Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Si l'existence même de Jésus n'est plus mise en doute, la plus grande partie de sa vie n'en est pas moins dans l'ombre ...En effet, à part quelques indications incertaines sur sa naissance, les sources détaillées d'information n'existent qu'à partir du commencement de sa prédication, c'est-à-dire au plus tôt alors qu'il a déjà 30 ans ...Pour un personnage appelé à connaître une notoriété considérable, cette lacune énorme a semblé tellement inacceptable qu'elle a suscité toutes sortes de spéculations, notamment avec les les Evangiles "Apocryphes" (c'est-à-dire non reconnus) qui s'évertuent à donner des "récits de l'enfance du Seigneur" ...ou encore avec des textes plus tardifs allant jusqu'à affirmer que Jésus avait séjourné en Inde au contact des brahmanes, ...ou même dans les Iles britanniques en compagnie de Joseph d'Arimathie, marchand d'étain !... En fait, la seule certitude est qu'il ne sera jamais possible de faire le point sur la "biographie" de Jésus avec précision ...
- 1. La question initiale ne peut évidemment être que celle de sa naissance ...Les Evangiles "Canoniques" (c'est-à-dire reconnus) en donnent un récit "théophanique" (il est "conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie"...), échappant à toute explication historique, car celle-ci se limite nécessairement à des faits "concrets"...Or ceux-ci sont déjà difficiles à définir :
- D'abord la date de naissance : L'évangéliste Luc précise que Jésus avait 30 ans "en l'an 15 de Tibère" ...et Eusèbe de Césarée indique de son côté "la 42ème année d'Auguste"...Mais cette précision est illusoire ...parce que le calendrier établi environ un siècle plus tôt par Jules César (calendrier julien) ne permet qu'une approximation ...En effet, le moine Denys-le-Petit fut chargé par le Pape, en l'année 753 de la fondation théorique de Rome - alors en usage - de rattacher le calendrier à la naissance de Jésus, l'année romaine 753 devint ainsi l'an 525 de l'ère chrétienne ...Mais le moine s'embrouilla quelque peu dans ses calculs pour des raisons astronomiques assez complexes d'éclipse et de lunaisons ...Et d'autre part, le nombre 0 (Zéro) n'était pas utilisé depuis l'époque romaine, de sorte que le changement de date se fit de l'année "moins 1" à l'année "plus 1", créant ainsi un intervalle de 2 années(*)... Comme par ailleurs l'allusion au recensement "pendant que Quirinus était gouverneur de Syrie" justifie une correction de 4 années, il est donc possible de retenir que Jésus est né entre 4 et 6 ans avant ...lui-même, ce qui n'est certes pas ...un 1er miracle "divin" ...mais le résultat d'une ...erreur "humaine" ...
Quant au mois et au jour de naissance, c'est encore une autre affaire : en effet, l'année "julienne" commençait alors en mars (qui était donc le 1er mois, ...le 7ème étant septembre, etc...) ...Et comme la naissance de Jésus avait été fixée par l'Eglise symboliquement au 25 décembre (Noël ="Natalis Dies", jour de naissance), non par souci de précision historique, mais par une volonté de substitution à l'ancienne fête païenne du solstice d'hiver (Renaissance du Soleil avec le début du rallongement du jour), l'année chrétienne commença dès lors 8 jours après, parce que le "juif" Jésus n'était entré dans la communauté humaine par le "circoncision" au terme de ce délai rituel ... En fait, il est invraisemblable que le recensement ait pu être fixé en hiver, saison peu propice aux voyages ...à pied... D'ailleurs, les évangélistes n'évoquent pas la rigueur du temps lors de la nativité de Jésus, mais seulement l'encombrement des lieux d'accueil, celui-ci pouvant résulter des pélerinages, qui avaient lieu au plus tôt à la Pâque juive (mois de "nissan", c'st-à-dire environ mars), ce qui pose alors le problème de fin d'année ou de début de l'année suivante ...Autant dire qu'il y a vraiment une marge d'incertitude à la fois pour l'année, le mois et le jour ...
