Réflexions sur l'actualité en tous genres.
"Autrefois, notre pays s'appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois" ...Ainsi commençait en 1942 le manuel d'histoire de France du cours moyen ...C'était simple, et il n'y avait pas à discuter ...D'ailleurs, encore maintenant, les
Français sont presque tous encore convaincus de cette vérité élémentaire ...Et le Général De Gaulle lui-même - à en croire ses proches - était assez fier de son nom qui, à une lettre près, rappelait les origines de son "cher et vieux pays"...
Eh! bien ...tout cela est faux, à en croire "les recherches les plus récentes"!... D'abord, le terme même de "Gaule" prête à discussion, car il n'était pas, à l'origine, utilisé par les habitants du pays et a seulement été emprunté par le Romain Jules César aux Grecs qui désignait ainsi le pays des Celtes "en-deça du Rhin", ceux "d'au-delà du Rhin" étant appelés "Germains"... et ces "Gaulois" ne s'étaient pas installés seulement dans cette "Gaule occidentale" dite "chevelue", ...car leurs tribus remuantes et belliqueuses avaient pénétré naguère en Italie dans la plaine du Pô (Gaule Cisalpine), allant même jusqu'à Rome (Brennus "Vae victis" 390 av.JC), ...et s'étaient répandues aussi en Espagne (Galice), dans les îles britanniques (Pays de Galles) et en Orient (Galatie) ...Et leur civilisation n'avait rien de "primitif", contrairement au dessin du manuel de Lavisse représentant une hutte au toit de chaume dont sortait la fumée ...car le pays était riche, avec des fermes nombreuses pratiquant la culture et l'élevage, une industrie réputée (armes, instruments aratoires...) et des villes déjà importantes (Avaricum=Bourges, Lutèce=Paris, Lugdunum= Lyon, Bibracte, etc...), avec des maisons en dur, parfois à étages... Bref, la "Gaule" - qui n'était pas encore la France (il faudra attendre le Traité de Verdun 843, avec la "Francie Occidentale) - n'était pas vraiment la Gaule, ou du moins elle n'en était qu'une partie... Alors pourquoi cette "erreur historique" ?...
Pour le comprendre, il suffit de remonter au ...19ème siècle. Alors, en France comme dans les autres pays de l'Europe, se développait la notion de ..."nation". On a parlé de "l'éveil des nationalités" ...Et, par définition, le regroupement en "nations" - pour des raisons d'ailleurs diverses - a entraîné des oppositions allant jusqu'à des guerres et des conquêtes (de "l'Empire napoléonien" au "pangermanisme") ...Et c'est ainsi qu'en France les historiens, derrière Michelet, ont exalté le sentiment national, surtout contre les Anglais et les Allemands ...Et, par transposition, ils ont fait de Vercingétorix - jusque là quelque peu oublié - un "héros national" (ce n'est pas par hasard que ...Napoléon III lui a fait ériger une statue en haut du plateau de Gergovie) ...de même qu'ils ont fait de Jeanne d'Arc une "héroïne nationale" qui "avait bouté les Anglais hors de France" (ce qui était d'ailleurs beaucoup dire !)...
Ainsi donc, il faut se méfier des idées simples... Que la Gaule ne soit plus en Gaule, de même que, suivant Gabriel Marcel, Rome ne soit plus dans Rome,
cela n'est finalement pas grave, puisqu'il ne s'agit que d'affaires humaines, pour ne pas dire de ..."gauloiseries"... Mais l'affaire devient plus importante quand il s'agit d'un problème comme celui de ...Dieu, ...tout ...simplement. En effet, la plupart des élèves qui, en 1942, utilisaient le manuel de Lavisse, allaient aussi au "catéchisme", et on leur apprenait (5ème leçon) de répondre à la question "Qu'est-ce que Dieu ?" de la façon suivante : "Dieu est un pur esprit, infiniment parfait, éternel, créateur et souverain maître en toutes choses" ...C'était net et clair ...Il n'y avait pas à y revenir...Maintenant c'est autre chose : qui oserait définir Dieu, à supposer qu'il existe ? Car il faut d'abord supposer qu'il existe, et sur ce point "fondamental", les hommes ne sont pas d'accord... Certains croient savoir, mais en fait ils croient mais ne savent pas...
Tout bien réfléchi, il est peut-être plus simple d'avoir des idées simples...