvio Berlusconi ...En France, ce n'est pas encore probable, mais c'est déjà possible...

 


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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 15:36

   A l'occasion d'affaires ayant récemment défrayé la chronique, un débat vient de s'engager sur le problème du "conflit d'intérêts" ...A nouveau, il s'agit d'un débat typiquement français, car le problème a été résolu - et souvent depuis longtemps - dans de nombreux autres pays, notamment anglo-saxons, ...et il est dommage qu'en France il faille des "affaires" pour trouver, sinon chercher, des solutions, ...alors que l'opinion n'a déjà que trop tendance à dénoncer des "magouilles" et à prendre des positions extrêmes : "Tous, des pourris !..." (1)

 

   Mais qu'est-ce que le "conflit d'intérêts" ?... Certainement pas la mise en contestation de la notion même "d'intérêts" qui, au sens économique, ne sont  pas "malhonnêtes" s'ils sont la juste rétribution d'un service rendu, comme celui qui est servi - modestement - à tout citoyen souscrivant à un emprunt ...Il n'y a conflit d'intérêts que s'il y a "confusion des genres", c'est-à-dire, pour reprendre la définition légale, "une situation d'interférence entre une mission de service public et l'intérêt privé d'une personne chargée d'assurer cetteDessin-humoristique-Conflit-d-interets-copie-1.jpgmission" ...En fait, cette interférence peut prendre diverses formes, qui ne sont pas toujours "évidentes" : la plus grossière - et, pour cette raison, la moins fréquente - est le détournement de fonds publics à titre privé par la personne chargée de les gérer, ce qui est défini comme une "prévarication" ...Tout aussi grave - et plus fréquente - est la "corruption" consistant pour un responsable à exiger ou à recevoir de l'argent ou des avantages divers en échange d'un "service rendu", ce qui est communément appelé un "dessous de table" ...dessous souvent difficile à déceler ou à prouver s'il s'agit d'espèces, de cadeaux en nature, de cession d'objets, de terrains ou de valeurs diverses à des "prix d'amis" ...Tout aussi répréhensible est la "prise illégale d'intérêts" défini par l'article L 432-12 du Code Pénal comme "le fait par une personne dépositaire de l'autorité publique ou par une personne investie d'un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver  ...un intérêt quelconque dans une entreprise ou une opération dont elle a la charge", par exemple en spéculant à son avantage avant qu'une information qu'elle détient ne soit diffusée, ce qui est appelé un "délit d'initié"...

 

   Néanmoins le conflit d'intérêts n'est pas toujours aussi simple : ainsi, dans une petite commune rurale, le Maire est souvent un agriculteur et peut donc à ce titre avoir à discuter de l'attribution d'un terrain à ...lui-même, ce qui est son droit comme citoyen mais pose un problème comme représentant de la collectivité ...Certes la jurisprudence prévoit dans un tel cas que le Maire puisse se retirer de la salle au moment de la délibération, mais on imagine mal que le Conseil Municipal (ou du moins la majorité qui l'a élu) prenne une décision défavorable ...Il y a aussi le cas d'un élu - Maire, Conseiller Général, Conseiller Régional, Député ou Sénateur - qui, soucieux de rester en contact avec ses électeurs, participe à l'activité d'une Association de son secteur : y-a-t'il alors conflit d'intérêts s'il fait bénéficier d'une subvention son Association,  celle-ci étant à "but non lucratif" ?...De façon plus générale, y -a-t'il conflit d'intérêt quand  un élu agit ainsi, non pas pour lui -même comme "personne" mais comme "membre" ?... On peut ainsi glisser vers le problème du "cumul des mandats", quand, par exemple, un Député- Maire fait profiter sa commune d'un avantage particulier (route, usine, etc...) obtenu grâce à sa "proximité" du "pouvoir central" ...Et à fortiori, s'il devient membre du gouvernement ... Est-il alors légitime que cet élu fasse valoir qu'un tel cumul des mandats lui permet de rester en contact avec ses électeurs, pour le bien de ceux-ci mais aussi pour le gouvernement ayant besoin de prendre régulièrement le "pouls de l'opinion" ?... (2)

 

