Réflexions sur l'actualité en tous genres.
En annonçant l'organisation de sa conférence de presse, le Président de la République François Hollande avait fait un pari audacieux, et le risque de l'indifférence - voire d'un échec - était d'autant plus grand que des sondages concordants - même s'ils sont relatifs - montraient que la confiance de l'opinion n'avait pas cessé de baisser au cours des six premiers mois de son mandat et était devenue minoritaire autour de 40 % ...L'objectivité commande d'affirmer que le pari a été réussi et que François Hollande a même fait preuve d'un incontestable brio, se voulant à la fois serein et convaincant : "Mes choix sont conformes à mes engagements, à mes principes, et surtout aux intérêts de la France"...Très bien, ...pour la forme.
Mais sur le fond, en fixant ainsi un "cap" pour la France, a-t-il fait preuve de constance par rapport à ses "60 engagements" proclamés lors de sa campagne électorale du début de 2012 ? ...C'est moins sûr ...Manifestement touché par des doutes déjà exprimés dans l'opinion, il s'en est défendu : "J'ai fait mes choix et je m'y tiens, sans avoir besoin de prendre je ne sais quel tournant, je ne sais quel virage" ...Plaidoirie d'abord inutile, car il n'y a aucune honte à confronter ses désirs à la réalité, et il est "normal" que la "pratique" l'emporte sur la "théorie", les faits étant plus têtus que les idées ...Et d'ailleurs lui-même a changé d'attitude, comme si le "château" de l'Elysée avait déjà déteint sur lui : le Président descendant de façon théâtrale l'escalier, sous les décors dorés et les lustres étincelants de la République n'avait plus rien à voir avec le candidat aimable et familier de la campagne ...Et il a fallu le jeu libérateur des questions et réponses pour qu'il sorte du comportement guindé et prêcheur - très "énarque" -de son discours préalable ...Enfin et surtout, il a bel et bien effectué un "tournant" sur divers points ...heureusement d'ailleurs, car François Fillon, ex-Premier Ministre - encore en activité au début de 2012 et bien placé pour porter un jugement - a pu ironiser : "Je veux lui dire que, s'il n'y a pas de tournant, au bout de la ligne droite, il y a le mur de la récession et du chômage", ce qui, ...inversement, est peut-être excessif...
A défaut de faire un bilan complet, on peut faire une analyse de quelques points essentiels :
1. Sur le plan économique - essentiel en cette période de crise - il avait délibérément promis une taxation des entreprises et une réduction des salaires de leurs dirigeants. Il reconnaît maintenantqu'il faut combiner une relance industrielle et le maintien de la consommation, ce qui signifie des sacrifices en matière d'augmentation des salaires. Et il prévoit un Pacte de compétitivité reposant sur un crédit d'impôt de 20 milliards d'€ pour les entreprises, ce qui est certes utile, mais ne manque pas de susciter une réaction du "Parti de Gauche", relayée dès le lendemain dans une manifestation de solidarité commune à divers pays européens...
2. Sur le plan social, il annonce, non sans courage, que le chômage va continuer au moins jusqu'à la fin de l'année 2013, et il appelle les organisations représentatives à faire un "compromis historique", sinon le gouvernement prendra les décisions nécessaires ...Ce n'est pas gagné d'avance, à en juger par le fait que la négociation sur la "sécurisation de l'emploi" a été interrompue le 25 octobre 2012 en raison des propositions, jugées "inacceptables" par les syndicats, du patronat sur les licenciements collectifs...
3. Sur le plan fiscal, alors que l'augmentation importante de la TVA par Nicolas Sarkozy avait été annulée dès les mesures d'urgence de mai-juin 2012, elle est néanmoins augmentée de 19,6 à 20 %, avec l'excuse quelque peu hypocrite que cette hausse de 0,4 % sera 4 fois moins que ce qui avait été prévu par la précédente majorité ...Certes, François Hollande tient à préciser : "J'assume. Parfois, nous devons corriger" ...Nouveau "couac", alors ! ...Quant à la réforme fiscale (prévue dans le 14ème engagement), elle est apparemment remise aux calendes grecques (justement, la Grèce...)...
4. Sur le plan de la croissance, liée au reste du monde - et notamment à l'Europe - il mise sur une progression de 0,8 %, mais il ne peut s'agir que d'un voeu pieux, inférieur à son espoir antérieur de 1,5 à 2 % ...et n'offrant aucune garantie, à fortiori si les investisseurs étrangers -comme la Chine...) font défaut, et si la France perd son rang de "A.A.A." actuellement en litige alors qu'il sauvegarde le maintien de taux d'intérêt bas à 2,2 %...
5. Sur le plan international, il avait promis qu'il n'y aurait plus de troupes françaises en Afghanistan à la fin de l'année 2012 (59ème engagement) ...Il ne reste plus qu'un mois et demi, ce qui est peu en considération des problèmes matériels ...Et il vaut mieux ne pas insister sur son intention de demander l'élargissement du Conseil de Sécurité (57ème engagement), la grenouille (animal bien français) se voulant plus grosse que le boeuf ...Quant au droit de vote des étrangers aux élections locales - sujet, il est vrai, délicat - il est remis à plus tard, s'il y a un accord préalable...
Ainsi donc, le cap a été fixé ...Mais la France, avec la Terre, n'a pas fini de tourner...