Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Les prochaines élections françaises auront en 2007 une importance particulière puisqu'elles concerneront successivement le "gouvernement" - avec les élections présidentielles - et la "représentation populaire" - avec les élections législatives... Il n'y a donc rien de surprenant à ce qu'elles suscitent de nouveaux débats sur la "démocratie" et son paradigme la "république", car il en est toujours ainsi en France ou ailleurs depuis que cette institution du "gouvernement par le peuple" (étymologie grecque du mot) a été fondée par Athènes au 5ème siècle avant JC... Le problème est que, depuis cette époque, elle a donné lieu à toutes sortes d'interprétations, où le "peuple" n'a souvent été que le prétexte permettant toutes les dérives, comme - par exemple - les anciennes "démocraties populaires" de l'Europe orientale...
Qui dit "peuple" dit "société", où chaque individu a sa place, car il n'y a pas de "je" sans "nous"... Mais, à la différence des sociétés animales - où chaque individu a une fonction précise - par exemple les abeilles avec la reine, les ouvrières, les gardiennes, etc - les sociétés humaines sont remarquables par leur instabilité, qui n'a apparemment pas cessé de s'aggraver au cours des temps : on peut en effet imaginer que les sociétés préhistoriques étaient sous la direction de "chefs" pour des raisons naturelles (ex: chasse), et on constate que les 1ères civilisations s'organisent autour de "souverains" (ex: pharaons en Egypte)... La démocratie n'est finalement qu'un apport récent - le plus souvent en réaction contre un abus des souverains - et c'est certainement une donnée "fondamentale" et "consubstantielle" que l'équilibre y soit en permanence difficile à trouver entre le "peuple" et le "gouvernement"...
Les termes utilisés pour définir la démocratie sont d'ailleurs significatifs de la variété des "régimes" possibles : démocratie directe, démocratie représentative ou parlementaire, démocratie présidentielle ou régalienne... Et, à cet égard, les deux principaux concurrents aux élections présidentielles n'échappent pas à l'alternative, puisque l'une -Ségolène Royal - invoque la "démocratie participative", et l'autre - Nicolas Sarkozy - parle de "démocratie forte" :
- La "démocratie participative" est un avatar de la "démocratie directe", où le peuple est censé exercer directement sa souveraineté : Ségolène Royal veut "écouter" le peuple et être son "porte-parole", et elle se dit prête à ajuster son programme à ce qu'elle entendra à la base... Cette attitude est assurément séduisante, mais elle a aussi un parfum de "démagogie" et de "populisme" en jouant ainsi sur le registre des promesses non tenues... et elle s'apparente un peu trop au "socialisme utopique" qui parie sur "l'intelligence collective"... Or le peuple est ...ce qu'il a toujours été,...versatile - surtout en France - , avec ses forces et ses faiblesses,... applaudissant, par exemple, en 1945 à l'Hôtel de Ville de Paris, successivement Pétain en Mai et De Gaulle en Août... A un niveau beaucoup plus modeste, mais très "direct", il y a encore et toujours des querelles de "clocher", comme l'éclatement actuel de cette "Communauté de Communes" de Hédé, près de Rennes, où "les petites communes préfèrent être grandes chez elles plutôt que minuscules chez les autres"...
- La "démocratie forte" est une autre expression pour définir la "démocratie régalienne" à laquelle la France s'est ralliée avec la 5ème République, après de longues années d'instabilité de "démocratie parlementaire", c'est-à-dire de "pouvoir partagé" entre assemblée et gouvernement... Instituée par De Gaulle, elle a été reprise par Pompidou, Giscard d'Estaing et... le "socialiste" Mitterrand lui-même... En fait, elle a correspondu, surtout en cas de crise, à une "volonté du peuple" d'avoir un "timonier" qui fixe la direction à suivre, c'est-à-dire une "personnalité forte" qui l'éclaire, le guide, le protège et le rassure... Et en ce sens, la "rupture tranquille" de Sarkozy n'est à la limite qu'une réponse à cette volonté, après plus de 10 ans d'immobilisme intérieur de Chirac, marqué par des réformes incomplètes (Retraites...), avortées (CPE...) ou oubliées (...la "fracture sociale")
Ainsi donc, les prochaines élections ne seront pas en France le "simple" choix entre deux personnalités et leurs programmes... Ce sera fondamentalement un choix de "démocratie"... Mais le comble serait alors que les Français choisissent dans un sens aux élections présidentielles, puis dans l'autre aux élections législatives... ne serait-ce que pour "ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier"... A bon français, rien d'impossible !...