   Par ailleurs, il convient de souligner que le conflit d'intérêts ne se limite pas à des questions d'argent ou d'avantages en nature ...Il peut prendre d'autres aspects plus "personnels", comme une intervention dans la carrière d'un administré - ce qu'on appelle couramment le "piston" - ou même plus directement le choix d'une personne en dehors de tous critères équitables , ce qui est alors qualifié de "favoritisme" ...Il est certain que, dans certains cas, des élus "placent leurs hommes" pour des raisons "électoralistes", afin de faciliter le renouvellement de leur mandat ...Il y a même des cas - rares - où, se comportant comme des "féodaux modernes" - certains personnages influents mais "atteints par l'âge" cherchent à assurer leur succession pour leur propre fils ...Il y a également des moyens plus subtils de s'attacher la fidélité des concitoyens - d'autant plus commodes qu'ils ne coûtent rien - comme d'intervenir pour des "distinctions honorifiques" : sans remettre en cause les "Ordres" comme la Légion d'Honneur ou le Mérite qui sont des institutions respectables, on peut parfois s'étonner de promotions "particulières" ...alors que certains citoyens éminents sont oubliés... (3)

 

   Dans ces conditions, la constitution d'une "Commission de réflexion pour la prévention des conflits d'intérêts" a été de bon augure, même si elle est tardive dans un pays de réputation mondiale comme la France ...Et ses conclusions ne sont pas sans ...intérêt :

   - Nécessité d'une Loi imposant à toute personne ayant une charge publique de ne pas se trouver dans une situation d'interférence et de la résoudre, si besoin est, en renonçant soit à sa mission, soit à son intérêt particulier...

   - Obligation pour tout titulaire de charge importante (député, sénateur, haut-fonctionnaire...) de déclarer ses intérêts professionnels présents et passés, financiers et patrimoniaux, non seulement pour lui-même, mais pour ses parents et ses enfants...

   - Interdiction de certains cumuls de mandats, notamment entre un mandat exécutif local et une charge ministérielle, ainsi qu'entre une direction d'entreprise publique et direction d'entreprise privée...

   - Interdiction du "pantouflage", c'est-à-dire pour les ministres et les hauts fonctionnaires, interdiction de travailler au terme de leur charge et pendant 3 ans dans une entreprise dont ils auraient eu à exercer le contrôle...

 

   - Enfin - surprise du chef ...- interdiction de recevoir tout cadeau supérieur à 150 euros, et de le rendre, la cas échéant, à la collectivité concernée !...

   Beau programme en vérité, qu'on peut d'ailleurs estimer incomplet : on peut en effet s'interroger sur le "renouvellement des mandats", en limitant ceux-ci à deux exercices - soit 10 ans pour un député, 12 ans pour un magistrat municipal, etc - ceci pour permettre l'accès d'un plus grand nombre de citoyens à ces charges ... On peut regretter aussi l'absence de proposition contraignante pour une meilleure proportion entre hommes et femmes ...Il est vrai que le programme de la Commission - tel quel - fait déjà des "vagues", quels que soient les partis, au point que Martin Hirsch (4) a pu déclarer "qu'il ne faudrait pas que la droite et la gauche rivalisent dans l'inaction" ...Et on peut donc s'inquiéter de ce que le Projet de Loi  retiendra des propositions de la Commission, et de ce qu'il deviendra quand il aura été amendé par l'Assemblée et le Sénat ...et ensuite ...sur son application réelle, car ..le cimetière des lois françaisse est l'un des plus importants du monde...

 

   Peut-être la solution n'est-elle pas dans un cadre législatif , nécessairement "interventionniste" et "répressif" ...mais dans une "auto-censure" librement consentie, consistant en l'établissement d'un "Code Déontologique" dans les divers secteurs d'activité publique et privée, à l'image du Code de Déontologie médicale, ...l'Etat ne jouant alors qu'un rôle d'incitation et de dernier recours ...Est-ce une utopie que de faire confiance, au terme s'une réflexion collective, à l'intégrité ?...

