Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Tous les "médias" - presse, radio, télévision, internet - commémorent actuellement le "cinquantenaire" des Accords d'Evian du 18 mars 1962 ayant mis fin aux hostilités entre la France et le GPRA (1) et permis la proclamation de l'indépendance de l'Algérie ...Il a donc fallu 50 ans pour que l'opinion française - qui aime pourtant les anniversaires - évoque le souvenir de cet évènement resté jusqu'alors dans l'ombre, ...et ce n'est pas un hasard, car il ne s'agit pas d'un souvenir heureux, à l'image de l'armistice du 11 novembre 1918 mettant fin à la 1ère guerre mondiale et de l'armistice du 8 mai 1945 clôturant la 2ème guerre mondiale en Europe, ...mais au contraire d'un "déchirement", voire pour certains Français d'une "honte", dans la mesure où la France s'était opposée à la "libération d'un peuple" à une époque marquée par la "décolonisation" dans une grande partie du monde ...D'ailleurs, il faudra attendre octobre 1999 pour que le gouvernement français, avec le Président Jacques Chirac, reconnaisse qu'il y avait eu une "guerre d'Algérie" et non pas seulement des "opérations militaires de maintien de l'ordre" ...Et, de leur côté, les soldats du contingent y ayant participé n'ont pas le plus souvent été reconnus comme "anciens combattants", ...et ne l'ont pas demandé, ayant tiré un trait après cet épidode de leur vie...
Une fois n'est pas coutume - puisque mes articles se veulent "objectifs - , j'interviens personnellement , et donc "subjectivement", dans cette évocation, car l'Algérie a marqué ma jeunesse, et je peux apporter mon témoignage direct, même s'il est partiel et modeste ...Ce pays, je le découvre une première fois à l'occasion d'une invitation par une famille de "Pieds Noirs"(2) au printemps 1954, donc peu avant la "Toussaint rouge" du 1er novembre 1954 ...A postériori, j'ai considéré avoir été insouciant, car l'étudiant d'histoire que j'étais aurait dû savoir alors que les relations entre la France et l'Algérie avaient été marqués par de nombreux conflits : après les raids des "Barbaresques" sur la côte méditerranéenne depuis le Moyen-Age, il y avait eu la "conquête française" de 1830 à 1871 - ou s'illustrèrent d'un côté le Général Bugeaud et de l'autre l'Emir Abd-el-Kader - puis, après 1871, une série de révoltes des "indigènes" qui n'avaient aucun droit, à l'inverse des colons européens (Français, Espagnols, Maltais...) installés de force dans les terres les plus riches (la Mitidja...), ...sauf ...celui d'être enrôlés dans des troupes "de choc" (ex : les Spahis) au cours des 2 guerres mondiales ...Et c'est pourquoi, leurs espoirs d'accession à la citoyenneté française - ne serait-ce que par gratitude - ayant été déçus, ils s'étaient révoltés et avaient fait l'objet d'une répression brutale en 1946 ...Fehrat Abbas, le chef de leur Union Démocratique, avait pourtant, en qualité de député à l'Assemblée Nationale, proposé le 2 août 1946: "La République Algérienne sera membre de l'Union Française ...Ses relations diplomatiques et sa défense seront communes avec celles de la République Française ...Tous les habitants de l'Algérie seront déclarés citoyens algériens et proclamés égaux"...Occasion ratée ...Etait-ce vraiment trop tôt ?...
...J'avais été d'autant plus insouciant qu'après avoir traversé en train l'Est de l'Algérie et admiré les steppes montagneuses de l'Aurès, j'avais assisté à Constantine , du haut d'une chambre d'hôtel, à ....une "ratonnade" d'indigènes en "djellabah" fuyant sous les coups de matraque de la police, ce qui révélait déjà de graves difficultés et avait justifié qu'on me déconseille la visite de la "casbah" ... car le feu couvait sous la cendre ...Il est vrai que j'étais alors un étudiant "progressiste", me faisant même mal voir de mon entourage ne comprenant pas que je ne ne sois pas heureux de voir la couleur rose de l'Empire français sur les cartes mondiales de l'époque...
