Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Il y a longtemps, le "bon élève" (?) que je devais être à l'école avait reçu un livret de Caisse d'Epargne, avec la somme - importante pour l'époque - de 1000 francs (anciens) ...Et, depuis lors, j'ai toujours fait confiance, pour mes économies et mes emprunts, à cette Caisse symbolisée par l'Ecureuil, même si elle ne m'a rapporté que des noisettes ...J'étais donc prêt à m'indigner que le Président de son Directoire soit "révoqué" pour la perte d'environ 700 millions d'euros dont il n'était pas directement responsable, alors que, naguère, le P.D.G. de la Société Générale avait gardé son poste malgré une perte autrement plus importante ... D'ailleurs ce Président du Directoire, Charles Milhaud, puisque tel est son nom, inspirait confiance par sa bonne tête de "père de famille", jugée "emblèmatique" par la presse spécialisée...
Et puis voilà ...Tout-à-fait par hasard, je suis tombé sur un article "au vitriol" du journal Libération le 21 octobre dernier :
"Charles Milhaud n'est pas un homme d'argent ...Vraiment ?...
En démissionnant de la Présidence de la Caisse d'Epargne, Charles Milhaud a fait une déclaration très émouvante dans laquelle il annonce qu'il renonce à son indemnité de départ : 'je ne demande aucune indemnité' ...Et il ajoute même :'Ceux qui me connaissent savent aussi que je ne suis pas un homme d'argent !'...Vraiment ?...
A lire les rapports annuels de la Caisse d'Epargne, on n'avait pas remarqué cette qualité chez cet homme ...Le Patron de l'Ecureuil se caractérisait au contraire par un appât du gain démesuré par rapport à ses performances. Sa politique de rémunération permet même de comprendre pourquoi il s'est lancé dans une course à la taille effénée ...qui s'est révélée une catastrophe pour les comptes de l'Ecureuil...
Voici la rémunération de Charles Milhaud (hors primes et placements) depuis 6 ans : 2002 .....514.000 euros
2003 .....453.000 euros
2004 .....664.000 euros
2005 .....914.000 euros
2006 ...1.064.000 euros
2007 ...1.584.000 euros
Cette évolution amène plusieurs commentaires :
- De 2002 à 2007, la rémunération a été multipliée par trois. En dehors de 2003, ella été régulière et a même dépassé + 50 % de 2006 à 2007...
- Cette évolution a fait changer l'intéressé de catégorie, passant d'un salaire de patron d'entreprise publique à celui de ses collègues banquiers... Rappelons que la Caisse d'Epargne n'est pas cotée, au contraire de sa filiale Natixis, dont l'intéressé est Président du Conseil de surveillance...
- La cotation de Natixis , créée par l'intéressé, a été un désastre pour les actionnaires, puisque l'introduction s'est faite à 19,55 euros et le titre tourne maintenant autour de 2 euros ...L'intéressé a reçu néanmoins une prime exceptionnelle de 150.000 euros pour la réussite de l'opération (sic), ainsi que 100.000 stock-opitions...
- Pendant le même temps, les Caisses d'Epargne ont évolué ...Le chiffre d'affaires a explosé, passant de 1,1 milliard d'euros à 10 milliards entre 2002 et 2007... Le résultat net a lui aussi progressé - de 196 millions à 1,3 milliard - mais en moins forte proportion : la marge nette passe de 17 à 13 % ...ce qui veut dire que le groupe est devenu plus gros, mais moins rentable ...et que la rémunération de son patron a d'abord été liée au PNB et non à cet indicateur moins favorable...
Voilà pour la performance de Charles Milhaud...
Et pour ceux qui s'inquiéteraient pour ses vieux jours, ...certes il ne touchera pas de golden parachute ...mais il ne part pas sans rien ...D'abord, il est toujours Président du Conseil de surveillance de Natixis (ce qui lui permet de toucher encore 308.000 euros) ...Ensuite, cet homme de 65 ans atteint l'âge de toucher la "retraite-maison": son contrat lui donne droit à une rente annuelle égale à 10 % de la rémunération brute moyenne des 3 meilleures années civiles complètes perçues au sein du groupe Caisses d'Epargne. Il s'agit, comme par hasard, des 3 dernières années ..Et cela donne 119.000 euros par an...
A part cela, Charles Milhaud a eu un 'comportement irréprochable' ...Et c'est vrai, puisque c'est lui qui le dit"...
Le 20 octobre au soir, l'AFP revient sur la démission du Patron de l'Ecureuil :
"Charles Milhaud 'fait de la résistance : il refuse de démissionner, s'estimant responsable mais pas coupable'...On lui a laissé le choix entre 'démissionner' ou 'être révoqué', sachant que, dans ce dernier cas, la décision relève de l'Assemblée Générale, qui ne peut être convoquée avant 40 jours ...Une âpre négociation s'engage, Charles Milhaud demandant à 'sortir par le haut' en menant à leur terme les négociations de fusion avec le Crédit Mutuel ...et à bénéficier d'une indemnité de départ équivalente à 3 années de salaire... A l'unanimité moins 1 abstention, le Conseil la lui refuse...
"Furieux, Charles Milhaud s'enferme dans son bureau où il consulte ses conseils...Son avocat lui conseille d'abandonner cette prétention pour éviter un scandale... Peu avant 21 heures, il cède et remet sa démission"...
Evidemment, un petit épargnant comme moi est décontenancé ...Soucieux d'objectivité, il n'oublie pas qu'un journal comme "Libération", même devenu la propriété d'un Bernard Arnault - une des 1ères fortunes de France et du monde - , n'est pas vraiment du genre "capitaliste" et il va se plonger dans le "Figaro-Economie" ...Mais c'est le même refrain : on y découvre même que "depuis longtemps, en interne, la colère grondait dans les Caisses d'Epargne, contre Charles Milhaud" et que "la perte liée à des oprérations boursières n'a été que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase"...Ah! bon ...Et la Ministre de l'Economie se félicite de cette démission, en affirmant que "cela va permettre aux Caisses d'Epargne de repartir" ... Et elle accorde à celles-ci, comme aux aux autres banques, des facilités de crédit ...Autrement dit, moi qui me félicitais déjà d'y avoir conservé mon petit intérêt de 4% - me permettant de regarder "de haut" tous ces spéculateurs qui ont parfois perdu plus de 50 % sur leurs actions - il va falloir d'une manière ou d'une autre que je contribue à ces facilités ...C'est vraiment dur de ne pas être un "homme d'argent"...