- Le lieu de naissance est également incertain : Marc n'en parle pas, alors qu'il est le 1er rédacteur évangéliste (vers 70) ...Matthieu, Luc et Jean, évangélistes plus tardifs (entre 80 et 100) le fixent à Béthléem ...non pas en raison de témoignages précis, mais pour une raison se rapportant à la Bible hébraïque, à savoir que le "Messie" devait être de la "lignée de David" ...et que Béthléem était la ville de David, en Judée ...Mais en fait, de son vivant, on n'a parlé que de "Jésus de Nazareth", conformément à un usage antique de "surnommer" les personnes par leur localité d'origine ...C'est d'ailleurs ainsi qu'il est appelé sur le panneau de la Croix (INRI :I=Jésus de Nazareth, Roi des I=Juifs)... Il est vrai que Nazareth était un tout petit village, non cité dans la Bible hébraïque, de la Galilée, province du nord de la Palestine n'ayant pas une bonne réputation en raison du nombre d'habitants "impies" (la "Galilée des nations") ...
- Le nom de Jésus, qui lui est donné lors de sa circoncision, est certainement le seul élément certain ... Mais ce nom n'avait alors rien d'exceptionnel, et il était même l'un des plus répandus en Palestine sous la forme de de l'hébreu "Yeschua" qui avait également donné Josué, les juifs s'attachant à donner des noms d'origine biblique dans un souci de sauver leur identité vis-à-vis des occupants romains ...Ce nom signifiait d'ailleurs "Dieu ...sauve", ce que les chrétiens ne manquèrent pas plus tard de rapprocher de "Sauveur" ...Il est vrai qu'ensuite ce nom devint beaucoup plus rare, car les chrétiens évitèrent de l'employer pour eux-mêmes par respect de la personne "sacrée" de Jésus ...et inversement les juifsrépugnèrent à utiliser le nom d'un personnage considéré par eux comme "hérétique"...
- Le lignage de Jésus est par contre très délicat à définir... En effet, son nom complet était "Yeschua bar Yosef", c'est-à-dire "Jésus fils de Joseph", suivant cet autre usage antique de donner la filiation directe ...Or les évangélistes eux-mêmes évoquent sa naissance "illégitime" (Matthieu 1-18) et recourent ...au Saint-Esprit pour expliquer sa conception ...et aux anges pour convaincre Joseph de l'adopter ... Mais si on écarte cette "théophanie", comment expliquer sa naissance ?...Certains historiens juifs, peu favorables aux chrétiens,, ont invoqué le viol de Marie par ...un soldat romain, Pantera, ...et des exégètes rappellent la tradition antique des "vierges" consacrées dans les temples au temps des Grecs et des Romains...Ce qui est sûr ...est que les évangélistes eux-mêmes évoquent "les frères et soeurs" de Jésus (Marc 3-31/35, Luc 8-19/21, Matthieu 12-46/50), alors que, leurs évangiles ayant été écrits à l'origine en grec, le mot "adelphos" dans cette langue désignant bien "frères' et non "cousins"..., ce qui évidemment met à mal la notion de "Vierge Marie", à fortiori s'il s'agit d'affirmer sa virginité perpétuelle... Inversement, ils ne parlent plus de Joseph après la 1ère année de Jésus, et on ne peut que supposer qu'il meure, à la la différence de Marie, avant sa prédication ...
- 2. La seconde grande question est naturellement celle de l'activité de Jésus pendant la trentaine d'années précédant sa prédication ...Car il n'y a pas de témoignages directs, en dehors de quelques éléments plausibles - mais non certains - des Evangiles ...C'est pourquoi les historiens s'en tiennent à des indications "extérieures" et "générales", sans pouvoir donner la moindre "chronologie" :
- La religion de Jésus est sans conteste le judaïsme...Il a été circoncis et il a manifestement participé aux pélerinages que Marie et Joseph (?) ont dû en principe faire chaque année ...L'épisode de Jésus enfant étonnant les Docteurs de la Loi par la pertinence de ses commentaires sur la Torah, s'il est véridique, s'inscrit dans cette obligation et traduit au passage son intelligence précoce ...Il est donc sûr qu'il a fréquenté - à pied - les routes de Palestine avant de les reprendre lors de sa prédication ...et il connaissait les préjugés "judéens" contre la Galilée (on se moquera de son "accent" rustique ainsi que de celui de son disciple Pierre...) ...et contre la Samarie, réputée être la terre d'adorateurs de dieux paiens (descendants des colons installés autrefois par les Assyriens) ... Il respecte les rites juifs (ex:purification), même s'il condamnera plus tard leur aspect rituel ( "Le Sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le Sabbat")...
