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Réflexions sur l'actualité en tous genres.

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Le bonheur

   La presse - et notamment la presse à "sensation" - a la détestable habitude de faire ses "choux gras", comme ses titres d'ailleurs, du malheur des gens ...Et il est ...malheureusement rare que soit mis en valeur un événement heureux comme une naissance, un sauvetage, un succès ...ou tout ce qui fait rire ou sourire ...

   C'est donc avec beaucoup de plaisir qu'en cette période de fêtes on puisse lire un dossier "spécial" d'une revue hebdomadaire (1) consacré "A la poursuite du bonheur", ...et ceci d'autant plus que ce dossier se garde ...bien de donner des recettes ...au "petit bonheur" et se contente de livrer des témoignages à travers le temps...

   Un clin d'oeil, d'abord, en guise d'introduction ...Le bonheur n'est pas inscrit dans la "nature" où, selon Charles Baudelaire, "tout ne serait qu'ordre et beauté, calme et volupté" ...Mais il n'en est pas moins une "indispensable illusion" ...Il se distingue de la "joie", qui existe seulement dans l'instant, car il n'a sa raison d'être que dans la durée ..."Il a besoin de celle-ci pour se déployer ...Il lui faut être au large, dans une eau vive, mais régulière" ..."Tandis que la joie jaillit comme une source, le bonheur s'écoule comme un fleuve ...Il est dans le présent comme un pari sur l'avenir ...et quand il disparaît dans l'océan des ennuis, il reste encore la nostalgie..." (2)

   Une leçon d'histoire, ensuite ...Car "l'invention du bonheur" se trouve dans la Philosophie de l'Antiquité ...Pour certains penseurs anciens comme Epicure, "le bonheur va de soi" ...car "vide est le discours du philosophe s'il ne guérit pas la maladie de l'âme", et il précise même "qu'il n'est pas possible de vivre bien sans vivre avec plaisir" ...Il est vrai que les "stoïciens" sont plus raisonnables, en considérant que le bonheur n'est pas la simple réalisation des désirs, mais le résultat d'un effort : comme le dit l'Empereur philosophe Marc-Aurèle, "souviens-toi d'user de ce dogme : non seulement ceci n'est pas un malheur, mais c'est un bonheur de le supporter avec courage" ...

   Au 16ème siècle, quand l'Europe s'ouvre à la "Renaissance", Montaigne est plus nuancé, car il sait que le bonheur est difficile en cette période de guerres de religion, et ses "Essais" sont l'expression d'une "douce mélancolie" ...Au 17ème siècle, face au calvinisme puritain et au judaïsme orthodoxe, Spinoza, un juif de famille portugaise ayant fui l'Inquisition, ose proclamer une doctrine "libertaire" et "révolutionnaire", celle de la"joie de vivre", ce qui lui vaut une "excommunication" personnelle et la mise à "l'Index" de ses ouvrages, car le bonheur est alors manifestement interdit ...Mais qu'à cela ne tienne, car pour lui, "le sage ne cesse jamais d'être et jouit toujours, au contraire, de la vraie satisfaction de l'âme..."

   Au 18ème siècle ...le siècle de la "Philosophie des Lumières" ...Rousseau se veut l'apôtre d'un bonheur simple dans les "Rêveries d'un promeneur solitaire", c'est-à-dire un "bonheur individuel" qui ouvre la voie au "romantisme" avec Chateaubriand, Hugo et Lamartine, le poète de la nostalgie du bonheur :
                                   "Ô temps, suspends ton vol !
                                     Et vous, heures propices,
                                     Suspendez votre cours !
                                     Laissez-nous savourer les rapides délices
                                     des plus beaux de nos jours
..."
   Mais , entre-temps, d'autres hommes ont voulu forger d'autorité une doctrine du bonheur ...Dès 1789, les révolutionnaires proclament dans la Déclaration des Droits la nécessité d'assurer le "bonheur de tous" par les institutions, et Saint-Just déclare même que la Révolution "ne peut s'arrêter qu'à la perfection du bonheur" et, en voulant imposer la "République de la Vertu", c'est-à-dire en voulant le bonheur des gens malgré eux, il aboutit  ...à la Terreur !...Benjamin Constant a beau ensuite déclarer :"Que l'autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d'être heureux" ...de nouvelles doctrines apparaissent au 19ème siècle avec les "socialistes utopiques" voulant bâtir des "sociétés idéales", comme Cabet avec son "Voyage en Icarie" , Fourier avec son "Phalanstère" ou encore Proudhon qui écrit "La propriété, c'est le vol" ou encore "L'anarchie, c'est l'ordre sans le pouvoir"...Cela conduit à la triste histoire de la Commune en 1871 ...Mais le "socialisme dialectique", à prétention scientifique, de Marx et Engels prend le relais avec la promesse d'une "société sans classes" ou "communisme" qui trouve son application avec la Révolution de 1917 en Russie et n'aboutit qu'à une dictature "totalitaire" sous couvert d'un "paradis soviétique"... Il est vrai que d'autres philosophes avaient nié alors la possibilité du bonheur, comme Kant affirmant que "le bonheur individuel n'est pas au programme de l'histoire" ou Nietzsche déclarant, non sans humour, que "le bonheur est comme une femme...Si vous le poursuivez, il s'enfuit !..."

