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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 00:08

   " Impossible n'est pas français" avait répondu Napoléon 1er à un de ses généraux en 1813...La formule a fait fortune , car elle flattait l'amour-propre des Français ...C'est si vrai qu'au milieu du 20ème siècle, un journal illustré pour les adolescents titrait encore "A coeur vaillant, rien d'impossible " !...

   "Tout est possible" encore en France, en ce début du 21ème siècle...Mais ce n'est plus seulement la possibilité de réaliser des exploits, c'est aussi celle de faire des bêtises ...On vient d'en commettre une de belle taille le 12 février 2010, celle d'un TGV Paris-Rennes qui...a oublié de s'arrêter comme prévu au Mans !...Evidemment toute la France s'est esclaffée, du haut de la Tour Eiffel jusqu'au fin fond des chaumières ...Il y a même eu des plaisantins qui ont demandé si le TGV n'avait pas continué jusqu'à Brest, avant de tomber à l'eau !...Et d'autres, plus "rosses", qui ont évoqué les vaches qui rient en voyant passer le train ...Mieux vaut en rire, en effet ...

   Mais c'est tout de même une histoire bête à pleurer ...et fort regrettable : d'abord pour les voyageurs qui, à cause d'un "canard boiteux" conduisant le train, ont attendu sur les quais par un ..."froid de canard"
 ...Ensuite pour la réputation de la "technologie française" qui va en prendre un coup dans les faits divers ou les pages humoristiques des journaux du monde entier ...De quoi perdre des marchés dans un pays comme la Chine ! ...Et ceci alors qu'il suffisait de prévoir les feux de signalisation nécessaires, en cas "d'erreur humaine", pour ralentir et arrêter le train ...Il est vrai que la SNCF n'en est pas à son premier incident (cf article du 9 juillet 2008 - Rubrique Transport), en dépit des subventions de l'Etat - donc de la contribution des citoyens - pour remédier à ses dettes abyssales...

   Le comble est que la SNCF proclame dans un de ses slogans : "A nous de vous faire préférer le train ! " ...et qu'elle affirme, dans un autre slogan : "Avec la SNCF, tout est possible ! " ...En effet, tout est possible, y compris de laisser les voyageurs sur les quais ...

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Published by Jean Daumont - dans Transport
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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 15:42

   Le "chemin de fer" s'inscrit, en France comme dans les autres pays "occidentaux", dans l'histoire longue et complexe des transports ...De l'Antiquité au 19ème siècle, les déplacements des hommes et de leurs marchandises s'étaient faits exclusivement par voie "terrestre" (pistes ou routes) ou par voie "d'eau" (rivières et mers), dont l'importance avait alterné en fonction de la sécurité donc du contexte politique ...Les Romains, plus "terriens" que "marins", à la différence des Grecs, avaient privilégié les routes, avec leurs célèbres "viae" empierrées sillonnant leur Empire ...Mais les troubles du Moyen-Age avaient réduit ce trafic routier, menacé par les "bandits de grand chemin", de sorte que le transport fluvial ou côtier prit alors un essor considérable, le trafic par bateau, péniche, gabarre ou coche d'eau l'emportant sur les calèches ou diligences...

   Survient le chemin de fer, à partir des années 1820 et des progrès de la machine à vapeur ...Malgré les critiques initiales, le public apprécie rapidement
  ce moyen de transport plus rapide (50 kms/heure !) que les voitures à chevaux, et la France se couvre au 19ème et au début du 20ème siècle d'un réseau de plus en plus serré de "voies ferroviaires" desservant même des petites localités dans un pays encore très rural (les "omnibus"), tandis que les villes moyennes ou grandes se dotent en complément de tramways ou de "petits trains" et même, à Paris, d'un "Métropolitain", c'est-à-dire d'un réseau souterrain ...Equipement qui ruine d'ailleurs le trafic fluvial, en l'absence d'une modernisation parallèle des voies navigables, dont la France est pourtant bien dotée... A la veille de la 2ème Guerre mondiale, le chemin de fer connaît ainsi son apogée, et, dans le contexte du Front Populaire et de la "collectivisation" d'inspiration socialiste, les 5 compagnies privées existantes sont nationalisées le 1er janvier 1938 pour former la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) ...Cette Société regroupe actuellement environ 200.000 "cheminots" - le 2ème groupe professionnel après l'Education Nationale - dont l'importance dans la vie publique est telle qu'elle représente une sorte de ..."vache sacrée", à laquelle les responsables politiques se gardent bien jusqu'à présent de toucher, quand ils ne la flattent pas...