 

(1) voir http://www.nationspresse.info/?p=106013

(2) 12 des 22  ministres actuels exercent un mandat exécutif local

(3) Emission télévisée sur la Légion d'Honneur - Janvier 2011

(4) Martin Hirsch - "Pour en finir avec les conflits d'intérêts" -Ed. Stock 2010

NB 1. Pour une raison "déontologique", l'auteur de l'article s'est abstenu de citer des cas précis et personnels, qu'il appartient aux lecteurs d'identifier  

NB 2. L'illustration est tirée du dessin humoristique de Deligne dans le journal La Croix du 27 janvier 2011         

 

   

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 16:19

   Depuis deux siècles environ, la vie politique de la France est marquée par l'opposition entre la "Gauche" et la "Droite" ...Et pour l'opinion courante, entretenue par une longue tradition éducative, il s'agit d'une opposition récurrente entre les forces du progrès et du changement représentées par la "Gauche" et les forces de la réaction et du conservatisme, représentées par le "Droite" ...En fait, dans l'histoire de la France, jalonnée durant cette période, de nombreux soubresauts - trois Révolutions abouties (1789, 1830,1848) et deux avortées (Commune 1871 et "événements" Mai 1968) - tout n'a pas été aussi simple...

 

   D'abord, il convient de s'interroger sur cette désignation de "Gauche" et de "Droite"...qui relève à la fois du hasard et du paradoxe :

   - le hasard, car cette désignation résulte d'une certaine improvisation ...En 1789, les députés des Etats Généraux , réunis en ...premier lieu par le Roi Louis XVI dans la Salle des Menus Plaisirs (!) du Château de Versailles - salle rectangulaire avec le Clergé et la Noblesse sur les grands côtés et le Tiers-Etat au fond - se retrouvent ensuite dans la Salle du Jeu de Paume quand le Clergé et la Noblesse décident de rejoindre le Tiers-Etat pour former l'Assemblée Constituante ...Déjà, pour faciliter les débats, une tribune est installée pour le Président et les orateurs, l'Assemblée elle-même s'installant en face sur des gradins ... Cette disposition est reprise quand l'Assemblée rejoint le Roi au Château des Tuileries à Paris après les journées d'octobre 1789, mais on ne distingue pas encore de "gauche " et de "droite", les groupes se différenciant de "haut" en "bas", la "Montagne" et la "Plaine" ou le "Marais"...C'est seulement en 1795, lors de l'installation du Conseil des Cinq-Cents au Palais-Bourbon, que la disposition en hémicycle est adoptée, les députés "progressistes" se regroupant "à gauche" de l'espace vu de la tribune, ce qui aurait donc pu être "à droite" du même espace vu du fond de la salle ...et inversement pour les députés "conservateurs"...Toujours est-il que l'usage s'est perpétué ...non seulement en France ...mais ensuite dans de nombreux autres pays du monde, la France ayant ainsi une fois de plus donné l'exemple (!)...

   - le paradoxe, car cette désignation est  ...contraire à la signification ancienne de la "droite" et de la "gauche" . En effet, depuis l'Antiquité, la "droite" avait toujours été considérée comme le "bon côté" : la Bible parle des "justes" placés à la droite de Dieu, la gauche étant la place des damnés ...Et une coutume populaire a longtemps considéré les individus "gauchers" comme des "a-normaux" et il n'y a pas si longtemps que les instituteurs - les "hussards noirs de la République" - frappaient avec leur règle les élèves s'entêtant à écrire de la main gauche ... Etre "droitier" permettait d'être ...adroit, tandis qu'être "gaucher", c'était être gauche, c'est-à-dire ...maladroit... Or, maintenant, qui oserait qualifier un homme de gauche  de maladroit et inversement un homme de droite ...d'être toujours adroit ? ...Quoique...

 

   Ensuite, le problème de la désignation de "Gauche" et de "Droite"  ayant été évoqué, sinon résolu, il reste à savoir si elle correspond à la réalité sociale du pays ... Car la France est une nation issue d'un peuplement très divers où les opinions ne se résument pas dans un choix simpliste entre deux courants :

