Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Les prochaines élections de 2007 en France donnent l'occasion de discuter de la démocratie... Qu'il s'agisse des institutions ou des scénarios éventuels, chacun y va de ses articles et de ses commentaires dans la "blogosphère" (1) et les éditoriaux se multiplient dans la presse écrite, à l'instar de l'étude parue sur le "populisme" dans le supplément du Monde" du 4 novembre 2006 (2).
Il est en effet beaucoup question actuellement de "populisme", et ce n'est pas de bon augure, car le terme est utilisé de façon péjorative comme une "perversion" de la démocratie, au même titre que la "tyrannie" est une perversion du pouvoir personnel... En fait, l'article du Monde est fort nuancé, dans la mesure où il s'efforce de démontrer qu'il peut y avoir un "bon" populisme en opposition avec un "mauvais" populisme...Mais cette "alternative" est difficile à comprendre si on ne s'interroge pas d'abord sur la "démocratie" elle-même...
Il est tout à fait légitime d'avoir de la démocratie une haute idée spirituelle, et elle peut apparaître à ce titre comme le meilleur des régimes possibles, ce que notait avec un humour très britannique Winston Churchill en affirmant que "la démocratie est le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres"... Il est certain que la "démocratie" a toujours été "relative"... Ainsi à Athènes, considérée comme son berceau au 5ème siècle av.JC, elle ne concernait qu'une ..."aristocratie" de la population, sans que ses promoteurs (Solon, Périclès) en soient choqués, car la société antique avait ses "exclus de la politique" : les femmes d'abord -confinées au gynécée et à la famille -, les étrangers ou métèques - leur mise à l'écart est encore pratiquée dans la plupart des pays, - et les esclaves - souvent d'anciens prisonniers de guerres - n'ayant d'autre statut que d'appartenir à leurs "maîtres"...Même un "prophète" aussi généreux que Jésus ne condamnera pas de telles exclusions, jugées alors "naturelles"... Bien plus tard, la Révolution Française appliquera la "démocratie représentative" à l'anglaise, mais en précisant dans la Constitution de 1791 que, "si le peuple est souverain, il ne peut exercer cette souveraineté que par l'intermédiaire de représentants élus" ...par les seuls "citoyens actifs" (suffrage censitaire), les autres n'étant que des "citoyens passifs" en raison de leur..."ignorance"... Certes la Convention promulguera plus tard la Constitution de 1793 permettant au peuple (seulement ...les hommes) de voter directement certaines lois et de présenter des pétitions, mais elle ne sera jamais appliquée... Et finalement, jusqu'au 20ème siècle, même sous les régimes "républicains", la représentation sera souvent le fait d'une "aristocratie" de "professionnels de la politique" (entre autres, Thiers, Combes, ...Mitterrand, Chirac), réussissant même parfois à transmettre leur siège à leurs héritiers (ex: famille Médecin à Nice)... De toutes façons, en cas de non-réélection, la République - "bonne fille" - a toujours eu , y compris lors de "co-habitations", des "fromages" à distribuer... Dans ces conditions, on peut au moins comprendre le recours à un certain "populisme" pour mettre fin à de telles "dérives" de la démocratie...
Néanmoins, il y a assurément un "mauvais populisme", celui qui consiste à faire systématiquement de la "démagogie" en prétendant résoudre avec des "coups du menton" ou de "Y-a-qu'à" tous les problèmes par des solutions "radicales" et "faciles", du genre : "Sortez les sortants"..."Les immigrés dehors"... "Supprimons les fonctionnaires"...etc..., et ceci en se gardant bien d'en fixer les moyens et les limites... Et ce "mauvais populisme" est d'autant plus dangereux qu'il trouve un écho non négligable auprès de populations lassées de la "politique" ou se considérant comme "exclues" (ex: chômeurs)...Mais il faut reconnaître aussi que, là où un certain populisme "modéré" l'a emporté, comme en Italie (avec Bernusconi), ses députés, confrontés aux réalités, se sont plus ou moins intégrés au "jeu" démocratique...
Ces observations permettent finalement d'imaginer qu'il puisse y avoir un "bon populisme", celui qui consiste à vouloir corriger les "vices" d'une démocratie abusivement représentative... Certains, comme Ségolène Royal, avancent l'idée de "jurys citoyens" - idée qui n'est pas nouvelle puisque l'Athènes antique tirait au sort ses représentants pour éviter la mainmise des factions - et se veulent "à l'écoute des Français", ce qui est un façon implicite de dire que, même si les représentants sont nécessaires, ils ne sont pas suffisants... Quant à Sarkozy, avec sa "rupture tranquille", il affiche à la fois sa "volonté de ne pas tout casser", tout en procédant à des réformes sensibilisant une majorité de Français : la justice, l'éducation, le travail, la sécurité... Ainsi, les candidats "déclarés" en sont déjà à promettre un "populisme contrôlé"... Est-ce regrettable ? A chacun de répondre... Mais il n'est pas interdit de penser "qu'un peu de populisme pour corriger les dérives de la démocratie" vaut certainement mieux que "la ruine de la démocratie par un excès de populisme"... autrement dit qu'il faut appliquer à la politique le principe médical de l'homéopathie qui prévient ou corrige les effets d'un poison ...par l'utilisation de ce poison en doses infinitésimales...
(1) Voir blogs (entre autres) : http://propositions-audacieuses.over-blog.com Scénarios diverses couleurs
http://verel.over-blog.com Scénarios noirs
http://initiativeeuropeenneetsociale.over-blog.com Démocratie et spiritualité
www.diatala.org : l'investiture de Ségolène Royal
(2) Supplément au Monde du 4 novembre 2006 - Article "Du bon usage du populisme" par Guy Hermet