   Et c'est ainsi que, faute d'une volonté politique, la SNCF a raté ...l'aiguillage, en ne sachant pas conserver sa clientèle populaire quand l'économie s'est transformée (cf. les "Trente Glorieuses")...En effet, le trafic routier qui n'avait d'abord conservé qu'une importance secondaire (environ 1.000.000 d'automobiles en 1939) connait un expansion considérable (35.000.000 d'mmatriculations - automobiles et camions - en 1997) en liaison avec l'amélioration des voies (routes et autoroutes) ...La SNCF aurait pu alors faire le choix d'un trafic populaire, avec le maintien de dessertes locales et des prix compétitifs ...Ce ne fut pas le cas : les gouvernements - de droite comme de gauche - non sans certaines palinodies
- firent le choix contraire du "tout-TGV", privilégiant la "vitesse" pour faire concurrence au ...trafic aérien, dernier venu dans les transports, mais n'ayant pas la vocation des voyages de masse ...Certes les TGV, sur le plan technique comme sur le plan financier, sont une réussite (180 millions de passagers par an actuellement), mais il n'était pas vraiment nécessaire de leur sacrifier parallèlement deux secteurs importants de l'activité du "rail" :
   - Le trafic des voyageurs "ordinaires" (hors TGV) - qui représente pourtant encore 1 milliard de passagers par an - a été négligé , notamment dans la région parisienne (2/3 du trafic) où il n'y a plus qu'un équipement vieilli, avec des pannes fréquentes, et des retards devenus presque "institutionnels" (enquête 2001 : 44% des trains), entraînant parfois des manifestations d'usagers..."Ras le bol de la SNCF" ..."Les salariés de banlieue ont été sacrifiés au profit des bobos chouchoutés dans les TGV"...
   - Le trafic des marchandises ou "fret" est dans une situation plus grave encore, puisque la chute de l'activité met en cause son existence même : Déficit de 85.000.000 euros en 1998, 138.000.000 en 1999, ...389.000.000 en 2002 (légrère diminution ultérieure avec les conteneurs) ...Cette insuffisance s'explique en comparant les investissements opérés entre 1990 et 1998 : 2,6 milliards de francs (400 millions d'euros) pour le fret, contre 77 milliards de francs (11 milliards d'euros) pour les TGV ...et elle ne suscite pas d'inquiétude puisque l'ancien Président Gallois a déclaré "qu'après tout, le fret n'est qu'un service commercial", autrement dit que la SNCF pourrait l'abandonner...

   Evidemment ce "sacrifice" du réseau traditionnel et du fret est lié à l'essor considérable du trafic routier, qu'il s'agisse des automobiles ou des camions...Mais, même si on peut comprendre que des lignes d'intérêt local ou des petites gares aient pu être abandonnées faute de clientèle, il n'est en contrepartie inacceptable que la SNCF n'ait pas favorisé l'accueil de passagers en plus grand nombre, ni cherché à augmenter le fret, évitant ainsi de surcroît les encombrements et embouteillages sur les routes ...Il est vrai qu'elle n'est pas seule responsable, dans la mesure où elle est sous la tutelle de l'Etat et que celui-ci, malgré ses "énarques", n'a pas su mettre en place un Plan prospectif des transports, dont l'évolution a donc été incohérente, qu'il s'agisse d'ailleurs
du chemin de fer, de la route, des voies navigables ou des avions...