   - L'échiquier politique a longtemps comporté sous divers régimes - et notamment sous la 3ème et la 4ème Républiques - un nombre important de "partis", dont l'audience a d'ailleurs varié : monarchistes, napoléoniens, républicains, libéraux, radicaux, socialistes, communistes, indépendants, etc ...certains se regroupant parfois en unions éphémères comme le Cartel des Gauches des radicaux et socialistes en 1924, le Rassemblement du Peuple Français en 1947 sous l'égide du Général De Gaulle, ou le Programme Commun des socialistes et des communistes en 1971, et il n'était pas toujours facile d'identifier la "Droite" et la "Gauche", certains partis ayant un courant de "gauche" et un courant de "droite" ...En fait, la distinction était moins dans la nature des partis que dans la politique pratiquée : la "politique de gauche" se caractérisait surtout par le "dogmatisme" (c'est-à-dire la volonté d'appliquer des théories pré-établies comme le marxisme), le"collectivisme" (au sens de la priorité de la société sur l'individu) et "l'égalitarisme" (ni riches, ni pauvres), l'égalité s'imposant, si besoin était, à la liberté ...La "politique de droite", elle, se définissait plutôt par le "traditionalisme" ( respect de l'héritage du passé), "l'individualisme" (à chacun selon son mérite) et le "libéralisme"(favorable à l'esprit d'entreprise), la liberté s'imposant à l'égalité jugée impossible ...Mais, pour autant, il y avait souvent confusion entre "gauche" et "droite", souvent pour des raisons électorales, la "gauche" au gouvernement faisant des concessions aux groupes sociaux censés être de "droite ", et inversement pour la "droite" quand elle était au pouvoir...Il en était résulté une grande instabilité politique, avec une véritable valse de ministères...

   - L'échiquier politique a été, il est vrai, simplifié à l'instigation du Général De Gaulle, avec la Constitution de 1958, qui a établi la suprématie de l'exécutif, et surtout par le référendum de 1962 instaurant l'élection du Président de la République au suffrage universel, avrc le choix imposé au 2ème tour des 2 candidats ayant eu le plus de voix ...Il en est résulté un rassemblement en deux "camps", qui n'ont pas été nécessairement la "Droite" et la "Gauche" (cas de Pompidou-Poher et de Chirac -Le Pen ...), même si cela a été le cas le plus fréquent (De Gaulle-Mitterand, Sarkozy-Royal...), de sorte qu'on parle plutôt de "Majorité" et "d'Opposition" ...La France a ainsi rejoint d'autres pays démocratiques comme l'Angleterre ou les Etats-Unis, qui avaient de façon pragmatique appliqué depuis longtemps un "bi-parties-system" ... Néanmoins, le système a montré ses limites en France, car, s'il a permis une alternance politique satisfaisante sur le plan démocratique, il a donné lieu aussi à des "cohabitations", quand la Majorité élue à l'Assemblée n'était pas celle qui avait élu le Président (Chirac 1er ministre sous Mitterrand, et inversement Jospin 1er Ministre sous Chirac) ...De l'avis des intéressés eux-mêmes, cela entraînait confusion et parfois paralysie ...même sil y a eu le plus souvent une collaboration loyale (exemple Mitterrand-Balladur), parfois plus cordiale qu'entre Présidents et 1ers Ministres du même bord (exemples de Pompidou-Chaban ou Mitterrand-Rocard)...Finalement la solution adoptée, couplant les élections présidentielles et législatives tous les 5 ans, peut limiter le risque de "cohabitation", mais sans l'éliminer totalement...

 

   Car il se trouve qu'en France  - héritière, comme chacun sait,  des Gaulois qualifiés par Jules César de "peuple instable et querelleur" - l'électorat reste volatile, et un gouvernement - de "Droite" ou de "Gauche" - n'est jamais assuré de sa continuité, surtout s'il a le courage de prendre des mesures impopulaires mais nécessaires à l'intérêt du pays, les citoyens privilégiant souvent leur intérêt personnel à court terme ...C'est ainsi que Lionel Jospin, alors 1er Ministre, échoue en 2002 dès le 1er tour de l'élection présidentielle en raison de la rigueur de sa gestion ...Et, bien entendu, on peut se poser la question du sort de Nicolas Sarkozy, s'il se représente en 2012, après avoir eu au moins le mérite de s'atteler au problème des retraites, éludé par ses prédécessseurs de "Droite" comme de "Gauche"...Lui faut-il se placer clairement à "droite", comme il est tenté actuellement de le faire en profitant des désaccords de la "Gauche", ou doit-il brouiller les cartes en confondant au gouvernement la "Droite" et la "Gauche", comme l'avaient tenté naguère  De Gaulle avec l'association "Capital-Travail", Giscard d'Estaing avec son "Centre", Chirac avec la "Fracture sociale" ... sans oublier Mitterrand, dont on a pu dire "qu'il avait eu une manière ...adroite d'être à gauche" ?...