Mais l'Histoire continue à se dérouler et, revenu en France, je ne fais rien de particulier pendant plusieurs années, occupé à préparer les concours du professorat ...Je n'en approuve pas moins le Général De Gaulle qui, après avoir proclamé en 1960 que "la France n'abandonnera(it) pas l'Algérie" - reprenant sur ce point l'affirmation de François Mitterrand qui avait déclaré comme Ministre de l'Intérieur en 1954 : "L'Algérie, c'est la France" - ...s'était résolu, après plusieurs étapes (référendum sur l'auto-détermination, Algérie algérienne"...) à son indépendance ...Mais, entre-temps, après avoir fait 18 mois de service militaire en France de janvier 1959 à Juin 1960, je suis "maintenu sous les drapeaux" et envoyé pour 10 mois ...en Algérie ...En fait, après avoir séjourné à Aïn Sefra, au sud de la frontière marocaine, et connu la peur d'expéditions dans les "djebels", avec leur cortège d'horreurs (3), ...je me retrouve par le hasard d'affectations militaires dans le Sahara, à Reggane, où je vois exploser la 1ère bombe atomique française (à 25 kms tout de même), ce qui n'était pas tout à fait le danger attendu ...Il est vrai que j'avais eu de nouveau l'occasion de traverser l'Algérie par le train - cette fois à l'ouest - et j'ai gardé le souvenir d'enfants misérables se précipitant aux arrêts pour quémander des vivres aux soldats qui leur jetaient leurs rations (notamment des boîtes de pâté de porc ...pour des musulmans ?!...) ...Je me rappelle aussi que, de leur côté, les soldats avaient sollicité de l'eau, au voisinage d'une oasis, à des "Français de souche" qui la leur avaient fait payer, avant que des "indigènes" ne les accueillent en leur proposant des petits verres de thé chaud - remplis en faisant couler de haut l'eau de leurs théières - ...et en arrêtant le "crin-crin" de leur gramophone pour le remplacer par ...la Marseillaise ...Cela ne s'oublie pas !...
C'était le temps où co-habitaient encore - sans souvent vivre ensemble - les "Français" et les "Algériens" ...Le temps où 1.750.000 militaires français ont été envoyés en Algérie - dont 407.000 d'active - et eurent 25.000 tués, les pertes des musulmans étant estimés à 250.000 (non compris les civils) ...Néanmoins, une "paix des braves" aurait pu s'instaurer après les accords d'Evian, conformément aux dispositions prévues (Article 2 : interdiction de tout recours à la violence) si, des deux côtés, la raison l'avait emporté ...Ce ne fut pas le cas, car la haine fut la plus forte : les combattants du FLN se livrèrent à de mutiples exactions, notamment vis-à-vis des 'harkis" - supplétifs musulmans de l'armée française - exécutés de façon effroyable en raison de la passivité de celle-ci, qui n'en ramena en France qu'un petit nombre dans des camps de transit qui s'éternisèrent...Et, de leur côté, les "Pieds-Noirs", après s'être accrochés dans un mouvement également violent, l'OAS (organisation de l'Armée Secrète) - qui pratiqua la "terre brûlée" et fomenta des attentats en Algérie et en France (Attentat du Petit-Clamart contre le Général De Gaulle 22 août 1962) - finirent par revenir (et pour beaucoup venir pour la 1ère fois) dans le "froid" pays de France métropolitaine , qu'il firent d'ailleurs bénéficier de leur esprit d'entreprise ... Ainsi, comme en 1946, une occasion d'entente était manquée après 1962 ...
Et pourtant, les liens n'ont pas été rompus ...D'abord, la plupart des Algériens ont continué à parler français, malgré les tentatives "d'arabisation" dans les écoles, ...Et beaucoup ont émigré en France depuis 50 ans pour y trouver du travail - sans y être bien logés (problème des banlieues...) ni souvent bien acceptés par des "nationalistes" ...Et nombreux sont ceux qui acquièrent la nationalité française et vont même jusqu'à "franciser" leur nom et prénom ...L'accueil triomphal du Président français Jacques Chirac en visite officielle à Alger le 3 mars 2003 fut même tout un symbole...Et on peut se souvenir du propos tenu alors dans un documentaire par un vieillard ridé et enturbanné : "Et pourquoi t'es parti, dis ! ..."
(1) Gouvernement Provisoire de la République Algérienne
(2) Sobriquet d'origine incertaine, attribué à l'ancienne immigration juive
(3) Référence aux massacres de Palestro (18 mai 1956) et Mélouza (28 mai 1957)