   Le résultat est pour le chemin de fer une dette "abyssale" d'environ 40 milliards d'euros en 2007 ...Et cette dette ne risque pas d'être comblée rapidement, puisque les recettes annuelles de la SNCF couvrent à peine les dépenses salariales des 200.000 cheminots comprenant 60.000 cadres, 90.000 sédentaires, 5000 délégués syndicaux détachés, ...et seulement 45.000 personnels "roulants" ayant en moyenne ...11 heures de conduite par semaine ...Situation ubuesque, que le recrutement d'environ 40.000 agents par le Ministre-ex-cheminot Jean-Claude Gayssot entre 1997 et 2002, n'a certes pas améliorée, même si la CGT dirigée par un autre ex-cheminot Bernard Thibault en a été fort satisfaite ...Sans oublier les "facilités de circulation" accordées aux familles des cheminots - soit 450.000 personnes - et le problème des 350.000 retraités dont les cotisations des "actifs" ne suffisent pas à payer les pensions... Il est vrai que, devant ce gouffre, il y a des écrans ou des subterfuges, comme celui de la création en 1997 d'une Société jumelle, le Réseau Ferré de France (RFF), chargé des infrastructures, mais grevé dès l'origine par le transfert des 2/3 de la dette ...ou encore la mise en place des Trains Express Régionaux (TER) qui sont largement financés par les Régions ...Et comme l'Etat verse pour sa part environ 10 milliards d'euros de subvention par an, on peut en conclure que les contribuables payent de plus en plus pour le train qu'ils prennent de moins en moins...

   Un train qui ne mène pas ...grand train, en dehors des TGV, bien sûr !...Car la SNCF multiplie les "ralentissements préventifs" (1300 kms) et éprouve néanmoins de multiples déraillements (20 de 2002 à 2005), comme le montre la carte ci-contre (ralentissements en surlignage et déraillements en noir) ... Certes, la SNCF peut affirmer à juste titre qu'elle reste "le transport le plus sûr de France" avec un taux presque nul d'accidents mortels pour les trains eux-mêmes ...Mais il y a les accidents induits par les 19.133 passages à niveau (1% sur routes nationales, 36 % sur routes départementales et 63 % sur voies communales), en raison de l'erreur initiale de leur installation et de la lenteur de leur suppression ...et ceci alors que la SNCF n'a pas hésité à construire des gares somptueuses pour les TGV - encore eux ! - comme la Gare d'Avignon..., appliquant la formule de son Architecte en Chef Duthilleul : " Les gares sont les cathédrales des temps modernes", en s'attirant d'ailleurs la réponse de l'ancien Président Bergougnoux : " Dans les gares, il ne souffle pas que l'esprit, mais aussi les courants d'air"...

   Dans ces conditions, si rien n'est entrepris de façon radicale et rapide, la situation du chemin de fer ne peut que tourner au scandale ... Car le "rail" doit désormais faire face à la conjugaison de deux échéances :
   - L'échéance prévisible de l'unification européenne ...Depuis 2003, une directive de la Commission a ouvert le trafic du fret à la concurrence dans tous les pays ...Or la France est un des rares pays à ne pas avoir "privatisé" ce service pour faire face à cette concurrence.. Et, bientôt, l'ouverture s'étendra au trafic des voyageurs...
   - L'échéance imprévue de l'augmentation des produits pétroliers qui entraînera inévitablement une réduction du trafic routier (automobiles et camions) et un retour partiel vers les autres moyens de transport, dans la mesure où les véhivules à électricité ou hydrogène ne sont pas encore au point... Or la SNCF (ou le RFF ?) n'a jusqu'à présent même pas été capable d'organiser, à l'image de la Suisse et de l'Autriche, une combinaison "Rail-Route", avec l'échec du "Modhalor"... Et déjà, il est question de recourir pour les charges les plus pondéreuses à la navigation fluviale, lente mais économique...

 Il est donc temps que le chemin de fer sorte ...en vitesse ...de son petit train-train...


Sources : - Article du Figaro du 6 juillet 2008 - Page 2 
                - SNCF Ma machine infernale - Nicolas Beau, Laurence Dequay et Marc Fressoz - Ed.Le Cherche midi 2004

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