  

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 10:41

   Le problème de la retraite revient d'actualité ...de façon récurrente, puisqu'il n'a pas cessé de faire l'objet de réformes depuis un demi-siècle, en particulier en 1993 par Edouard Balladur sous la présidence de François Mitterrand, et en 2003 par ...François Fillon sous la présidence de Jacques Chirac, ...réformes toujours partielles ayant porté essentiellement sur la durée des cotisations portées pour les "actifs" de 37 ans 1/2 à 41 ans ...et manifestement insuffisantes, puisque le Conseil d'orientation pour les retraites (COR), créé naguère par Lionel Jospin, vient de révéler que les besoins de financement passeront de 30 milliards d'euros en 2010 à une "fourchette" de 75 milliards d'euros à 115 Milliards d'euros en 2050 en fonction de l'évolution de la productivité et du chômage...

 

   En fait, le problème n'est ni nouveau, ni surprenant ...Car il était évident que le "baby-boom" des années 1945-1950 aboutiraient 60 ans plus tard à un ..."papy-boom",...et que l'action ultérieure et conjuguée de la baisse de la natalité et du recul de la mortalité ne pouvaient qu'aggraver le problème, le rapport des âges étant passé progressivement d'environ 4 actifs pour 1 retraité à ...1,5 actif pour 1 retraité. Or, non seulement aucune mesure significative n'a été prise avant 1993 pour y faire face, mais des dispositions ont été élaborées à contre-courant, comme l'abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans en 1983 et la diminution de la durée hebdomadaire du travail de 39 à 35 heures en 1998 et 2000, dont le coût annuel est de 40 milliards d'euros, soit 2 points de PIB...Certes ces dispositions ont représenté un "progrès social", mais, faute d'avoir été étalées dans le temps, elles revenaient à sacrifier les générations futures à la satisfaction des générations contemporaines..., autrement dit à "aller dans le mur" pour les retraites.

 

  Une telle perspective d'avenir étant inacceptable - suivant l'adage connu que "l'avenir ne nous appartient pas, mais appartient à nos enfants" - une réforme globale du système de la retraite est donc inéluctable, et en raison du retard pris à l'entreprendre, elle ne peut être que brutale ...Le principe du système actuel étant la "répartition", c'est-à-dire le paiement des pensions de retraite par les cotisations des actifs, la condition préalable est donc de trouver des solutions rendant cette "relation inter-génération" aussi "équitable" que possible, et cette condtion n'a rien d'évident :

 

  - Une première solution  consiste à diminuer les pensions en partant du constat que leur niveau moyen est l'un des plus élevés d'Europe et que le pourcentage des retraités "pauvres" (seuil de pauvreté à 700 euros par mois) est - ce qui peut surprendre - inférieur à celui de l'ensemble des "pauvres" dans la population française ...Mais il ne s'agit que d'un niveau "moyen", ne rendant pas compte des disparités énormes entre les "retraites-chapeaux" des "hauts-cadres" - qui pourraient assurément être diminuées sans scrupules - et les petites retraites souvent incomplètes, notamment dans le milieu agricole, qu'il ne peut pas être question de restreindre, bien au contraire...

 

   - Une deuxième solution est de prolonger la durée de cotisation des "actifs", seule solution d'ailleurs à avoir été déjà pratiquée de 37 années 1/2 à 41 ans, mais cette prolongation, à la rigueur acceptable compte tenu de l'allongement de la vie passée de 65 ans en 1950 à 85 en 2010 (plus pour les femmes,...moins pour les hommes!),ne peut pas être pousuivie indéfiniment, d'autant moins qu'elle serait inégalitaire et souvent illusoire : elle serait applicable ceux qui seraient devenus "actifs" à partir de 18-20 ans ...mais impossible pour ceux devenus "actifs" à partir de 23-25 ans du fait de leurs études ...Or la poursuite des études est appelée à se généraliser en raison de l'évolution des connaissances et des techniques...

 

   - Une troisième solution est de relever l'âge moyen des départs à la retraite, jusqu'à 62 ans dans un 1er temps, en attendant de le prolonger jusqu'à 65 ans et,tant qu'à faire, jusqu'à 70 ans, également en raison de l'allongement de la vie, associé aux progrès de la médecine permettant de maintenir plus longtemps les capacités physiques et intellectuelles ...Mais il y a,là aussi,des limites, même si beaucoup de "vieux" reprennent un emploi "senior" après leur départ à la retraite...Et un tel allongement serait également inégalitaire, puisqu'il serait impossible dans les métiers dits "pénibles"...

