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Ainsi donc le gouvernement propose une loi sur la "participation", c'est-à-dire notamment l'intéressement des salariés à la gestion de leurs entreprises... C'est une idée généreuse, même si certains lui trouvent une arrière-pensée électoraliste... Mais ce n'est pas une "innovation", car c'est tout au plus une "vieille idée neuve"... Elle était déjà en germe dans le socialisme dit "utopique " du 19ème siècle, en particulier dans la doctrine de Saint-Simon qui voulait harmoniser les intérêts des chefs d'entreprise et des ouvriers dans son "Système industriel"... Et surtout elle a été la grande ambition de Charles De Gaulle qui, dès 1947, posait la question : "Faudra-t-il donc que nous demeurions dans cet état de malaise ruineux et exaspérant où les hommes qui travaillent ensemble à une même tâche opposent organiquement leurs intérêts et leurs sentiments?"... Revenu au pouvoir, il ne manque pas de mettre en place par ordonnances "l'intéressement" (1959) et la "participation" (1967) dans le cadre d'un Projet d'association du Capital et du Travail... En fait, le Général n'avait jamais eu de sympathie particulière pour les "riches" - qui le lui rendaient bien - et avait toujours apprécié l'assentiment du "peuple" - qui lui restera longtemps fidèle - en raison de son expérience personnelle empreinte d'un mélange de paternalisme et de christianisme social...
Néanmoins, cette "association du Capital et du Travail" n'avait pas suscité un grand enthousiasme, il y a 40 ans... d'abord en raison de l'hostilité de plus ou moins larvée d'une majorité du patronat... mais aussi à cause de la méfiance quasi-"organique" des salariés profondément influencés par la doctrine "marxiste" de "l'opposition du Capital et du Travail"...et pouvant craindre - non sans raison - que "l'intéressement" soit un prétexte à une stagnation, voire à un refus d'augmentation des salaires... Cependant l'idée a fait son chemin - lentement mais sûrement - au point que, selon la DARES (Cf Le Figaro-Economie du 3 octobre 2006), 54 % des salariés du secteur dit "marchand" - soit 8.300.000 personnes - avaient accès en 2004 à un accord de participation... Plus récemment encore, le succès de l'ouverture du capital d'EDF et GDF aux salariés a montré que l'actionnariat était accepté même au sein d'entreprises d'origine publique... Il est d'ailleurs remarquable que la France - souvent "à la traîne" en Europe pour "l'innovation" - soit en tête pour le nombre d'entreprises pratiquant la participation (58 %) devant l'Angleterre (51 %) !...
La participation est cependant loin d'être achevée dans les entreprises françaises, - ce qui permet de comprendre l'effort entrepris par le gouvernement :
- d'une part, la oarticipation "actuelle" concerne essentiellement les grandes entreprises de + 1000 salariés (90 %) et fort peu les PME (10 %).
- d'autre part, la représentation des salariés "actionnaires" est encore embryonnaire alors que l'importance due à leur nombre devrait leur permettre de participer "aussi" à la gestion.
Manifestement conscient de ces insuffisances, le gouvernement a d'abord eu le mérite - à la différence de son attitude dans l'affaire du CPE - d'organiser une large consultation avec tous les partenaires sociaux, notamment dans le Conseil supérieur de la participation... Il montre également de bonnes intentions quand il prône dans son projet de loi "la participation pour tous" avec l'obligation des branches professionnelles de négocier entre elles, mais les syndicats lui reprochent déjà de ne pas rendre la participation obligatoire par crainte ...des contraintes. De plus, en raison de l'opposition du patronat, il ne prévoit pas d'associer les salariés aux grandes orientations stratégiques des entreprises, ceux-ci ne disposant pas du droit de vote dans les Assemblées générales... Enfin, il prévoit un "dividende du travail" que les entreprises devront verser en cas de bénéfices sous la forme d'un supplément d'intéressement (défiscalisé jusqu'à 15.000 euros par an)... mais on a un peu l'impression d'une "aumône" à côté des "stocks-options" parfois somptueuses accordées aux chefs d'entreprises qui, certes, peuvent avoir des initiatives méritoires, mais ne peuvent rien sans la collaboration de leurs salariés...
A cet égard, la France pourrait tirer d'utiles leçons de la politique menée en Allemagne, qui est son 1er partenaire économique : en effet ce pays, à défaut d'une "participation financière" négligeable des salariés dans les entreprises, pratique une "participation représentative" importante sous la forme de la "co-gestion" qui évite le plus souvent des grèves dommageables... Il y a là une piste à suivre dans la mise en place - encore à venir - d'une "Europe sociale"...