Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Que l'on soit chrétien ou non, on doit reconnaître que la mort d'un humble Galiléen appelé Iechoua - c'est-à-dire Jésus - au 1er siècle en Palestine a profondément marqué l'histoire du monde jusqu'à nos jours... Mais les causes mêmes de sa mort restent confuses en raison du caractère tardif et incertain des Evangiles plus intéressés au "message" qu'aux réalités historiques... D'où l'intérêt du livre de Victor Loupan - un orthodoxe - et d'Alain Noël - un catholique -, intitulé "Enquête sur la mort de Jésus" (Edition Presses de la Renaissance 2005), où les auteurs élaborent un "dossier d'instruction christologique" avec une objectivité remarquable, à l'écart de toute hagiographie ou de toute critique stérile...
Il est d'abord évident que Jésus a assumé pleinement sa condition de "juif" dont il connaissait toutes les prescriptions... Mais, profondément convaincu de la primauté de la "Foi" sur la "Loi", il a délibérément adopté dès le début de sa prédication une attitude "anti-conformiste" qui a finalement ligué contre lui la plus grande partie du peuple juif, en particulier ceux qui en assuraient la direction.
La direction politique et religieuse était alors assurée par les prêtres du Temple. Ceux-ci ne doivent pas être imaginés comme les prêtres chrétiens actuels pratiquant l'abstinence et l'humilité : il s'agissait d'une véritable "caste sociale" - les Sadducéens - , aristocrates ayant leurs palais sur la Ville Haute de Jérusalem et tirant leurs ressources de l'exploitation matérielle du Temple qui, étendu sur plusieurs hectares, était alors une énorme "machinerie" (au moins 150.000 pélerins le jour de la Pâque, des milliers de bêtes abattues, et toutes sortes de commerces, notamment celui des banquiers ou "changeurs")... La 1ère raison du procès de Jésus est d'ailleurs cette affaire des "marchands du Temple", dont certains - et certainement pas tous - ont été chassés par Jésus, ce qui, même si l'épisode fut limité, mettait gravement en cause tout un "système"...
Néanmoins, dans la Palestine alors traversée de divers courants religieux, les Sadducéens avaient des adversaires importants : les Pharisiens. Ceux-ci étaient des gardiens sourcilleux de la Loi, c'est-à-dire des textes emblématiques de la Torah et de leur interprétation orale... Parmi eux, se recrutaient les "Docteurs de la Loi" et les "Scribes", c'est-à-dire des lettrés ou érudits, de milieu généralement aisé, capables d'enseigner et de commenter les "Ecritures" au Temple et dans les synagogues... Il y a tout lieu de penser que la famille de Jésus était pharisienne, lui-même ayant reçu une éducation religieuse approfondie... Mais, dès le début de sa prédication, Jésus annonce le "Royaume de Dieu", parle de Dieu comme son "Père" et se présente comme le "Fils de l'Homme", c'est-à-dire - suivant la tradition juive - un homme de "filiation divine" envoyé sur terre, autrement dit un "Messie" (en grec : Christos)... Pour les Pharisiens, il s'agissait d'une "énormité" inacceptable, d'un "blasphème" : c'est la 2ème raison de son procès et de sa condamnation par le Sanhédrin , sorte de Conseil où Jésus, confirmant sa "vocation", trouve ainsi le moyen de faire l'union des Sadducéens et des Pharisiens contre lui...
Mais le Sanhédrin n'avait pas le pouvoir de le condamner à mort, car ce pouvoir relevait de l'autorité exclusive de "l'occupant", c'est-à-dire des Romains, représentés en Judée par un administrateur de rang inférieur, le Préfet Ponce Pilate, soucieux de préserver sa "carrière" en n'ayant pas d'histoires... Celui-ci écarte d'abord la condamnation à mort de Jésus, parce que cette histoire de "Messie" est une affaire de Juifs, à laquelle il ne comprend pas grand-chose... Mais les délégués du Sanhédrin, et notamment le grand-prêtre Caïphe, lui expliquent qu'un Messie, dans la tradition juive, a pour vocation d'être "Roi" - héritier du fameux David, et qu'en la circonstance Jésus prétend "rétablir le Royaume", alors qu'il avait pourtant affirmé que "son Royaume n'était pas de ce monde" : pour les Romains, c'était un crime, en raison de l'universalité du pouvoir de l'Empereur, et la sanction était la crucifixion (sur la Croix fut d'ailleurs portée par dérision l'indication INRI, ce qui signifie I(J)ésus Nazaréen Roi des I(J)uifs)...
On peut cependant s'interroger sur le comportement du "petit peuple", c'est-à-dire des "foules" qui, suivant les Evangiles, accouraient naguère à sa rencontre en Galilée et même à Jérusalem, où il avait fait une entrée triomphale, précédé de sa réputation de prédicateur charismatique... et de faiseur de miracles, au grand dam des "puissants"... Mais Jésus - qui affirme sa volonté de sauver les hommes en vur du seul "royaume de Dieu" - déçoit alors le peuple qui s'obstine à attendre un "Roi terrestre" devant mettre fin à leurs malheurs... et qui ne comprend pas qu'il ne se sauve pas lui-même... Judas le trahit (?)... et les apôtres, sauf Pierre (qui, néanmoins le renie 3 fois !), et Jean le "bien-aimé", ont disparu lors de la Passion de Jésus, peut-être soucieux de leur sécurité, en tous cas considérant certainement que tout était perdu... Non seulement la populace, vraisemblablement poussée par les prêtres, désigne Jésus comme condamné de préférence à Barabbas (apparemment un chef de bande populaire) , mais il sera pratiquement seul au cours de son Calvaire... Alors l'avenir de l'enseignement de ce petit prédicateur d'un coin perdu d'un Empire romain triomphant paraît bien compromis...
Mais...