Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La confrontation des "paroles" et des "actes" a toujours eu lieu dans l'histoire des hommes et, s'il est légitime de faire un inventaire des actes en fonction des paroles, il est tout aussi naturel de citer les paroles ayant accompagné les actes ...On peut citer dans le passé le cas de Jules César ayant déclaré après avoir franchi le Rubicon "Alea jacta est", Louis XIV proclamant après la mort du Cardinal Mazarin "L'Etat, c'est moi" ou encore, plus drôlement, Mac-Mahon affirmant après la prise du fort de Malakoff lors de la Guerre de Crimée "J'y suis, j'y reste", sans compter 266 fois depuis deux millénaires l'annonce collective "Habemus Papam" !...tout autant, bien sûr, que ces paroles aient été réellement prononcées...
L"histoire récente de la France donne un autre exemple de cette ambivalence, quand on constate qu'à l'opposé de François Hollande ayant formulé des paroles ayant valeur d'engagements avant son élection à la Présidence de la République française, Nicolas Sarkozy a réalisé de nombreux actes avant de les expliquer par des paroles ...ce qui n'est pas surprenant, car François Hollande est, comme ses prédécesseurs socialistes au pouvoir - Léon Blum avec le "Front Populaire" et et François Mitterrand avec le "Programme Commun" - un "doctrinaire" cherchant, suivant la tradition de la "Gauche", à transformer les paroles en actes, ...alors que Nicolas Sarkozy, conformément à l'habitude de la "Droite", qu'il s'agisse de De Gaulle, Giscard d'Estaing ou Jacques Chirac, est un "praticien" donnant la priorité aux actes sur les paroles ...Et ses actes passés peuvent assurément être soumis à une analyse critique, comme ceux pouvant se rapporter au début de la Présidence de François Hollande, à cette différence près qu'ils ne peuvent pas être mesurés par rapport à des engagements :
1.La Sécurité
C'est le domaine par excellence (?) où Nicolas Sarkozy s'est fait une réputation auprès de l'opinion, d'abord par le courage incontestable dont il avait fait preuve comme Maire de Neuilly-sur-Seine lors d'une occupation d'école et qui l'avait fait connaître,...puis comme Ministre de l'Intérieur sous la présidence de Jacques Chirac ...Devenu Président, il a continué dans cette voie par des lois successives en Août 2007 sur la récidive, en février 2008 sur la rétention de sûreté et mars 2011sur les "peines-planchers" pour les auteurs de violences aggravées, de meurtres de policiers ou de viols contre des femmes ...Le problème est que, malheureusement, les violences n'ont pas diminué, au contraire elles avaient encore augmenté de 2,5 % en 2010...
2. L'Emploi
Dès son entrée en fonction, Nicolas Sarkozy avait annoncé le retour au plein emploi avant la fin de son quinquennat ...Il n'a pas réalisé cette annonce ...Certes, il a l'excuse de la crise s'abattant sur la France comme sur d'autres pays après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers ...Mais sa politique dans ce domaine a manqué de constance puisqu'après un recul en 2008 grâce aux "contrats aidés" ...qu'il avait auparavant combattus, le chômage est reparti à la hausse ...Et il n'a pas su imposer, comme son modèle la chancelière Angela Merkel en Allemagne, une pratique du chômage partiel permettant un partage du travail, ainsi que des stages de formation et de qualification pour mieux ajuster l'offre à la demande ...Au contraire, son incitation à "travailler plus pour gagner plus", avec défiscalisation des heures supplémentaires (Loi Tepa) n'a fait qu'aggraver la situation, en creusant le déficit public...
3.Le Déficit
Nicolas Sarkozy n'est certes pas responsable du déficit, car la Dette publique est apparue et n'a cessé de s'aggraver en France depuis le 1er choc pétrolier de 1974 ...Mais sa politique - d'ailleurs rapidement décriée et finalement abandonnée - du "bouclier fiscal" pour protéger les entreprises a creusé encore cette Dette ...Le Rapport annuel de la Cour des Comptes signale que pour 2009 la perte potentielle pour l'Etat s'est élevée à 50 milliards d'€, ...et le Rapporteur UMP de la Commission des Finances de l'Assemblée Gilles Carrez estime plus largement que 70 milliards d'exemptions d'impôts ont été accordées entre 2000 et 2010...
4.La Retraite
Il faut convenir que Nicolas Sarkozy a eu le courage de s'attaquer au problème des retraites, longtemps délaissé par ses prédécesseurs de "Droite" comme de "Gauche", dans la mesure où les solutions ne pouvaient être qu'impopulaires, puisqu'elles conduisaient inévitablement à augmenter le nombre d'annuités pour une retraite à temps plein, et à retarder progressivement le départ à la retraite de 60 à 65 ans au moins, ce que légitime pourtant la montée de l'espérance de vie jusqu'à une moyenne de 80 ans ...Mais cette "intention louable" n'a pas débouché sur un acte définitif avant son départ...
5.La Culture
Nicolas Sarkozy, là encore, a pris des mesures de protection, notamment pour lutter contre le piratage avec la Loi Hadopi (Octobre 2010), ..;mais son application est difficile dans le domaine de l'Internet, échappant largement au contrrôle de l'Etat ...De même, il a voulu créer une "Maison de l'Histoire de France", mais cette création a suscité l'hostilité de nombreux historiens qui y voient une "instrumentalisation" de l'écriture de l'Histoire par la politique, avec le risque d'une exaltation "sectaire" de "l'identité nationale", actuellement réprouvée dans un contexte "mondialiste"...
6.Les relations internationales
C'est dans ce domaine que Nicolas Sarkozy a certainement le mieux réussi, certains diront qu'il a été le moins mauvais ...En 2009, il avait même été classé au 3ème rang des "personnalités les plus puissantes du monde" pat l'hebdomadaire américain Newsweek, après Barack Obama et ...le Chinois Hu-Jin-Tao ...En 2008, son action comme Président (par rotation) du Conseil Européen, soutenue par la Chancelière allemande Angela Merkel (la "Merkozy"...), avait été appréciée contre la crise économique ...Mais auparavant, en 2007, il avait été moins heureux en affirmant qu "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire", ...et sa politique africaine (Darfour, Libye, Côte d'Ivoire) a été critiquée ...Quant à son idée, à priori intéressante, "d'Union pour la Méditerranée", elle est restée sans suite ...Enfin, à propos de l'Afghanistan, il a promis le départ des soldats français pour 2014 au plus tard, mais il est parti avant d'y parvenir...
En conclusion, l'échec final de Nicolas Sarkozy pour sa ré-élection en 2012 n'est certainement pas sans rapport avec le caractère très inégal de son bilan et le fait qu'il n'a pas suffisamment justifié ses actes par des paroles, à fortiori dans les domaines où une politique nécessaire était impopulaire ...Il l'a compris d'ailleurs, puisqu'à l'instar de François Hollande qui éprouve le besoin de sillonner la France pour se rapprocher des Français, il n'écarte pas l'idée de se présenter à nouveau en 2017 "par devoir", autrement dit si les Français l'appellent ...Mais est-ce possible ?...