Comme le Paradis, ...l'Enfer est une invention relativement tardive dans l'histoire de l'humanité ...mais avec cette particularité de le précéder, comme si le pessimisme sur la destinée finale de chaque individu l'avait longtemps emporté sur la possibilité d'un bonheur éternel...
Il est en effet très significatif que, lors de l'apparition des civilisations, les premiers témoignages écrits ou peints font état d'un "séjour des morts", lieu de ténèbres et de noirceur où tous les défunts sans distinction au cours des temps sont endormis dans la poussière, c'est-à-dire "enterrés" dans un double sens : à la fois dans une sépulture humaine et ...sous la Terre, conçue alors comme un disque plat ...Il en est ainsi pour les Empires de Mésopotamie et d'Egypte dès le 4ème millénaire av.JC, comme pour les Hébreux qui le désignent comme le "Shéol", pour les Grecs qui parlent du "Royaume d'Hadès" ...et plus tard pour les Chrétiens de l'Empire Romain qui évoquent les "Enfers" (au pluriel...) où Jésus lui-même est "descendu" après avoir été enseveli ...Il faut préciser que, jusqu'à l'époque hellénistique - marquée à partir du 4ème siècle av JC par un approfondissement de la réflexion "philosophique" - l'homme n'est considéré que de façon syncrétique, c'est-à-dire sans distinction entre un "corps" et une "âme" ...Quand cette distinction se fait jour, apparaît aussi la croyance en l'immortalité de l'âme, ainsi détachée du corps qui est voué à la disparition...
Cette croyance est encore rejetée par les prêtres juifs orthodoxes ou "sadducéens" au 1er siècle ...mais elle est admise par les "pharisiens", interprètes des Prophètes, notamment de Zacharie annonçant l'arrivée d'un "Messie" devant libérer les juifs de la "prison ténébreuse", ...ainsi que par les Esséniens de Qumran avec leur notion de "feu purificateur" devant permettre la remontée des âmes de la "Géhenne" ...Et Jésus lui-même, qui a promis le "Paradis" au "bon larron", laisse ainsi entendre que le "mauvais larron" , a contrario, et beaucoup d'autres humains avec lui sont promis "au feu de l'Enfer" (au singulier) ...qui remplace ainsi les "Enfers" (au pluriel) ...Mais cette "dualité" dans l'avenir de l'âme pose évidemment le problème du "choix" ...Ainsi naît la notion de "morale", permettant de récompenser ou de punir les hommes "dans l'éternité" en fonction de leur comportement sur Terre "de leur vivant", ...et ceci dans le cadre nécessaire d'un "Jugement ...dernier" , c'est-à-dire "à la fin des temps", comme l'explique l'Apocalypse de Jean (Ch 20- V.10 à 15)...
Toutefois, les Juifs et les Chrétiens n'abandonnent pas pour autant l'idée d'une "Résurrection", qui était, de toutes façons, restée latente dans l'Antiquité, notamment en Egypte (cf rites funéraires d'Osiris, momifications, etc) ...Il est vrai que cette idée de "Résurrection" a donné lieu à toutes sortes de controverses théologiques, car pour certains (ex: Origène) il y aurait une "Résurrection générale de tous les morts" pouvant aller jusqu'à la "Résurrection de la chair" ...et, pour d'autres (notamment l'Eglise catholique) il ne s'agirait que la "Rédemption de l'âme des Justes", c'est-à-dire de ceux restés en communion avec Dieu, ...les autres étant définivement voués à "l'Enfer" qui serait, sinon la damnation dans les flammes mythiques, du moins la "séparation éternelle de Dieu", autrement dit le retour à l'état initial des ..."Enfers" !...
Et comme - n'est-ce pas - "l'Enfer" est pavé de bonnes intentions, où va donc l'Humanité ?...
Amen !...