Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La violence qui s'est manifestée à Villiers-le-Bel et diverses communes du Val-d'Oise les 25 et 26 novembre 2007 a suscité une réprobation générale, et l'opinion a largement approuvé l'action de la police qui a rétabli l'ordre sans tirer un coup de feu ...alors qu'elle en a reçu... Est-ce à dire que la violence est toujours condamnable, et que sa répression est un fondement nécessaire de la vie en société ?... Ce n'est pas si simple...
La violence est, par définition, "une action consistant à imposer sa volonté par la force, au mépris de la volonté de ceux qui la subissent"... Et elle a malheureusement été toujours exercée, puisqu'elle fait l'objet, depuis la plus haute Antiquité, de prescriptions destinées à la proscrire et à la punir, qu'il s'agisse, entre autres, du Code babylonien d'Hammourabi (vers 2000 av.JC) ou du Décalogue de la Bible (vers 800 av.JC)... Or ces prescriptions sont loin d'avoir toujours été respectées, y compris par leurs auteurs : ainsi, dans la Bible, Dieu dit : "Tu ne tueras point" (Exode 20/13), mais Josué et plus tard David feront la guerre en son nom pour prendre la "Terre promise" aux Cananéens "sans faire de quartier"... Ensuite, malgré l'enseignement de Jésus sur "l'amour du prochain", les chrétiens feront les croisades également en son nom ... Certes, des hommes se sont dressés régulièrement contre cette violence, mais il est symptômatique que beaucoup d'entre eux en ont finalement été victimes, de surcroît de la part de leurs propres concitoyens : Jésus lui-même par les prêtres juifs, ...Martin Luther King aux Etats-Unis, ...Rabin dans l'Etat d'Israël, ...sans oublier évidemment en Inde le Mahatma Gandhi , apôtre de ...la non-violence !... La violence est-elle donc une fatalité ?...
Il faut reconnaître que la violence a souvent trouvé des défenseurs à travers l'histoire... Il y a d'abord ceux qui la jugent nécessaire pour lutter contre la tyrannie et la persécution : la violence contre la violence, qui peut être justifiée, si on prend l'exemple de la lutte contre Hitler entre 1933 et 1945... Mais il y a aussi ceux qui l'utilisent pour imposer une morale rigoureuse, "en voulant le bien des gens, si besoin est, malgré eux", comme Savonarole voulant créer un Etat théocratique à Florence au 15ème siècle, ...ou encore Robespierre cherchant à imposer le "règne de la vertu" en France en 1794 : tous les deux imposeront la Terreur, c'est-à-dire la violence - pour y parvenir, ...et seront finalement ...exécutés... Il y a plus généralement, à notre époque très "moralisante", ceux qui, à défaut de trouver une "justification" à la violence, veulent en donner une "explication" : ainsi une responsable de psycho-pathologie de l'Hôpital de Bobigny interprète les violences du Val-d'Oise comme "le symptôme d'une immense souffrance sociale"...et, pour elle, "les jeunes expriment de cette façon leur ennui et leur vide de tous les jours" ...et alors "leur comportement auto-destructeur ...d'écoles ou de bibliothèques ...s'expliquerait par le fait qu'ils considèrent celles-ci comme ne servant à rien et ne menant nulle part "... Pour reprendre cette fois l'expression d'un aumônier de l'Hôpital d'Eaubonne, où ont été hébergés les policiers blessés, "ils ont la haine", une haine de ce qui représente l'ordre, un ordre qui les rejette, celui-là même qui est représenté par la police...
Cette explication, même si elle est sincère, n'en est pas moins difficile à admettre... D'une part, elle est incomplète, car elle oublie l'existence de "réseaux" dans les banlieues, qui sont manipulés souvent par des adultes utilisant les difficultés des jeunes pour se livrer à leurs trafics et protéger leur territoire ...D'autre part, elle est injuste - au sens du manque d'équité - en ne signalant pas qu'un nombre important de jeunes des cités "difficiles" s'en sortent par leur volonté et leur courage, souvent avec l'aide d'initiatives laïques (médiateurs, femmes-relais, professeurs référents, animateurs d'associations sportives et culturelles...) ou d'actions religieuses (chrétiennes ou musulmanes...) : malheureusement ces efforts sont mal connus et peu encouragés, en dehors des périodes de crise attirant de façon "passagère" les journalistes et les hommes politiques...
Car le problème n'est pas, en l'occurrence, de s'intéresser seulement à la "conjoncture" - avec le souci prioritaire de "protéger les "honnêtes gens" - mais de s'attaquer aux "structures", c'est-à-dire aux conditions de vie... On peut élaborer un "plan d'urgence" et, dans ce cadre, identifier et mettre sans faiblesse hors d'état de nuire les "casseurs" et ceux qui les aident et les poussent, allant jusqu'à préparer des "parpaings" sur les toits et désormais à leur donner des armes... Mais il faut aussi mener un "plan à long terme" à la fois pour ré-aménager les banlieues en supprimant les tours inhumaines et les cités, qui sont autant de "ghettos" avec des regroupements discriminatoires, ...et pour faciliter l'accès à l'emploi par une politique volontariste favorisant l'installation d'entreprises industrielles, commerciales et culturelles... Même s'il ne faut pas rêver à l'élimination de la violence - qui est dans la nature humaine - au mois on en restreindra les causes ...et donc les effets.