 

   Il apparaît donc qu'un aménagement des conditions de travail des "actifs" ne pourra pas obtenir un consensus populaire, à fortiori dans un contexte de crise économique ayant mis en cause le niveau de vie ...et que, par conséquent, des mesures nécessairement partielles et limitées comme l'allongement de la durée des cotisations et le relèvement de l'âge du départ à la retraite ...ne pourront que retarder l'échéance de la faillite du système, c'est-à-dire la stagnation, la baisse ...et la chute des pensions au plus tard à partir de 2030...Il est donc nécessaire de trouver d'autres moyens de financement et, comme toujours en cas de déficit chronique, de chercher soit à diminuer les dépenses, soit à augmenter les recettes :

 

   * Une diminution des dépenses pourrait être obtenue par une réforme des structures qui comportent actuellement un "fatras" de dispositions particulières, qu'il s'agisse de la multiplicité des "régimes" où cohabitent le public, le privé et ...les "régimes spéciaux" (EDF, SNCF,RATP...) ou de la multiplicité des "caisses" (actuellement 35 !) avec des procédés divers de fonctionnement (points ou annuités, bonus divers, réversion...), ce fatras étant générateur de "doublons" et de "frais de fonctionnement" en gestion et en personnel...Mais une telle réforme ..."révolutionnaire"...se heurtant au poids des habitudes et à la résistance des "chapelles" ...ne pourrait être réalisée que progessivement, comme elle l'a été dans certains pays voisins...Donc solution possible, mais non immédiate, et certainement insuffisante pour combler le déficit...

 

   * Une augmentation des recettes pourrait être obtenue par une réforme de la fiscalité dans le sens d'une plus grande équité, c'est-à-dire en modulant les impositions de telle sorte que les plus hauts revenus - en matière de salaire et de patrimoine - soient mis à contribution ...En l'occurrence, il ne s'agit pas d'appliquer béatement le vieux slogan démagogique recommandant de "faire payer les riches", mais de tirer les conséquences du fait que l'écart des revenus est passé depuis un demi-siècle de la "fourchette" d'environ  1 à 10 à une "fourchette" d'environ 1 à 100, et qu'un certain nombre de grandes entreprises réalisent des bénéfices colossaux "hors investissements", leurs cadres directeurs ayant des revenus (salaires, indemnités, stock-options, placements divers) pouvant dépasser allègrement le million d'euros par an ...Or, malheureusement, de nouveau à contre-courant, le gouvernement leur assure de conserver au moins la moitié de leurs revenus par le "bouclier fiscal", certes prévu pour tout contribuable, mais ne profitant pratiquement à 80 % qu'aux 500.000 citoyens les plus aisés, alors que les 600 millions d'euros ainsi accordés seraient utiles au financement des retraites "pour tous" ...Comme serait utile la création d'une 5ème tranche d'imposition au delà des 40 % actuels ...Après tout, dans un pays comme la France où la "fraternité"(!) fait partie de la devise républicaine au même titre que la "liberté" (?) et "l'égalité" (??), une contribution plus forte des bénéficiaires dehauts revenus au financement des retraites pour tous, serait moins choquante que la fuite de leurs capitaux dans des paradis fiscaux...

 

  * Enfin, il existe une possibilité directe des "actifs" à améliorer le niveau de leurs ressources à l'âge de la retraite, celle d'avoir recours à la "capitalisation", c'est-à-dire à la constitution d'un capital au cours de "l'activité" pour en recevoir les intérêts lors de la retraite ...Elle est d'ailleurs déjà pratiquée dans certains cas, notamment pour les fonctionnaires avec la "Préfon" ...et elle pourrait être encouragée par une "défiscalisation" des versements ...Mais elle n'est pas encore passée dans les moeurs des Français, puisqu'elle ne représente actuellement que 8 % des pensions de retraite, alors qu'elle atteint 20 % en Allemagne, 30 % au Danemark ...et 40 % aux Etats-Unis ...Il est vrai que les Français restent attachés à leur système de retraite par répartition, où les "actifs" alimentent par leurs cotisations les pensions des "retraités" contemporains, ce qui est évidemment plus "solidaire" que le système de retraite par capitalisation "individuelle" ...Il faut dire que les placements "capitalistes" n'ont jamais été leur "fort" et on peut les comprendre après l'histoire des "emprunts russes" avant 1917, puis la crise de 1929 ..et la crise des "subprimes" en 2007... 

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