Il a suffi qu'un nombre infime de femmes musulmanes résidant en France se mettent à y porter la "burqa", c'est-à-dire un voile intégral ne laissant apparaître que les yeux - parfois derrière un grillage - version accentuée du "niqab" ne cachant que les cheveux, pour que le débat soit à nouveau ouvert sur le port du voile qui avait déjà défrayé la chronique en 1989, ...le Président de la République y ayant même fait allusion dans son discours devant le Congès à Versailles le 22 juin 2009, en soulignant qu "c'est un signe d'asservissement mettant en cause la liberté et la dignité de la femme" ...Fortes paroles incontestablement dignes d'un pays comme la France, patrie des droits de ...l'homme ...Mais le problème n'est pas si simple...
En effet le "voile" et, à travers lui, si l'on peut dire, la place de la femme sont un problème ancien ...Même sans remonter à l'exemple mythique d'Adam et Eve, il faut admettre que la femme a toujours été maintenue par l'homme dans un état de subordination au cours de la longue histoire "machiste" des civilisations ...Et le voile cachant au moins les cheveux dans le visage de la femme, comme la robe ou la tunique descendant jusqu'à ses pieds, ont été comme une "seconde nature" acceptée par la femme elle-même ...On peut évoquer la tenue de Marie, mère de Jésus-Christ, telle qu'elle est représentée dans les icônes anciennes, toujours avec un voile autour du visage ...Et au 20ème siècle en France, alors que le droit de vote leur était enfin accordé en 1945, il y avait encore beaucoup de femmes - et pas seulement des grands-mères à la campagne - qui ne sortaient pas sans mettre un "fichu" autour de la tête, en portant par ailleurs des jupes longues, souvent grises ou noires, car le deuil des parents était plus précoce que maintanant... Ces traditions se sont certes largement évanouies en ce début du 21ème siècle dans la plupart des pays "occidentaux" ...mais elle se sont maintenues avec diverses nuances dans beaucoup d'autres pays du monde, souvent en raison du maintien d'une forte influence religieuse, mais aussi par un respect profondément enraciné d'usages très anciens ...C'est le cas de communautés musulmanes déjà ...déracinées en venant en France, auxquelles il est difficile d'imposer de façon autoritaire et sans concertation l'adoption des "pratiques" françaises ... Si la situation était inversée, est-ce qu'une Française accepterait facilement de rompre avec son genre de vie, ses vêtements et ...sa coiffure ?...
D'ailleurs, qu'on le veuille ou non, l'interdiction du voile, quelle qu'en soit la nature - burqa, niqab, tchador...- ne peut être qu'une mesure "discriminatoire" contraire au principe de liberté, d'autant plus fâcheuse qu'elle ne concernerait que les femmes musulmanes ...Est-ce que, parallèlement, on interdirait aux hommes juifs de porter la "kippa" ?... Et faut-il vraiment une "loi" pour interdire ...une coiffure, comme si elle était un danger public ?...Et qu'interdira-t-on ensuite ?...Certaines robes ?... Une Noire africaine pourra-t-elle encore arborer un "boubou" ?... Il faut donc "raison garder" ...Si une femme musulmane veut afficher une fidèlité à ses traditions, pourquoi pas ?...Si par contre, elle veut manifester de façon agressive sa religion au titre d'un courant intégriste, il y a certainement d'autres moyens que la sanction pour la dissuader ...A ce titre, l'idée avancée d'instituer des "femmes-relais" dans les communes ou certains quartiers pour dialoguer avec les femmes portant le voile et avec leurs maris mérite d'être approfondie... Car la liberté de pratiquer sa religion doit trouver sa limite naturelle dans le respect de la laïcité incrite dans le préambule de la Constitution, ce qui implique toute manifestation ostentatoire dans les lieux publics...
Et si on tient vraiment à réagir contre certaines pratiques, il y a mieux à faire que de s'en prendre à une coiffure ... par exemple en veillant à ce qu'il n'y ait pas de "mariages contraints" ou de "polygamie", et cela ne concerne pas seulement les communautés musulmanes ...On peut aussi s'interroger sur le comportement "occidental" , où "l'érotisation" du corps féminin ou l'image de la "femme-objet" n'ont rien d'exemplaire et peuvent même justifier le recours à la discrétion...