   Evidemment, le bonheur a aussi sa place dans la religion, mais cette place est inséparable de la notion de "salut", en particulier dans le christianisme ...Car "le monde n'est qu'une vallée de larmes" et "l'humanité, une masse en perdition"...Le bonheur véritable ne peut exister que dans le "Paradis", où le souvenir d'un passé idéalisé (le mythique Paradis terrestre) rejoint l'espoir d'un bonheur futur (dans la Jérusalem céleste)...où il n'y aurait plus de malheur, mais une félicité éternelle dans l'amour de Dieu :"Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ...Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu" ...proclame Jésus dans les "Béatitudes", qui est une sorte de manifeste du bonheur ...

   Néanmoins, à partir du 20ème siècle et surtout dans sa deuxième moitié, avec le déclin de la religion et le progrès de la science, on aboutit à une multiplicité et même à une véritable "individualisation"  de le "poursuite du bonheur" ...Il y a la "méditation" qui est une recherche "transcendantale" des moyens de parvenir à la paix intérieure, ce qui explique le succès actuel du bouddhisme, avec son "chemin de l'éveil" (5 millions d'adeptes ou de sympathisants actuellement en France) et l'intérêt porté récemment au Dalaï-Lama qui affirme "qu'on peut atteindre le bonheur par l'exercice de la psyché" ...Mais il y a aussi ceux qui continuent à croire à "l'avenir de la science", notamment dans le domaine de la psychologie individuelle : certains affirment même que "le bonheur est une affaire de neurones", en s'appuyant  sur le comportement des vrais jumeaux (monozygotes) dont l'identité prouverait que le bonheur (ou son absence...) peut être héréditaire ...D'autres prétendent que le bonheur est possible grâce à la découverte de molécules (les pilules du bonheur)... Allant plus loin encore, des psychologues espèrent parvenir à une "Science du bonheur", qui permettra de mieux soigner les souffrances individuelles et d'inspirer des réformes dans les domaines cruciaux pour le bien-être des hommes: éducation, santé, justice, économie ...Ainsi, on aurait la solution à tous les problèmes ...Le bonheur enfin ! 

   L'ennui est qu'on n'en est pas là ...et que, de toutes façons, comme l'a dit Jules Renard, "si on bâtit la maison du bonheur, la plus grande pièce sera la salle d'attente" ... Alors, il vaut mieux être ...philosophe, et s'accommoder au mieux de ce qui est, suivant la maxime de La Rochefoucauld :"On n'est jamais si heureux, ni si malheureux, qu'on s'imagine" ...


(1) Le Nouvel Observateur - 26 décembre 2008

(2) Citation inspirée de l'éditorial de Jean Daniel
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D
Moi aussi je suis de l'avis d'Aristote et de celui d'Epictète. De plus les indigents ont souvent l'air heureux si nous les comparons aux nantis occidentaux et à leurs litanies perpétuelles. Et le bonheur est effectivement pour moi un sentiment qui s'apparente en premier à la liberté, et pour être libre, il faut être en accord et en harmonie avec son plus grand ennemi, soi-même, pour ensuite l'être avec les autres.
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D
Je ne peux pas être d'accord avec vous, sauf pour votre expression de "quête difficile du bonheur" ... L'argent peut certes contribuer au bonheur, mais ce n'est pas une panacée ...Il y a des riches perpétuellement insatisfaits (cf :"Toujours plus" de François de Closets), et inversement des pauvres qui sont heureux (cf ; Soeur Emmanuelle) ...On peut certes faire de gros efforts pour une meilleure répartition de la richesse, mais on ne pourra jamais garantir l'égalité du bonheur...   A ce titre, je peux vous communiquer quelques citations relevées lors de la préparation de mon article :   - "Le bonheur est à ceux qui se suffisent à eux-mêmes" (Aristote)   - "Le bonheur ne consiste pas à acquérir, ni à jouir, mais à ne rien désirer, car il consiste à être libre" (Epictète)   - "Il y a des gens qui ont tout pour être heureux, sauf le bonheur" ...   -
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J
Bien difficile quête du bonheur ...Disons simplement que "si l'argent ne fait pas le bonheur, il y contribue bien" ... C'est un vieil adage populaire qui a été forgé au fil du temps, ce qui lui confère une solidité somme toute excellente.Le rôle des politiques sera donc de veiller à la production de richesses matérielles qui soulagent la peine des humains puis de veiller à une équitable répartiton de ces richesses entre eux ...C'est beaucoup plus difficile. Toutefois, on vit incontestablement mieux aujourd'hui qu'il y a un siècle et même seulement 50 ans ...
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