Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Ainsi donc, le Président Sarkozy, après avoir dévoilé le fond de sa pensée dans son discours du Latran du 20 décembre 2007 (*), est passé à l'application pratique dans sa conférence de presse du 8 janvier 2008 sur le thème de la "politique de civilisation", expression empruntée au sociologue Edgar Morin... Et la réaction des médias a été la même, en se contentant d'évoquer l'allocution préliminaire seulement pour la trouver trop longue, voire "fumeuse", en considération des préoccupations quotidiennes des français, jugées "prioritaires"...Comme si les Français n'étaient pas capables de se hisser au-dessus des problèmes matéri
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Il n'y a pourtant rien d'extraordinaire, au contraire, à vouloir définir le sens d'une action à la tête d'un pays comme la France, alors que cette action est déjà entamée et doit manifestement s'accélérer dans les mois à venir ...Quoi de plus légitime que de "remettre l'homme au coeur la politique " en insistant sur des valeurs telles que l'autorité, la morale, l'amour ...Tout au plus peut-on s'interroger sur l'ambition "d'éclairer le monde ", car les Français, repliés sur leur "hexagone", n'ont plus tellement entendu ce langage rappelant la Déclaration des Droits de 1789 depuis un certain Général De Gaulle... Et il y a également longtemps qu'on ne leur a pas proposé autant de "chantiers" de réforme, avec une intention affirmée d'en assurer l'exécution :
- Celui de la Constitution est loin d'être négligeable, puisqu'il s'agit d'introduire dans son Préambule l'égalité de l'homme et de la femme, la bio-éthique et la diversité raciale qui sont autant de problèmes encore mal résolus... Et ce n'est pas par hasard que la Commission d'étude est confiée à Simone Veil, symbole de la "libération de la femme"...
- Celui de la Mesure de l'économie paraîtrait futile s'il ne mettait pas en valeur la nécessité de critères d'appréciation compréhensibles à la fois par les responsables et par les consommateurs. Le pouvoir d'achat en est le meilleur exemple, avec un indice de l'INSEE qui, en intégrant des articles d'équipement plus rarement acquis et souvent à la baisse, fait croire à une hausse globale contraire à la réalité du "panier de la ménagère"...
- Celui du financement des entreprises par la Caisse des Dépôts et Consignations n'a fait l'objet que de rares commentaires en raison de son caractère technique...Mais il faut savoir que cet organisme qui gère des centaines de milliards d'Euros provenant en majorité des économies des Français (Caisses d'Epargne) mais dont l'utilisation est limitée aux logements sociaux, a une quantité considérable de "fonds dormants", alors que beaucoup d'entreprises- surtout moyennes et petites - sont rachetées par des organismes représentant les "fonds de pension" des Etats-Unis, c'est-à-dire les cotisations de retraite des Américains, avec des conséquences souvent regrettables : remplacement de l'encadrement par un personnel "à la botte", gain de productivité, licenciement de salariés, et délocalisation... Il serait temps que les économies des Français servent à ...les défendre !
- Celui du partage des bénéfices des entreprises apparaît comme une résurgence de l'ancienne conception gaulliste de "l'association Capital-Travail", mais va plus loin : il ne s'agit pas seulement d'étendre aux petites entreprises (- 50 salariés) l'intéressement actuellement prévu pour les plus grandes...Il est également question d'étendre à tous les salariés le programme des stocks-options et la distribution gratuite d'actions limités jusqu'à présent à la "direction"... Même si la proportion réservée aux salariés ne doit pas dépasser le tiers, l'initiative est intéressante à tous égards... car c'est un moyen de "gagner plus" en juste contrepartie du travail effectué ...
- Celui de la remise en cause du système scolaire est ...plus "classique". Il n'y a pas grand-chose à redire à la priorité accordée à l'école primaire, avec le recentrage sur les savoirs fondamentaux et le soutien personnalisé qui sont de "vieilles antiennes" trop souvent encore sans échos... Quant à la suppression des cours du samedi matin, elle correspond à un "fait de société" et mettra fin à une hypocrisie des absences... Par contre, le retour à des règles de civisme et de politesse, même si elles sont nécessaires, paraît beaucoup plus hasardeux, au moins à court terme, dans le contexte de certaines banlieues...
- Celui de l'immigration reprend le thème de la campagne présidentielle sur l'importance du "choix", qui consisterait à permettre au Parlement de fixer chaque année le nombre de titres de séjour à accorder en fonction des besoins du pays et des capacités d'accueil ... Même si le Rapporteur de l'Immigration à l'Assemblée a rappelé qu'il n'est pas question de "quotas ethniques et géographiques", on peut s'interroger sur les possibilités d'application d'une telle mesure, en raison de l'importance de l'immigration clandestine et de la situation engendrée par la politique antérieure de regroupement familial...
- Celui de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques est plus inattendu, mais celle-ci ne peut que satisfaire ceux qui déplorent la dépendance - au moins financière - de ces chaînes par rapport à des entreprises privées... Et à partir du moment où l'équilibre leur budget sera alors rétabli non par une augmentation de la "redevance" (actuellement 60 %) mais par une taxe compensatrice sur les recettes publicitaires des chaînes privées (appelées évidemment à augmenter, comme déjà leurs cours en Bourse...), la qualité des programmes - n'étant plus soumis à "l'Audimat" - ne pourra que s'améliorer...
- Celui du "Grand Paris" est plus ...localisé, mais les propositions faites en vue d'une meilleure gestion - en particulier de l'urbanisme - ne peuvent qu'être positives ...à long terme, qu'il s'agisse de la qualité des sites ou de la résorption des "zones de non-droit" ...et elles pourront servir d'exemples pour d'autres villes...
- Celui de la Politique Internationale est assurément le plus aléatoire, car il ne pourra évidemment être réalisé qu'avec l'accord des autre pays du monde : transformation du G8 en G13 par l'intégration des grands pays émergents, élargissement du Conseil de Sécurité de l'ONU, re-définition des missions du FMI et de la Banque Mondiale ...Beaucoup (trop ?) de "pain sur la planche !...
Au terme d'une telle énumération, il n'est vraiment pas possible de parler "d'immobilisme" ...mais il est légitime de s'interroger sur l'écho que cette "politique de civilisation" peut avoir auprès ee l'opinion... Elle peut séduire - les 1ers sondages le prouvent avec 50 à 70 % de "satisfaits" - d'autant plus qu'elle a été formulée avec un "brio" remarquable et confirme les Français dans l'idée "qu'ils sont vraiment gouvernés"... Mais la médaille a son revers, car les Français vont également attendre maintenant les résultats... Or ceux-ci peuvent tarder à se manifester, notamment dans certains domaines "sensibles" comme le pouvoir d'achat et le chômage, en raison d'une conjoncture défavorable et d'un délai inévitable d'effet des réformes...Et comme le Président Sarkozy, par son goût de "paraître" - dans sa vie matérielle comme dans sa vie privée - n'a pas toujours la prudence nécessaire, il n'est pas à l'abri d'un "retour de bâton" si la "politique de civilisation" se révèle n'être qu'un "miroir aux alouettes"...
(*) voir mon article précédent sur "Religion et Société"