- Le langage de Jésus n'a certainement pas été le latin, langue de l'occupant (comme l'allemand pour les Français en 1940) ...Mais il est vraisemblable qu'il ne par lait pas davantage l'hébreu, m^me s'il savait le lire, l'usage de cette langue étant limité dès son époque aux "textes sacrés" ...Par contre, depuis l'occupation hellénistique (3è siècle av.JC), le grec était couramment utilisé (comme l'anglais en Occident depuis le 19ème siècle), au moins dans les milieux cultivés ...Car le langage "populaire" était en fait l'araméen, venu de Perse avec le retour des juifs de "l'Exil" (6ème siècle av.JC) ...Il est donc vraisemblable que Jésus, fils (adoptif?) d'artisan a parlé ce langage devenu courant, ...et les Evangiles en donnent d'ailleurs une illustration célèbre avec le cri de Jésus cricifié ("Eli, Eli...Lama Sabacteni ...Mon Dieu, Mon Dieu...pourquoi m'as-tu abandonné" ...) ...Né&anmoins, il devait aussi se débrouiller en grec, au mois pour les mots courants, car tout laisse à penser qu'il a "conversé" dans cette langue avec le Romain Ponce Pilate qui ne connaissait ni l'araméen, ni évidemment l'hébreu...
- L'instruction de Jésus est évoquée par Luc dans l'épisode des Docteurs de la Loi, où il commente un texte de la Torah ( 4-16/30) ...et par Jean quand les juifs rassemblés à Jérusalem s'étonnent de son savoir : "Comment connaît-il les lettres, lui qui n'a pas étudié?" (9-7/15) ...Il savait donc lire ...mais savait-il écrire ?...Rien n'est moins sûr, car l'écriture était à l'époque affaire de spécialistes (les scribes) ...Et d'ailleurs Jésus n'a rien écrit lui-même, ce qui est dommage ...car des errements ultérieurs auraient été certainement évités...
- Le métier de Jésus n'est pas un sujet saugrenu, car il n'est pas resté à ne rien faire pendant 30 ans ...Il connaissait l'agriculture dans la fertile région de Galilée (allusion dans diverses paraboles, comme celle du semeur), mais il ne l'a certainement pas pratiquée ...comme il n'a pas pratiqué l'élevage, malgré ses futiures allusions aux pasteurs ...Par contre, Luc (6-3) et Matthieu (13-55) font dire aux habitants de Nazareth : "N'est-ce pas le charpentier, fils de Marie?" ...Il est vrai que le mot grec "tekton" est imprécis (travailleur du bois) et peut désigner soit le "poseur de charpente" (toit ou chambranle de porte), soit le simple ouvrier besogneux et itinérant Or, lors de leur venue à Jérusalem, Joseph et Marie sont incapables de donner un agneau en offrande au Temple et se contentent de donner deux pigeons, l'offrande des pauvres ...De mà à penser que Joseph et Jésus ont travaillé sur des chantiers, comme la ville de Sepphoris alors construite par les Romains près de Capharnaüm, bien connue de Jésus au bord du lac de Tibériade...
- La vie familiale de Jésus reste inconnue, mais elle a donné lieu à toutes sortes d'hypothèses : d'abord, dans la mesure où Joseph disparaît dès les 1ers chapitres des Evangiles, on peut penser que Marie n'est pas restée veuve, la tradition juive étant alors qu'une femme ne peut pas rester seule, et il est possible qu'elle se soit remariée avec un parent (Clopas ?) pour être prise en charge... Et les "frères et soeurs" de Jésus, nommément cités (cf ci-dessus) sont-ils alors les enfants d'un 1er mariage de Joseph ou ceux d'un 2ème mariage de Marie ? ...Quant à la vie amoureuse de Jésus, pourquoi en nier la possibilité au nom de la "sainteté absolue" de Jésus pour les chrétiens, ...alors que les juifs avaient sur ce point une conception ...large ("Croissez et multipliez") ? ...D'ailleurs, les Evangiles révèlent que Jésus était le plus souvent entouré de femmes, et que celle-ci l'assistaient, y comris après sa mort ...Il y a eu Marie-Madeleine, femme énigmatique ...Néanmoins, il est peu vraisemblable que celle-ci, si elle a existé, ait été son épouse, car l'événement aurait été trop important pour n'être pas raconté...
Ainsi donc Jésus était bien un "vrai homme" ...dans la vie de tous les jours, au mois pendant les 30 premières années de sa vie ...Mais peut-on le dire encore lors de sa prédication ?...
(*) Cette particularité explique le décompte des siècles et des millénaires de l'année 1 aux années terminant par 0 (zéro) ...Le 20ème siècle a commencé en 1901 et s'est terminé en 2000 compris...