Réflexions sur l'actualité en tous genres.
"Dégage! " ...Tel est le mot - français - qui a fait le tour de l'opinion mondiale quand il a symbolisé le rejet aussi inattendu que brutal de "dictateurs" inamovibles depuis plus de 30 ans en Tunisie, puis en Egypte, par la population de ces pays...
Rejet inattendu ?...certainement ...car l'opinion mondiale, polarisée par la presse écrite et télévisée sur "l'engagement" des grandes puissances ou réputées telles en Afghanistan ou dans le Moyen-Orient, n'avait pas prêté une attention particulière à l'évolution des Etats du nord de l'Afrique ...et ceci d'autant moins que la population de ces Etats est de religion musulmane qui, en dépit de l'agitation extrêmiste de certaines factions, est plutôt un facteur de paix ...En fait il apparaît, après coup, qu'il y avait eu des signes précurseurs, avec des manifestations vite étouffées ..Et les soulèvements n'ont éclaté qu'en raison des circonstances économiques où une pénurie alimentaire liée aux mauvaises récoltes de 2010 a aggravé le chômage et la misère ...Ce n'est pas hasard qu'une contagion de mouvements populaires s'est produite dans les autres pays du nord de l'Afrique - Algérie, Maroc, Lybie - et dans les pays voisins de la zone désertique comme la Jordanie ou le Yemen...
Est-ce à dire que ces mouvements populaires vont déboucher sur des régimes démocratiques ?...Rien n'est moins sûr ...Car la "démocratie" a été jusqu'à présent un régime typique de "l'Occident", et elle ne s'y est pas implantée sans difficulté , à l'exemple de la France qui est souvent considérée comme un modèle avec la" Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen" mais qui n'y est parvenue qu'après 3 Révolutions - la 1ère en 1789 ayant d'ailleurs été précédée d'émeutes de la faim en 1787 - et elle en est déjà à la 5ème République, cherchant encore et toujours un équilibre entre l'exécutif et le législatif, ainsi qu'entre le centralisme et la décentralisation, le dernier débat étant actuellement pour ou contre le "multiculturalisme"...De là, pour la France comme pour d'autres pays "démocratiques", à "s'engager" dans une aide aux mouvements populaires des pays en révolte, il y a une marge importante ...et même une antinomie ...Car la "démocratie" est, par définition, l'affaire du peuple concerné, et elle ne peut pas être apportée de l'étranger ...On a vu ce que cela donnait avec l'intervention des Etats-Unis en Irak...
Néanmoins, aux Etats-Unis avec le Président Obama comme en Europe avec le Président Sarkozy, il y a de fortes pressions - où les préoccupations humanitaires rejoignent les intérêts économiques - pour "s'engager" auprès des Etats concernés afin de faciliter leur évolution vers un régime démocratique ...Mais comment "s'engager" si les nouveaux responsables - dont la conviction "démocratique" n'est pas certaine, s'agissant de chefs militaires - ne le demandent pas ?... La seule solution est d'agir sur les causes, c'est-à-dire les difficultés économiques, dans un cadre qui dépasse d'ailleurs largement les pays du nord de l'Afrique et du Moyen-Orient ...car les révoltes peuvent s'étendre ailleurs , dans la perspective de plus en plus souvent évoquée d'une opposition mondiale entre le "Nord" et le "Sud" au cours du 21ème siècle, dont l'immigration de l'Afrique vers l'Europe comme celle des "Latinos" vers les Etats-Unis sont des signes avant-coureurs ...Il faut donc que les pays dits "riches" aident les pays dits "pauvres", non seulement par des secours directs imposés par l'urgence, mais par des dotations en matériel et des facilités commerciales dans le cadre d'une action internationale ...Mais cela suppose des sacrifices de la part des pays dits "riches" où il y a une minorité importante de "pauvres" et de chômeurs, qui se révoltent aussi ...contre les "délocalisations"...
Alors, "s'engager" ...ou ..."dégager" ?...