Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Ainsi donc…
En effet, on annonce un taux de réussite de 81,9 % au Baccalauréat, battant les records des 10 dernières années s’échelonnant entre 75 et 80 %... et même celui de 81 % de 1968… Tout un symbole ! Car en 1968 même les augures de l’Education Nationale reconnaissaient que l’examen avait été « bradé »… Or, en 2006, chacun sait que les cours ont été interrompus pendant 2 mois environ en mars et avril, surtout dans les établissements publics, et même si les responsables ont fait en mai et début juin des efforts louables de « rattrapage », il est évident que « mécaniquement » les conditions étaient remplies pour une baisse – plus ou moins forte- du taux de réussite… C’est le contraire qui se produit, et de surcroît le Ministère de l’Education Nationale parle de « cuvée exceptionnelle »… Désinformation ou mauvaise foi ?... Il ne faut tout de même pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages…
En fait, l’augmentation du taux de réussite au Baccalauréat n’est pas un fait nouveau… Il a d’abord eu des raisons « structurelles » dues au fait que, depuis un demi-siècle, l’examen – limité à l’origine à des sections littéraires et scientifiques ouvertes à une minorité d’élèves – a été « démultiplié » en de nombreuses séries : économiques, technologiques et professionnelles … Cette « démocratisation » a été positive… mais l’ennui est qu’elle a conduit à une véritable « démagogie » : à la fin des années 1980 , on proclame officiellement l’objectif de conduire 80 % d’une classe d’âge au niveau du Baccalauréat, ce que l’opinion déforme d’ailleurs en parlant de 80 % de réussite par an… Or ce qui était alors une erreur d’interprétation devient actuellement une réalité en raison de toutes les dispositions prises pour faire progresser le pourcentage de réussite : travaux personnels encadrés (TPE), multiplication des options… qui permettent aux candidats de rattraper des points perdus dans les disciplines de base… et qui, cette année, ont même permis à une (brillante) élève d’avoir plus de 20/20 pour l’ensemble de l’examen !... L’argument d’une facilité plus grande des sujets en raison des troubles a été également avancé, mais il ne peut pas être pris en considération, car le choix est l’objet d’une longue procédure antérieure au 3ème trimestre… Par contre, il est vraisemblable qu’il y a eu une « indulgence » plus ou moins discrète : dans chaque centre, il y a une « péréquation » - d’ailleurs nécessaire – entre les jurys, et il suffit alors de l’exercer dans le sens contraire de la « sévérité »… Quant aux livrets scolaires consultés – si besoin est – par les jurys, les professeurs et chefs d’établissement ont certainement peu tenu compte du « travail » et des résultats du 3ème trimestre !
La conséquence est que le Baccalauréat 2006 –même si on cherche à le cacher pour des raisons…extra-scolaires – est manifestement dévalué… Pour les bacheliers qui arrêteront leurs études, les dégâts seront relativement limités, car ils pourront faire valoir leurs diplômes pour la recherche d’un emploi… Mais pour ceux qui voudront continuer leurs études dans l’enseignement supérieur, les difficultés seront grandes, voire insurmontables, car les statistiques sont formelles : près de la moitié des étudiants en sortent déjà sans diplômes dans les 2 premières années, soit parce qu’ils « n’ont pas le niveau », soit parce qu’ils ont été « mal orientés »… Or la mauvaise orientation ne se situe pas seulement à l’entrée de l’enseignement supérieur, elle commence bien avant, dès la 3ème de Collège ou la 2nde de Lycée… Mais c’est un autre problème !...
(Le présent article a pu être transcrit grâce à l’amabilité de Mr Eloy, libraire à Envermeu (Seine-Maritime), lieu de mes vacances…Qu’il en soit vivement remercié !)