Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Les manifestations actuelles contre le Contrat Première Embauche (CPE) - même si elles traduisent une exploitation politique - révèlent une réelle inquiétude de l'opinion, à en croire les sondages (60 % de mécontents). Mais cette inquiétude n'est pas nouvelle : elle n'est malheureusement que la dernière version de la morosité créée par la persistance du chômage, notamment celui des jeunes (entre 18 et 26 ans...)
Le CPE n'est certes pas une panacée, car il n'est pas possible d'ériger en règle pour l'avenir des dispositions rendant précaire l'emploi éventuel des jeunes pendant une période de 2 ans sans la garantie absolue d'un emploi stable à son terme... Mais pour autant il faut situer ce contrat dans son contexte qui n'a rien de réjouissant, puisqu'actuellement à peine 25 % des jeunes ont un emploi théoriquement stable (CDI et fonctionnaires), environ 50 % ont un emploi précaire (CDD, Intérim, temps partiel, "petits boulots", etc) et 25 % n'ont pas d'emploi du tout (certains n'en ont même jamais eu)... Or cette situation , à quelques variations de pourcentage près, est la même depuis 30 ans, toutes les solutions émanant des gouvernements de droite comme de gauche ayant échoué ou étant restées sans suite (CIP Balladur, CES Jospin,stages "bidon", etc)... Cette situation empire même, puisqu'à la faveur des regroupements d'entreprise ou des "délocalisations" pour cause de "rentabilité" strictement économique, même les titulaires de CDI - employés et cadres - sont couramment licenciés...
Or, cette fois, le gouvernement a le "courage" de s'en prendre à la rigidité paralysante du Code du Travail qui empêche les entreprises d'avoir une gestion des personnels plus adaptée aux compétences de ceux-ci comme à l'évolution incessante de l'économie... En l'occurence, il ne s'agit pas d'une initiative "innovante" de la France, puisque ce pari de la "flexibilité" a déjà été tenté - non sans succès - dans d'autres pays de l'Europe comme la Grande Bretagne et la Hollande... Malheureusement, emporté par sa relative popularité, le Premier Ministre Villepin a confondu "vitesse" et "précipitation", car, même si le problème était urgent, il aurait dû éviter de "passer en force" (article 49/3) alors que cette proposition de CPE était intégrée dans un dispositif global de "l'égalité des chances" qui méritait une analyse approfondie et contradictoire de l'Assemblée Nationale dont c'est après tout le rôle... Il eût été sage d'essayer d'associer les syndicats de toutes tendances à une telle décision, en jouant d'ailleurs sur leurs divisions ... et au prix de quelques concessions, en particulier en réduisant de moitié le temps de la période d'essai (il n'est certainement pas trop tard...)... Côté entreprises, il eût été bien inspiré aussi de fixer un délai - par exemple 1 an après l'adoption du système - pour faire le point sur les résultats de ce contrat : ou bien ceux-ci seraient alors réellement positifs avec une baisse significative du chômage des jeunes et un nombre réduit de ruptures de ce contrat dans cette 1ère année, et le CPE pourrait être reconduit pendant un certain temps...ou bien les résultats seraient négatifs ou incertains, et alors il faudrait soit "revoir la copie" compte tenu de son échec, soit imposer aux entreprises des mesures plus strictes et dissuasives, comme une taxation... Car il ne sera pas possible de tolérer plus longtemps - - sans risque "d'explosion sociale" - que des entreprises - à l'image de Total ou Suez...- se flattent de bénéfices exorbitants hors investissements (comme cela est le cas en cette période des bilans annuels)... alors que les licenciements continueraient et que les recrutements stagneraient...
Alors, pour un CPE "amendé"...Chiche !... Mais gare aux résultats !...